Le crêpe arachnide

Le crêpe arachnide     
du crépuscule   
au cul de la journée   
est baume   
avec effets immédiats.    
 
Reflets des arts et des brûlures   
détournées à la volée   
du grand astre vers les mondes   
où j'existe et je meurs   
en l'infini fraternel.      
 
Combat contre l'absolu   
maniement des armes de l'esprit   
contre la matière   
que l'amour fait exploser   
hors ressentiments   
d'une vie contrainte au silence   
alors que la vie vit de sa vitalité propre   
à point nommé   
au carrefour des considérations   
à la pointe nommée   
à la pointe innommable   
d'un claquement sec   
de la foudre profonde   
sur le fer de la forge   
sorti rouge feu   
des braises incandescentes   
blanc de blanc   
sur l'infini d'une sensualité des peurs.      
 
 
880


Dire oui à ce qui est

Ce qui a été a été   
Ce que l'on a fait a été fait   
Ce que l'on a vu et entendu, ce que l'on a vécu, c'est du passé  
Le passé est le passé.      
 
Aussi faut-il oublier tout ça   
Et s'accorder vers quoi on tend        
Être en harmonie, en résonance, en présence   
Avec ce qui a du sens   
Avec ce que dit la vie au moment où l'on vit.      
 
Dire oui à ce qui est.      
 
Il s'agit de se transformer   
De passer au-delà de la forme   
Et non de changer de forme.      
 
La vérité   
C'est qu'il ne faut jamais vouloir détruire   
Mais accepter avant de laisser disparaître.      
 
 
879

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de la musique du vent   
dans la feuillée des frênes.      
 
Je ne puis retenir    
l'ordre des phrases   
sur la peau du chevreau.      
 
Note stridente   
en carême d'être   
sous la plume incarnée.      
 
Brame d'âmes   
à la corne du cerf   
augure d'une immense tendresse.      
 
De mille flèches et mille épines   
elle encanailla   
la geste de la rébellion.      
 
L'examen dura tant et tant   
que la foi en ce monde   
fût signe distinctif.      
 
Hors carapace   
à la sortie du labyrinthe   
perle la rosée du jour.      
 
A devenir l'ours des catéchumènes   
plagit le blason   
des beaux parleurs mes frères.      
 
 
878

Les chauve-souris

Les chauve-souris   
à la queue leu leu   
devant la maison   
ont déplié leurs ailes   
pour une saison encore.      
 
Au rayon des invendus   
en dialogue avec le rouge aux ongles   
cette existence insaisissable   
s'est embrasée   
dans des contrées de basse brume.      
 
Ecrire en poésie   
est croissance drue   
par ronces et talus   
sous le regard extrême   
des fins de parties venues.      
 
Tenter d'apprivoiser   
la présence-absence   
en vue d'une obligation à ne pas manquer   
organise de cupule en cupule   
les crues et décrues de notre destin.      
 
Je voulus chanter   
et bien je chantai   
en éveilleur de conscience   
sur le terrain des terres venteuses   
en pleins et déliés d'un silence de circonstance.      
 
 
877

Le champ des souvenirs

J'ai traversé le champ des souvenirs   
des mécréances et des soumissions   
pour lumière atténuée   
être sans parents et sans enfants  
en ces temps de décalcomanie.      
 
Les mots craquent   
dans le feu à la veillée   
faisant jaillir douleurs et joies   
sans que l'octroi regimbe   
et laisse franchir l'enceinte.      
 
Les pierres sertissent la pâture   
de leurs masses de silence   
lichens colorés   
s'appliquant à donner au coudert   
sa part du jour qui tombe.      
 
Pluies acides 
sur forêts d'élevage 
font déplier la pèlerine et prendre bâton   
pour les gens du pays  
que le diton du sans-souci décrète double.   
 
Les instants qui précèdent   
et suivent le grand départ   
sont d'invisibles moments d'ouverture   
où saluer la Terre et le Ciel   
permet de fusionner les deux.        
 
Puce collée à l'oreille   
du chien mon maître absolu   
avons brisé du tranchant de la main 
l'ode de l'intériorité     
sous les étoiles du langage.      
 
 
876

Plume par ci plume par là

Plume par ci plume par là   
j'ai fait de mon mieux   
pour transmettre à ma mère   
entre conscience et inconscience   
la note et la dîme du mot de trop.     
 
Sommes arrivés devant la chaumière   
sous le linteau des obligations   
hautes herbes mouillées foulées   
apportant frisson aux chevilles   
et chants à gogo pour belles envolées.      
 
D'où que l'on soit   
sans libelle ni pourvoi   
nous devons marcher par tous les temps    
terre fertile afférente   
propageant le savoir.      
 
S'entretenir en bout de champ   
imprégné de justificatifs   
il suffit d'un hasard de circonstance   
pour que trousse-chemise sans considération   
être récipiendaire de récits fabuleux.      
 
Passer le pont   
cercler de papier doré les Géants de la fête   
battre le pavé jusqu'à plus soif   
être le Tout En Un de la Vie Une   
permet le badinage pour la Recluse.      
  
 
875
 

Me voici

Me voici   
dans l'allée des oliviers   
à marauder le chèvrefeuille   
secrètement épris   
de la grenouille au jabot vert.   
 
Le barde se révèle   
comme sang chaud des réceptacles   
du cours tumultueux   
de cette nostalgie   
empreinte de tendresse.      
 
Et de détresse   
au fanal tombé en mer   
j'offre la bouée   
du poème que j'aime   
pierre où reposer ma tête.      
 
Je crois aux cris de l'hémicycle   
avec pour rituel bleu-pastel   
le chant des marins de Terre Neuve   
descendant la coupée   
les bras chargés de morue sèche.      
 
Bien plus bas   
je crus voir   
à même le bol de terre cuite   
la mort et la vie   
se dévorant l'un l'autre.      
 
Quant à mes enfants   
que le temps distribue   
en paix   
aux nuages sans duplicité   
j'ai déchiré contrat et promesse.      
 
Le vent m'emportera   
en mélancolie   
la main sur la bouche   
attendant l'ombre de la stèle   
se refléter dans le souffle de la Bête.      
 
L'ahan royal des soldats du dédain   
reflète en jachère   
l'épaule charnelle du rebelle   
causerie de fin de siècle   
au vent donné des graminées.      
 
Ma douce Nature   
aux feuilles éternelles   
au soir revenue   
vous êtes allée si près de moi   
que le charroi s'ébranla.      
 
Explorant la brume   
aux formes replètes   
mon âme s'élèverait   
sur le devant des estives   
comme Voie Unique.      
 
 
874
 

Auprès des ondes fraternelles

Auprès des ondes fraternelles  
aux rides du retour en grâce   
j'épelle ton nom   
sur le billot du Sans-Souci.      
 
Aux cellules grises de l'Esprit   
à la verticalité d'un point-virgule   
je prends et mène grand train   
sur le foirail des retrouvailles.      
 
Aux gouttes de pluie rousses   
sur la toile du toit gercé   
devant la foule rassemblée   
je glisse le papier dans les fentes du mur.      
 
A la plume d'aigle   
que le berger ramasse près de la source   
à l'itinérance sans fin   
je joins les mains de la prière.      
 
Aux philtres de l'ignorance   
j'aligne les étoiles   
pour d'un coup d'épaule   
manifester la solennité.      
 
Perplexité refoulée dans l'impasse   
à la portée des voyageurs   
j'organise le raout   
de la montée aux alpages.      
 
 
 
873


Frisottis de fougères sèches

Frisottis de fougères sèches   
plucheuses tel gruau   
le bol recelait les restes   
d'un passé égaré   
du côté de la montagne   
à filtrer la lumière   
des peupliers de la rivière.      
 
Le vide tel une valse lente   
disposait la table   
par quelques mots pauvrets   
écornant de leur quincaille   
les pages blanches du cahier.      
 
Du bout de la cane   
le plan fût tracé   
sur la berge sableuse du Bès   
écorniflage à mesure de l'oubli   
des passions mises au rebus   
de calques dérobés aux entrailles du souvenir.      
 
Glissendo des murs d'argile   
en capacité d'offrir   
le pain et le vin    
dans l'allée des graviers    
en débours de tant et tant d'élans   
recroquevillés sous la saulée.      
 
 
872

Millefeuille

Millefeuille  
distingué par le guetteur du phare
douce offrandes
que le vent glanant dépose
au sortir de la bourrasque
alors que la nuit rebique
sous son manteau noir
quelque pan de chemise
disposé hâtivement
sur le muscle tétanisé.

Feuilles de toutes pensées
feuilles arrondies
feuilles écornées
feuilles encalminées
dans le labyrinthe

à la portée du minotaure
qu'Ariane proposa
un jour de belle humeur
à l'homme provisoire
de fuir les ors parentaux.

À la fin de l'œuvre

on retourne hors des choses
pour librement jouir des nuées et des brumes
quand survient
comme neige au soleil
le miroir des jours fertiles
passés à dégeler la trappe parnassienne
des bulbes déposés

arc-en-ciel
dans l'aube frémissante de la joie éprouvée.


871




La présence à ce qui s'advient