Archives de catégorie : Année 2018

j’ai perdu mon couteau

   J'ai perdu mon couteau
sur la table
entre le grille-pain
et la confiture de marrons,
disparu
dans la ruelle des mauvais garçons.

Je suis parti en forêt
escarbouclée de pins pleureurs
sève dégoulinante en leurs blessures
à mesure des feuilles de châtaigniers
crissantes sous la semelle
dans leur humide literie.

Quelques brumes légères
en limite de visibilité
se mouvaient vers l'amont
accompagnées du bruit des moteurs
sirotant l'asphalte
de chuintantes lampées.

Magnitude sept
à remonter le chenal
les dauphins nous suivaient
sans coup férir
en limite de l'estran
aux perles de cristal.

Les trois jeunes gens
caracolaient de vignette en vignette
déposées relevées alignées détournées
en grande animation
sur la nappe de mère-grand
blanche hermine
et rouge du bonnet.

Y'aurait pu avoir des oiseaux
mais la basse brume
étouffait la geste animale
moqueur toutefois
un geai déchira la ouate de ces lieux
d'une stridence ravageuse.

Mission accomplie
nous bûmes force bon vin
la raclette dégorgea
ses langues de fromages liquéfiés
il y eu de la voix
les adultes haussaient le ton
les plus jeunes activaient la fourchette
les femmes riaient ou dormaient.

Mille fleurs poussaient sur le dégorgeoir  le fossé rempli de mucus
faisait de l'ombre aux primevères
l'avancée sagittale de la lune
finissait son quart.

La maison était de bois
de chaleur et de cris
les escaliers à la volée
déposaient sur le palier
les alcôves de vie
la cuisine
odorante
le séjour
au feu de cheminée
le couchage
spacieux
l'informatique
discrète
la musique
toujours présente
le matériel de montagne
pendouillant.

Régnait l'ordre concerté
au hasard des réparties
c'était féroce
vivant et complice
en cette libération des forces vives,
la jeunesse jouait à se faire peur,
les adultes catapultaient les bons mots
tels des pruneaux au sortir du bocal,
le vieil homme écrivait son défit
pour que les miettes de l'assaut festif
subsistent.  

J'ai égaré mon laguiole
et demande aux lutins malins
de le faire surgir
entre la pain et le vin
au sortir du four à bois
ayant servi la fois dernière
à rôtir la dinde de dix kilos. 

Quatre voiles
et leurs reflets
en l'onde des origines
à papillonner
en quête de vent
privant le ciel
d'un déploiement céans.

Chers humains de ma famille
j'ai remisé mes médailles
d'ancien missionnaire
dans l'ostensoir
des promesses jadis émises
entre la lentille et le caillou
quand le feu débordant de joie
faisait craquer les articulations
des anciens
dont je deviens le parangon.  

Mille étoiles scintillèrent
nous nous mîmes en marche
les neuf planètes
autour de notre soleil
à émettre cette énergie
de tout temps éraflée
aux cimaises
toiles colorées
sous le pinceau
des eaux et des forêts
ma parentèle
ma mie
Bélisaire effronté
la goule pleine
des sucreries de la veille.

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cette simple chambre transitoire

  Ce savoir-faire entre nous   
cette parole 
cette ombre par nos différences   
accrochée aux épines des églantiers   
ce lien qui nous unit   
le souffle qui nous emmène   
en spirale tourbillonnante   
vers cette humble chambre transitoire.   
  
Ensemble,   
dans la poussière de l'oubli   
des brumes d'automne   
attendre qu'il vienne   
en confirmation de notre fatuité   
régler ses dernières affaires   
puis se retrancher seul   
aux confins du tout-venant.   
   
Il est des nuits telles   
que mon sang   
son Sang   
m'appelle du fond des cryptes   
au manquement d'avoir été   
au long des mains courantes sociétales   
intact sous la tempête
la casquette vissée sur la tête.   
  
En souvenir de ... 

    
472

précis de communication

Je te vois.   

J’ai l’intention de communiquer avec toi.   

Je prends mon temps et réfléchis profondément à ce que je pourrai faire pour te connaître mieux.   

Par une posture neutre, par un détachement, une mise en retrait de mes énergies physiques et émotionnelles, je te comprends dans ton jaillissement, ta complexité, dans le puzzle de ta constitution, dans tes références, dans tes différences avec ce que je suis.   

J’ai des sensations et émotions en dialogue avec tes sensations et émotions sans les laisser s’échapper et enfler afin de les repérer, les nommer, les qualifier, les classer, les contenir.   

Puis vient à point nommé, par réduction de l’attention, par un concentration sensible, une injonction contemplative à saisir par la pensée et l’intuition les aspects de ton être repérés dans leur ensemble pour les accorder dans un simple et unique tout – une forme.   

Dans celle-ci je cherche ton essence même, le point à partir duquel tout se tend, tout s’étend, tout s’éprend.   

Pour cela je transcende la forme par une sagesse de l’approche auquelle j’accède par empathie à ton propre esprit, en effaçant le contexte de nos pensées et de notre monde.   

Je vais vers le noyau, vers la quintessence, le point simple, la dimension zéro de mon désir de te connaître mieux.      

Puis je considère ton monde, tel que tu le vis, tel que tu l’exhales, tel que tu l’exaltes.

J’entre dans ton monde.   

Je le vois et l’approche en sensation et en compréhension.   

Je fais l’expérience de la vie selon ta propre perspective.   

Là, au point de rencontre des deux composantes de la lemniscate, symbole de notre rencontre, l’aspect du point de quintessence de mon monde de mon côté, et celui du tien de ton côté, exprime la source, le germe de ce qui sera, de ce qui est.      

Je tâche de penser comme si j’étais toi, comme si j’étais ton esprit et j’y parviens si tu saisis par toi-même le point de quintessence, l’intérêt que tu as de nous connaître.

Jusqu’à présent j’ai manipulé les idées  sans te manipuler, alors que toi que j’interpelle ou qui m’interpelle tu vis dans le monde des choses que tu peux toucher et ressentir, dont tu fais cas, en invoquant les connaissances, les événements et les gens qui te sont familiers.      

C’est alors que je crée un espace où nous rencontrer, une “histoire” qui habillera mon faisceau d’idées d’éléments de connaissances, d’événements, de symboles et de poésie qui te soient familiers rendant possible l’écoute sensible, intégrative et impliquée de cette histoire dans laquelle tu te mouvras sans y penser, comme en passant, avec innocence et vigueur, en dérive de ton imagination et à l’acceptation des remontées de l’inconscient.      

Cette “histoire”, ce support, deviendra un lieu propre auquel tu auras accès avec du bon sens et que tu pourras t’approprier et explorer sans limites le temps venu.   

Dans cette espace de liberté tu pourras faire l’expérience de ma proposition, dans son reflet, en tant que constituante d’une histoire que tu pourras faire tienne, qui aurait pu être plausible dans ta propre vie et qui va te mener en aventure là où tu es.   

Tu investiras le champ proposé dans une posture libre déchargée du poids des causalités et d’une tâche à accomplir.   

Nous sommes tous deux riches d’idées et sensibles aux “histoires”, contes, légendes et paraboles qui nous permettent de sortir de nos prisons de l’esprit.   

Dans la communication nous émettons et accueillons chacun son tour l’énergie communiquante du désir, de l’amour.   

Et tu percevras les couches successives de “l’histoire” en correspondance avec ton histoire de vie à toi en avançant à ton propre rythme et dans la durée.  Et tu te perdras et tu découvriras des chemins de traverse. Les différentes couches de ton être, de ton corps, physique, éthérique, émotionnelle et spirituelle seront appréhendées et vibreront.

Viendra alors ce moment de liberté exprimée où tu enverras bouler les vieilles lunes, où tu sortiras de la gangue du suivisme pour effectuer ta révolution, effectuer ton retournement et dégager les nouvelles valeurs et les convivialités propres à réinventer le monde de la communication.      

Ce n’est pas dans une seule expérimentation que la compréhension terminale surgira. Il faudra peut-être toute une vie. Un jour viendra. On ne peut pas forcer le hasard. Il suffit d’en préparer les conditions et celà se fera.      

Alors viendra l’instant vide où je me mettrai de côté en abandonnant la partie pour laisser place au point de sagesse en contre-point du point de quintessence précédemment évoqué.

J’effectuerai un retournement. Alors ça jaillira.      

Dans toute communication humaniste qui doit participer du grandir de l’être, donner de soi-même c’est créer un champ de connivences où recourir à l’absence de soi afin d’être intensément présent.      

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éclat de miel brun

   Éclat de miel brun                                                                               
pour mise en rayons  ~  encline                                                                   
l'abeille propose.                                                                                   
             
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dentelle de neige

Dentelle de neige                                                                                  

de flocons  ~  émise                                                                                

sous l’édredon de décembre.     

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