Ce matin il fait beau Les oiseaux chantent Au loin les autos roulent Juste le vrombissement D’une moto.
Pas de vent La tasse de chicorée Trône sur le bloc de papier blanc Je pousse le siège sous la table Il fait bon frais.
La nuit passe Reste le jour Les lampadaires s’éteignent Le camion poubelle arrive dans la rue Les parents bougent de l’autre côté de la paroi.
Ma sœur dort encore Aujourd’hui pas d’école J’irai au patro Jouer au foot Avec les Saint Tarcise.
Une tourterelle roucoule Puis se tait Puis recommence Il y en a deux maintenant Dans l’amandier du jardin.
Un envol froisse le feuillage Les doigts appuient sur le papier La lampe encore allumée Permet au stylo d’ajuster les mots Sur l’interligne de la page.
La roucoulade se fait douce Répétitive à souhait Par la fenêtre ouverte L’air débarbouille de fraîcheur Le visage fripé par la nuit.
Je lève le nez Il est presque six heures Le siège grince Mes jambes sont apaisées Je passe ma langue sur les lèvres gercées.
Et s’il venait Celui que je n’attends plus Mais espère néanmoins Pour qu’on arrête de dire S’il est de toi ou pas.
Cet enfant Ce rouquin de Lorraine Qu’entre deux jets de pierre Sur les murs du laminoir J’entrevois la lueur.
Fissure large comme le bras À retenir la brume matutinale Dans le creux du vallon Sans que le corbeau croasse Sur le piquet de clôture.
Mêle-toi de ce qui te regarde Convins les tiens Que le sel du saloir Permettra à la viande de cochon D’aller jusqu’à l’Assomption.