Tâche noire dans le ciel Tâche-toi de t’attacher Fermement aux fibres naturelles Inséparable flexion Du Réel dans l’Irréel Et de l’Irréel dans le Réel À mesure du chaos dialogique Puisant à mains nues Les pleurs du soleil D’avant l’encas de la nuit.
Au sein de l’humanité Il y a le jour du Seigneur Et celui de l’Homme Le mandataire des choses à pourvoir Quand s’avance invariable L’aube qui vient.
Ses yeux ne peuvent oublier Que rien ne vaut une vie Aux entrailles propitiatoires assumées Sans que se transmette Aux confins du cercle prophétique L’appel de la mémoire.
La vie comme un dialogue Glissée hors d'une poignée de sable En reliance avec le cœur de la Terre Et tout s’évapore Pour retomber fécond Sur le socle de notre animalité.
Prunelles de jade À portée de main Changent notre vie quotidienne Pour permettre à notre regard De se porter hors de la frayeur Et de l’incompréhension.
Tout se termine Et tout se crée Comme la mort d’un être Par le plongeon dans le néant Accès propitiatoire De toute transformation.
Ouvrez les yeux Ébranler le sacré de l’Être Donner sa vie pour ses amis Catapulter du bout des doigts L’absolu de l’amour Dans le corps déchiré.
Montons sur la montagne, À dévisager le gardien du seuil Au grand désarroi de nos proches Permet la touche ultime Du continuum de conscience De faire face à l’Instant.
Invisible souffle Où passer le temps Jusqu’à l’autre rive Augure du fleurissement de notre sang Au plus vif de nos cris Accueil délibéré du non-écho.
Entre eux Il y a le risque d’être deux Vision minérale D’une découpe au chalumeau Dans l’azur immense De toute âme singulière.
Pleurer Ficher le post-it à la racine des plaies Silence sidéral créant l’Étoile Libre et sans gêne Où déposer sur le Visage Le philtre de l’accolade.
En bout de nuit Nous attendent les lueurs Du nouvel ébranlement Ce chant des oiseaux Cadenassant le silence De leurs traits de lumière.
Peau greulée par les coups de marteau S’achève ainsi la comptine Du petit forgeron cherchant Hors de la routine À maudire l’unique donation Par l’ouverture à la transformation.
Si loin À trois pas dans l’alpage Parcourir les verstes larges Unique nectar D’un cœur en émoi Séparé de l’éternité Par quelque serment.
Chemin faisant Avons la nostalgie Des élans à l’abandon Sur les pentes tiennes D’un savoir mien Quand le souffle original Dispose ses onctions.
Avons rassemblé les sarments Aux nuages nimbant les cimes Voiles ailés Renouvelant l’errance Douleurs ravalées Strate sur strate D’une âme consumée.
Le glatissement de l’aigle A saveur de framboises Quand s’éveille la mémoire Féconde confidente Le long de la sente Des gentianes broutées Par la gente bovine.
Répondre oui À l’appel des cimes Dire que les regards se croisent Pour que la fonte des larmes Annonce la chute des séracs Au plus intime de soi D’une moraine vacillante.
Creuser le mystère Vide les attentes Sans salir la nappe blanche Offrande maintenue D’une main l’autre Reliant le doux visage Aux mannes de l’instant.
Mission D’aller chercher le rêve Au quantum de la romance Succession concernée De musiques douces amères Fondant pourfendant La rugosité des instincts.
Fenêtres ouvertes Sur la signification des signes Plus près de toi Mon cœur Avons conçu Ce qui danse Dans les reflets de lune.
Coucou c’est moi Le gentil fou des alpages Hélant une dernière fois Celui qui l’attend Cet organiste bien mis de sa personne Randonnant sans y paraître Au touche à touche de l’existence.
Je m’use Et musarde Effleurant au passage Les cotylédons des plantes grimpantes Tout juste sortis du printemps Ultime usage en terre promise De l’ordre en parousie.
Fil à fil La pièce de tissus défile Aux astreintes recluses De cette soirée de vague à l’âme Sans qu’opère le double élan de vie Comme perce-neige en hiver Déclinaison de l’innocence.
Mesure à temps Aux portes de bois de la commode Le peigne fin des circonstances Montrera patte blanche Et lèvres de cerise À qui saura boire la rosée du matin Toi, le conquistador de la Mancha.
Sur cette invisible vie où danse l’infini, L’autre versant du vide s’échappe de nous, Comme un souffle léger qui fuit entre les doigts, Un frêle esquif perdu dans l’océan des jours.
Des âmes éprises, tendues vers l’aurore, Cherchent à se hausser au-delà des contours, Vers ce trait pour trait où la lumière encore Monte l’écho d’un rêve au cœur de nos atours.
Une voix, un éclair, puis se tait la clameur, Sinon peut-être rien qu’un souffle, qu’un murmure, Un pas de plus vers l’ombre ou vers la chaleur, Un choix entre deux mondes, l’un lourd, l’autre pur.
Le temps s’étire en un fil ténu, fragile, Sur cette invisible vie où tout se confond, Entre deux infinis, l’un noir, l’autre agile, Où l’on croit saisir l’or et l’on ne prend que l’ombre.
Par-delà le silence, une plainte s’élève, Un cri étouffé qui monte des profondeurs, Comme un appel muet qui cherche sa sève Vers la lumière enfin, vers les cœurs en fleurs.
Et si tout n’était qu’un jeu de lumière, Un reflet éphémère sur le mur du temps ? Si l’autre versant du vide était chimère, Et que l’éternité n’était qu’un frisson ?
Pourtant, dans l’ombre où tout se perd et s’efface, Une voix murmure encore, obstinée, sereine : “L’autre versant du vide n’est qu’une trace, Un pas de plus vers toi.”
J’aime les femmes face à la lune, leurs silhouettes découpées dans l’argent des nuits, comme on trace une ombre au charbon sur un mur blanc. J’aime leurs yeux de chattes, pupilles dilatées où danse l’éclair d’un rire, griffe douce sous la soie des paupières. J’aime leurs pattes de velours, ces pas feutrés qui effacent les frontières entre le réel et le rêve égaré. Elles permettent des flâneries dérisoires, ces marches sans but où l’on se perd pour mieux se retrouver dans le creux d’un regard. Maîtresses des reproductions de la chair et de l’âme, elles sculptent l’instant, le suspendent, le transforment en une mélodie sans notes. Harenguières des halles, leurs voix portent les cris des marchés, le poids des mots échangés contre des promesses. En leur anatomie féline, le charme et l’esprit s’épousent, s’enlacent comme deux amants sous la lune. Unissant terre et ciel par leurs antennes dardées vers l’invisible, elles captent l’écho des mondes lointains, ces fils invisibles qui les relient à l’éternel. Être de lumière au fourreau de dentelles, elles dansent entre ombre et clarté, portant en elles l’aube et le crépuscule. Tête pensante aux doigts de fée, elles tissent des sorts avec des riens, des sorts qui guérissent ou ensorcellent. Pourvoyeuses de sensibles caresses, leurs mains sont des nids où se blottir, où l’on oublie le poids des jours. Tenant salon en leur chambre ensoleillée, elles y reçoivent les rêves et les idées folles, les y font danser jusqu’à l’aube. Réveilleuses du petit enfant en soi, elles soufflent sur les braises endormies, ravivent les jeux d’autrefois. À l’intellect supérieur cinglant vers les hautes neiges, elles grimpent, légères, vers les sommets de l’esprit, où l’air se raréfie et où tout devient possible. Obligeant à plonger dans l’héraldique au secret de leurs armoiries familiales, elles révèlent des blasons oubliés, des histoires cousues de fil d’or. Mettant la corde au cou ou le fil à la patte, elles choisissent leurs chaînes avec grâce, ou bien les brisent d’un éclat de rire. Tenancières du grand jeu du bonheur, elles en distribuent les dés et les cartes, avec une malice tendre. Compagnes joyeuses d’une quotidienneté soutenue, elles y glissent des éclats de magie, font de l’ordinaire un festin.