Mousseline anonyme

Viens
Ne te renie pas
Sois là tout simplement.

Que je t’emmène
Où la chair est faible
Et que l’instinct fait exploser.

Passer par le chas de l’aiguille
Un dernier regard
À la scène primordiale.

Figure-toi
Que tu es l’homme
Que tu es la femme.

Ne compte ni sur l’un ni sur l’autre
Écoute
Vois.

Derrière la porte
Tu es là
Et il y a la loi.

Tout ça pour toi
Le cri de joie
Bien avant que tu sois, toi.

Finalement ils eurent beaucoup d’enfants
La nuit les enveloppa
Avant le jour qui ne demandait qu’à naître.

Sur l’île des Cygnes
Un matin de dimanche
Tu as shooté sur les cailloux.

Jusqu’au pont de Grenelle
L’eau de la Seine
S’est parée de liberté.

Tout s’est écroulé
De larges plaies béantes
Ont élargi le trou.

J’ai bu dans le bol ébréché
Sur la table cirée
Le breuvage du matin.

Se lever
Retourner dans la chambre
Où ma femme dort encore.

L’enfant est mort
Côté jardin un oiseau s’envole
Vers le mur de parpaings.

Je m’assois
Le café finit de refroidir
Le silence joue de la trompette.

La plante verte toujours là
Dans son pot imitation granito
Sur le tabouret de Modigliani.

Ma tête éclate
J’erre dans la cuisine
Où rien ne bouge.

Nous nous sommes mariés il y a quelques mois
Et avons fait le tour de la piste
Les chevaux hennissant sur le sable de l’arène.

Les poubelles passent
Les bacs de plastique raclent le trottoir
Une morsure dans le calme de la rue.

Retourner dans la chambre
Veiller le mort
Orgasme échancré dans les draps froissés.

Sortir sur le perron
La rue déserte
Laisse cliqueter un vélo rouillé.

Il fait froid
Rentrer mettre un pull
Agiter les bras comme un sémaphore.

Fluidité du temps qui passe
Sur le quai de la gare
Un mouchoir blanc s’agite.

Il faudra prendre le train
Se lover dans l’odeur acre des cigarettes
Et penser à l’autre.

Carmine devait naître vers la Noël
D’une main douce la mort l'a saisi
Comme une page que l’on tourne.

Effleurer l’émotion
Fait courber la feuille de l’arbre
Sous les pleurs de l’averse.

Marmite de géant gargouillante
Roulant pierres graves
Brise l’écho de la souffrance.

Fissure dans le mur de la maison
Oblige à fusionner l’ordre et la manière
De s’éloigner de ce pas.

Suit le choc des choppes de bière
De l’autre côté de la porte palière
À la santé d’une mémoire évidée.

Plus grand que nature
Au risque d’alourdir ses poches
Tintent les pièces de monnaie du passé.

J’avais sept ans
Le berceau vide près de l’entrée
Vibrait d’une mousseline anonyme.



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