La vie tout simplement

La Vie
En rêve
Et en pensées
Pose les arcanes de la science
De contrainte en contrainte
Contre la paroi des chiroptères.

Pendu à même la roche
L’autorité personnelle
Au dessus de la vérité
Point de croix
Sur le tissage de l’esprit
Siège de la fantaisie.

Médecin de l’âme
Je suis et opère
De synchronicité en synchronicité
Tel que cela se fait
Bras dessus bras dessous
Avec les reflets.

Conscience réfléchissante
Je pompe le latent
Aux sources de la création
Discernant au fil du temps
Les métamorphoses de la tradition
Inflexions vives sans l’ombre d’un recul.

S’adapter
Tête en bas
Aux formes chrétiennes manifestées
Je mène devant le profane
La barque de la raison
Vers la profonde logique de l’âme.

S’agacent
Les vertiges de la causalité
Au flux et reflux
Des lampées de désir
Culture redoutée
Du pragmatisme présent.

Et l’homme de se lever
L’homme intemporel
L’homme terrestre
De l’espace et du temps le fils
Brillant métal irradié
Aux portes entrebâillées.

Fil à fil
Le probable continue d’exister
Au-delà de la mort physique
Dissocié
Cherchant dans la conscience
La lanterne magique des souvenirs.

Il me manque
L’organe périscopique
L’attelle de qui procède
Au moment de monter dans la charrette
L’effeuillement douloureux
De ce qui m’a permis d’être.

Je suis un vieillard cacochyme
L’adolescent éternel
Visiteur de cimetières
Zigzagant à même les tombes
Pupille de l’œil dilaté à l’extrême
Entre le diable et la vierge pure.

Je suis le frère
L’employeur portant la robe
De Merlin l’enchanteur
À même d’ériger
En fond de forêt
La légende des faits.

Se termine tête contre sol
Le filet de sang hors la parole des ans
Épousant chaos et dérives
Alors que je reviens au pays
Ad hominem
Tout simplement.


1762

L’œil doré

Œil doré
Œil adoré
Parfois d’un seul mot
Rêvé.

Respirer
Pour un unique signe
Et prendre du recul
Une dernière fois.

Choisir et choisir encore
Tout ou rien
Au plus profond de soi
À tisser le lien avec le monde.

Égaré en un lieu inconnu
L’enfant pleure
Écriture resserrée
Sur son doudou d’amour.

Besace emplie de mystères
Pour un voyage intérieur
Fragment après fragment
Vers le clown de service.

Croiser le regard
Quand les yeux
De basalte exquis
Scintillent à petits feux.

Missile
À mi-missel
La page est tournée
Sur la fureur insensée.

Balance ton nom
Sur la coulée d’un soir d’été
Comme bateau de lumière
Au pays de l’imaginaire.

Vestibule à franchir
Affaire de silence
En présence verticale
D’une voie à ouvrir.

Mesurer n’est pas jouer
Juste à contre-pied
De son propre aveu
La liberté à portée de main.

Puce à l’oreille
La peur se la fait belle
Quand passe en ferraillant
La scansion des jours meilleurs.


1761


Les petits riens à l’encan

Soigne ta moisissure
Au contact des lavandières
Sans renier le consensuel amour
À chanter dans le noir.

Blague et régale
Rigoletto de spectacle
Instant Paracelse des outrages
Créant l’opprobre absolu.

Crétines et fausses notes
À ne pas craindre de s’égarer
Alors que passe et repasse
Le train de 14 h 30.

Ces petits riens sont le tout
Des talonnades rêches
Sur le parquet des commémorations
En prime à la remise des prix.

Ressasse et fais commerce
Des douceurs généreuses
Sans tricher en silence
Pour quelques malentendus imbéciles.

Les balises s’écroulent
Le commun relève le gant
Point de vue d’une innocence
Aux hurlements salutaires.

Je ne sais plus que sourire
Au bouchon de liège
Flottant sur le texte à venir
D’une pantalonnade héroïque.

Miss Monde tourne la page
Elle n’est pas d’accord
Ce soir de s’encorder
Juste pour entonner l’hymne des anges.

Au-delà de ce qu’ils sont
Ils ont monté le chapiteau
Forts des hurlements salutaires
Telle hulotte de pacotille.

Ta main vite ta main
Ravalons nos salives
Soyons le lait et le lard
Du désordre amoureux.

Sereine nuit
À l’intimité soulevée par la brise
Ligne Maginot implosée
Sous les petits riens à l’encan.


1760

Carambolage des lumières

Carambolage des lumières
De la terre du ciment un peu d’herbes
Les couleurs claquent des doigts
L’enfant respire encore.

Le vieux gardien pleure
La trappe refermée
La fille chérie s’en est allée
Chaque jour glaner des trésors isolés.

Plus de cris
Et ne retiens
Que le petit billet doux
Que l’on glisse à la récré.

Bientôt
Comme dans les contes
Il faudra descendre de son siège
Jusqu’au sol des habitudes.

Alors s’éloigneront
Dans une bouffée de rires
Les jouets plastiques
Livrés aux flots de l’histoire.

On respire une odeur d’humidité
Dans la vasque des souvenirs
Des objets délocalisés
À tendre la main à la porte du lendemain.

Obélix s’est perdu
Dans ce fatras des circonstances
Où les choses ne savent pas
D’où ça vient.

Alors je dessine trois nuages
Sur la page blanche
Embarquement pour Cythère
D’une écriture pattes de mouche.

Construire le monde avec des mots
Pourvu que la pénombre
Ne soit pas trop épaisse
Dans le creux de ma main.

Tout vibre
C’est choisir qu’il nous faut
Ce qui fera la voie
Parmi les mosaïques.

À soutenir l’amour
L’écriture mène sa route
En lucidité et traits de caractère
À notre fenêtre de vie nôtre.


1759



Le gardien du seuil

Assigné
Au soleil des eaux
Alors que la branche s’enroule
Il me manque.

Ce rival tôt éteint
Ce fils des parades
En perte de dérision
Toute nudité à l’encan.

Bravade
Imputée à deux mains
Devant cette lampe sans regard
Cette hargne sans fumée.

Tendre l’arc
Sans la flèche
À cheval sur le tronc des mystères
Faire-part de jouissance.

Solitude en forêt
Écaille série d’écrits
En cours de chute
Biffés des ratures de l’esprit.

Feu d’histoires
Recousues à la veillée
Le Grand Homme me teint le langage
D’illustres enluminures à portée de mains.

Le poète forgeron dort
Dans l’arrondi de la parole
Sage contrition
D’avant le jet d’encre.

Parcelle d’ignorance
Remerciée par vives chaleurs
Rend la dette imparfaite
Sertie de ses pierres d’angle.

Point d’anecdotes
Juste le point d’émergence
Au vol des circonstances
Succède le geste herculéen.

Ciel gras d’amertume
Le contradictoire coexiste
Devant la montée d’un chant d’église
Hors exaltation.

Claque muraille
À marche forcée
Devant la cité des nuages
L’imagination se fait petite fille.

Pour Haletant
Au spasme des circonstances
D’un tôt matin
Appeler le gardien du seuil.


1758

Le petit forgeron

Au sein de l’humanité
Il y a le jour du Seigneur
Et celui de l’Homme
Le mandataire des choses à pourvoir
Quand s’avance invariable
L’aube qui vient.

Ses yeux ne peuvent oublier
Que rien ne vaut une vie
Aux entrailles propitiatoires assumées
Sans que se transmette
Aux confins du cercle prophétique
L’appel de la mémoire.

La vie comme un dialogue
Glissée hors d'une poignée de sable
En reliance avec le cœur de la Terre
Et tout s’évapore
Pour retomber fécond
Sur le socle de notre animalité.

Prunelles de jade
À portée de main
Changent notre vie quotidienne
Pour permettre à notre regard
De se porter hors de la frayeur
Et de l’incompréhension.

Tout se termine
Et tout se crée
Comme la mort d’un être
Par le plongeon dans le néant
Accès propitiatoire
De toute transformation.

Ouvrez les yeux
Ébranler le sacré de l’Être
Donner sa vie pour ses amis
Catapulter du bout des doigts
L’absolu de l’amour
Dans le corps déchiré.

Montons sur la montagne,
À dévisager le gardien du seuil
Au grand désarroi de nos proches
Permet la touche ultime
Du continuum de conscience
De faire face à l’Instant.

Invisible souffle
Où passer le temps
Jusqu’à l’autre rive
Augure du fleurissement de notre sang
Au plus vif de nos cris
Accueil délibéré du non-écho.

Entre eux
Il y a le risque d’être deux
Vision minérale
D’une découpe au chalumeau
Dans l’azur immense
De toute âme singulière.

Pleurer
Ficher le post-it à la racine des plaies
Silence sidéral créant l’Étoile
Libre et sans gêne
Où déposer sur le Visage
Le philtre de l’accolade.

En bout de nuit
Nous attendent les lueurs
Du nouvel ébranlement
Ce chant des oiseaux
Cadenassant le silence
De leurs traits de lumière.

Peau greulée par les coups de marteau
S’achève ainsi la comptine
Du petit forgeron cherchant
Hors de la routine
À maudire l’unique donation
Par l’ouverture à la transformation.


1755

Mousseline anonyme

Viens
Ne te renie pas
Sois là tout simplement.

Que je t’emmène
Où la chair est faible
Et que l’instinct fait exploser.

Passer par le chas de l’aiguille
Un dernier regard
À la scène primordiale.

Figure-toi
Que tu es l’homme
Que tu es la femme.

Ne compte ni sur l’un ni sur l’autre
Écoute
Vois.

Derrière la porte
Tu es là
Et il y a la loi.

Tout ça pour toi
Le cri de joie
Bien avant que tu sois, toi.

Finalement ils eurent beaucoup d’enfants
La nuit les enveloppa
Avant le jour qui ne demandait qu’à naître.

Sur l’île des Cygnes
Un matin de dimanche
Tu as shooté sur les cailloux.

Jusqu’au pont de Grenelle
L’eau de la Seine
S’est parée de liberté.

Tout s’est écroulé
De larges plaies béantes
Ont élargi le trou.

J’ai bu dans le bol ébréché
Sur la table cirée
Le breuvage du matin.

Se lever
Retourner dans la chambre
Où ma femme dort encore.

L’enfant est mort
Côté jardin un oiseau s’envole
Vers le mur de parpaings.

Je m’assois
Le café finit de refroidir
Le silence joue de la trompette.

La plante verte toujours là
Dans son pot imitation granito
Sur le tabouret de Modigliani.

Ma tête éclate
J’erre dans la cuisine
Où rien ne bouge.

Nous nous sommes mariés il y a quelques mois
Et avons fait le tour de la piste
Les chevaux hennissant sur le sable de l’arène.

Les poubelles passent
Les bacs de plastique raclent le trottoir
Une morsure dans le calme de la rue.

Retourner dans la chambre
Veiller le mort
Orgasme échancré dans les draps froissés.

Sortir sur le perron
La rue déserte
Laisse cliqueter un vélo rouillé.

Il fait froid
Rentrer mettre un pull
Agiter les bras comme un sémaphore.

Fluidité du temps qui passe
Sur le quai de la gare
Un mouchoir blanc s’agite.

Il faudra prendre le train
Se lover dans l’odeur acre des cigarettes
Et penser à l’autre.

Carmine devait naître vers la Noël
D’une main douce la mort l'a saisi
Comme une page que l’on tourne.

Effleurer l’émotion
Fait courber la feuille de l’arbre
Sous les pleurs de l’averse.

Marmite de géant gargouillante
Roulant pierres graves
Brise l’écho de la souffrance.

Fissure dans le mur de la maison
Oblige à fusionner l’ordre et la manière
De s’éloigner de ce pas.

Suit le choc des choppes de bière
De l’autre côté de la porte palière
À la santé d’une mémoire évidée.

Plus grand que nature
Au risque d’alourdir ses poches
Tintent les pièces de monnaie du passé.

J’avais sept ans
Le berceau vide près de l’entrée
Vibrait d’une mousseline anonyme.



1754

Trois pas dans l’alpage

Si loin
À trois pas dans l’alpage
Parcourir les verstes larges
Unique nectar
D’un cœur en émoi
Séparé de l’éternité
Par quelque serment.

Chemin faisant
Avons la nostalgie
Des élans à l’abandon
Sur les pentes tiennes
D’un savoir mien
Quand le souffle original
Dispose ses onctions.

Avons rassemblé les sarments
Aux nuages nimbant les cimes
Voiles ailés
Renouvelant l’errance
Douleurs ravalées
Strate sur strate
D’une âme consumée.

Le glatissement de l’aigle
A saveur de framboises
Quand s’éveille la mémoire
Féconde confidente
Le long de la sente
Des gentianes broutées
Par la gente bovine.

Répondre oui
À l’appel des cimes
Dire que les regards se croisent
Pour que la fonte des larmes
Annonce la chute des séracs
Au plus intime de soi
D’une moraine vacillante.

Creuser le mystère
Vide les attentes
Sans salir la nappe blanche
Offrande maintenue
D’une main l’autre
Reliant le doux visage
Aux mannes de l’instant.


1753

La présence à ce qui s'advient