Archives de catégorie : Mars 2013

les larmes

 Cette source de larmes qui jaillit.

     Parfois il nous arrive de salir mais c’est au moyen des larmes que nous renouvelons notre pureté première.

     Les larmes sont comme la limite entre notre état corporel et notre état spirituel, comme le point de transition entre le temps présent et le temps à venir dans lequel nous pouvons entrer par anticipation déja dans cette vie.

     L’enfant nouveau-né pleure quand nous arrivons dans ce monde.

     Nous ne devrions jamais donner et recevoir de l’amour sans verser de larmes.

     Les larmes peuvent restaurer la virginité perdue.

     Il est essentiel de distinguer trois sortes de larmes : les larmes sensuelles,  les larmes spirituelles et les larmes diaboliques.

     Les larmes diaboliques, – du grec “diabolikos”, coupé en deux – sont les larmes pour faire semblant, les larmes de crocodile, les larmes qui opportunément permettent à l’individu de se mettre en correspondance avec ce qui lui sied de circonvenir. Ce sont les larmes de la désespérance, les larmes de l’hypocrisie qui trompent la compagnie et nous enfoncent dans la fausseté par le clivage qui s’opérant en nous, nous trompent aussi nous-même.

     Les larmes sensuelles sont généralement liées aux passions. Ce sont les fruits de la colère, de la frustration, de l’envie, de l’apitoiement sur soi-même ou simplement de l’excitation nerveuse. Elles expriment notre tristesse de vivre dans un monde qui n’est pas à la hauteur de nos aspirations. Il n’est pas interdit de pleurer devant une grande épreuve ou à un enterrement ; c’est même plutôt sage, car les larmes peuvent agir comme un baume et la blessure est plus profonde quand la peine est refoulée.

     Les larmes spirituelles ne sont pas le résultat de nos propres efforts. Elles sont un don venu d’ailleurs. Elles sont étroitement liées au profond de nous-même. Elles nous amènent à la vie nouvelle. Elles sont de deux ordres. Au degré le plus bas, elles sont amères et nous purifient ; elles sont comme le sang qui coule des blessures de notre âme. Au degré le plus haut, elles sont douces et nous engagent vers une forme d’illumination prélude à un ailleurs meilleur ; elles indiquent la spiritualisation de nos sens et participent à la transfiguration de la personne humaine. Ces deux types de larmes spirituelles ne doivent néanmoins pas être opposées de manière trop tranchante, car l’une mène à l’autre. Ce qui naît comme larmes de regret peut se transformer en larmes de gratitude et de joie.

     Celui qui a revêtu la robe nuptiale de l’affliction des larmes, connaît le mariage du rire spirituel de l’âme et du calme solitaire des espaces lointains.

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accepter

 Ces choses de la vie qui font que l'on est mécontent, blessé, en colère
ces choses de la vie qui ont été et qui sont
et pourtant
toute situation doit être acceptée
comme elle vient
quelle qu'elle soit
c'est comme ça
c'est ainsi, maintenant
voilà ce qui est arrivé .

     Après le juste temps pour le ressenti
ne pas rester dans l'atermoiement
après l'acceptation il y a la réflexion puis l'action.
     Accepter n'est pas fuir la situation
c'est la regarder en face
la nommer
la comprendre
discerner
en avoir la connaissance parfaite
en la confrontant à ce qui importe vraiment pour soi.

     La joie
ce calme
cet état où la tristesse et le malheur ne peuvent nous attaquer
ce cadeau à se faire et à faire à l'autre
l'ultime présence à soi
l'accord musical parfait de l'orgue
en son for intérieur.


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garder les murs

 Quoi que vous fassiez
être là
en attente
de ce qui viendra pour fendre l'armure
ou ne viendra pas
importe peu puisqu'il est un signe
que nul ne saurait distinguer d'entre les signes .

     Le souvenir
de ce que l'on pourra penser de nous
après notre départ
devient insignifiant
dès lors que le porte à porte des essais et erreurs
nous enseignent à simplement "voir" .

Nous irons où bon nous semble
sans haine ni plaisir
juste avec la joie d'avoir été
et d'être jusqu'à ce point de non-retour
un être parmi les êtres
un petit d'être
un créateur d'êtres
en marche vers le rien de toute chose
où tout s'arrête et continue
à mesure de l'expansion de l'univers
échange de matière et d'énergie
dont l'esprit ne saurait se départir .

Nous colportons
une toute petite fraction de seconde
le message d'amour
d'une vie tienne ou mienne
importe peu
puisque l'entre-deux
de ce qui nous différencie et nous uni
est porteur du "nous" suprême .


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Regarde-toi





  Monte la plainte
en volutes lentes
sourde tornade
jusqu'au regard amène
figé par la sidération .

L'anse du panier est à tresser
d'entre les objets sacrés
la passiflore épanouie
ragrée le sens de la vie
le maudit est passé .

En marche par les sentes escarpées
le limon colle aux pieds
s'entrouvre une lueur diaphane
d'entre les voix des suppliants
lâches dans leur penchant à la servitude .

En colonne
l'humanité investit les lacets de la montagne
ascension régulière
aux rythmes des cymbales
et des oriflammes  claquant au vent
vers le Très Haut .

Les visages toute de sagesse burinés
se mêlent aux lancinantes mélopées
conjugaison singulière
offrant refuge
à nos âmes éparpillées .


123

Un débat hors de la présence

  De fraîches fraises pigmentées
entre ses lèvres purpurines
elle allait galamment escortée
de fleurs d'orangers et de chants d'oiseaux
charmer la compagnie
de ses œillades et gestes gracieux .

     D'un accord sonore plein de brisures de verre
et du meuglement des caribous
il organisait la salle des concerts
à la va comme j'te pousse .

     Aussi galbé qu'une outarde mâle
le chantre s'avança en bord de fosse
pour haut et fort dire son appétence à la sainte engeance .

     S'entendit alors
dans le tunnel menant à l'arène
le cliquetis des sabots de la bête
comme si nous devions rapidement
cesser toute querelle
et nous rencontrer autour de cette mise à mort .

     Les fraîches fraises devinrent confiture avariée,
l'éructation du chantre creva la paroi de papier de riz,
le grave accord des caribous s'enrhuma
jusqu'à terminer sous cloche de verre
enrubanné
et prêt pour le défilé .

...  M'avaient mis la tête sous l'eau !
et comme ça suffisait pas
je cassais la baignoire
à grandes ruades de brodequins ferrés
pour m'entendre dire
que l'au-delà c'est comme ici
ça pique et ça pue .

 .................  Lorsque la présence n'est pas au rendez-vous
alors que la Victoire est à portée de main .


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l’art. Objet d’étude ou de plaisir ?

Il est précieux d’apprendre à regarder et à écouter car il n’est pas question de se soumettre passivement à ce qui paraît  merveilleuxMais qu’appelle-t-on écouter ? Qu’appelle-t-on regarder ?

Quand l’être s’abandonne à sa propre disponibilité, qu’il se situe en posture de contemplation décrispée, qu’il se vide des résidus du passé, alors il entre dans le jeu des formes, des couleurs, des volumes et des sons. Il devient  imprégné par l’actuel.

Et sous les pavés, la plage ; sous nos pas de condescendance à la normalité, la création. Celle qui dégage l’unité sous-jacente aux sensations. L’être se trouve là, dans cette solitude, dans cette non-dualité. Il est expérience effective de cette solitude intérieure et il trace son sillon.

Chez celui qui est créatif, il y a ébranlement à propos de tout, il y a renvoi à soi-même.

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être engagé sur la voie

 Cet univers entier et gelé .

Cette nourriture d'un autre ordre alors délivrée .

Cette responsabilité d'aller le cœur ouvert
quitte à se laisser bousculer par les énergies qui gravitent en ces lieux .

Chercher avec ardeur .

Approcher l'esprit .

La mort externe du sage est la naissance interne
de celui qui cherche .

La neige et le froid rétractent nos volontés
autour de l'essentiel .

Nous ne percevrons pas la biche au cœur de cristal sans être aussi le chasseur
et si nos doigts gourds appuient trop vite sur la gâchette
ne maugréons pas contre cette maladresse
il se pourrait qu'entre la mort et la vie il y ait bien autre chose
comme une floraison
toute de respect enjointe à ce qui est .


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