Vite fait bien fait la visite à ma vieille amie silencieuse affligée d'un dégel en ses vitrauxmélodieux calmes papillons de lumière paupières repliées sous leurs sourcils basaltiques .
Le vaisseau est à quai aucun mouvement ne trouble sa quiétude le monument aux morts monte la garde la fontaine roucoule perle rare et joyeuse enchâssée d'un tas neige poussé par l'étrave .
La voiture rouge se gare les essuie-glaces s'immobilisent les portières s'ouvrent et claquent des hommes en bottes de caoutchouc et casquettes sortent les mains ondulant dans les poches de leurs larges pantalons .
Ils entrent dans le café un déca-crème rallongé et un nature non un bock avant que des bruits d'animaux en fureur sortent du percolateur .
" L'ambiance commerciale est-elle de retour à Orcival ? " " A Besse y'avait le trophée Andros et la Saint Cochon " " Superbesse ne connaît pas la crise " .
La cuiller tapote la tasse ça cause d'un colibri qui ouvert puis fermé vient parfois faire un tour par ici .
La porte s'ouvre un vent frais envahit la salle le carrelage ciré reflète la basilique Un grand moment d'immobilité Toujours comme la première fois Devant la Vierge Noire .
Goudron et neige coexistants en dicotylédones semi-sphériques les naissances arrivèrent rapidement sous la lunaison propice .
Goudron et neige de salissures moirées la plaine s'encapuchonna sans que filtre le regard .
Goudron et neige ne dépendant ni d'Eve ni d'Adam les semelles laissèrent leurs empreintes sur la livrée sénescente des brumes .
Goudron et neige sevrés de soleil arrimèrent la grand'voile pour ceindre d'une étole le démarcheur du beau temps occupé à pelleter devant sa porte alors que la burle hurlante suppliciait arbres et poteaux .
Goudron et neige se mirent en pâmoison à mesure du dégel lâchant au passage les stalactites de glace venant exploser au pied des murs codicille m'enjoignant à poursuivre la quête .
Le furent-ils d'exploits asservis les élégants exégètes de la parole divine ?
Ils auraient en compagnie des sans-grades occupé l'espace promis à plus grands qu'eux.
Navrés de se terrer sous les gravats du temps nous aurions pu accompagner leurs tentatives de faire entrer la bonté dans ce lieu de garnison.
Rasés de près les mâchoires serrées les cerbères tenaient leur avantage sans que l'ombre d'un doute ne fasse frémir le regard posé immobile et dense sur l'horizon des afflictions.
Ces notes de musique enchantées par le lâcher des choses dites en cas de rébellion des hauts fourneaux en catimini de l'alcool absorbé une chanson sèche susurrée par une voix de tête au tournoiement des calebasses agitées par les mains obscures de la déraison. Il y avait là de gravée sur la margelle une croix jetée hors la prison de l'engourdissement , un soupir , un regard , une invitation simplement évidente que j'obtempérai le doigt couvert de cendres en sainte application sur le front .
Au défaut de l'armure , par la fenêtre de la prison , il y avait celui que je ne cherche pas , celui qui échappe et retient , l'Autre .
Assieds-toi à côté et me dis les mots vrais, ceux de la vie de la vie simple et proche, décris ce qui est, sois le miroir fidèle, n'invente rien, n'omet pas le banal et le disgracieux .
Laisser faire l'horloge qui égrène les secondes disparues .
Plus près encore ressens le chaud de nos deux corps .
Ne cille pas devant l'émotion qui te vient cueille ce qui s'offre, apprécie et n'attends rien de particulier .
Être là, parenthèse vive hors des habitudes à la fin d'une longue phrase tel un souffle qui deviendrait éternel .
Sois ce qui se passe entre nous, entre toi et moi, sois toi dresse le dais princier de la rencontre entre ce que tu es et ce qui t'entoure .
Captes le chant des anges, guirlande champêtre au-dessus de nos têtes en ascension lente vers la frondaison des arbres aux cris des corbeaux reflétés dans les eaux calmes du canal un soir d'été à prendre la fraîche le long du chemin de halage .
L'enfant qui vint quelques mois plus tard, le bel enfant, nous prolongea bien au-delà de nous hors tout vers ce qui devait advenir .
Amandine à l'amendese pavanaità mesure des flonflons essoufflésque nous percevionssous le plancher disjointde notre rencontre émotionnelle.Elle faisait preuve d'un grand courageet mettait du cœur à l'ouvragesaupoudrant à la voléele vol des oies sauvagesde baisers de sucresous l'édredon des lampées de brumesà mesure de notre avancéeau dessus du marécagedes hostilités feintesà essuyer son index mouillédans les poils de barbeprès de la commissure des lèvresd'un soleil couchantoraison funèbrepour un hivervictime de rigueurau boutonnage tout de saisonde la redingote stricte . 112
Ne tape pas sur la table, caresse la pelisse chaude laissée sur le radiateur . Mets de l'eau dans ton vin sans crème Chantilly sur le col de tant d'années à démêler le tien du mien, sursois à l'étranglement des remontrances . Franchis de pied ferme les séracs de l'évolution sagittale atteignant la cible des effractions commises sur le râble de la beauté pour suçons de paix déposés sur l'épaule entendre dire, en passant, comme si de rien n'était, que demain, il sera peut-être trop tard . 111
Se seront posés telles des fourmis couturières en leurs céans de mal-aimés tout en contenance et pourtant si agités en leur souvenance à tisser nuitamment la reconduite du jour qui point .
N'avaient-ils pas mangé leur pain blanc quand jeunes encore ils énonçaient la grande affaire de leur vie ?
D'abord " Ouvrir leurs rêves " sur le dévers des convenances en ascension lente vers davantage à prendre sur cette terre .
Puis " La curiosité ", se bâtir en ouvrant les portes sans présager de l'avenir à Nègrepelisse royaume des petits êtres assagis en leurs moustaches nécrophiles plus prompts à passer de mode qu'à faire ce qu'il y a à faire .
Et ensuite "Aller voir ce qu'il y a derrière" afin de se nourrir enfants de Roumanie affamés des objets de luxe de l'Occident plus aptes à rester ébahis devant la fleur de peuplier qu'à faire le guetteur au coin de l'immeuble .
Pour " Regarder les disciplines qui nous entourent " afin d'accroître ses connaissances adjuvantes histoire d'être prêt à l'échange avec le voisin fols chercheurs de l'indicible d'un soleil levant tout en discrétion sur la lèvre vermeille d'un sourire d'éveil .
Et avoir " Un esprit large tout en creusant sa spécialité " car toute recherche nécessite de planter hors des terrains battus les antennes captatrices de nouveauté éternels célibataires en quête d'un mariage qu'à tout âge nous nous targuons comme à regrets d'originer avant toute élévation de l'âme .
Enfin " Travailler en groupe " car c'est dans la friction des êtres que l'énergie fossile produite par la blessure des âmes en déshérence permet la mise en formule des sagesses menu chemin de simplicité nécessaire à la disparition des dérélictions .
Puissent les traces du loup en forêt engager légères l'élan de vie vers le bel été de nos rencontres à venir ma louve .
L’Etre humain est une structure englobant un corps, un
psychisme et un esprit . C’est aussi un processus existentiel et
spirituel par son engagement, dans le temps qui passe, et dans
l’espace cosmique qui dépasse et interroge notre entendement .
Notre corps est périssable. Le
corps-organisme est structure de perceptions au travers de ses organes . Il est
corps-organe et pas seulement corps-matériel .
Il est le premier objet de communication et
de relation à l’autre . Il porte l’inscription de tout ce que nous avons vécu
au cours de notre histoire dans sa globalité. La physiologie émet des signes et
des messages issus des mécanismes existentiels programmés en lui comme dans un
ordinateur.
Le psychisme, ou psychologique, caractérise le mouvement des pensées, les
idées stéréotypées, un monde intermédiaire dans lequel on ne peut rien bâtir
tant le trouble est grand. La confusion psychologique est la base de l’être .
Le tri qui est fait dans le compliqué du mental,
ouvert à toutes les influences, est effectué par la conscience . De cette conscience découle plusieurs notions
agissantes dans le travail psychologique : l’écoute fine et sensible à ce qui
est là, la conception unitaire et globale de l’organisme – on ne peut pas
dissocier le corps, de l’affectif et du mental -, la notion du lien entre
l’organisme et l’environnement – la conscience est conscience de quelque chose
-, la dimension temporelle dans le devenir de l’être humain, l’idée d’un
potentiel à découvrir grâce à l’élargissement du champ de conscience .
Le travail psychologique peut ouvrir à la
réalisation spirituelle, et s’il ne mène pas au spirituel, il peut néanmoins
débloquer, voire écarter, des situations et des comportements qui piègent le
psychisme, afin de rendre l’être humain disponible à autre chose par
l’élargissement de son espace d’intervention. Le travail psychologique permet
l’ajustement créateur à l’environnement .
L’esprit est la fine pointe de l’âme, le sommet de la pyramide qui
communique avec le monde supérieur .
Il est repérable au travers de la quête du bonheur
qui nous caractérise. Nous allons vers quelque chose, et cet élan, cette
énergie que nous avons en nous, nous pousse à la réalisation de nous-même dans
l’ouverture à ce qui est changeant, différent, indicible, dans la relation à ce
qui nous entoure et principalement à autrui. Nous sommes comme poussés par une
faim de complétude qui se révèle être la propension à se découvrir, soi, au
plus profond de son être .
C’est alors que nous entrons en résonance, avec un
lointain écho qui se rapproche jusqu’à devenir mythe ou mémoire secrète .
La révélation qui en résulte nous convoque à un
changement de regard sur ce qui est proche, et c’est en
dépassant l’illusion de nos désirs et notre lâcheté à éviter les surprises,
que nous nous situons alors dans l’obligation de
« contacter » cette part imprenable de nous-même .
L’esprit nous incite à passer de l’
« avoir » à l’ « être ». Il est ouverture à l’Autre qui vient
vers nous, au jamais vu, jamais expérimenté, à la nouveauté créatrice en
écartant nos conceptions habituelles qui habitent notre vieille conscience .
L’esprit se reconnaît à ce qu’il est
indestructible, simple, inattaquable . Il est le fil rouge, de l’être au milieu
des tribulations de la vie, que rien n’efface car tout concourt à ce qui est.
L’Etre humain a besoin de ces trois composantes
dans l’expérience du vécu pour être convoqué à l’expérience d’une vie de
conscience, de liberté et de responsabilité. Il se doit d’être l’accompagnant
du profond de lui-même et d’autrui, par la pratique, dans ses actions menées à
l’extérieur, de la transparence, de l’équité, du beau, du bon et de son
exemplarité.
Il a besoin du corps, de l’incarnation de l’Etre,
du tangible, de ce qui promeut la concrétisation du chemin existentiel et
permet la visibilité d’un but vers lequel tout semble converger. La conscience
du corps est le garde-fou, qui au travers de certaines expériences
spirituelles, permet de retomber les pieds sur terre. Il est aussi le lieu des
sensations et visions inouïes .
Le corps résiste à sa disparition programmée –
l’instinct de survie -, et par cela cherche à se reproduire et à perpétuer
l’espèce .
C’est la référence à notre propre corps qui crée
autrui et lui donne sens. C’est au travers de notre vulnérabilité que nous
pouvons « toucher » l’autre, le rendre à lui-même, et par là, nous
fonder nous-même .
Le psychisme est essentiellement le
monde des émotions. Il est aussi le champ de la cognition dont l’extension
stimule les recherches en neurosciences. Il nourrit cette volonté de l’Etre à
l’autoconservation, à l’individuation et au plein emploi de ses capacités
intellectuelles, affectives et intuitives .
La parole est libératrice quand elle s’origine du
corps et de l’émotion, quand elle est incarnée. Trouver les mots : un passage
obligé, le « parlêtre », l’échelle de Jacob en association
lumineuse à ce qui est et à ce qui nous dépasse .
L’esprit, lui, peut s’enflammer au feu
supérieur divin. Pour cela il ne plie pas devant les épreuves mais semble
plutôt les rechercher pour les transformer en richesses sur un chemin d’espoir.
Il nous lie, en ressemblance, au plus grand que nous sommes. Il est l’étoupe
dont on fait le brûlot qui enflammera l’ordre établi lorsque celui-ci, affadi
par la complaisance et le manque d’apports extérieurs ne survit que par la
« chosification » des fruits de notre monde. Il est le lien
inattaquable et immensément clair et lumineux. Il domine toutes les souffrances
de l’Etre pour nous inscrire, par un voyage initiatique, vers le grandir de
soi, vers davantage d’ouverture à ce qui nous dépasse. Par cette attitude,
la perspective ontologique nous entraîne, par le processus de quête intérieure
du mystère fondamental, vers plus grand que nous, vers ce qui semble éloigné
mais qui paradoxalement est si proche, au plus profond de nous, au coeur de
notre être, au cœur de l’Etre .
Dans son implication sociale, l’être humain doit
avoir un comportement éthique afin d’orienter sa vie selon
des principes humanistes – à retravailler sans cesse par l’affirmation d’une
posture de connaissance, de sagesse, de lâcher prise, de réflexion tout autant
que de méditation -, afin de lui permettre de garder le cap . Ainsi seront
dégagées les traces pouvant servir de repères aux génération futures .
Par la conjonction complexe du corps, du psychologique et de l’esprit, nous nous orienterons alors dans la direction du grandir de l’Etre . Alors nous ferons le saut de la vie . Nous élèverons notre être . Nous serons debout avec notre parole et nos signes , ce qui nous amènera par notre verticalité à libérer ce que nous sommes .
L’idéal
platonicien d’ordre et d’intelligibilité domine toute la science grecque puis
la science classique jusqu’à Einstein, chantre passionné d’une religiosité
cosmique.
Dans l’optique
traditionnelle, le désordre est ce qui perturbe un ordre établi. La notion
d’ordre est donc première. Elle est d’origine religieuse. L’ordre dans le monde
est le reflet de la raison divine ; Dieu est le grand ordonnateur.
L’étude
scientifique des états désordonnés nous oblige à reconsidérer la dialectique
ordre-désordre et soulève le problème de la complexité qui déborde le cadre
proprement scientifique.
La découverte
moderne d’un désordre omniprésent oblige à s’interroger sur les bases scientifiques
de cette idéologie proprement mythique. Le désordre est d’abord perçu comme une
offense à l’ordre naturel.
Cette connotation
négative reproduit celle qui entoure l’idée de désordre moral ou de désordre
social.
Le désordre
n’est-il pas une menace contre la science elle-même qui, depuis qu’elle
existe, s’est acharnée à révéler l’ordre caché des choses ?
La révélation du
désordre a quelque chose d’angoissant, car le désordre est incontrôlable. Il
convient donc de le refouler et de se rassurer. Pour cela, on affirme que le
désordre n’est qu’une apparence et que derrière ce désordre apparent se cache
un ordre, un arrière-monde parfaitement ordonné.
Cette conjonction de l’ordre et du désordre crée la complexité.
L’histoire de
l’univers de la vie présente une montée de la complexité, comme Teilhard de
Chardin en avait eu l’intuition. On parle maintenant de pyramide de la
complexité, de seuils de complexité. Ainsi l’ordre et le désordre, le régulier
et l’irrégulier, le prévisible et le non-prévisible, se conjuguent pour créer
la complexité.
Dans une structure
complexe, l’ordre est dû à l’existence d’interactions entre les éléments alors
que le désordre permet de mieux spécifier les constituants du système pour, les
ayant nommés, pouvoir ensuite les mettre en interaction. Du coup, dans les
systèmes, se fait jour une dialectique entre le tout – l’ensemble du système –
et les parties ; ainsi la cellule est plus qu’un agrégat de molécules. Dans le
tout émergent des propriétés nouvelles dont sont dépourvues les constituants,
les parties.
Le tout est doté
d’un dynamisme organisationnel. La vie peut se définir comme un faisceau de
qualités émergentes – l’auto-reproduction par exemple -. Elle contient
simultanément un élément d’ordre et un élément de désordre dégénératif. En ce
sens la mort est inséparable de la vie, et l’organisation du vivant est en
fait une réorganisation permanente.