Visage, Visage, au Touché de nos Cœurs

Recueil N°2

301 pages, 108 textes, 108 photos en couleurs
Il n’est d’avenir que la marche du pèlerin sur la voie lactée. 
Les mots n’ont pas de sens s’ils ne sont pas vécus intimement, s’ils ne sont pas pesés à l’aune
de leurs provenances, des maux, des joies et des peines, à l’aune de l’enfance éternelle.

Les mots nous réalisent, ils précisent nos actes, comme s’ils nous connaissaient déjà, qu’ils
écoutaient plus qu’ils ne dictaient la direction pour qu’un certain temps après découvrir
l’enchantement ou le maléfice de leur pouvoir.

Alors le silence peut s’établir, un silence fait de l’effacement de l’œuvre, un silence au
profond de notre univers qui continue sa course.

Ici la photo et le texte se rencontrent et de leur contact surgit un troisième élément, le
tiers inclus, d’une nature autre qui nous convoque à un rebond.

C’est dans cet entre-deux, dans cet espace vierge de piétinements où surseoir à l’arrivée
d’un sens hâtif qui dans sa précipitation peut scléroser l’entendement, que nous ouvrons
notre cœur pour permettre le contact avec le cœur de l’autre.

La vision est ici millimétrique et apocalyptique. Le temps et l’espace bien présents dans
l’existence quotidienne sont intégrés par un tempérament globalisant et oblique où les
visées scientifique, philosophique et mytho-poétique se conjuguent. Tout est alors affaire
d’acceptation, de discrimination, d’effacement et de rangement bien plus que de hasard.

Un hasard qui d’ailleurs n’existe pas vraiment car ce qu’on appelle rencontre fortuite,
coïncidence, paradoxe, synchronicité, sont des traces mnésiques affleurantes du passé
et promesses d’un avenir imaginé que la présence de l’ici et maintenant actualise du sceau
de la réalité.

   

Lila

Lis, là   
Contre mon épaule   
Pour solder   
Exercice mental aux mélèzes associés   
Que la gourde vaille bien la montre   
Quand elle est pleine   
Et que la montre à l'abri des impulsions   
Fasse temps d'arrêt.      
 
Cette scène   
De planches disjointes    
En forêt à taper du pied   
Le temps d'une représentation   
À ne plus se souvenir   
De quoi il était question   
Si ce n'est   
Que le ciel était bleu.      
 
La grande fille    
Me passait un paquet ficelé   
À hauteur des yeux   
Pour m'en mettre plein la vue   
Alors que mes compagnons   
Fumaient la cigarette   
Métamorphose du langage   
À portée de voix.      
 
Elle me répondait   
" Oui "
Et cette histoire un peu compliquée   
Me renvoyait sur les chemins   
Dans la forêt pluvieuse   
Des premiers jours d'été   
À entendre que toute absence   
Était de la nourriture pour l'âme.      
 
Goûter le jour   
Vertu consolatrice   
Aux chants que nul n'entend   
Si ce n'est d'exister   
Pour planter les salades   
Cueillir les mûres   
Dormir au pied d'un arbre   
Une pincée de sel aux coins des lèvres.      
 
Regarde   
À ne plus ressentir la grosse laine   
Sur ses épaules nues   
En doutant de loin en loin   
Que l'arrivée du soleil   
N'altère le rouge-gorge de sa respiration   
Grenouille vermifuge   
Ronde de joie à me donner le tournis.      
 
Passèrent   
Le présent   
Accompli en ses formes et mesures   
Le passé   
Aux bons soins de la souvenance   
Et l'avenir   
Dentelles taillées à la hache   
Sans que cil ne bronche.      
 
 La marmotte crie   
Au parti pris de ce que tu dis   
À franchir le gué   
Une pile de livres à bout de bras   
Altière et fenouillarde   
La transparence accablée   
Par le soucis de plaire   
Jusqu'au plus petit moucheron de la création.      
 
Siffler est jouer   
De la corne de brume   
Pour ouvrir l'espace   
Et laisser venir   
d'un cœur léger   
La main légère   
D'une vie légère   
Comme rai de lumière traverse un feuillage.      
 
1353

La bicyclette éternelle

Elles ont glissé   
Leurs patins d'air   
Sur la fontaine des souvenirs   
Les araignées fines funambules  
Marquant d'auréoles concentriques   
La douce arrivée d'eau   
Pour que rase rassasiée   
S'échapper par la motte de terre soulevée   
En contrebas du pré.      
 
Le travail des herbes folles   
Déposées à la surface du sourire   
Faisait lumière au sortir de la goule   
Renouveau accompli   
À mesure de l'esprit   
Échappé des traverses lourdes   
Le long de la voie ferrée   
Du grain de la  phrase   
Entre deux éclats de rire.      
 
Une pluie mercenaire   
Faisait se courber les scabieuses    
En réjouissant les vaches   
Aux mufles lustrés   
À la robe dégoulinante   
Les dix doigts diligentés   
Sur le combat Villemain Dauthuille   
À piqueter le papier    
Sous les pins de l'orage.      
 
En attente d'un bleu prophétique   
Glorieux d'avoir exhumé la pierre ténébreuse   
Où déposer la mousse humide   
Du face-à-face mélodieux   
Avec le merle aux pattes fil-de-fer   
Il eût été branche molle du cerisier   
Plus apte à soutenir les ténèbres   
Que d'évacuer l'écureuil du square des pompiers.      
 
La main suggère le souffle   
De concert avec le parfait récital   
Quand miettes retenues par la serviette   
Éteindre la lumière   
Pour ne plus entendre le bruit de l'ampoule   
Marche forcée de la créature incommodée   
Aux yeux de pêche   
Reproduisant la Cène   
Des amitiés carillonnantes.      
 
Effluves légères
Soupir évoqué
Pensée permise
Les nœuds se délient
Tapis de prière déposé
Encore une minute ou deux
Pour faire de l'enfant au regard doux
La source du réel pur
Les mains sur les cocottes d'une bicyclette.
 
( Encre de Pascale Gérard )
 
1352
 

L’homme de pierre

L'homme de la pierre   
Assis devant la rose   
Comptait lentement   
Ses années passées   
À la lumière sèche de son visage   
Reflétant la brume montante de la vallée   
Aux messages imaginés.      
 
Afin de complaire à cette maraude   
Il écrivait calme et appliqué   
De sa plume sergente major rêche   
Quelques faits de ses origines   
D'un tremblement des mains   
À faire coupe rase   
Du regard des vivants.      
 
Au mitan de la nuit   
Ses ailes avaient fleuri   
À battre campagne   
Dans les halliers de l'oubli   
Quand paupières sèches   
Les algarades des regrets   
Somnolaient naufragées.      
 
En fin de journée   
Alors que les chasseurs brûlaient leurs dernières cartouches   
Il avait remis son tablier bleu   
Par dessus son pull effiloché   
Pour entonner une dernière fois   
" Sur le pont du Nord   
Un bal y est donné ".      
 
Fissures à l'âme   
Son cœur de crépon tremblait   
Devant l'évidence   
Sa proie ses repères   
L'absolue déliquescence des jours   
Passés en retour   
À pourvoir aux brûlures du désir.      
 
L'absence le tirait par la manche   
Au pied de cette allée couverte   
Carrefour des remontées   
À écouter le chant déclinant des oiseaux   
Dans l'attente de ce qui reste à faire   
Avant que ne s'échappe de la forêt   
Le hululement de la chouette.      
 
1351

Poli comme un sou neuf

Poli comme un sou neuf   
Devant la maison   
Attendre que la famille soit prête   
Surtout ne pas se salir   
Et ce petit frère qui vous colle aux basques   
Monter sur le chemin   
Puis redescendre dans la cour.      
 
La gifle est partie   
Sourde et intense   
Marquante jusqu'à l'infini   
Pour une éducation d'aimer   
D'aimer à palier au recroquevillé de l'âme    
Aimer jusqu'à tendre l'autre joue   
Au delà des yeux du silence.      
 
Le trajet vite fait bien fait   
En Vedette, en Deudeuche ou en Quatre chevaux   
L'habitacle empli d'un bouquet de parfums   
Pour devant l'église    
Se retrouver en cercle   
À chercher l'endroit adéquat   
De la photo de groupe.      
 
Le monument aux morts est là   
Enferré par la grille fermée à clé   
Surmonté par un poilu au regard bleu   
Avec sur son socle   
Le nom des héros de la Grande Guerre   
Et un rajout de ceux de 39 - 45   
Dans un jardinet paré de buis et de graviers.      
 
Dans l'église froide   
Femmes en noir aux premiers rangs   
La voix du curé s’est élevée   
Apaisante fleur vitrail hors la chaire   
À évoquer la mémoire des disparus   
Et le beau temps espéré     
Pour les moissons de l'Assomption.      
 
Les cloches ont sonné la fin de l'office   
Sommes à nouveau rassemblés sur le parvis   
À se saluer entre connaissances   
Et s'enquérir de ce que deviennent   
Ceux qui ne sont pas là   
Pour ensuite passer à la boulangerie   
Chercher la tourte et la brioche.      
     
 
1350 

Une seule phrase

Une seule phrase   
Et tout se délie  
Hors ces sacs de jute   
Remplis à raz bord   
Après ma mort   
Où j'ai ouvert les yeux   
La première fois   
Pour entendre le chuchotement   
À l'oreille de l'agonisant   
Parole désuète   
Ou manque de parole   
À se faufiler   
Goûteur de vie   
Après la pluie   
Devant le parterre   
Couvert d'herbe bien verte.      
 
Trois jours comme ça   
À ne jamais se lasser   
Sur le pas de porte   
À ouvrir l'esprit   
Coquille cathédrale   
À l'impatience vraie   
Alors que se tenait   
À califourchon sur la clide   
La folie du monde   
En son extrême lenteur   
Dépliée le temps d'écrire   
Sur la pierre   
Quelques mots d'amour   
Avant le rendez-vous   
Sans se presser comme un dimanche.      
 
Joie et chaleur   
D'une journée à tire-d'aile   
Se sont joints les poussins de l'âme   
Rendus visibles 
Par les deux aiguilles de l'horloge   
Dandinement de la poule rousse   
Élevée hors abîme   
Un brin d'herbe au travers du bec   
Juste retour à la source   
Le cœur léger   
La main tendue   
Pour le grain à la volée   
En riant   
Devant le paillou vidé   
Poches trouées   
Sous l'ombre descendue du frêne.      
 
1349

La cible sur un chariot bleu

Alors qu'un crêpe noir recouvre le monde
Fait de meurtres et d'exactions en tout genre
Il est de bon aloi de retourner aux lisières de la beauté.
 
Feuilles de passage
Tombent en automne
Recouvrant la terre noire.
 
Palpation en saison
Sur le chemin creux
De la poussière à contre-jour.
 
Au plein de la nuit
Descendre les escaliers
Pour aller boire un coup.
 
Puis remonter
Père tranquille anobli des oublis
Mettre son mouchoir sur la terre dévastée.
 
Fine est l'ombre
De lune nouvelle
Dans son appel à Vénus.
 
Passeront la main
Les doigts ourlés de confiture
Un souci de moins devant la télé.
 
Près de l'âtre
Sans hâte
J'ai choisi la lentille de la planèze.
 
Des cercles olympiques tout partout
Enserrent la chambrée
De pleurs de joie.
 
Les fleurs à la tige fragile
Se courbent sous la pluie
Œil contre œil.
 
Mille moutons dévalent la colline
Clochettes en fête
Ponctuées de bêlements épais.
 
Puis remontant le drap jusqu'au nez
Attendons que le sifflement des missiles
Passent sans nous toucher.
 
1348

Lecture-Présentation de mes textes poétiques

Nous vous invitons à notre soirée « Lecture – Présentation de Textes Poétiques », Claudine et moi, où seront données des notes de musique sur des mots de poésie, des mots de vie, des mots d’amour, pour prendre source.
Gaël Jean-Claude GERARD
https://regardauvergne.fr
 
Lecture-Présentation de " Textes Poétiques "
de Gaël Jean Claude Gérard accompagné
de Claudine Genestoux, musicienne
https://www.regardauvergne.fr

à l'ESPACE ECLOSION
Z.I. Cournon – Le Cendre
14 route de Clermont
63670 LE CENDRE
Dimanche 22 OCTOBRE 2023 à 17H30
Participation libre

MES TEXTES POÉTIQUES SONT DES RÉSONANCES DE CE QUE J’AI VÉCU...
Ils gravitent dans la galaxie des mille-feuilles instantanés, des intentions et rencontres, sans se prendre la tête, en musique des mots, dans l’émergence de ce qui est.
La corde résonante faite de sympathie et de confiance qui vibre entre le Corps et l’Environnement exprime la qualité de la relation au monde.

Livres parus :
La fée Carabosse roule en tracteur
Visage, visage, au touché de nos coeurs
Le korrigan du bois venu
 

Au tabernacle des glycines

Au tabernacle des glycines   
Il y a l'inconstance   
Par la crainte avancée   
De l'homme perdu dans ses pensées   
Alors que la place était à prendre.      
 
Position médiane   
Aux carences affectives   
L'ombre caressait d'une tendresse feinte   
L'entrée dans l'atmosphère   
De la cage d'ascenseur.      
 
Pratique discrète   
Nous fîmes le tour de l'enceinte   
Pour quérir les faiblesses de la fortification   
À petits pas en retenant son souffle   
La mèche de cheveux relevée.      
 
Ouvrir la cage   
Me correspondait mieux   
Que la palinodie à régurgiter   
Flasque et collante   
Comme glaise à l'abri du soleil.      
 
Rencontrer le grincement des gongs   
N'arrangeait pas nos affaires   
D'accueil de la parole   
Aux effets feuilles à terre   
De l'automne déplié.      
 
Mettre en place la bougie neuve   
Eût solutionné la question   
D'avoir assimilé la verdeur de l'espoir   
Avec l'arrivée de Cybèle    
Oblate des plus ferventes parturientes.        
 
Par les anfractuosités du passé   
La mémoire fait mystère   
De l'impétuosité des origines   
En calmant par la pensée   
La peur et ses officiants du désir.      
 
Effleurer la joue du nouveau-né   
N'apporte de réel   
Que l'écueil d'avoir un jour une nuit   
Chevaucher la création en simple appareil      
Nous les conquistadores de la mort à soi.      
 
Un voile sur tout cela   
Ferait œuvre débordante   
Pour la nature qui nous enchante   
Cristo des occasions manquées   
D'avoir à mourir pour que l'autre naisse.      
 
Et de refermer la boîte   
Comme exclure d'une rebuffade   
L'enfant inquiet   
De la tâche immémoriale qui l'attend   
D'avoir à ramasser les mirabelles de l'esprit.      
 
Se contenir   
En marge du destin   
Et devenir   
Assemblage de constellations   
Dans un infini qui nous fuit.      
 
De composer sa cosmogonie   
Au travers des fissures de l'instinct   
Fait entrer en résonance   
Avec la pulsation de l'univers   
Le mieux que soi.      
 
1347.

La liberté d’accepter son destin

Le gardien se tenait bien droit  
Comme un cep de vigne   
À la verticale   
Sans feuilles ni raisins   
Pour faire le malin.      
 
Par devant soi   
Penser ou croire ce n'est pas voir   
En arrêtant de saisir   
En arrêtant de déduire   
En s'efforçant toujours.      
 
Être lié aux questions   
N'est pas la liberté   
Ce serait plutôt la prison   
Alors qu'attendre sans forcer   
Est appel à qui de droit.      
 
Ouvrez la porte   
Ne gardez pas les clés dans la poche   
Il y aurait piège   
Car le piège c'est le mental   
Et le mental c'est aussi la clé pour ouvrir la porte.      
 
Le visage est cadenassé   
Alors que la tête est quartier de lune   
Aussi les intentions le préoccupe-t-il  
Comme l'amour d'un homme est intense   
Comme l'amour d'une femme est profond.      
 
La liberté serait d'accepter son destin   
Tel le saut de l'ange   
Sans effort d'un nuage l'autre   
Au cœur de la matrice   
En répétant les expériences.      
 
Ses bras sont de cire   
Ou de papier mâché je vous dis   
Et ses paroles dérangent   
Aussi permettons-nous   
D'écourter la station debout.      
 
Arrêtons de demander   
Pour que la Beauté traverse la vie   
Ne serait-ce qu'une seconde   
Afin de s'assoir à la table de l'auberge   
Devant un repas chaud.      
 
Songer aux choses invisibles   
Rend l'homme curieux de la vie des âmes   
Lanterne de papier élevée   
Devant la page blanche   
À la merci d'un courant d'air.      

( Dessin de Jean-Claude Guerrero )
 
1346

La présence à ce qui s'advient