Elles étaient sept au couchant
les mouettes
bien avant que le paradis existe
à remonter vers le nord.
Sept fonctions
appelées aussi les sept mémoires
perpétuant l'entrée au jardin d'Eden
lieu de toutes les origines.
Il y a d'abord la fonction douce
en majesté
en relation avec la nature
la tradition féminine.
En s'éloignant du chemin
il y a la fonction des épreuves
désert où se rencontrer soi-même
au risque de déjouer.
Puis il y a les passions
ces outils qui sont la chair de la conscience
avec la plaie de l'amour de soi
mirage à décoder pour ne pas se perdre.
Il y a le centre
terrain arable
où naissent les pensées
Terre ô ma mère.
Il y a le cheval des émotions
à chevaucher serré
pour ne pas mettre le feu
aux grandes herbes de la prairie.
La voie du cœur est à ouvrir
celle dont on parle peu
car en bout de chemin
elle est la grande résolution du mystère.
La joie sans objet
sera du vol
la partie terminale
passage vers la présence de l'Autre.
1180
Pour secouer le texteet en extraire les impuretés et les beautés.
L’image est autre que le texte et elle rencontre le texte
Un en-soi rencontre un autre en-soi.
Deux univers se font face
Se glissent entre ces deux mondes
La quête d’une Réponse à donner
Et si naissent les comparaisons, les rapprochements, les connivences,c’est le clic-clac de l’imaginaire qui s’ouvre.
Le texte
Un météorite qui tomberait devant soi, en soi, par surprise
Un fait
Une impasse
C’est le comparse qui apparaît
L’autre Moi venu d’ailleurs
Goulu d’ail à pointes d’herbes
Bien sûr que c’est moi qui ait écrit ça
Et pourtant il me semble qu’il y ait bien plus que du moi dans ces vers,ce vertige, cette verrine aux effluves épicées.
Que sont ces débris ?
Chaque syllabe, chaque mot, phrase, sonorité, silence est rattaché à une parcelle de vécu
Tout élément peut être daté, répertorié sur la ligne de vie
Chaque carte participe du château de cartes convoqué pour une altière construction
L’objet château-de-cartes se mue en sujet pour devenir sœur-Anne-la-multiplequi de la plus haute tour perçoit dans le lointain le nuage qui poudroie.
Le vent qui monte, alors, enfle et souffle le château
Sur la plaine aux alentours les cartes éparpillées prennent la couleur du temps.
Il reste alors à ramasser ces vestiges blanchis, les humer,les nommer, les rassembler, les grouper selon le codage du momentpour constituer un puzzle et conter par le menu les histoiresqui émergent, suggérées, révélées par ce qui est là, étalé devant soi, en soi.
L’élan du cœur, de l’esprit et de l’âme fait le reste pour s’engager dans une active production fait du bric à brac du passé, de l’inconscient, de l’émotion, des valeurs, de la réflexion et de l’habilité syntaxique du moment où « l’Eternel -Retour » rassure et justifie notre disposition à nous transformer par le grand retournement.
« Crottes de bique
de mon désir
en souliers vernis
la varlope rit
au parti pris
de c’que tu dis. »
Le premier agencement fait, il est temps de se mettre à distance, pour comprendre, prendre avec, en orientant le « regard absolu » vers l’au-delà où je suis.
Entrons par la porte dérobée dans le mystère fait de recensions où lâcher les chevaux de l’imaginaire/imaginal sur le foiraildes libertés.
L’image et le texte réunis deviennent la table de fête servie entre moi et l’Autre, le lecteur, le passeur, le pasteur parti faire paître la troupe ailleurs, là où l’herbe fraîche et drue transfigure l’affamé en un réceptacle de l’écho ressenti au plus profond de soi ce qui masque et démasque le chemin à parcourir.
L’Appel est lancé.
Les montagnes s’écrouleront, la bise glaciale ravagera végétaux, animaux et humains, les planètes s’entrechoqueront, les étoiles s’embraseront pour se rejoindre.
Nous ne serons plus, nous serons RIEN, et l’esprit stellaire sera TOUT jusqu’au coup de gueule d’un hasard de circonstance convoquant le monde nouveau à faire formes et figures sur fond d’Univers.
Loin, très loin, nous serons le groin du Rienà farfouiller dans les défesures, à la merci de celui qui nous exhumant, fera surgir l’homme de lumière d’or aux lignes rouges et noires.
Chaude la main
Au carénage SNCF
De la table disposée.
J’y vas t’y, j’y vas t’y pas
Bien plus tard on m’apprit
Qu’en place de Grève le Christ était né.
Maîtrise du mot
Maîtrise de la main
L’agneau mystique gambadait.
Répondre
à cette histoire commencée depuis longtemps
réveillons notre mémoire profonde.
A rester sourd et aveugle
Calme notre intransigeance
A être discret.
L’ombre
Il y a toujours l’ombre quelque part
Même engloutie dans la lumière.
Figure imparfaite
Dans le glacier aux mâchoires bleues
Neuf pétales à l’éternelle consistance :
La parole devient muette, le silence parle
De longues dents prélèvent une tranche de chair
N'ayez que le strict nécessaire à l’entretien de la vie
La conscience repousse l’ombre
Tiraillé entre le haut et le bas, le salut
Capter son âme, la guider afin d’épanouir ses dons
Dans le charivari ne pas emprunter le pas du nouveau guide
Chaque année l’arbre s’élève un peu plus vers le ciel
Être capable de suivre la piste vers l’Invisible.
Quelques mots sur la pierre du sarcophage
« Consomme, digère et apprête toi
A faire disparaître la trace de ce qui a été . »
1178
Langue de feu
Morsure
Terrible impression
De ne pouvoir s’extraire
A l’heure venue
Tout le monde était là
Les affaires avaient été distribuées
Restait à genoux
L'ombre d’avoir vécu
Le basilic du renouveau.
Se rafraîchir se reposer
A l'entrée de la grotte
Augurait le déferlement des idées noires
Mes sœurs de l’oubli
Promptes à l’évaluation.
Deux arbres de la même souche
De la joie à la paix
Les deux branches de coudrier
Marquaient au fer rouge
La perméabilité de l’entre-deux.
En profondeur
Le cœur sailli de choix contradictoires
Il a rejoint le campement
Malgré l’embrouillaminis
D'une végétation première.
Les fruits de l’expérience
Ont consumé la dernière sauge
Avant de poser la question
« Pour vous, qui suis-je ? »
Et de fuir sans livrer combat.
Former attelage
Sous la pluie grasse de l’orage
N’a rien d’attrayant
Si ce n’est leçon apprise
Aller en vie recueillir le Silence.
Il m’a montré ses images
Dans l’ombre de la forêt
Et la fleur a jailli
Mauve et secrète
Embaumer l’intime de l’abîme.
A point nommé
Du côté où l’on se trouve
Contrainte et Peur ferraillent une dernière fois
De chevaucher le cheval rouge
Est l’ultime cri.
1177
Et vous êtes resté là
tout simplement
par amitié
d'avoir été touché
par la grâce.
Dormez maintenant
il fait tard
demain la route sera longue
pour aller participer à l'ouvrage
du petit côté des choses aussi.
Avec lui
c'était tout le contraire de l'idée qu'on avait
en venant là
après les événements
de ces derniers temps.
Être un homme
porter vêtement ample
pour se dire qu'un jour on s'arrêtera
de parler
pour travailler la terre.
Être une femme
porter vêtement ample
pour aller voir si l'eau n'est pas gelée
puis ramener quelques bûches
à mettre dans le feu.
" Partager est notre pain quotidien "
de sa bouche même
entendu le jour du départ
sans vraiment l'écouter
occupés que nous étions à préparer le sac.
Un signal pour de bon
nous avait fait tendre l'oreille
celui d'un son sourd
provenant de derrière la montagne
juste en début de nuit.
Depuis que se succèdent les saisons
et que raison devient raisonnable
bien des gens passant par là
se sont demandé pourquoi
il y avait ici de la lumière.
1176
La marquise
sur la pointe de ses chaussures de vair
cadenassa d'un geste prompt
et la margelle et l'encorbellement
de la fenêtre de Marianne.
Des pétales sous les yeux
elle accueillait les regards
sans ciller
le ventre empli d'amour
pour l'éclosion de notre chère rencontre.
Plus jamais ça
l'existence si proche de la peur
ne pourrait aux marges d'une attente éternelle
en liberté d'espérer
qu'être soumise aux flétrissures du temps.
Entre la matriochka et la pomme
la fente de l'avenir
espace du rêve au secret de la nature
passage des ondes familières
au plus près de la blessure.
Chimère que tout cela
par l'incarnat de ses joues
elle attirait contrefaçon
en refusant toute versatilité
durant la levée lente du nuage.
Arrivée de l'oiseau
le rapiéceur des rides
captant par sa vivacité
l'écrit transformateur de mots
révélateur de la grâce d'être.
Il est des fresques paysagères
au dialogue avec l'invisible
si étranges que sérénité oblige
incline à laver l'affront
de la une mélancolie tard venue.
Une pomme solaire
de dimension moyenne
fera en simplicité
la conquête du dragon de l'esprit
toutes griffes dehors.
Ne nuis pas à autrui
sois l'ustensile gracieux
du mariage entre le fond et la forme
aux résonances délicates
par temps de brume et de mystère.
1175
Un jour dans ma boîte aux lettres
une enveloppe blanche
que j'ouvre
à l'intérieur une feuille entièrement blanche.
Et puis je passe la feuille à la flamme
dessus des mots superbes
sans doute écrits au citron
apparition.
Telle est notre vie
on n'y comprend rien
on ne sait pas ce qui nous arrive
alors qu'il suffirait d'éclairer.
Un petit gars à trottinette
une jeune fille en patins à roulettes
un papa à casquette
splendeur de l'amour.
Le petit gars c'est l'oisillon sorti du nid
la jeune fille va de l'avant corde tendue
le papa ouvre la route
et on se plaindrait du silence.
Le petit gars patine d'un élan qui nous ébranle
la jeune fille utilise la compagnie d'un chien
le papa courroie de transmission
enthousiasme le goudron laisse béton.
Le petit gars pourrait dire qu'il est délaissé
la jeune fille qu'elle utilise la force animale
que le papa poursuit son running
obstinément sans se demander où cela mène.
Il ne s'agit pas d'aller chercher une réponse
si on la cherche trop on va l'inventer
et si quelqu'un d'autre l'invente
c'est de la glue ou de l'eau de rose.
Le petit gars patine
la jeune fille roule
le papa court
sans un clin d'œil.
Pour aller loin
pour rencontrer la joie
pour comprendre ses blessures
pour véritablement naître.
Le petit gars, la jeune fille, le papa
tous reliés sont sur le chemin
à donner de l'énergie de leur corps
à donner d'eux-mêmes.
S'abandonner à ce qui est
celui qui sert s'oublie lui-même
pour n'attendre rien en retour
et perdre sa vie pour enfin la trouver.
1174
Un coin de nature
à Peyre Fichade
l'endroit est aimable
familier spontanément
à user en connaissance.
Les images sculptées ne parlent pas
mais soulignent les aspects visibles
du temps des bêtes
de ces animaux que l'on affronte
et dirige avec souplesse et contrôle.
L'arbre et le rocher
baignent dans la lumière
à s'offrir aux énergies telluriques
ample caresse d'un soleil dansant feuillage
prompt à purifier notre feu.
Le gardien du seuil
au masque de granite
tire à lui et la terre et le ciel
avant de laisser passage
au compagnon de rencontre.
Etreinte harmonieuse
du sol sonnant tambour
à même d'enrayer l'émotion de l'instant
sous la coupe d'une marche conjointe
alchimiquement neutre.
Rappel à l'humilité
par la belle créature
à réaliser quintessence des œuvres de vie
en maîtrise des dragons et oiseaux
dans l'éclosion de sa puissance.
Chuchoter à l'oreille
l'entendre et l'écouter
le partage profond
pour auréole reine
être ceint du lien de notre destinée.
Voir et être vu
restituant la clarté de l'enfant
dans le sens vertical
des empilements d'expériences confondues
en élévation sereine.
Emergeront de la forêt
les moyens d'extraire le joyau de sa gangue
pour souffle en libre circulation de l'esprit
tendre ses lèvres
vers la transmission éminante de l'échange.
1173
Au couchant ensemencé d'éclats de lune
sont apparus
les puissances de l'ombre
l'autre, les forces lumineuses.
Au début est l'inconnu
de soi-même et du monde
en ignorance de ce qui est possible
chien de dentelle dans le ciel.
Dépouillé et fragile
portant haut la force menaçante
tensions cachées en son for
il erre.
C'est la peur qui déforme la vision
et sa propre énergie un brouillard inconvenant
alors que l'obstacle est en lui
cette crainte de faire traces en terres vierges.
Nul n'accueille joyeusement le joyau de ses yeux
Vénus au regard du fond des âges
perle d'ombre
porte d'accès au mystère.
Franchir le seuil
mains coupées paupières closes
rend blessure formatrice
et âme folle amour.
L'homme fragile du début
devenu responsable de la matière et du pouvoir
devient point d'inflexion
où glisser dans sa poche le glossaire des incantations.
Géant
sortant de la géhenne
il livrera son sang au premier bout de chair venu
germe de sa propre chute.
Debout
l'épreuve l'a mis face à lui-même
le miroir est à retourner
la bifurcation à découvrir.
1172
Montre moi ta peau de sous le voile
Je sais qu'il y a là
L'errance des choses vécues
Et la toise des choses à venir.
Aussi retire vite ces fadaises
Du bocal à chansons
Sois dans la docte ignorance
Du non-savoir notre maître.
Plus rien autour de nous
Apparemment mais pleine de ressources
La source
Le lumineux contact.
Bien avant les connaissances accumulées
Par notre personnalité
Il y a le préexistant à tout ça
Notre Être.
Veille en lisière du bois
Le petit rien des grands espaces
La peur, la colère, l'envie, la vanité
Toutes rassemblées pour le raout des illusions.
Soyons lucide
Il n'est de pas qui compte
Que la semelle du soulier foulant le sol
Et le nez en l'air pour l'alouette lulu.
Autrement dit
Dire " Merci "
Engage l'Être en instance de dépersonnalisation
Vers les crocs de la manducation.
Posons le calame
Sur la pierre des investigations
Soyons le vent du désir
Soyons le beau parti.
Le voile soulevé
Amène cendres sur l'Esprit
Vienne alors l'origine de cette dissipation
La liberté inséparable de l'énergie.
( détail d'un dessin de Jean-Claude Guerrero )
1171