Juste avec le sourire de la Joconde

 


Donne   
ogive de printemps    
au rebond des notes du piano.        
 
De pleines fougères    
manduquent l'ombre et la lumière.        
 
Par la travée    
le jour paraît.        
 
En leurs gravats de nuit    
les souvenirs émergent.        
 
Pierre de sel    
contre la rambarde    
il jouait du flûtiau    
l'homme au masque neutre    
en ses haillons    
mêlé à la tourbe des mots.        
 
De la sculpturale tour    
s'échappaient ses cheveux gris    
effluves lasses    
et taillis secs    
sur les barreaux de l'échelle    
montait à petits bonds    
le rire du sang des choses    
aux murmures     
de la plaine au loin    
vacillante    
à pleines mains    
retenant l'herbe ensilée    
dans la boîte des songes    
aux fuligineux apprêts    
du suave reflux de la gnose émise    
solitaire    
sur le pavé gras des remontées    
mon âme aux multiples élans    
rassemblée    
les ongles sales    
éclairage salace    
elle offrait à tous    
le regard baissé    
les allusions aux baisers    
que l'araigne compassion    
éclaboussait    
par petits jets d'esprit    
sur le miroir    
en fond de salle    
toi la bicolore    
jeune femme aux habits de charme    
que la table ronde saisissait    
par plaques dispersées    
sur le parvis des algues sages    
aux macareux heureux    
soulevés par le vent de mer    
en partance vers l'huître perlière    
amuse-gueule des sorties de théâtre.        
 
Le rêve épouse les plots du plateau    
où faire passer les mots    
juste la recherche d'un petit bonheur 
juste avec le sourire de la Joconde.        
 
( Collage de Pascale Gérard )

 559
 

Les ballerines de l’esprit

( encre de Pascale Gérard )
 


Violettes crocus pâquerettes giroflées    
le jardin s'ouvre à l'amour    
avec la fin de l'hiver.        
 
Les oiseaux croquent    
de leurs trilles agrestes    
l'emplacement possible    
où circonvenir le choc des grêlons    
sur les tuiles romaines.        
 
J'ai cinq doigts    
et me rebelle    
sans maîtrise   
mais fort à faire 
contre l'onctueux repas de fête.        
 
Ma muse est indicateur des fleurs de mémoire    
qu'engage par jeux posturaux    
le reflet des offres de lumière.        
 
Se mirent à l'écart    
la navrance des mères abandonnées    
le rire des enfants endimanchés    
la ruade des chevaux ailés.        
 
La pomme était à croquer    
le vent fera l'affaire    
devant tant d'offres à affronter    
sous le tutu charmant    
des ballerines de l'esprit.        
 
 
( encre de Pascale Gérard )
558

Les mots râlent

 

La morale    
et les mots râlent    
habités    
habilités
à parler au nom de qui de droit    
pas droit du tout    
le binaire est agent de corruption    
devant la déroute du toi à moi    
qui nous campe en la raison.        
 
La complexité    
oui    
la souffrance    
oui par excès de confiance.        
 
Le symposium des idées convenues    
se marie en formes et en ressentis    
avec la dispersion des propos entendus.        
 
Il n'est de pire sourd    
que celui qui croit gérer la bipartition    
et le dit si fort au tout venant    
que le vent emporte son propos    
telle flèche d'argent      
genoux fléchis sous la convenance    
le sifflement brûlant l'azur     
par temps de pleine lune.        
 
 ( Sculpture de Pascale Gérard )
557

neige foulée

 


Neige foulée    
forme svelte à l'entrée de la pâture    
page dure de l'écrit    
le souffle sur le duvet    
vent de février    
sonne l'heure    
au bleu d'un frisson    
de blanche lignée    
ouvrant à grand tapage    
l'ordre des corneilles    
que susurre à l'oreille    
la levée du jour    
sans que lune paraisse    
ma mie    
que le regard darde    
d'un sourire belette.        
 
 
556
 



Viens voix hurlante !

 

Viens    
voix hurlante    
vol de l'ange    
en harmonie    
louve amie de l'homme    
la neige claque ses flocons    
en conciliabule avec l'horizon    
que ferme la nuée.        
 
Passe ta robe    
et me joins    
l'homme au passé révolu    
ma solitude ennoblie    
le son des cloches croise le murmure des errants    
s'ouvre le cœur des tendres    
en accueil de la rudesse des blessés de l'âme.
        
Petites pierres sculptées    
contre le mur de chaux recouvert    
la marche lente sur la neige craquante    
appelle et replie de gothiques écritures    
la muse contre l'églantier    
garantie du sceau des mendiants    
en cette étendue    
de rencontres soulevées    
à merci de l'univers.        
 
 
554
 
 

la vie

 
 
 
      Accepter la Vie, être conscient, 
de cette part de nous-même 
qui cherche à grandir,
à pousser ses limites, à répondre
à une demande, à être en accord
avec ce qui est, par des actions
dont on ne connaît pas 
la complexité causale mais 
qui nous semblent juste sur le moment. 
ça brûle donc je me chauffe ; 
le tirage adapté viendra après.

      Tout est question de distance 
hors la perspective qui seule 
subsiste, une perspective qui 
n'implique pas nécessairement 
la Vérité, mais qui compense, 
qui pardonne, qui donne de l'énergie, 
qui aime et ne nous déçoit pas.
 
      Et si cela navrait toutes les 
incertitudes et nous orientait 
vers la prise de risque d'être 
en responsabilité sans préjuger de 
ce qui se passera !
 
      Il fût un temps de parousie affirmée 
où néanmoins nous prîmes la clé 
des champs, simplement pour n'être 
plus dans le cercle des habitudes 
et entrevoir les dérives du système.
 
      Avec raison et bonhomie au fil de 
l'eau il y eut bien des rapides 
et des chutes qui nous entraînèrent 
vers l'autre côté de soi, 
ce maigre affront à soi-même, 
cette outre emplie des vents 
de l'aventure.
 
      Le destin ourdit des bizarreries, 
le cadran de l'horloge a des 
hoquets de tendresse. S'arrêter 
près de la source aux loups 
prélude à la réflexion de manger 
ou d'être mangé, d'envisager 
le clair-obscur des visitations 
avec sérénité, d'être aux petits 
soins avec sa faim tout autant 
qu'avec son besoin de sommeil 
et de rencontres.

      Un brouillard recouvrit le fond 
de la combe, une bruine amena 
des gouttelettes sur le visage, 
le froid envahissait le corps.

      Un faon sortit du bois 
immédiatement suivi par une biche 
ce qui me remit sur pied contre 
le grand chêne outragé par des 
orages qui avaient entamé des 
branches maîtresses mais dont 
la force résiliente ébranlait 
mon être.
 
      Je repris le service d'ost. 
      Le seigneur m'attendait. 
      Il devait encore pleuvoir des 
grenouilles.  
      Le chemin montait. 
      Je savais qu'après la butte 
la pente serait descendante, 
que la place du village serait 
bruissante de couleurs et de voix, 
qu'une vitalité légère brasserait 
les corps et les âmes jusqu'à ce 
que le beffroi sonne les douze 
coups de midi.
 
      Alors je partirai, le travail 
entamé, escorté des trolls et 
des djinns vers le point de 
non-retour où la mort rejoint la 
naissance, au sanctuaire où tout 
s'apaise près du frêne et du 
tilleul. 

       Prémices du regain de 
la vie.
  
 553
   

sanctuaire de la métaphore

 

Sanctuaire    
guidance des dents sur le devant de la hampe    
à petits pas sur la sente des fleurs    
je hume les fragrances    
du mimosa    
mon abécédaire des hautes terres    
en appel des mots de miel    
écaillés par le crissement des cigales    
auprès des vagues    
à cheval sur la voix énonciatrice    
aux naseaux que le sel blanchit    
la poignée de salicornes    
à bout de bras
brandie vers la Victoire.        
 
Au trot    
à crû    
les sabots frappant le sable durci    
la métaphore    
sort de l'ombre    
vertèbres cliquetantes    
frisettes au vent.
  
le mégalithe capte    
le vol des oiseaux    
en bord de mer    
rapide passage du fusain    
sur la feuille blanche d'une sylve présence.        
 
 
552
 

Cette aventure unique

 


Cette aventure    
au delà de l'objet de série    
courbe le temps    
adjonction pointilleuse    
recouvrant les décombres du mystère    
de parures pour rire    
et de superstitions outrecuidantes.        
 
Cette aventure    
au delà de la raison et de l'appel    
courbe l'espace    
mesures mortifères  
dont la contredanse ne peut être    
qu'immobilité    
fermement plantée sur ses ergots    
au centre du dialogue.        
 
Marchons à grands pas    
tous dehors et lui dedans    
là où tout se tient tout se marie    
dans l'auguste brouillard    
recouvrant les excavations    
de la paroi haute à gravir    
les mains nues    
à chérir le repère de l'aigle    
alors que dansent par le bas    
les divagations de l'esprit    
derrière d'hypothétiques tentures crépusculaires.        
 
Ne nous égarons pas    
qui refuserait d'ailleurs la pincée de sel    
sur la langue des ouvreurs de l'aube ?     
Soyons la flamme d'un monde de paix    
Soyons la grâce de l'architecture ouverte    
Soyons sans haine ni aveuglement    
les éléments pleins    
sans démêler le tien du mien    
à la portée de l'œil unique    
en livrée d'amour et de sagesse  
Soyons le baiser
d'avant la bascule des lèvres jointes.        
 
 
551
 

Bonne année 2020

 

Nez contre nez

Quelques bribes
de mots au vent venus    
au risque de passer pour un vieil orignal    
aux bois velus.        
 
Puissent quelques passants    
les saisir en sourires    
à l'hiver vingt et vingt    
sans qu'oubli se fasse    
à l'aube de ce qui vient    
alors que tout est en nous.        
 
Sans prudence    
à consommer    
pour le meilleur de soi    
en ouverture à l'autre.        
 
 
550
 

La présence à ce qui s'advient