Archives de catégorie : Juillet 2026

Ce matin il fait beau

Ce matin il fait beau 
Les oiseaux chantent
Au loin les autos roulent
Juste le vrombissement
D’une moto.

Pas de vent
La tasse de chicorée
Trône sur le bloc de papier blanc
Je pousse le siège sous la table
Il fait bon frais.

La nuit passe
Reste le jour
Les lampadaires s’éteignent
Le camion poubelle arrive dans la rue
Les parents bougent de l’autre côté de la paroi.

Ma sœur dort encore
Aujourd’hui pas d’école
J’irai au patro
Jouer au foot
Avec les Saint Tarcise.

Une tourterelle roucoule
Puis se tait
Puis recommence
Il y en a deux maintenant
Dans l’amandier du jardin.

Un envol froisse le feuillage
Les doigts appuient sur le papier
La lampe encore allumée
Permet au stylo d’ajuster les mots
Sur l’interligne de la page.

La roucoulade se fait douce
Répétitive à souhait
Par la fenêtre ouverte
L’air débarbouille de fraîcheur
Le visage fripé par la nuit.

Je lève le nez
Il est presque six heures
Le siège grince
Mes jambes sont apaisées
Je passe ma langue sur les lèvres gercées.

Et s’il venait
Celui que je n’attends plus
Mais espère néanmoins
Pour qu’on arrête de dire
S’il est de toi ou pas.

Cet enfant
Ce rouquin de Lorraine
Qu’entre deux jets de pierre
Sur les murs du laminoir
J’entrevois la lueur.

Fissure large comme le bras
À retenir la brume matutinale
Dans le creux du vallon
Sans que le corbeau croasse
Sur le piquet de clôture.

Mêle-toi de ce qui te regarde
Convins les tiens
Que le sel du saloir
Permettra à la viande de cochon
D’aller jusqu’à l’Assomption.


1765

Plaies et bosses

Peluche de nuit
Opérant à visage découvert
M’avez permis d’être de guet
À contempler plaies et bosses
Au retour de l’histoire.

Histoire de mise à l’écart
Histoire grise de mémoires
À terre le nez dans la bouse
À contempler plaies et bosses
La dernière pluie d’outrages.

Mêlant le sang et la sangsue
Avons parcouru l’univers
Crevant bulles de savon
À contempler plaies et bosses
Sous les yeux rigolards des garçons.

Figé calmé colmaté même
L’horizon se tenait
Près du bois des lapins
À contempler plaies et bosses
Le graphe d’un plissement de soie.

Effet de lune basse
S’entendent dans la coursive
Quelques râles de nuit
À contempler plaies et bosses
Le parterre aux fruits mûrs.

Creuse et te tait
Magique effroi en chemise
Rassemblant ses effets
À contempler plaies et bosses
Le navire d’Edgar Poe.

Il se peut il se pourrait
Il se pourra
Que nous ayons des amis à dîner
À contempler plaies et bosses
Pour un quignon de pain verdi.

Mêle s’emmêle
Sans même s’en rendre compte
Les pièces jaunes tombant sur le carrelage
À contempler plaies et bosses
L’envers du temps qui passe.

Frimousse douce
En charmante compagnie
Le regard chassant les miasmes de l’oubli
À contempler plaies et bosses
Avons permis la revoyure.

Falaise indentée
Raclée par la mer des identités
Avons permis par la grâce d’un sourire
De contempler plaies et bosses
La joie d’un demi-siècle.

De chaleur et de lumières
Courtoisement disposées à même la pulsion
Entre la veille et le sommeil
Avons contemplé plaies et bosses
L’œuvre du miroir.

Et l’esprit de s’agiter
Dès la fonte des neiges
Laissant paraître au couchant
Plaies et bosses advenues
Au surplomb de notre existence.


1764