Blanches et Bleues

Blanches et bleues

Tant d’heures se sont détachées d’elles

Pour nourrir de présence

Les années cumulées.

À l’envie

De paroles tu as régalé

L’air que nous respirons

L’eau de seltz à profusion.

De la famille

Peu de mots ont découlés

À soigner et guérir

L’écriture façonne le monde.

Avons chaussé de grandes bottes

Au cours de cette histoire

Pour funérailles en dernière instance

Claquer la langue devant Mère grand.

Cyniquement frêle

La papille rêche

Elle évalua le chemin à parcourir

Pour monter au mont d’Alambre.

Vent frais

Sur chevelure blonde

Ouvre la pensée

Comme huître perlière.

Le porc te salue bien bas

Porte close et museau rose

D’une finitude certaine

Le cri du coq au petit matin.

Queue-de-rat et Fente oblique

Ont engagé le retrait

D’un été caniculaire

Vers l’antre aux ours.

Me dit puis me la fait en douce

L’incartade frisa l’irréparable

Dans l’éclipse du soleil

Je tirai trois fois sur la cible molle.

Nés de père et de mère dissolus

L’eau devint glace

Aux cinquantièmes rugissants

Du vieil océan.

À fond de cale

Les corps blancs des miséreux

Dégageaient une odeur acre

Introït de l’au-delà.

Émergeaient sur la page de garde

Les mots d’attachements vertueux

Codicilles enfantins

À la lueur d’une bougie éternelle.

1775

Se voir

Se voir
Une dernière fois
Le soleil dans les yeux
Du bord de la falaise
Les rouleaux d’écume frappant la roche
En contemplant le chêne séculaire
Près le l’aire de dépiquage
Aux mystères du lieu.

Je t’informe
De ne pouvoir vivre sans tendresse
Parmi les nœuds de serpents
Qui animent la rivière
Et que le moindre frémissement
Sur les bas-côtés du chemin
Me jette dans un si grand effroi
Que je cours à perdre haleine.

J’ai parmi les ajoncs de la lande
Fourvoyé le bourgeon du printemps
Dans la fente rebelle
Sans que la Belle s’émeuve
Langage d'ordre qu’on rencontre parfois
Une fois l’an
Quand tout est permis
Sous la porte des granges.

Ma vie fût nette
Tel ergot de seigle
À conjuguer le poudroiement des siestes longues
Aux indolentes remontées des pinces de homard
Œuvrant à cœur ouvert le profond des nuits lascives
Sans que dehors il fasse froid
Comme dans une histoire d’amour
Sans histoire.

Tant d’heures passées
À chercher le droit du jour
Entre les frênes du Pradou
Moment de frêle attente
Parole restant dans le tiroir à pain
Pour miettes dispersées
Permettre aux poules une dernière becquée
Sur la terre battue des souvenirs.

Manquent à l’appel
Le roi et la reine de cœur
Dans l’herbe-là de la blessure d’amour
Emmaillotée d’une pensée de chair
Faisant souffrances aux commissures des lèvres
Joie et douleurs échangées
En respect des anciens
D’une pincée de clairs pleurs.


1774

De toute éternité

N’avoir de regard
Que pour ce qui est libre
Augure l’éclair de la vision.

Se livrer avec
Se montrer au centre de la nuit
Est anonyme plénitude.

Où défaite resplendissante
Sur la route des possibilités
Occasionne la fin de l’intelligence technicienne.

Consigner par la loi
Le désir inaltéré de l’offre
Cause dommage au ramage des origines.

Et de brasser le sang
Dans la cuve aux alcools
Ouvre l’écriture au paraître des sens.

La foi dont la vie est absente
Forme verrou pour le fœtus d’avant naissance
Insecte oublié sur la feuille qui tombe.

L’unité du monde est là
Ultime résolution de la révolte
À l’errance destinée.

Déchirer la demande
Il en restera les homoncules du savoir
Pourvu que le bouffon cadre le carcan.

Se dégager de l’endroit
À l’envers du pas
Conjoint le mot et la chose à l’échange.

Et de partir en exil de soi
Éblouissante lumière
Ferment de l'œuvre.

Et si se taire
De toute éternité
Est l’impossible retour.


1773

Comme un enfant

Comme un enfant 
Un enfant de quatre vingt ans
Qui tendrait la main à qui provient
À qui provient du lendemain.

Sœur à l’écoute des cendres
Que n’eusse été propice cette soirée
Hautement menée sous l’hospice
Des quatre vérités.

Au cru des intérêts privés
Il fallut négocier le pain et le vin
À la source même
Du ralentissement de l’esprit.

Majeure partie du tribut de vie
Aurions-nous ressenti
La morsure des attaches familières
Comme outrage fait à la matière.

Naguère point de vision
Juste l’oubli de l’invisible
Nous fît commettre quelques impairs
Par veulerie accoutumée.

Grande était la passion
Au sortir de la déraison
Où le son des matricules
Sonne comme un clairon.

Sa propre voix ignorée
Le pardon ressuscité
Rempli de sable
L’outre des habitudes.

Petites merveilles quotidiennes
À la sauce gribiche assaisonnée
Paraissent au meilleur des moments
Coquelicots sur le talus.

La valve ouverte étend son souffle
Le long du chemin
Jusqu’à expiration du lendemain
Sans impressionner son prochain.

Nourrir le cœur
Porter secours à l’autre
Agencer les draps de la chambre d’amis
Rend le pardon libérateur pour celui qui pardonne.

Faire la paix avec son histoire
Augure bonne saison
Pour les rencontres d’automne
Source de sagesse à qui demeure.

La solitude pleine de grâce
S’est ourlée de perles de rosée
Fleurs des champs au vent mêlées
Du développé d’une caresse.


1772

La vie file

Papa Maman
Fils et fille
Petits fils et petites filles
Les mirabelliers ont bien donné cette année
Et donneront encore
Les fruits du monde
Flétris pour certains
Plein de jus pour d’autres
Et encore bien petits pour d’autres encore.

La vie file
Les poissons mordent à l’hameçon
Les ours mangent les poissons
L’eau est froide
Revigorante même
Les galets roulent sous les pieds
J’aime l’eau moussue du torrent.

Les granges sont remplies de mystère
Fermées par de hauts ventaux
Échancrés par le bas
Où les pluies et frottements ont fait pourrir le bois.

Entrons
Le vide absolu
La terre battue n’a plus été foulée depuis longtemps
Des restes de paille subsistent dans les coins
Des outils agricoles encombrent le fond
Le silence sied à celui qui vient
Le passé soulève la poussière.

Cunégonde a rencontré son félibrige
Les lanternes de papier se balancent
Des choppes de bière s’entrechoquent
Montent des éclats de voix
Les rires fusent.

Plus de montre au poignet
Les yeux se plissent sous les feuilles du bananier
L’eau coule dans la rigole
Juste ce qu’il faut pour les poireaux
Pour entendre de bons mots
Monter sous les abat-sons de l’église.

1771

Je me souviens d’un certain vent

Je me souviens d’un certain vent
Qui avait mis les corps à l’envers
Au septénaire des nuits d’été
Que chacun cherchait à ramener à soi.

Il y avait de par l’estran
Les mirlitons de la pensée
Ces aficionados millésimés
D’un ordre nouveau pêle-mêle retrouvé
Sans qu’assène à coups de hache
En place publique
Le tout venant des morts vivants.

Puisse le korrigan errant
Laisser place aux sentiments
La main sur ton épaule
À pianoter quelques gouttes vermeilles
Comme on épelle les faits divers
En mesure caribéenne
Sur un tranchant de granite rose
À même les doigts gourds du garnement
Faisant saillir dentelle rêche
Entre les dents de la fourchette
Sans que le vent s’y mêle.


1770


Pensée d’éveil

Pensée d’éveil
Sous un évent andalou
Fabrique courage à l’enfant de toujours
Sans permettre au guilledou
La pulsion d’une demande en mariage
Prête à corrompre la douce algarade.

Fleur de potiron
Plastronnant au marché du dimanche
Flûte traversière de rigueur
Perçant les brumes matutinales
À l’encan des profondes vallées
Consumées par la lèpre tenace.

Claquement de doigt
Perce muraille des origines
Au sortilège fricassé
Faire bonne mesure
D’une portée de cris
Des écrits de glaise advenus.


1769


Ma femme de toutes les saisons


Plus de nuits à bord de l’Albatros
La noirceur a remplacé les étoiles
Même la mer ne mugit plus au fond des gouffres
Les pensées bleues se font toutes petites
L’enfant s’est réveillé tôt ce matin
Tout à trac les mains se sont retirées des poches
Les papiers froissés crient famine
La vitre est chargée de buée
On s’y prendra si mal
Que la corde de rappel pourrait casser.

Toi mon amie
Je ne te vois pas finir tes jours
Dans cette grande maison
Te vêtissant du charme des horizons perdus.

Sois nue
Pleine lune aboutie
À errer le long des golfes clairs
À quérir le galet des mots
Quand passent les elfes
Rencontrés trotte-menu
Aux portes de l'abondance.

Souris et me dis
Ta joie d’avoir rencontré le loup
Aux clairières des sources
Sans admonestation
Juste une caresse sur ta peau de lapereau
Le frisson venant après
Carrément soumis au bris du cadenas de l’esprit.

Puisses-tu doucement
Très doucement
Murmurer quelque mot d’amour
Langue contre langue
Fraîche perle de rosée
Dans les draps doux d’un matin de juillet
Ma mie aux doigts fins
De chaque nuit
La décoction bue
Sans perdre la raison
Ma femme de toutes les saisons.


1768



À grands pas

À grands pas
Il a marché dans le ciel
La tête en bas
Lèvres contre terre
Il a vaincu les sortilèges
Ses petites mains
Farfouillant l’horizon
En recherche de visions.

Éclos de prime abord
Au sortir des nuages
Il a commis le pire
L’esclandre et la romance
Ramassant pleines brassées
De quotients d’amour
Déposés là
Aux portes du souvenir.

Brusqueries filiformes
D’un éclair de saison
Se sont distinguées de l’oubli
Les postures vernaculaires
D’ordres et désordres oints
Courtisans patrimoniaux
Des acquis et requis
De la dernière heure.


1767

Paré de myrrhe

Paré de myrrhe
Le poing haut
Il longe les cicatrices
Le cœur léger
En chantant le gris de l’âme
Saltimbanque de circonstance
Sous l’ombre de lui-même.

Œuvrant de la clochette
Il a ouvert grands les rabats de son ouvrage
Laissant gercer le rêve
Des jours à venir
Offrande perpétuelle
À grands renforts de bugle
Sans l’ombre d’une intention.

Il y a feu dans les papiers froissés
Qu’amène la tourmente
En retour du souvenir
Passage de l’enfance à l’errance
Mélodie de faiblesse
Ourlant de paresse
L’outrance à servir de guide.

1766

La présence à ce qui s'advient