Carambolage des lumières

Carambolage des lumières
De la terre du ciment un peu d’herbes
Les couleurs claquent des doigts
L’enfant respire encore.

Le vieux gardien pleure
La trappe refermée
La fille chérie s’en est allée
Chaque jour glaner des trésors isolés.

Plus de cris
Et ne retiens
Que le petit billet doux
Que l’on glisse à la récré.

Bientôt
Comme dans les contes
Il faudra descendre de son siège
Jusqu’au sol des habitudes.

Alors s’éloigneront
Dans une bouffée de rires
Les jouets plastiques
Livrés aux flots de l’histoire.

On respire une odeur d’humidité
Dans la vasque des souvenirs
Des objets délocalisés
À tendre la main à la porte du lendemain.

Obélix s’est perdu
Dans ce fatras des circonstances
Où les choses ne savent pas
D’où ça vient.

Alors je dessine trois nuages
Sur la page blanche
Embarquement pour Cythère
D’une écriture pattes de mouche.

Construire le monde avec des mots
Pourvu que la pénombre
Ne soit pas trop épaisse
Dans le creux de ma main.

Tout vibre
C’est choisir qu’il nous faut
Ce qui fera la voie
Parmi les mosaïques.

À soutenir l’amour
L’écriture mène sa route
En lucidité et traits de caractère
À notre fenêtre de vie nôtre.


1759



Le gardien du seuil

Assigné
Au soleil des eaux
Alors que la branche s’enroule
Il me manque.

Ce rival tôt éteint
Ce fils des parades
En perte de dérision
Toute nudité à l’encan.

Bravade
Imputée à deux mains
Devant cette lampe sans regard
Cette hargne sans fumée.

Tendre l’arc
Sans la flèche
À cheval sur le tronc des mystères
Faire-part de jouissance.

Solitude en forêt
Écaille série d’écrits
En cours de chute
Biffés des ratures de l’esprit.

Feu d’histoires
Recousues à la veillée
Le Grand Homme me teint le langage
D’illustres enluminures à portée de mains.

Le poète forgeron dort
Dans l’arrondi de la parole
Sage contrition
D’avant le jet d’encre.

Parcelle d’ignorance
Remerciée par vives chaleurs
Rend la dette imparfaite
Sertie de ses pierres d’angle.

Point d’anecdotes
Juste le point d’émergence
Au vol des circonstances
Succède le geste herculéen.

Ciel gras d’amertume
Le contradictoire coexiste
Devant la montée d’un chant d’église
Hors exaltation.

Claque muraille
À marche forcée
Devant la cité des nuages
L’imagination se fait petite fille.

Pour Haletant
Au spasme des circonstances
D’un tôt matin
Appeler le gardien du seuil.


1758

Le petit forgeron

Au sein de l’humanité
Il y a le jour du Seigneur
Et celui de l’Homme
Le mandataire des choses à pourvoir
Quand s’avance invariable
L’aube qui vient.

Ses yeux ne peuvent oublier
Que rien ne vaut une vie
Aux entrailles propitiatoires assumées
Sans que se transmette
Aux confins du cercle prophétique
L’appel de la mémoire.

La vie comme un dialogue
Glissée hors d'une poignée de sable
En reliance avec le cœur de la Terre
Et tout s’évapore
Pour retomber fécond
Sur le socle de notre animalité.

Prunelles de jade
À portée de main
Changent notre vie quotidienne
Pour permettre à notre regard
De se porter hors de la frayeur
Et de l’incompréhension.

Tout se termine
Et tout se crée
Comme la mort d’un être
Par le plongeon dans le néant
Accès propitiatoire
De toute transformation.

Ouvrez les yeux
Ébranler le sacré de l’Être
Donner sa vie pour ses amis
Catapulter du bout des doigts
L’absolu de l’amour
Dans le corps déchiré.

Montons sur la montagne,
À dévisager le gardien du seuil
Au grand désarroi de nos proches
Permet la touche ultime
Du continuum de conscience
De faire face à l’Instant.

Invisible souffle
Où passer le temps
Jusqu’à l’autre rive
Augure du fleurissement de notre sang
Au plus vif de nos cris
Accueil délibéré du non-écho.

Entre eux
Il y a le risque d’être deux
Vision minérale
D’une découpe au chalumeau
Dans l’azur immense
De toute âme singulière.

Pleurer
Ficher le post-it à la racine des plaies
Silence sidéral créant l’Étoile
Libre et sans gêne
Où déposer sur le Visage
Le philtre de l’accolade.

En bout de nuit
Nous attendent les lueurs
Du nouvel ébranlement
Ce chant des oiseaux
Cadenassant le silence
De leurs traits de lumière.

Peau greulée par les coups de marteau
S’achève ainsi la comptine
Du petit forgeron cherchant
Hors de la routine
À maudire l’unique donation
Par l’ouverture à la transformation.


1755