Suivre le torrent, c’est obéir à l’appel d’une voix sans corps, un écho qui gronde sous les pierres. Il trace son sillon comme une cicatrice dans la montagne, et nous y glissons, pieds nus sur les galets froids.
Une ouverture dans la montagne — une bouche noire, béante, qui avale la lumière du jour.
On s’y engouffre, le souffle court, les mains tendues devant soi comme pour deviner l’invisible. Marcher dans le souterrain. L’obscurité est une peau épaisse, humide, vivante.
On y avance, guidé par l’écho de nos pas, jusqu’à ce que, sur le mur suintant, un visage se dessine. Ce n’est pas le nôtre. C’est celui de l’ombre, ou peut-être d’un dieu oublié, aux traits rongés par le temps.
Ses yeux luisent, deux braises dans la nuit, et on comprend : ici, tout se répond, la pierre, l’eau, et nos silences.
La confiance ? Elle est ce fil ténu qui nous relie encore à la surface.
On serre les dents, on avance, jusqu’à ce que, soudain, Déboucher sur la grande prairie.
Le vent s’y engouffre, soulève les herbes, emporte nos dernières craintes.
Le soleil, lui, tombe en pluie dorée sur nos épaules courbées.
Un cheval noir broute au loin, indifférent. Il lève une oreille, comme s’il écoutait le chant des sources sous terre. Alors, on ose. On lève les yeux vers le ciel, ce drap déchiré où se mêlent nuages et prières.
Le vent nous porte, le soleil nous caresse, et la terre, sous nos pieds, nous reconnaît enfin.