Toi

Je t'ai attendue    
En bord de route    
Le ciel était bas    
Il y avait du vent.        
 
Je t'ai vue   
Je t'avais vue   
Tu es venue   
Tu es partie.       
 
Dans le noir    
La flamme dessine   
L'odeur des craquements    
Que goûte le silence.        
 
Sourire pincé    
Des lèvres ouvertes    
Une voix rauque    
Sous la futaie en feu.        
 
Ecran de l'âme    
Le crêpe se déchire    
Un sous-bois dans le lointain    
Un étoile scintille.        
 
Pile face aux arbres    
Un serment en pleurs   
Pour tes yeux qui se ferment    
Nos mains qui se joignent.        
 
Le sang monte de la terre    
A peu de distance d'ici    
De l'énergie d'en haut    
Poursuivre l'ascension.        
 
En attraction d'un ciel caché    
Se purifier sous la pluie fine    
Et se dire qu'il reste     
A recevoir le petit.        
 
Passée la nuit    
Les quatre âges éconduits    
Nous monterons dans la ramure    
Chercher les bruits menus.        
 
Tout prêt    
Ecoute le ruisseau    
En bas dans le vallon    
Où boivent les biches.        
 
Et si descente s'en suit    
Forces neuves déployées    
Soyons Présences invisibles    
Veillant sur le cheminement.        
 
 
960

Le Retournement

Se piquer aux épines du sacré   
Et découvrir à nouveau toujours et toujours
De quoi nous sommes fait.

J'entrerai à l'arrière-plan
Blason des cinq doigts de la mémoire
Prêt à quérir le jour qui m'a vu naître.

Il y a le Merci
D'avoir été sur le pavois de mes ancêtres
Le continuateur du chemin.

Il y a le Regard
Porté aux choses de la vie
Pour que décoction faite le Beau fleurisse.

Il y a le Mouvement
Et ses perpétuelles incartades
Qui m'ont conduit vers la contrée des amours.

Il y a le Silence
De l'écoute du tout ce qui arrive
De nuit comme de jour par la fenêtre ouverte.

Il y a la Machine
Pour plonger dans ses origines
A coups de trique sur le râble de l'orgueil.

Bien m'en pris
De compiler les us et coutumes
A l'aube de notre rencontre.

Quand, hurlante météorite
Elle apparut déterminée et sauvage
Dans l'ample mandorle de lumière vêtue.

Dès la première phrase qu'elle émis
Je fus irradié par sa perspicacité
" C'est quoi qu'ils font ceux-là ? "

S'en suivi le passage de la ligne de démarcation
L'appel aux forces vives de la nation
Pour effectuer le Grand Retournement.

...............................................................

Passer la main
Sans pression sur la flamme de la bougie
Permet de sceller le coffre des missions.

Les chardons ronds de l'hiver
Griffent mon cœur offert
Aux assauts du soleil.


959

Agrafe tes post-its et viens

Langoureuse et heureuse    
Elle regardait de la passerelle
Les boutres sortir du port.

Reliée à ce qu'avait été sa journée
Cette grande voile blanche
Reflétait ce qu'elle croyait être.

Soleil et le soir moins de soleil
Puis plus de soleil du tout
Pour un rien elle n'aurait manqué ça.

Son esprit se tendait
Elle captait les flashs lumineux
Mais pour les enregistrer c'était autre chose.

Tout ce qui a existé existe
Les actes les paroles
S'inscrivent dans la mémoire cosmique.

Celui qui voit
Ne se retourne pas
Corps et âme se confondent.

Langoureuse et heureuse
A deux têtes l'une visible l'autre pas
Elle évitait de choisir.

La voile comme la mer est part de soi
Du concret à l'abstrait
L'homogénéité se fera.

Lève les yeux
Par le ciel vient la parole
Prête à agrafer des pans d'antan de soi.

A même la plage aux galets sonores
Le silence est rare pour qui sur l'onde
Voit les astres.

L'eau est claire
L'esprit tendu comme l'arc
Reçoit la lumière.

Rester calme et laisser les pensées
Au fond des placards et des malles
Être grande douceur afin qu'il vienne.



958

Ce bel enfant

Ce bel enfant    
Déjà inscrit au registre des entrées
Quand neige et froid imposent mitaines
Scellait sa destinée
Dans l'étable des origines.

Il y eut des saisons
De céleste attitude
Où se penchaient sur le berceau
Mines réjouies et mains papillonnantes
Les santons de la crèche.

Il y eut la joie
D'accueillir au matin
Les paquets emballés de papier
Qui sitôt déchirés
Laissaient d'autres boîtes à ouvrir.

Puis vint le jour
Où clamer cet avènement
De rires et d'éclats de voix paré
Sous le sapin érigé
Clignant de ses guirlandes.

Devant la vie
Il y a la vie avec ses grands yeux ouverts
A se cogner la tête sur ce qui sera
Alors que ce qui est
Subvient au temps passé.


957



A la une à la deux

A la une à la deux    
J'ai fait le tour du plateau    
Un bateau vous dis-je    
J'étais sur un bateau    
Avec la mer autour.        
 
Pour tout vous dire    
Il faisait beau    
Le givre craquait sous la  chaussure    
Point d'oiseau    
Juste des promeneurs avec leurs chiens.        
 
J'ai sorti les mains des poches    
Pour prendre quelques clichés    
Et me trouver là-haut dans le hunier    
A humer le bon air    
Dévalant des volcans.        
 
Sous la houppe des arbres blancs    
Un cheval était là    
Je lui ai parlé du pays    
M'a répondu : " Merci    
Je ne pensais pas que vous seriez ici ".        
 
Un frisson une rencontre    
Pour me mettre à l'abri    
Il eût fallu une folie    
Et jeter l'anneau dans la caldeira    
" Sésame ouvre-toi ! ".        
 
Mucilages au gré du vent    
Les cheveux d'anges    
Mêlaient musiques et silence    
Sous les yeux clos de l'aube    
Avant que l'arbre ne s'embrase.        
 
Une poussière d'étoiles s'éleva     
Par la baie vitrée du resto     
J'invoquai les mannes de Vercingétorix    
Sans risque et à mi-voix    
Pour que l'enfance survienne.        
 
 
956

Rire chafouin du matin

L'inattendu peut surgir   
Petite fille aux nattes brunes    
Dont l'embarras d'être île plutôt qu'aile    
Allie notre regard hors Limagne    
Vers ces abrupts de la montagne    
Offerts au promeneur    
Ce mentor des orfraies    
Le duc du Grand Duc    
L'or de Tournemire    
En ligne avec le saint des saints    
A cheval sur un sapin.        

Petite fille des tendresses    
Carmine vaine    
Aux yeux vairs    
A la lèvre discrète    
Que n'eus-je la permission    
De te tenir parole    
Dans le rôle du papa    
Alors que par la fenêtre passait    
Le pic épeiche de la pensée    
La fourragère flèche d'un destin    
Rire chafouin du matin.        

Douceur des parturientes    
Chaque mousse à la fine esquisse    
Offrait à qui venait    
La parenthèse d'un belvédère    
Blanc de blanc    
A la tunique du barde des brumes    
Au sommet comme en bas des pistes    
A grisoller de si douce manière    
Que les pignoles sèches du bois de Laroussière     
Suffirent à la flambée dernière    
Dans l'âtre de Frugères.        


955

Cette seconde vie

Aux nappes de brume    
A la croisée d'un regard    
La voilà   
Cette seconde vie.        
 
A commencer    
Préparation accomplie    
Pour le voyage terrestre    
En résurrection immédiate.        
 
De périple point    
Juste une étoile    
L'éclat d'une autre étoile    
Le séjour des Sur-vivants.        
 
C'est l'accouchement céleste    
Après l'absorption du traumatisme    
Lié au transfert    
De ce qu'est notre Double.        
 
Avant le Royaume    
Il y a l'enquête policière    
Avec ce matelas d'air qui situe l'invisible    
Au vide sidéral.        
 
Où sommes-nous ?    
Que faisons-nous ?    
Il n'y a pas de temps    
Il n'y a pas d'espace.        
 
Dernier instant sur terre    
Signe de l'infini    
Verticalité triomphante    
Tout est paraphe du départ.        
 
La valise à bout de bras    
Les choses sérieuses ne font que commencer    
Sur la grille du départ    
Un nouveau parcours.        
 
Voyager à ce niveau    
Non par curiosité    
Mais par amour    
Pour aider.        
 
En errance    
La très forte soif étanchée    
L'envol spiralé d'un planeur    
Au profond de ce que l'on ignore.        
 
Poursuivre l'ascension    
En compréhension    
Sans récompense sans punition    
Rien que l'activité même.        
 
A découvrir    
Il n'y a pas de couleurs vives    
L'intelligence disparue dans certains cercles    
Des cercles à l'infini.        
 
 
954

Les arcanes de la Relève

Allons courir le long des sentes claires    
A la chasse aux papillons    
Où cueillir la pâquerette    
Au pays des êtres sages.        
 
Passons la main sur la rambarde    
De l'escalier qu'on escamote    
Tels les mots de trop    
Pour un tout pour un rien.          
 
Fissurons le mur de nos passions    
En se remémorant le temps des masques    
A croupetons dans la fosse    
Des boat people notre enfer.       
 
Soignons notre voyage    
Des pirogues l'attache    
La noirceur des tergiversations    
Sur la nappe de Marie.         

Sous la bannière flamboyante      
Marchons vers les châteaux cathares    
Lueur des torches en tête    
Au rythme des fifres et tambours.        
 
Rencontrons les officiants    
Devant la dalle de granite    
Où se brûler les yeux    
Au feu du buisson ardent.       
 
Avec pour armure    
Les pleurs de la romance    
Saupoudrée de poussière d'or    
Descendant des voûtes.        
 
Murmurer au matin    
La musique des anges       
Et ne posséder rien    
Que le goût du sang.        
 
La croix de Malte jaillissant du Chœur    
Découpe dans la nef    
Les blasons de la chevalerie    
Déambulant dans les bas-côtés.        
 
A soixante mètres sous terre    
Le froid des roches pleines    
Laisse passer le goutte-à-goutte    
D'une eau mystérieuse.        
 
Le sautillement musical        
Des harpes aux mains disertes    
Annonce les semailles
Sur fond de vent d'autan.        
 
Les filles et fils de l'Avenir    
Ourdissent leurs images    
D'une fenêtre l'autre    
De la maison encorbellée.        
 
Un point rouge là tout là-haut    
Amorce une lente descente    
A la croisée du transept    
En réponse à l'ouverture de la porte.        
 
Un poing jaillit aux aurores    
De quelques milliers d'années    
La source des miliciens et patriotes    
Tâtant de l'étoile la parure végétale.        
 
Dans la gueule d'une seconde révolue     
Perdre à en crever   
Les hymnes braillards    
De notre escorte parcheminée.        
 
Aux mannes grouillantes de pétales    
L'enfance échevelée     
Fait miracle prophétique    
Devant les arbres oracles du jardin.        
 
De jeunes gens solidaires émigrent    
Échappant aux codes de la naissance    
Pour élever les statues d'argile    
Dans la passe des promesses.        
 
A l'ère des pionniers de l'esprit    
Jouer devient chant soutenu    
En alliance d'une vraie joie :    
La ruée vers une langue inconnue.        
 
Laissez-moi me surprendre    
Patte enflée et brisée sur le devant de la falaise    
Précipiter la douleur aiguë    
Dans le Vide de l'Appel.        
 
Surligner de ton nom    
La croyance au carbone des forêts    
Pour méjugeant les œillères de la peur    
Bâtir les temps futurs.         
 
Faire descendre les gens de la modération    
De leurs accoudoirs de veilleurs    
Pour dérouler la Relève    
De l'Eau de la Matière et du Soleil commués.           
 
 
953



	

La dentelle relationnelle

Choisir    
Le Blanc de neige    
Ou l'éparpillé des herbes sèches    
Pensée verticale ou incommensurable horizon    
Mène à la raison       
Le spasme ridulé    
Des tout petits détails    
En captation des trajectoires     
En déferlement d'énergie    
Où par reflet    
Cette profondeur    
En coque de noix    
Nous ramener sur la voie.        
 
Décompte des histoires    
Aux enfants racontées    
En marge des fruits et graines    
Augurant de l'instant    
Dans la fourche de l'amandier    
Où l'écureuil au ventre blanc    
Craque la noisette.        
 
Ainsi se tissent les liens    
Entre les couples d'opposés    
A ressasser    
Qui de l'avant ou de l'après    
Fera le premier pas    
Vers la dentelle relationnelle    
Où trop vive lumière    
Aveugle    
Tout autant que les plus épaisses ténèbres    
La conscience élargie    
Le point d'équilibre    
Le point du milieu.        
 
 
952
 
 

Le pampre de la vigne

Rassembler ton sourire     
Et tes caresses    
Pour venir    
Au creux du vallon    
Cueillir le frisson    
Sous l'aile d'un pampre    
Qu'assemble le vent et la lumière.        
 
A paraître plus près de terre    
Engendre le mycélium de l'âme    
Parure qu'une pluie douce    
Frictionne de cœur à cœur 
Pour dans la ramure
Voir la tête hilare du faune  
Ivre de désir.  
     
Galanteries de velours    
Dans l'écrin du passage en sous-bois    
A la demande d'un gargouillis    
Que la fontaine émet    
Guirlande descendue du ciel    
D'anges étincelants    
Aux chants mélodieux.        
 
Perpétuelle immobilité    
D'un geste autrefois évacué    
Fragrance des outils de l'engagement    
Aux facettes positives négatives et de neutralité    
Le monde est demande distance et dédoublement    
En l'accession à l'emprise de la dépendance    
D'une lutte permanente.        
 
Je te tiens    
Tu me tiens    
Qui rira le premier    
Aura face vers le jour    
Présence et association    
Des grappes mes sœurs    
Le reflet de nos pensées.        
 
Poursuivre le chemin    
Au sein de la plus épaisse ténèbre    
Fait étreindre par expérience    
Et sans crainte de chute    
La divine cueillette    
Dans les jardins retrouvés    
Avant de basculer dans l'infini.        
 
 
951

La présence à ce qui s'advient