Les initiés

Me prennent par la main    
Les Grands Hommes les Grandes Femmes    
A la porte des temples    
Quand le jour consumé    
Passe la clé aux initiés.        
 
Un soleil las frictionne l'horizon    
En son point de mire    
Ce don de plume    
Que le Simorgh à l'envol vertical    
Place sous l'aile des marées.        
 
L'estran aux tâches noires    
Respire mollement en attendant le flux    
Traversé de paroles vibrantes     
Sous le souffle naissant    
De la nuit venante.        
 
En sa matrice reine    
Fuyant les douleurs de la journée    
La Femme  dépose la boîte délabrée    
Dans une flaque de mer    
A la merci du suçon des varechs.        
 
Sur le miroir des posidonies affleurantes    
Les oiseaux en escadres rapides     
Enchantent de leurs cris filés   
La vastitude des lieux    
Contraste argenté du ciel et de la mer affrontées.        
 
Me fouillent le fond des poches    
Les enfants au passage du Groix    
Pour que perles accumulées    
Projeter les galets du haut des dunes d'avenir    
Vers nos maîtres ascensionnés.      
 
 
948

L’appel en finitude

Immense    
Et blême de l'appel en finitude  
Cet havresac de souvenirs    
Plein de gratitude    
D'avoir été    
Homme en bout de terre    
Parure extrême des salves dernières    
D'un chant de paix    
Où dormir est feuille d'automne    
Pour les yeux du pâtre éternel.        
 
Pleure le poète    
A mille verstes d'ici    
Vers les collines du sans-souci    
Quant le vent frais du printemps    
Amène narcisses et jonquilles    
Au ras d'une pelouse hivernale    
Et qu'alouette des champs    
Peine à s'élever par dessus la planèze    
Aux fougères posturales    
Crosses recourbées    
En bordure de murettes.       
 
Fière et élégante    
La courbure des frênes    
Gémit dans la carbure    
D'un brouet de soirée    
Femme attisant le feu    
Homme de gaucherie durci    
Devant l'âtre    
Où le chou finit de mijoter     
Près d'un plat de lentilles    
Dans le crépitement des flammes chevêches.        
  
Surgissant de la brume    
Le cheval apparaît    
Blanc des souvenirs d'herbe grasse    
Le regard filtré par des cils doux amers    
Frottant son museau    
Confiant, sur la main du voyageur    
A remonter le champ     
En lisière des bois    
Là où le temps hennissant   
Affronte la flèche décochée par le but à atteindre.          
 
 
947

Vu et entendu

Vu et entendu    
Parmi les débris de la rue
Le dico m'indiqua
Que la culture ceinte de tracas
Était dans tous ses émois.

Se taillaient une bavette
Boule de Gras et Gras du Champ
A l'occasion de la parution de l'illusion
D'avoir vaincu la conscience de transe
Devant le pied-à-terre de la réalité.

J'accélérai
L'auto alla au fossé
Je fis du stop pour revenir
Là où se nourrir
Des restes de la fête.

Cette force d'engendrer
L'imaginaire au saut du lit
Pousse à chaque trait de plume
L'oiseau des cimes à parcourir
Les plages du débarquement.

Magique !
Cette réincarnation blanche sur soi
Inaugure pour l'âme sa survie
Haute dans les sphères du parler vrai
Aptes à créneler les pavillons de l'octroi.

Blanchissant la tranche des livres
Au contact d'influences orientales
A demi-mots au petit matin
Le ratio fût atteint, l'équilibre rompu
Et tout redevint comme avant.

A Sylvain la terre fût offerte
Par des signaux sympathiques
L'époque frappant à sa porte

Mais point de mise en exergue
Sur les placards de la Cour des Grands.

Fermes et bienséants
Les fusains de l'expression
Arqueront sur le papier
Les scansions du fond des eaux
Des versets du Livre Sacré.


946


Maxime le Bretteur

De Maxime le Bretteur    
J'ai emprunté la sacoche de cuir    
Pour m'enfuir sans que le vent me nuise    
A même de la déposer    
Aux portes des granges.         
 
Pour Maxime le Bretteur    
J'ai entonné du mât de misaine    
Le chant gracieux des mouettes amoureuses   
Quant le pont grinçait   
Sous la houle hauturière.        
 
Il y avait là    
Les mille yeux de l'écorce    
Que nul ne s'emparait
Quant l'eau rejetée de rocher en rocher    
Formait étoupe joyeuse sous les rires du soir.        
 
Plus de vague    
Que le monde me semblait bon et dispos    
Dans la douceur des embruns de l'été    
A rassembler plaies et bosses près des colonnes   
Parmi les sons et la lumière du finistère.         
 
Pris de tremblements    
Je souffrai et n'en laissai paraître    
De cette posture incantatoire    
Que la trémie des circonstances    
Rendait propice à la tenue de nos rencontres.        
 
Sarclé de près    
Le prince des jardins japonais    
Laissait poindre une vapeur terminale    
A l'endroit d'un sentier élevé vers l'horizon    
Aux chemises des cieux essorées de gratitude.        
 
Là, point de paroles    
Juste un filet d'air    
A la commissure des lèvres    
Le souffle doux de la perfection    
En échange du passage de l'Oiseau.        
 
 
945

J’ai pris mon caillou

J'ai pris mon caillou    
Je l'ai tourné dans tous les sens
Et mal m'en a pris
Il m'a échappé
Pour rentrer chez lui
Jusqu'au sommet de la montagne.

J'ai pris ma bicyclette
Pour lui courir après
Mais comme le vent soufflait
Je suis parti à pied
Encapuchonné serré dans mon ciré
Acheté sur internet la veille du départ.

Moult moult kilomètres après
Me suis perdu dans les nuages
Jusqu'à ce qu'aigle montre le chemin
De l'auberge la plus proche
Qu'était en fait un refuge pour alpinistes chevronnés
Prêts à gravir le mont des bougainvilliers.

Barguignant avec le présent
J'ai fait connaissance de l'absence
Sans distinguer le TU du JE
Dans la quête principielle
De ce foutu caillou
Abandonné par mégarde sur le chemin des connaissances.

Il y avait plein d'edelweiss
En contrebas du glacier

Et des traces de la biquette des neiges
Près du fourrage amené par hélico
Car le printemps avait été rude
La patrone du refuge.

Je rêvais
D'une omelette baveuse
Mais aussi de cette folie
Qui faisait que j'étais là
A courir le caillou
Comme on court le guilledou.

Armé de ma détermination
J'essayais d'extraire la part subtile de la gangue grossière
J'attendais du caillou qu'il me révèle et me transmute
Mais pfuit , parti le caillou
Et je restai là
En paix.



944

Menine douce

De la poche pelucheuse    
J'ai sorti la menine
Des prés et des sous-bois
Petite main dépliée
Offerte à qui connaît la douceur des primevères
Quant un rai de lumière embrase la clairière.

Avec le feutre rouge
Sur la paume rose
j'ai dessiné deux yeux clairs
Les yeux du bonheur
Et puis la bouche au sourire si fin
Que le nez a surgi ragaillardi.

Derrière il y avait foule
Qui ne demandait qu'à voir
Ce que cet hurluberlu trafiquait
Dans ce silence religieux
Que le regard enveloppait
De vrilles énamourées.

Et pour cause
Il y allait de la survie
De l'être de chair et d'esprit
À éprouver le scintillement des mots de braise
Sur le carrelage frais
Des hôtes de ces lieux.

Et ça montait montait
Comme saint chrême en carême
Ces caresses fleuries
Tel vol d'hirondelles
Vers la liberté indicible
Des noces ardentes.

Et la petite main se mit à parler
D'une voix si douce
Que les tiges végétales se penchant vers elle
En un ballet incessant
Tressèrent d'ancestrales guirlandes
Que le miroir multipliait à l'envie.

" Viens ô muse parfaite
de terre et de parfums mêlés
nous confondre
au fait de la Beauté ".


( encre de Pascale GERARD )

943


C’est si beau un jardin

C'est si beau 
De se lever à l'aube
Pour voir le pivert
Marteler le tronc du prunier
Au fond du jardin.

Puis rester là
Sans hâte
A contempler les moineaux
Picorer les graines du distributeur
Avec un voile de vent dans l'amandier.

La pierre se montre
Avec son bâton de maréchal
Par dessus le quartz du support
Aux pieds de l'étendoir à linge
De couleur verte et légèrement rouillé.

Quelques feuilles mortes
Voltigent sur l'herbe rase
Des recroquevillées
Des entières et des courbées
A danser comme sur une scène.

Immobile

Sans un sourire
Tout est en place.

Un chat passe

Peut-être Grand-chat
Non, juste le chat des voisins.




942

Retour sur terre

Se joignent se disjoignent    
Le faire et le défaire
Des mailles de l'enclos
Dans le cliquetis médiéval
D'un soleil récalcitrant
En recherche de la bonne posture
Avant atterrissage.

Montrez-moi l'obscure paix des braves
Et je nommerai un successeur
Aux rêves à venir
Pour fuir cette concomitance
Des aurores boréales de la mémoire
Et du bleu nuit
Des alcôves gémissantes.

Fermez les yeux !
En périphérie des fortifications
Règne la mise à feu des mortiers du quartier
Déclencheur incisif des fantasmes
A la mesure de notre pérégrination
" Mystère et boule de gomme "
Des contes de fée de notre enfance.

Présence ardente
De la démesure d'être
Par ce langage de conviction
Prompt à légitimer l'aventure

Au moindre lever de sourcil
Par temps d'orage
Juste à l'entrée des couches denses de l'atmosphère.

( œuvre plastique de Jean-Claude Guerrero )


941


L’amour infini

Ce sera    
Cette rencontre    
Comme une rose tombant sur l'herbe en rosée    
Aux cynorhodons    
Écrasés entre trois bouts de doigt    
A extraire le suc sucré salé sacré    
De toi de moi    
En retournement     
De ce qui est et sera    
Le passage    
Au quotidien    
De la transe matutinale    
A contempler    
A donner à penser    
Le ciel la terre l'eau et le Temps    
Le saint temps des mutations    
Le Satan des tentations 
A battre campagne    
En efflorescence d'aspect    
Quant vient le transit    
Vers la transparence    
En abandon de la recherche    
Au dévidoir des commémorations    
A épouser    
Comme nulle part toujours    
La voie d'un Amour infini.        
 
 
940

Cette époque

Cette époque    
D'arbres déchargés de leurs prières    
D'arbres dépouillés de leurs secrets    
D'arbres effeuillés d'avoir été    
L'espace de quelques décennies    
Le cœur outrepassé    
D'un temps d'âme demanderesse    
Fiers d'avoir reflété    
Les ciels d'enfance    
D'un passé ressaisi par la pandémie      
Et que nous fûmes heureux de retrouver    
Masques et oripeaux jetés dans les fourrés    
Aux portes du silence.             
 
Cette époque    
D'à peine un souffle    
Retrouvée dans les carnets de moleskine    
A la merci d'un changement de lieu    
En gratitude de l'Esprit    
Vous fûtes chère amie    
La jetée de roses sur le sentier    
A même de concevoir    
La rigueur et la permissivité    
Du souverain bien 
D’une vie de tout matin    
A découvrir en fond de tasse
Les traits d'un visage aimé.        
 
 
 
939



La présence à ce qui s'advient