À vous les femmes


J’aime les femmes face à la lune,
leurs silhouettes découpées dans l’argent des nuits,
comme on trace une ombre au charbon sur un mur blanc.


J’aime leurs yeux de chattes,
pupilles dilatées où danse l’éclair d’un rire,
griffe douce sous la soie des paupières.


J’aime leurs pattes de velours,
ces pas feutrés qui effacent les frontières
entre le réel et le rêve égaré.


Elles permettent des flâneries dérisoires,
ces marches sans but où l’on se perd
pour mieux se retrouver dans le creux d’un regard.


Maîtresses des reproductions de la chair et de l’âme,
elles sculptent l’instant, le suspendent,
le transforment en une mélodie sans notes.


Harenguières des halles,
leurs voix portent les cris des marchés,
le poids des mots échangés contre des promesses.


En leur anatomie féline,
le charme et l’esprit s’épousent,
s’enlacent comme deux amants sous la lune.


Unissant terre et ciel

par leurs antennes dardées vers l’invisible,
elles captent l’écho des mondes lointains,
ces fils invisibles qui les relient à l’éternel.


Être de lumière au fourreau de dentelles,
elles dansent entre ombre et clarté,
portant en elles l’aube et le crépuscule.


Tête pensante aux doigts de fée,
elles tissent des sorts avec des riens,
des sorts qui guérissent ou ensorcellent.


Pourvoyeuses de sensibles caresses,
leurs mains sont des nids où se blottir,
où l’on oublie le poids des jours.


Tenant salon en leur chambre ensoleillée,
elles y reçoivent les rêves et les idées folles,
les y font danser jusqu’à l’aube.


Réveilleuses du petit enfant en soi,
elles soufflent sur les braises endormies,
ravivent les jeux d’autrefois.


À l’intellect supérieur

cinglant vers les hautes neiges,
elles grimpent, légères, vers les sommets de l’esprit,
où l’air se raréfie et où tout devient possible.


Obligeant à plonger dans l’héraldique
au secret de leurs armoiries familiales,
elles révèlent des blasons oubliés,
des histoires cousues de fil d’or.


Mettant la corde au cou ou le fil à la patte,
elles choisissent leurs chaînes avec grâce,
ou bien les brisent d’un éclat de rire.


Tenancières du grand jeu du bonheur,
elles en distribuent les dés et les cartes,
avec une malice tendre.


Compagnes joyeuses d’une quotidienneté soutenue,
elles y glissent des éclats de magie,
font de l’ordinaire un festin.



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