Au plein emploi de soi . 2

Au plein emploi de soi
Vierge à l’enfant adjuvante
Au mirage des intentions
À l’admonestation des mauvaises pensées
À l’arrêt des génuflexions.

Pour te dire
Que la belle vie rebondit
À tous les carrefours
Et que l’âme contenue ou pas
Se fond dans la Désirade des fonctions.

Prenez-place
Accomplissez l’œuvre des dix huit cierges
Pour élever la foi du charbonnier
Par des chants incandescents
Jusqu’aux cintres de la croisée.

Fissures au cœur
Les genoux tremblants
Gorge serrée
Priez pour ceux qui attendent
La dernière onction.

Il écarta les piliers
Et chues sur la dalle surannée
Les croyances et bénédictions
À point nommé
Le jour de l’Élévation.

Les prés reverdiront
Parsemés de jonquilles et de narcisses
Autour du lieu sacré de notre enfance
Où la sortie en procession
Fit frissonner les peupliers.

La crypte ouverte pour l’heure
Les gerbes de blé furent jetées
Dans un bruissement de paille
Reflet chatoyant de la Saint-Jean
Contre la solitude des sans-lois.

Grimoire déposé sous le porche
Engendre vertige des mots
Contre les parois couvertes de chaux
Éveil en fin de chapelet
D’un soupir de satisfaction.

Finalement nous vîmes venir à nous
Les enfants de l’aube
Enclins à dévaler bruyamment les escaliers
Pour offrir leurs doux visages
Aux images pieuses de la tradition.

Engoncés dans l’alcôve
Hasardant une main chaude
Sous le vêtement découvert
Ils eurent bien du courage
De porter en paradis le délicieux ouvrage.

Recluse au milieu du pont
Elle reçut l’enfant-roi
À midi moins le quart
Sans que les gardes interviennent
Énigme couverte par le silence des agneaux.

Apaisé
Le matin gris des convenances piétiné
Il promit de ne plus émouvoir
Les officiants et pèlerins du dimanche
Prompts au sacre du printemps.


1744


Les petites lumières vibrantes

C’était un soir
Comme on n’en avait jamais vu
Un soir meilleur et médiocre à la fois
Pour les vers luisants du fond des âges
Jusqu’à épouser
Les manifestations de la beauté.

Dans une autre vie
Ils s’étaient remis en marche
Avec pour but le bonheur
Mais que cette fois-ci
Ce serait vécu dans la vérité
Un pas de plus vers la bizarrerie aimable.

Le futur était leur longue marche
Où capable du pire
Ils s’étaient enquis du passage de la crevasse
Source de renouveau
Pour ces êtres de savoir
Prêts à réintégrer leur nature véritable.

Ils ne mourraient pas
Juste un peu malade
Quand leurs occupations habituelles
Les terrassaient en fin de journée
Où bien malgré eux
Il fallait retrouver la maison.

Ne vous éloignez pas du bord
Sachez tenir tête droite
Devant les choses singulières
Soyez ferme devant le plaisir charmant
La joie est à ce prix
Hors de la preuve point de salut.

Prendre n’a jamais laissé l’autre démuni
La route est longue et déjà là
De sorte que bien penser
Légitime le porteur d’esprit
Jusqu’aux portes de la vertu
Manne aux petites lumières vibrantes.


1743


Le visage collé à la vitre

Je pardonne
Sans renier les faits
Couché au fond d’un lit d’hôtel
À portée d’oreille d’une sonate.

Je mens
Et ne suis au feu de la mémoire
Que suie persistante
Au buisson ardent des sollicitations.

À touche-touche
Avec les nuages
Je recèle au double de mon visage
Le muguet d’amour d’un mirage.

Et me refais parfois
Le portrait
Vitraux pulvérisés
Par le tic-tac de l’horloge.

Pour toujours
L’enfant timide
S’est garé pouce levé
D’une conduite à risques.

Le grand dadet
Perdu en bord de route
Monta dans la charrette
À l’heure dite.

Creuser à la pelle
Atteindre l’eau
Puis s’en aller devant l’offre du jour
Pour moins que ça.

Promis qu’après l’écrit
Nous monterons sur l’échafaud
Rabibocher les têtes de nos chevaux
Au plus prêt des mots.

Filaments de brume
En bord de prairie
Amène le petit garçon
À déposer à terre son sac d’école.

Feuilleter le livre
Au petit bonheur la chance
Émonde le quotidien
Des bonnes manières.

Fasse la part du jour
Au médian de la nuit
Faire rouler batterie de casseroles
Sur le carrelage de la cuisine.

Le pont entre toi et moi
Occasionne tout partout
Buée de mai
Le visage collé à la vitre.


1742

S’il vint

Petit Pierre en pendulaire
A monté rose blanche à la main
Le chemin de Palente
Sans que surgissent
Nuitamment
Les ordres en capuches
Poussières de hasard
Des brimborions de l’esprit
Au déroulé de nos pensées.

S’il vint
C’était déjà demain
Surgit sur le devant
De notre maison de paille
À ne pouvoir saisir la poigne du destin
D’une raison de pacotille
Élan gourmand d’un recul des instincts
Hors saison sans que revienne
La flèche du passé.

Sériée dans le verbiage des hautes terres
La ville aux portes noires
Se tenait sombre partisane
Aux alentours du cercle de feu
Jouets des mille et une nuits
Rejetés en bord de rivage
Sacs et barriques crevées
Laissant à vau l’eau
Le cartulaire des heures vécues.

Prête-moi ta main
Dame blanche
Ressurgie sous le dais du drap d’or
Le cœur essaimant au hasard
La poudre des occurrences
Mots de prêt-à-porter
Vacillant de prime d’abord
Sous la charpente des granges
Lunules ouvertes aux onctions du soleil.

Revenu de l’enfance
Enserrant par le licol
Les monstres des profondeurs
Il est passé virevoltant
Mufle humide et œil d’Aubrac
Le chapeau circassien sur le crane
À pourfendre
Diction claire d’un franc-parler
Le roc barrant l’accès à la cérémonie
Des mots ardents du buisson des merveilles.

Le ciel s’est embrasé
Des fonds marins sont montées
Les céramiques de l’antique commerce
À parcourir le labyrinthe
Au cœur des cathédrales
Accueil vestibulaire du souffle du dragon
Culbutant à propos
Les fresques enturbannées de l’oubli
Mon fils en parousie.


1741