Les lapins de Gergovie

Sont venus    
De bon matin    
Les lapins de Gergovie    
Les lapins de la Vie    
Sur le promontoire de leur avoir    
Cette vue superbe sur les Dômes    
A charge d'hommes    
D'être des leurs.        
 
Devant les herbes sèches    
Il y a le crottoir    
Aux petites billes amusées    
Durcies et compactées    
Par le piétinement    
Au clair de lune s'entend    
Des hôtes de ces lieux    
Oreilles hautes levées vers ce qui vient.        
 
Se taire    
Le soleil inversé    
Diriger ses rayons vers l'intérieur.        
 
Exprimer l'enclos du moi    
Cette inimaginable splendeur    
De ce qui subsiste.        
 
Aux herbes sèches    
Le courage d'avoir été broutées    
Par les moutons.        
 
Au ciel    
La poudre de perlin pinpin    
D'un jour éternel.        
 
Entre la veille et le sommeil    
Une surexistance anticipée    
Le passage vers Soi.        
 
 
950
 

	

Saisir le temps qui passe

Vociférer    
Des mots et des mots
dans l'enclos rond
Des violons de l'esprit
Sans que mal y pense
Rien qu'avec un peu de suint
Tels le son de l'âne qui braie
Le sans-son de l'âme qui s'élève
Le crachotis de la pointe du stylo
Sur le papier dispos.

Mortifier
La fécule des outrages
Sur le râble dodu des manigances
Au cours des incartades
Où la nuit tarde à se mettre à jour
Quand le jour point

Pour peu que le remugle des souvenirs
Soulève la plaque d'égout
Laissant paraître les monstres souterrains
de plastique et d'amiante affligés.

Vivifier
Sans se fier au fier-à-bras des convenances
En allant scier consciencieusement
Le bois pour l'hiver
Que les petits viendront quérir
Quand neige et glace feront couche dure
Et que les poêles en toute gratitude
Frottées de couenne et de gee
Engendreront crêpes et gâteaux
Pour des quatre-heures de la procure.

Puissions-nous connaître le printemps
L'ardent pourvoyeur des cerises et du bon temps
Le correcteur des fautes de goût
Sous la guirlande-guinguette des rires fusants
Quand notre nature d'éclore et de s'épanouir
Fera fusion consommée
Chrysalide émergeant en perfection
De la chenille au papillon
En innocence de l'instant
Entrelacement du vieux sage aux pampres de la vigne.


949


Les initiés

Me prennent par la main    
Les Grands Hommes les Grandes Femmes    
A la porte des temples    
Quand le jour consumé    
Passe la clé aux initiés.        
 
Un soleil las frictionne l'horizon    
En son point de mire    
Ce don de plume    
Que le Simorgh à l'envol vertical    
Place sous l'aile des marées.        
 
L'estran aux tâches noires    
Respire mollement en attendant le flux    
Traversé de paroles vibrantes     
Sous le souffle naissant    
De la nuit venante.        
 
En sa matrice reine    
Fuyant les douleurs de la journée    
La Femme  dépose la boîte délabrée    
Dans une flaque de mer    
A la merci du suçon des varechs.        
 
Sur le miroir des posidonies affleurantes    
Les oiseaux en escadres rapides     
Enchantent de leurs cris filés   
La vastitude des lieux    
Contraste argenté du ciel et de la mer affrontées.        
 
Me fouillent le fond des poches    
Les enfants au passage du Groix    
Pour que perles accumulées    
Projeter les galets du haut des dunes d'avenir    
Vers nos maîtres ascensionnés.      
 
 
948

L’appel en finitude

Immense    
Et blême de l'appel en finitude  
Cet havresac de souvenirs    
Plein de gratitude    
D'avoir été    
Homme en bout de terre    
Parure extrême des salves dernières    
D'un chant de paix    
Où dormir est feuille d'automne    
Pour les yeux du pâtre éternel.        
 
Pleure le poète    
A mille verstes d'ici    
Vers les collines du sans-souci    
Quant le vent frais du printemps    
Amène narcisses et jonquilles    
Au ras d'une pelouse hivernale    
Et qu'alouette des champs    
Peine à s'élever par dessus la planèze    
Aux fougères posturales    
Crosses recourbées    
En bordure de murettes.       
 
Fière et élégante    
La courbure des frênes    
Gémit dans la carbure    
D'un brouet de soirée    
Femme attisant le feu    
Homme de gaucherie durci    
Devant l'âtre    
Où le chou finit de mijoter     
Près d'un plat de lentilles    
Dans le crépitement des flammes chevêches.        
  
Surgissant de la brume    
Le cheval apparaît    
Blanc des souvenirs d'herbe grasse    
Le regard filtré par des cils doux amers    
Frottant son museau    
Confiant, sur la main du voyageur    
A remonter le champ     
En lisière des bois    
Là où le temps hennissant   
Affronte la flèche décochée par le but à atteindre.          
 
 
947

Vu et entendu

Vu et entendu    
Parmi les débris de la rue
Le dico m'indiqua
Que la culture ceinte de tracas
Était dans tous ses émois.

Se taillaient une bavette
Boule de Gras et Gras du Champ
A l'occasion de la parution de l'illusion
D'avoir vaincu la conscience de transe
Devant le pied-à-terre de la réalité.

J'accélérai
L'auto alla au fossé
Je fis du stop pour revenir
Là où se nourrir
Des restes de la fête.

Cette force d'engendrer
L'imaginaire au saut du lit
Pousse à chaque trait de plume
L'oiseau des cimes à parcourir
Les plages du débarquement.

Magique !
Cette réincarnation blanche sur soi
Inaugure pour l'âme sa survie
Haute dans les sphères du parler vrai
Aptes à créneler les pavillons de l'octroi.

Blanchissant la tranche des livres
Au contact d'influences orientales
A demi-mots au petit matin
Le ratio fût atteint, l'équilibre rompu
Et tout redevint comme avant.

A Sylvain la terre fût offerte
Par des signaux sympathiques
L'époque frappant à sa porte

Mais point de mise en exergue
Sur les placards de la Cour des Grands.

Fermes et bienséants
Les fusains de l'expression
Arqueront sur le papier
Les scansions du fond des eaux
Des versets du Livre Sacré.


946


Maxime le Bretteur

De Maxime le Bretteur    
J'ai emprunté la sacoche de cuir    
Pour m'enfuir sans que le vent me nuise    
A même de la déposer    
Aux portes des granges.         
 
Pour Maxime le Bretteur    
J'ai entonné du mât de misaine    
Le chant gracieux des mouettes amoureuses   
Quant le pont grinçait   
Sous la houle hauturière.        
 
Il y avait là    
Les mille yeux de l'écorce    
Que nul ne s'emparait
Quant l'eau rejetée de rocher en rocher    
Formait étoupe joyeuse sous les rires du soir.        
 
Plus de vague    
Que le monde me semblait bon et dispos    
Dans la douceur des embruns de l'été    
A rassembler plaies et bosses près des colonnes   
Parmi les sons et la lumière du finistère.         
 
Pris de tremblements    
Je souffrai et n'en laissai paraître    
De cette posture incantatoire    
Que la trémie des circonstances    
Rendait propice à la tenue de nos rencontres.        
 
Sarclé de près    
Le prince des jardins japonais    
Laissait poindre une vapeur terminale    
A l'endroit d'un sentier élevé vers l'horizon    
Aux chemises des cieux essorées de gratitude.        
 
Là, point de paroles    
Juste un filet d'air    
A la commissure des lèvres    
Le souffle doux de la perfection    
En échange du passage de l'Oiseau.        
 
 
945

J’ai pris mon caillou

J'ai pris mon caillou    
Je l'ai tourné dans tous les sens
Et mal m'en a pris
Il m'a échappé
Pour rentrer chez lui
Jusqu'au sommet de la montagne.

J'ai pris ma bicyclette
Pour lui courir après
Mais comme le vent soufflait
Je suis parti à pied
Encapuchonné serré dans mon ciré
Acheté sur internet la veille du départ.

Moult moult kilomètres après
Me suis perdu dans les nuages
Jusqu'à ce qu'aigle montre le chemin
De l'auberge la plus proche
Qu'était en fait un refuge pour alpinistes chevronnés
Prêts à gravir le mont des bougainvilliers.

Barguignant avec le présent
J'ai fait connaissance de l'absence
Sans distinguer le TU du JE
Dans la quête principielle
De ce foutu caillou
Abandonné par mégarde sur le chemin des connaissances.

Il y avait plein d'edelweiss
En contrebas du glacier

Et des traces de la biquette des neiges
Près du fourrage amené par hélico
Car le printemps avait été rude
La patrone du refuge.

Je rêvais
D'une omelette baveuse
Mais aussi de cette folie
Qui faisait que j'étais là
A courir le caillou
Comme on court le guilledou.

Armé de ma détermination
J'essayais d'extraire la part subtile de la gangue grossière
J'attendais du caillou qu'il me révèle et me transmute
Mais pfuit , parti le caillou
Et je restai là
En paix.



944

Menine douce

De la poche pelucheuse    
J'ai sorti la menine
Des prés et des sous-bois
Petite main dépliée
Offerte à qui connaît la douceur des primevères
Quant un rai de lumière embrase la clairière.

Avec le feutre rouge
Sur la paume rose
j'ai dessiné deux yeux clairs
Les yeux du bonheur
Et puis la bouche au sourire si fin
Que le nez a surgi ragaillardi.

Derrière il y avait foule
Qui ne demandait qu'à voir
Ce que cet hurluberlu trafiquait
Dans ce silence religieux
Que le regard enveloppait
De vrilles énamourées.

Et pour cause
Il y allait de la survie
De l'être de chair et d'esprit
À éprouver le scintillement des mots de braise
Sur le carrelage frais
Des hôtes de ces lieux.

Et ça montait montait
Comme saint chrême en carême
Ces caresses fleuries
Tel vol d'hirondelles
Vers la liberté indicible
Des noces ardentes.

Et la petite main se mit à parler
D'une voix si douce
Que les tiges végétales se penchant vers elle
En un ballet incessant
Tressèrent d'ancestrales guirlandes
Que le miroir multipliait à l'envie.

" Viens ô muse parfaite
de terre et de parfums mêlés
nous confondre
au fait de la Beauté ".


( encre de Pascale GERARD )

943


C’est si beau un jardin

C'est si beau 
De se lever à l'aube
Pour voir le pivert
Marteler le tronc du prunier
Au fond du jardin.

Puis rester là
Sans hâte
A contempler les moineaux
Picorer les graines du distributeur
Avec un voile de vent dans l'amandier.

La pierre se montre
Avec son bâton de maréchal
Par dessus le quartz du support
Aux pieds de l'étendoir à linge
De couleur verte et légèrement rouillé.

Quelques feuilles mortes
Voltigent sur l'herbe rase
Des recroquevillées
Des entières et des courbées
A danser comme sur une scène.

Immobile

Sans un sourire
Tout est en place.

Un chat passe

Peut-être Grand-chat
Non, juste le chat des voisins.




942

Retour sur terre

Se joignent se disjoignent    
Le faire et le défaire
Des mailles de l'enclos
Dans le cliquetis médiéval
D'un soleil récalcitrant
En recherche de la bonne posture
Avant atterrissage.

Montrez-moi l'obscure paix des braves
Et je nommerai un successeur
Aux rêves à venir
Pour fuir cette concomitance
Des aurores boréales de la mémoire
Et du bleu nuit
Des alcôves gémissantes.

Fermez les yeux !
En périphérie des fortifications
Règne la mise à feu des mortiers du quartier
Déclencheur incisif des fantasmes
A la mesure de notre pérégrination
" Mystère et boule de gomme "
Des contes de fée de notre enfance.

Présence ardente
De la démesure d'être
Par ce langage de conviction
Prompt à légitimer l'aventure

Au moindre lever de sourcil
Par temps d'orage
Juste à l'entrée des couches denses de l'atmosphère.

( œuvre plastique de Jean-Claude Guerrero )


941


La présence à ce qui s'advient