Se voir

Se voir
Une dernière fois
Le soleil dans les yeux
Du bord de la falaise
Les rouleaux d’écume frappant la roche
En contemplant le chêne séculaire
Près le l’aire de dépiquage
Aux mystères du lieu.

Je t’informe
De ne pouvoir vivre sans tendresse
Parmi les nœuds de serpents
Qui animent la rivière
Et que le moindre frémissement
Sur les bas-côtés du chemin
Me jette dans un si grand effroi
Que je cours à perdre haleine.

J’ai parmi les ajoncs de la lande
Fourvoyé le bourgeon du printemps
Dans la fente rebelle
Sans que la Belle s’émeuve
Langage d'ordre qu’on rencontre parfois
Une fois l’an
Quand tout est permis
Sous la porte des granges.

Ma vie fût nette
Tel ergot de seigle
À conjuguer le poudroiement des siestes longues
Aux indolentes remontées des pinces de homard
Œuvrant à cœur ouvert le profond des nuits lascives
Sans que dehors il fasse froid
Comme dans une histoire d’amour
Sans histoire.

Tant d’heures passées
À chercher le droit du jour
Entre les frênes du Pradou
Moment de frêle attente
Parole restant dans le tiroir à pain
Pour miettes dispersées
Permettre aux poules une dernière becquée
Sur la terre battue des souvenirs.

Manquent à l’appel
Le roi et la reine de cœur
Dans l’herbe-là de la blessure d’amour
Emmaillotée d’une pensée de chair
Faisant souffrances aux commissures des lèvres
Joie et douleurs échangées
En respect des anciens
D’une pincée de clairs pleurs.


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