Le chat est là

Le chat est là    
Et c'est bien comme ça.        
 
Mâche le brin d'herbe    
Et regarde le ciel.        
 
Les feuilles tremblent    
Sous un vent guilleret.        
 
Traversent la prairie    
Les oiseaux de couleurs.        
 
Trotte dans ma tête     
L'histoire de la Petite Fadette.        
 
Je me lève pour faire quelques pas    
Changement de point de vue.        
 
La lumière clignote dans le feuillage    
Des perles de soleil dans les yeux.        
 
Ce qui est là devant moi    
Me regarde.        
 
J'écrase une herbe entre mes doigts    
Pour la sentir et la lécher.        
 
Un chien aboie puis se tait    
Une auto passe au loin.        
 
Les nuages n'ont pas bougé    
Immobilité de réserve.        
 
La Terre tourne et moi avec    
Pourtant je ne ressens rien.        
 
J'attrape le mug de chicorée
Et avale une goulée.
 
L'ordinateur ronfle 
Plein de compassion.
 
Mes acouphènes me glissent 
" Tu es vivant."
 
Un dernier coup d'œil sur le texte
Et je quitte le clavier.
 
 
970

Un regard se pose

Pour peu que le regard se pose  
A l'instar d'un métronome    
Sur la plage de notre solitude  
Et que vous profériez quelque péroraison    
Comme bateau ivre en quête de la bonne direction    
Sursoit l'homme au doigt de Dieu    
Haranguant le piano sous les papillons de couleurs    
D'une partition écrite au mérite du sang.        
 
Alors ce serait dure et généreuse    
La réponse à la question    
Que nul membre de la famille ne saurait décrypter :    
" Moi et les autres sommes les guides    
A l'orée de la Connaissance    
Et nul ne doit paraître en cet état    
Sans les habits de nuages les arbres de la forêt    
Aux senteurs de vanille. "        
 
Puis un matin de semaine ordinaire       
Alors que retentissait le chant du coq    
Effaçant les plaintes de la nuit    
Se leva par le travers la Grande Forme    
Bientôt suivi d'un cri    
Le cri des cieux maudits    
Que les gesticulants en aube blanche    
Tentaient de circonscrire au trait de côte.        
 
 
969

S’il téléphonait

Ce matin la fenêtre était ouverte    
Car il croyait pouvoir revenir    
Pour lui parler    
De sa voix faible et douce    
Comme à son habitude.        
 
Il préférait être seul    
Pour réfléchir    
Pour méditer    
Pour rejoindre la source    
Et questionner le passé.        
 
Grande ouverte sur ses projets    
Là derrière la chaise    
Un de ses fils manquait    
Ce qu'il acceptait     
Pour briser ses chaînes.            
 
En rentrant des courses    
Il rangerait ses affaires    
Le lit sera fait    
En ultime recours     
Pour accomplir son destin.        
 
Et si son frère téléphonait    
Ce serait comme avant    
Il partirait à sa rencontre   
Selon la tradition    
Pour être utile.        
 
 
968


	

Frapper à la porte

Sagement assis sur la pierre  
Eugène pensait à Onéguine    
L'homme de la Terre Noble    
Au bourgeon décroché de son arbre.        
 
La Main passa de gauche à droite    
Pour effacer la buée sur la vitre    
Sans prendre garde aux coulures    
Rassemblant l'eau dans la gouliche.        
 
A la faveur de cette année nouvelle    
Forces missives envoyées    
Aux maisonnées connues    
Resserrèrent nos liens.        
 
D'avoir retirée la boîte    
Apporta un peu d'air    
Pour senteurs vermeilles    
Entonner "Vive le vent d'hiver".        
 
Le porteur de clavicule    
Ce génie de l'écriture    
Lorsqu'il traversât la rue    
Fût renversé et mourut sur le champ.         
 
Nous continuions de marcher    
Et les pieds nous faisaient mal    
Nous continuions de travailler     
Et les mains nous faisaient mal.        
 
Nous ne savions pas aimer    
Hormis à l'entrée des cimetières    
Retrouver nos frères et sœurs    
Tête baissée et fleurs jointes.        
 
Cela était un rêve    
Ou plutôt une opportunité    
Pour confirmer notre destinée    
Pleurer et sourire en sortie de scène.        
 
Préparons-nous    
Tous ensemble    
De vivre du puits et de la terre    
Pour répondre à l'Appel.        
 
Sans trop voir clair    
A force de toc-toquer à la porte    
Il se pourrait qu'elle s'ouvre    
Et d'entrer à l'Intérieur serait la Joie.        
 
Les beaux visages de belles personnes    
Nous accueilleraient    
Nous les récipiendaires    
De la communication avec l'Invisible.        
 
 
967


Pensée opaline

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est IMG_3516-1-1024x744.jpg.
D'une tâche opaline    
Ronde molle    
A la tombée du jour   
Coule le temps    
Pareil à cette histoire    
Commencée la veille    
Et qui longtemps contée    
Révéla profonde mémoire.        
 
A ceux qui accomplissent    
Dans un fermoir chargé de sens    
Les moments privilégiés de l'oubli    
A ceux pour qui le contournement des formes brèves    
Fait cadre sur la glace de l'étang     
Les volutes d'un feu sacrificiel     
Marquent du sceau de la contemplation     
Ces phrases-mains de l'âme.        
 
Horizon perpétuel    
Terres noires d'Ukraine    
A l'arrivée des Scythes     
Vous fûtes ceints de la lumière des ancêtres    
Face aux cavales des steppes    
Riches de tourbe et de blé blond    
Alors que se dessinait    
Notre visage au profond des nuages.        
 
 ( D'après une œuvre plastique de Jean-Claude Guerrero )

966
 

Un enfant t’embrasse

Un enfant t'embrasse    
Du temps revenu    
La pulpe est douce    
A qui se souvient.          
 
Un enfant t'embrasse    
Fleur d'année au ressaut assuré    
Me met à l'ouvrage    
De mon âge avancé.        
 
Un enfant t'embrasse    
Vienne et passe le vent    
Au dessus de la plaine    
Jonchée d'hommes à pleine main ouverte.        
 
Un enfant t'embrasse    
Au carrefour des troènes    
Où montres molles pendent     
Devant le phare d'une lune assoupie.        
 
Un enfant t'embrasse    
Partons d'un pas de presse    
Sur la route qui sans égard    
Corrige la trajectoire.    
 
Un enfant t'embrasse    
Foule la mousse légère    
Sous les pieds nus    
De l'âme recouvrée.        
 
Un enfant t'embrasse    
Feule la hyène sagace    
Sur sa couche de lierre    
Gonflée des ferveurs de l'hiver.         
 
Un enfant t'embrasse    
Le long de la jetée      
Filles et garçons raison gardée    
Rêvent de coquillages en cœur.        
 
Un enfant t'embrasse    
Avec le temps on va on vient    
On oublie ce qui fait mal    
Et ouvrons les persiennes.        
 
Un enfant t'embrasse    
Passe passe passera    
D'abord y'a l'aîné soufflant la brume    
De ses chants de Noël.        
 
Un enfant t'embrasse    
Les cheveux blancs surgissent    
Les mains tremblent    
Le chat sur les genoux.        
 
Un enfant t'embrasse    
Au verso de la musique    
De silence accompagnée    
Monte l'appel du dernier saut.                
 
Un enfant t'embrasse    
Et puis rien    
Juste la solitude     
Sous le gui de l'accueil.        
 
Un enfant t'embrasse    
Femme aux mains de tiges rêches    
Fasse la danse en bel équipage    
Donner pleine mesure à tendresse venue.        
 
Un enfant t'embrasse    
Barbe de lin drue    
Cheveux en broussaille libérés de la tonte    
Le visage buriné accueille le reflet de sa jeunesse.        
 
Un enfant t'embrasse    
Droit descendu de Montmartre    
Le poulbot des batailles    
Gratte les pavés lustrés de la Commune.        
 
Un enfant t'embrasse    
Filoche des brassées de nuages    
Jusqu'aux passerelles du ciel    
Le soleil accompagne nos rêves.        
 
 
965


Entablement des convives

Entablement des convives    
Et vive la bouffe et le bon vin.        
 
 Des moi-je    
"Moi j'aime" "moi j'aime pas".         
 
A gorges déployées    
Ça parlait de la bouffe et du bon vin.        
 
Pâtes fraîches et bourguignon    
Et Gigondas pour la passion.        
 
Le ventre a ses raisons     
Que la pensée ne peut imaginer.        
 
Volage cette pensée    
A s'encorder dans les cintres pour ne pas dépérir.        
 
A démêler le religieux du spirituel    
Il fallait bien du courage pour arriver au plat suivant.        
 
La charpente tremblait    
Sous les voix vitupérantes.        
 
Grand Loup ne devrait pas tarder    
A souffler les bougies du partage.        
 
Et quand les rois mages    
Apportèrent le plateau des fromages    
Il y eut jubilation     
A faire gonfler les chevilles    
Et rougir les pommettes    
Pour tant et tant de bonnes choses    
Vive la bouffe et le bon vin.        

 
964

Les graines du temps

Horloge parturiente     
Par dessus le temps
Les oiseaux se taisent.

Beauté et connaissances
Créatures et inventaire
Nos dernières espérances.

Va et vient de nos désirs
Apaisés de se rejoindre
A la source où tout se brise.

Comment c'est la vie ?
En narrant par le menu
A vivre à vif.

Filent défilent
Les vus et les à-voir
De l'instant vécu.

Imaginer
Porte un coup fatal
A la cruelle certitude.

Messire le loup
Après repas
Passe sous le houx.

Petites dents
Et coups de langue avides
Sont l'écueil de l'âme.

N'y pouvant mais
Ils eurent bien du courage
De rester en marge.

Atteindre le bout de la terre
Augure du respect total
De sa Liberté.


963

Glyphe dans le ciel

Je ne peux pas parler    
Et me taire    
Comment faire ?        
 
C'est écrit    
Et ce n'est pas écrit    
Comment faire ?        
 
Je te connais    
Et ne te connais pas    
Comment faire ?        
 
Se voir    
Et ne pas se voir    
Comment faire ?      

Je marche dans la Lande    
Autour de moi souffle la tempête    
La lune accompagne l'esprit des ancêtres.        
  
S'étendre de tout son long    
Sur le sol        
Et regarder le ciel.         
 
Le jour et la nuit    
Sans que le jour surgisse    
Sans que la nuit agisse.        
 
Femme et Homme    
Je ne puis être    
Femme et Homme de bien peut-être.        
 
Le Réel tel qu'il est
C'est voir sans yeux
Comprendre sans esprit.
 
Au delà de la Conception    
Entrer dans une expérience    
D'humilité et de majesté.        
 
Un Souffle éveillé    
Une Présence hors la vérité    
Notre dignité d'être.        
 
Témoigner de l'ombre de l'ombre    
Puis prospérer    
Avec le grand Silence.        
 
Transmettre la Lumière    
Qui n'est la propriété de personne    
Et bien autre chose encore.      
 
Passer de la Vérité qu'on a    
A la Vérité qu'on est    
C'est sortir de la léthargie.        
 
La Vigilance ose savoir    
Le Bonheur le sait    
Entre Humour et Clairvoyance.        
 
L'accès au spirituel    
Passe par la réconciliation avec le Féminin    
L'attention sans attente.        
 
Conscience de ses faiblesses    
Par le Père octroyée    
Point de jonction entre le Visage et le Corps.        

Puisque vous passez sans me voir    
Que peut l'amour d'un fils    
Un père en mérite tant.        
 
Le monde où nous vivons
Est le lieu de la danse
Le fond de son drame est vrai.

Glyphe dans le ciel     
Ne prend sens    
Que si l'archet le touche.        
 
 
962

Joie et danse

Les enfants de l'amour    
A se parer de gestes et d'entrechats    
Gesticulent    
Pour mieux se reconnaître.        
 
D'origines modestes    
Ils s'étaient jetés dans le bain des convenances    
Pour être comme les autres    
Les pleutres de la sollicitation.        
 
Et maintenant plus de rodomontades    
Des chansons à la va-com-j'te pousse    
Et des danses des danses de chameaux    
Des danses de chamanes.        
 
A la pluie par temps blême    
Au soleil des ardents consumés    
Rien que du plaisir    
Pour qui agite la fougère.        
 
Et revenez-y    
Même si le pas pesant   
D'autres tâches les attachent    
La goule pleine des mots de tous les jours.        
 
Remue par tous les bouts     
Les pieds te suivront    
La taille souple liane    
Et les mains pour la ronde.         
 
A se pourvoir    
Sur des chemins de dentelle    
Par les ajours d'aile frêle    
Il se pourrait que l'œuf éclose.        
 
Et là pas de concessions    
Rien que du gloubi-boulga    
Au fouet des chevelures    
Le son des flûtes d'autrefois.        
 
Mignonne allons-voir    
Aux sentes magnifiées par la fleur printanière    
L'éveil des sens    
Au creux du roulement des saisons.        
 
Mignon allons-voir    
Sous un ciel en arc-en-ciel    
Le dieu Pan en ses élans    
Poursuivre la Bacchante éternelle.        
 
 
961

La présence à ce qui s'advient