Les polarités de la réalisation

 

Sur le pont aux parapets  
de crépi écaillé genre perroquet    
des cadenas fleurissaient    
sous l'œil d'un soleil carnassier.        
 
Des voix s'élevaient des rives    
sanguines cinglantes échappées   
sous la frondaison vibrante    
des bois en bordure de rivière.        
 
Sagement repris au débotté    
d'une touche fine de verts affirmés   
l'homme-peintre    
manœuvrait son orchestre de couleurs.      
 
Des cyclistes passèrent    
dans un cliquetis de dérailleurs    
propre au dos d'âne de l'ouvrage    
sans mot dire casquettes bien en place.        
 
La forme blanchâtre de l'escarboucle    
frôla les arches gallo-romaines    
dont la chevelure d'algues    
à même l'onde filait guimauve.        
 
Les têtes des femmes-chœur    
jaillirent en bord de berges    
accompagnées d'une armée de violons    
sous la conduite du maître-coudrier.        
 
Soliloque en phase basse    
la voix grave de l'homme des contrées profondes    
souffla sur les volutes de brume se délitant    
devant le trait bleu du martin-pêcheur.        
 
La corne de brume    
racla le fond de scène    
pour faire apparaître un faisceau d'arguments    
piquant le décor d'un lacis aux mailles serrées.       
 
L'homme-peintre se recula    
du carré réceptacle du tout-venant    
pour esquisser pipe aux lèvres    
un rictus circonspect.        
 
S'emparèrent de l'instant    
les âmes sapientiales    
au front fort des métaphores    
dans leur prise de distance innocente.        
 
Discernant un passage dans la berge    
le sanglier jaillit sur les galets    
grattant du sabot    
le chant des partisans.        
 
Se lever    
dresser le pavillon des circonstances    
pour au plus prêt    
rassembler les polarités de la réalisation.        
 
 
 758
 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.