Porte ouverte sur demain Patère pour habits d’antan Rien ne valait plus que ce feu en milieu de prairie Croquant hurlant les chants de jouvence Des anciens aux visages creusés.
C’est alors que jaillit l’homme au manteau de cuir L’esprit de la nuit profonde Graillant de sa voix rauque Les brûlots assemblés près de l’enceinte sacrée Êtres de lumière à longue chevelure.
Je changeais d’état de conscience Pour me fondre dans l’obscurité Et agitant les herbes sèches à grelots Aller rejoindre l’assemblée des hommes Où casser des pierres avec le marteau au long manche Les mains huilées par la graisse des animaux Marquant au passage l’alpha et l’oméga sur le tronc des bouleaux D’un fer brûlé de graisse fumante Effarouchant le groupe des femmes Rejetées en périphérie Poitrine tombante cheveux en désordre bras nus Enchifonnées de végétaux bruissants.
Je brandissais le bâton d’automne Devant le défilé De trépas en trépas D’ombres dont les paroles gutturales S’échappaient à petits bruits du chas de l’aiguille Ardeur concassée par la souffrance Issue des épines d’acacia plantées sous la plante des pieds.
Courage les jeunes ! Il sera toujours temps d’étendre les draps de la Sain-Jean Sur l’herbe du Pradou Accueil annuel du trousseau de mariage Manié avec respect Au sortir de la bassine de cendres dévorées par l’eau de la fontaine Du temps où l’ordre avait été donné De taire les histoires anciennes Puis de ranger ses souliers sous les vêtements de l’entrée Auprès des lourds sabots Qui là présents de toute éternité Marquaient le souvenir du vieux Du très vieux de la famille Dont l’histoire ne me fût jamais contée.
Courage le guerrier ! Fouaille le brasier de ton bâton Secoue la cendre Mets le rouge vif en évidence Rassemble vers le centre les branches projetées sur le côté Contemple les flammes ravivées Pour dans le silence alors revenu Baisser le rideau des attractions Et laisser place à la scène des instincts humains Êtres chétifs se poussant du coude Pour apparaître dans la lumière Se coupant la parole Enjambant quelque obstacle Se fondant l’un dans l’autre S’escaladant pour être le premier Apparaissant furtivement l’espace d’un coup d’œil Disparaissant sans qu’on y prenne garde Pour laisser place au glissement de deux éléments carbonisés Au profond du foyer Immobilité en fin de parcours Pour être le « Feu ».
Laisser la vision venir Celle du tout venant Assister à la danse des corps nus Peaux ruisselantes de sueur Bras et jambes se croisant Au rythme des chevelures giflant les visages Les yeux aux rires offerts Bouches ouvertes à l’avenant Les mains au touche-à-touche des rencontres Faisant saillir des rondeurs de désir Avec force de petits cris Et de grosses voix graves Qu’un écho modelait au gré du souffle des origines.
Fenêtre ouverte Volets de bois claquant contre le mur J’ai entendu les cigales En cette matinée bien avancée De chaleur écartant l’ombre De touchettes par bonds dérangeant les insectes Les coudes posés sur le rebord de pierre À brasser l’œuvre Dans le creuset des idées Au banc des situations Desquamant le corps de ses substances hors d’âge Effilant la levée des émotions d’une orchestration juste. Sans reflet obséquieux Mais avec plein d’harmoniques À même de leur déflagration Faire saillir le linga des turbulences Déplier le yoni des sources Promptes à s’accoupler avec l’offre de circonstance Joue contre joue Esquisser un regard par la plume Sur le papier blanc Voir revoir entrevoir l’appel des orifices Contraints au rebouchage contrarié Par les riants amants de l’ondée renouvelée Unis par le charme du berger de l’Être Aptes à promouvoir l’œuf premier.
Marquer de substances de sang et de sueur Les entrées sorties Au plaisir des dames et messieurs Clamant à vive voix Que la vie est belle Que la terre est ronde Et qu’à portée de mains Le demain sera fait du rien de la veille Chiens perdus sas collier S’en remettant aux humains Pour relents de tendresse inassouvie Pactiser avec l’amour Sous le masque contrarié des faiseurs de miel Aptes d’élever les abeilles dans des ruches préformées Où des drones de lumière Pourront à force de quitter le droit chemin Proroger la force et la fureur Des accoutrements de pacotille Sans que langue ne pende Au changement d’horaire Animalcules issus de l’arc-en-ciel Filtrant la pluie hors du sel des mers Nausée du matin d’après bringue repoussée aux calendes Pourront oser complaisamment Orner de points de suspension L’ordre métronomique de la compromission.
Affaire conclue À bouche décousue Laisser passer la langue Dents blanches sur le devant Pour évoquer paroles de flèches empoisonnées Le contenu douceâtre de la liqueur dernière Breuvage suédois que le vent parsèmera sitôt l’assemblée levée.
Reste la pierre Calcinée Mais à moitié consumée Refuge d’un regard concerné Aux marbrures griffées Veines de la présence enfumée Des tisseurs de mots patentés Aptes à chanter le soir à la veillée Les stridences émerveillées Du doux écoulement de l’eau pure Ultime coulure d’entre nos doigts disjoints Passage à pattes de renard Dans l’ombre de soi-même D’une rive l’autre Au cours des choses de la beauté.
Flexibule bulle Au carré d’as Des os posés là Sur le cairn aux douces primevères Prisme secourable En retour de sacerdoce Du vrai du doux De l’admission en paradis De l’hurluberlu velu Éperdu de caresses Ravissant par son ingénuité Le cœur rose des générations à venir.
Mission accomplie Les pêcheurs replièrent gaules et paniers Pour quitter berges et rires des grenouilles Attirés subjugués captés Par l’odeur d’un feu de bois Précautionneusement entretenu Et abondé de victuailles Par dames patronnesses Maîtresses du Foyer À feu et flammes contenus densément Prêtresse du Buisson Ardent Ourdi d’humanité.