Je me souviens d’un certain vent

Je me souviens d’un certain vent
Qui avait mis les corps à l’envers
Au septénaire des nuits d’été
Que chacun cherchait à ramener à soi.

Il y avait de par l’estran
Les mirlitons de la pensée
Ces aficionados millésimés
D’un ordre nouveau pêle-mêle retrouvé
Sans qu’assène à coups de hache
En place publique
Le tout venant des morts vivants.

Puisse le korrigan errant
Laisser place aux sentiments
La main sur ton épaule
À pianoter quelques gouttes vermeilles
Comme on épelle les faits divers
En mesure caribéenne
Sur un tranchant de granite rose
À même les doigts gourds du garnement
Faisant saillir dentelle rêche
Entre les dents de la fourchette
Sans que le vent s’y mêle.


1770


Pensée d’éveil

Pensée d’éveil
Sous un évent andalou
Fabrique courage à l’enfant de toujours
Sans permettre au guilledou
La pulsion d’une demande en mariage
Prête à corrompre la douce algarade.

Fleur de potiron
Plastronnant au marché du dimanche
Flûte traversière de rigueur
Perçant les brumes matutinales
À l’encan des profondes vallées
Consumées par la lèpre tenace.

Claquement de doigt
Perce muraille des origines
Au sortilège fricassé
Faire bonne mesure
D’une portée de cris
Des écrits de glaise advenus.


1769


Ma femme de toutes les saisons


Plus de nuits à bord de l’Albatros
La noirceur a remplacé les étoiles
Même la mer ne mugit plus au fond des gouffres
Les pensées bleues se font toutes petites
L’enfant s’est réveillé tôt ce matin
Tout à trac les mains se sont retirées des poches
Les papiers froissés crient famine
La vitre est chargée de buée
On s’y prendra si mal
Que la corde de rappel pourrait casser.

Toi mon amie
Je ne te vois pas finir tes jours
Dans cette grande maison
Te vêtissant du charme des horizons perdus.

Sois nue
Pleine lune aboutie
À errer le long des golfes clairs
À quérir le galet des mots
Quand passent les elfes
Rencontrés trotte-menu
Aux portes de l'abondance.

Souris et me dis
Ta joie d’avoir rencontré le loup
Aux clairières des sources
Sans admonestation
Juste une caresse sur ta peau de lapereau
Le frisson venant après
Carrément soumis au bris du cadenas de l’esprit.

Puisses-tu doucement
Très doucement
Murmurer quelque mot d’amour
Langue contre langue
Fraîche perle de rosée
Dans les draps doux d’un matin de juillet
Ma mie aux doigts fins
De chaque nuit
La décoction bue
Sans perdre la raison
Ma femme de toutes les saisons.


1768



À grands pas

À grands pas
Il a marché dans le ciel
La tête en bas
Lèvres contre terre
Il a vaincu les sortilèges
Ses petites mains
Farfouillant l’horizon
En recherche de visions.

Éclos de prime abord
Au sortir des nuages
Il a commis le pire
L’esclandre et la romance
Ramassant pleines brassées
De quotients d’amour
Déposés là
Aux portes du souvenir.

Brusqueries filiformes
D’un éclair de saison
Se sont distinguées de l’oubli
Les postures vernaculaires
D’ordres et désordres oints
Courtisans patrimoniaux
Des acquis et requis
De la dernière heure.


1767

Paré de myrrhe

Paré de myrrhe
Le poing haut
Il longe les cicatrices
Le cœur léger
En chantant le gris de l’âme
Saltimbanque de circonstance
Sous l’ombre de lui-même.

Œuvrant de la clochette
Il a ouvert grands les rabats de son ouvrage
Laissant gercer le rêve
Des jours à venir
Offrande perpétuelle
À grands renforts de bugle
Sans l’ombre d’une intention.

Il y a feu dans les papiers froissés
Qu’amène la tourmente
En retour du souvenir
Passage de l’enfance à l’errance
Mélodie de faiblesse
Ourlant de paresse
L’outrance à servir de guide.

1766

Ce matin il fait beau

Ce matin il fait beau 
Les oiseaux chantent
Au loin les autos roulent
Juste le vrombissement
D’une moto.

Pas de vent
La tasse de chicorée
Trône sur le bloc de papier blanc
Je pousse le siège sous la table
Il fait bon frais.

La nuit passe
Reste le jour
Les lampadaires s’éteignent
Le camion poubelle arrive dans la rue
Les parents bougent de l’autre côté de la paroi.

Ma sœur dort encore
Aujourd’hui pas d’école
J’irai au patro
Jouer au foot
Avec les Saint Tarcise.

Une tourterelle roucoule
Puis se tait
Puis recommence
Il y en a deux maintenant
Dans l’amandier du jardin.

Un envol froisse le feuillage
Les doigts appuient sur le papier
La lampe encore allumée
Permet au stylo d’ajuster les mots
Sur l’interligne de la page.

La roucoulade se fait douce
Répétitive à souhait
Par la fenêtre ouverte
L’air débarbouille de fraîcheur
Le visage fripé par la nuit.

Je lève le nez
Il est presque six heures
Le siège grince
Mes jambes sont apaisées
Je passe ma langue sur les lèvres gercées.

Et s’il venait
Celui que je n’attends plus
Mais espère néanmoins
Pour qu’on arrête de dire
S’il est de toi ou pas.

Cet enfant
Ce rouquin de Lorraine
Qu’entre deux jets de pierre
Sur les murs du laminoir
J’entrevois la lueur.

Fissure large comme le bras
À retenir la brume matutinale
Dans le creux du vallon
Sans que le corbeau croasse
Sur le piquet de clôture.

Mêle-toi de ce qui te regarde
Convain les tiens
Que le sel du saloir
Permettra à la viande de cochon
D’aller jusqu’à l’Assomption.


1765

Plaies et bosses

Peluche de nuit
Opérant à visage découvert
M’avez permis d’être de guet
À contempler plaies et bosses
Au retour de l’histoire.

Histoire de mise à l’écart
Histoire grise de mémoires
À terre le nez dans la bouse
À contempler plaies et bosses
La dernière pluie d’outrages.

Mêlant le sang et la sangsue
Avons parcouru l’univers
Crevant bulles de savon
À contempler plaies et bosses
Sous les yeux rigolards des garçons.

Figé calmé colmaté même
L’horizon se tenait
Près du bois des lapins
À contempler plaies et bosses
Le graphe d’un plissement de soie.

Effet de lune basse
S’entendent dans la coursive
Quelques râles de nuit
À contempler plaies et bosses
Le parterre aux fruits mûrs.

Creuse et te tait
Magique effroi en chemise
Rassemblant ses effets
À contempler plaies et bosses
Le navire d’Edgar Poe.

Il se peut il se pourrait
Il se pourra
Que nous ayons des amis à dîner
À contempler plaies et bosses
Pour un quignon de pain verdi.

Mêle s’emmêle
Sans même s’en rendre compte
Les pièces jaunes tombant sur le carrelage
À contempler plaies et bosses
L’envers du temps qui passe.

Frimousse douce
En charmante compagnie
Le regard chassant les miasmes de l’oubli
À contempler plaies et bosses
Avons permis la revoyure.

Falaise indentée
Raclée par la mer des identités
Avons permis par la grâce d’un sourire
De contempler plaies et bosses
La joie d’un demi-siècle.

De chaleur et de lumières
Courtoisement disposées à même la pulsion
Entre la veille et le sommeil
Avons contemplé plaies et bosses
L’œuvre du miroir.

Et l’esprit de s’agiter
Dès la fonte des neiges
Laissant paraître au couchant
Plaies et bosses advenues
Au surplomb de notre existence.


1764