Vigilance mon ange

Les Idées   
les pensées   
sève du rêve   
envol hors du temps imparti   
que n'ai-je été poussière fine   
crocs et becs évacués   
dans les marmites de l'oubli.      
 
La caravane passe   
le vent fait se soulever les voiles   
les sabots claquent sur le chemin ferré   
hors le passage des astres   
poursuivant leur insigne voyage   
demeure l'aube aubépine   
le retour du jour.      
 
Corps et cœur   
convoqués par temps cérémonieux   
la plage accueille les rescapés   
sous le crachin des orgues marines   
le bout des doigts glacés   
crispant le bâton des ancêtres   
~ la voix s'élève.      
 
Vigilance est là   
de couleur bistre   
orientée vers le dévers de la falaise   
à découper les Idées   
en menues lanières de cuir   
l'esprit voletant par les herbes courbées   
sous le joug des souvenances.      
 
Vigilance évalue la distance   
Vigilance recueille en sa besace   
les mille infractions   
commises par temps de paix   
alors que la soldatesque couvrait   
plaines et forêts   
d'éclats de fer clinquants.      
 
Vigilance mon enfance   
ne permettons plus   
aux coffres des trésors enfouis   
la remontée  du mal   
de signes et de poussière mêlés   
vers l'encorbellement de nos bras   
scellant l'arrogance des illusions.      
 
Vigilance   
mon ultime appel   
de ceintures dénouées   
ne laissons pas les Idées   
envahirent le sourire de nos aînés.      
 
Soyons fiers et simples   
devant le grand chambardement.      
 
 
548
 

l’écart d’âge

 Si beau   
de mer en son écume    
la totalité du monde a des élans de printemps
que l'hiver agence      
 
J'arpente la tunique unique de ma peau   
que le désir caresse   
cet étrange voyage   
juste pour accomplir le contrat      
 
Je laisse s'effacer   
le visage de nos morts   
le long des racines aménagées    
par ces gens que j'aime   
ces gens du voyage   
à la marée   
dessinés   
sur le nomadisme des élans      
 
La vérité est royale   
elle est sœur du rien   
unique au vent glacé   
elle touche le cœur en son errance      
 
Révélé en première page   
au gré des ans   
me font signe par le fenestron    
l'au-revoir des gens que j'aime      
 
Je cherche la lumière dans le noir de l'esprit   
et vois le présent en ses rejets   
d'attentes réparties   sur la table   
parmi les miettes du festin      
 
J'attends le livre du sans-soucis   
sous le réverbère des vies enfouies   
comme une vitre sale révèle des traces de doigts   
tout autour du cœur qui saigne   
défaite pour ceux de ci-prêt   
organisant la fuite des migrants     
 
Echec inéluctable   
en opposition à ce que j'entends    
le son est une leçon    
Jacques mon frère de l'autre rive   
je gagne à être parmi les perdants   
comme chauve-souris clouée sur
la porte des granges      
 
Je triomphe   
en l'effacement du sacrifice   
dans les champs labourés   
sans cause sans conséquence   
je triomphe de mes pertes   
en souriant   
en claquant des doigts   
sans discours   
sans la science   
mais en sortant par la porte arrière   
laissée ouverte   
où naissent les brûlures du fourre-tout
des absences      
 
Alors je sombre   
devant le charivari des ustensiles
de cuisine jetés contre le mur   
un bol entre mes doigts   
un bol ordinaire   
un bol avec ses éclats sur le rebord   
un bol de mendicité   
oublié par le jeu des enfants   
effaçant l'attachement      
 
Passer le temps   
me berce d'illusions   
lorsque je tends la main   
à chaque étape   
sans que la belle expression parvienne      
 
Il faut vraiment chercher   
approcher de soi     
sans conscience   
ce que l'on est   
éprouver le heurt nécessaire   
nous éclairant   
pour qu'un peu plus de ce que nous sommes   
aille par là   
~  la marche du crabe      
 
Ne pas croire   
ne pas devenir l'image   
oser le roseau de la roselière   
être
le tiers courbé lors du dialogue   
remiser ses larmes dans la sciure
des ébauches      
 
Etre seul   
comme personne   
pour que la recherche avance   
par sauts de puce   
sur la vareuse du soldat couvert de boue   
figé par l'éclat du shrapnel      
 
Etre dans la joie   
sans méthode   
ne pas regarder ce qui blesse   
ne pas penser ce qui vient   
être la chance au hasard de la mitraille   
être vivant ensemble   
avec ce qui se rassemble   
en l'autre   
en soi      
 
 
549

enténèbreux mystère

   Une, deux,   
je pôle et ris de la dualité   
je polarise   
mille facettes à l'encan   
le positif et le négatif   
ne sont que jouets   
à l'entrée de la fantaisie   
où la chenille   
vue et velue   
s'apprête au grand chambardement. 
    
Une, deux, trois,   
je triomphe   
je réalise que le jour point   
qu'il y a en ce monde   
bien plus que moi et mes peurs   
que ma fusion est consommée   
que la sérénité est œuvre de chair   
que la chrysalide va bientôt s'ouvrir   
que le papillon va s'envoler   
que je vole. 
    
Une,   
mon âme est unifiée   
je suis colombe ou porte-croix   
je suis la marche du roi   
en ma conscience-veille   
le corps en orbite lance 
hors des yeux de la terre   
la poursuite du chemin   
guidé par l'étoile   
présente au sein de la ténèbre. 

    
547

naissance de l’enfant de lumière

   A la mort des feuilles   
l'arbre retrouve son noyau   
en joyeuse compagnie tout est bois   
le corps pèse.   
  
Tel un jeune oiseau   
il est encouragé à rejoindre les terres d'en-haut   
il sautille   
il volette pour apprendre la fluidité.   
  
Déployant ses ailes toutes neuves   
au soleil couchant   
son corps lumineux s'envole   
vers les demeures familières.   

  
546

Batifolons le long de l’onde

 Batifolons le long de l'onde   
coquille de mots   
aux aléas des remous   
soumise et consentante   
mâchurée de teintes bleues   
ouvrant larges ses yeux   
émerveillée   
par la rencontre.   
  
Arrivés au bief   
déposant les amarres   
contre le granite de la berge   
montent les vociférations du meunier.
   
Pour peu que la peinture s'écaille   
ma poule d'eau   
mon égérie   
je te lègue mon sang de traîne misère   
époumonée d'algues vertes   
sans excès devant l'offre de tes bras   
mon pressentiment   
ma destinée   
mon unique   
ma romance mille fois réenchantée   
sans soupçon d'abandon.   

    
545

Du ruisseau au chant d’oiseau

  Du ruisseau au chant d'oiseau   
en écho des montagnes   
si tendre si fragile   
cette ascension vers soi   
au poudroiement des lumières   
bouches ouvertes   
nous irons   
la blanche auréole des matins   
guidant le berger   
main ouverte   
à qui la prendra   
notre enfance   
entre les rochers   
au crépu d'une végétation    
que l'amble d'un cheval   
inaugurera   
messager d'une dernière promesse   
à mesure d'un temps d'offrandes   
de paroles affranchies   
sur le pas de porte de l'esprit   
ma petite langue des prés   
ma douce amie des bois   
ma déraison endimanchée
tant de fois caressée   
sans que rompe la ramure   
et que monte   
le silence de la prière.     


544

les abysses de l’incertitude

( encre de Pascale Gérard )
Frappant   
les sombres abysses   
la vague vint   
puissante et chaude   
broyant nos illusions   
au fond des abers fracassés.      
 
Tout était plus grand   
la prière montait des embarcations   
le flot cinglait les visages   
il n'y avait sur le pont   
que cordages enchevêtrés   
et prise de ris cliquetante.      
 
Quand du ciel   
jaillit la corne des morses   
la beauté nous saisit   
pour nous empaler   
au vertige des supplications   
l'instant d'inattention assumé.      
 
Se déversaient l'or et la lumière   
des relations avec le Tout   
le doigt de solitude en évidence   
aux cinquantièmes rugissants   
nous rappelant à l'ouvrage   
de tant et tant d'amour à prodiguer.      
 

543

Mamour, ma vie

 Mamour ma vie   
 aux racines mêlées   
 filtrait cette lumière   
 en fond d'allée   
 aux arbres de gratitude   
 et de puissance alliées.  
    
 Des papillons de jour   
 des papillons de nuit   
 dans leurs courses syncopées   
 dansaient l'aller-venu   
 des vives couleurs de l'Esprit   
 au son des tambours guérisseurs. 
     
 A genoux sur le seuil   
 elle tendait ses bras nus   
 paumes des mains ouvertes   
 sa chevelure lustrale   
 effaçant les derniers lambeaux de nuit   
 que le baiser de l'aube rougissait.    

  
  542

comme aux infos

   Il y a le monde en ses excès   
et puis l'aigrette blanche   
en son immobilité.      
 
Au coucher du soleil   
il y a l'homme sensible   
le trublion des marais salants   
la lèvre moussue. 
   
A marée basse   
traces sur le sable   
du cygne en son envol   
un frisson pour se remémorer. 
    
La nuit organise les songes   
trémie des gouttes de pluie   
pour une danse sacrée   
sigisbée de notre errance.      

541

Eperdu, à courir les bois

Eperdu
à courir les bois   
l'homme se met vite en émoi   
sous le murmure d'une ramure   
poussée par le vent   
qui de ci de là   
fait vaciller la houppe des grands arbres   
au regard vibrant   
point de remue-ménage   
juste la danse vigilante    
des gardiens du seuil   
dont l'œil darde   
en l'avenir lustré   
par maints passages   
telle peau étendue sur la souche   
au bouche à bouche   
de mots écrus   
papillons de lumière   
livrés au lendemain   
pourvu qu'ils sachent   
du temps accompli   
dire l'attente juste.      
 

 540

La présence à ce qui s'advient