La vie-une

Acrostiches des poésies de grand-mère   
selon la période intermédiaire   
nous élevons les signes au paraître des fers.      
 
Les miracles abondent   
et nous nous éloignons   
sans que le tonnerre gronde.      
 
Nous fûmes morts   
et renaissons en silence   
en tirant la couverture au sort.      
 
Point de réalité   
juste un parfum préféré sous le masque   
devant la porte verrouillée.      
 
Quelques hommes de bien   
et  peu frileux    
se sont délestés de leurs liens.      
 
Annonciateurs d'une Vision   
ils ont clamé le message d'être vivant   
tel rugissement de lion.      
 
Et de frapper du talon   
les thuriféraires joyeux   
sans que le temps limite l'intuition   
en complément intemporel   
d'une marche forcée   
sur les dalles de basalte   
de l'oppidum de lumière   
accueillant le corps et la matière   
d'une VIE-UNE.      
 
 
860

L’ombre des ardents

Du gris dans le ciel   
au ressac de la mer   
l'horizon palpite.      
 
A grands coups de pagaie   
l'ombre des ardents   
remonte sur le quai.      
 
Des cris agitent les cordages   
le bois gémit sous l'assaut de la houle   
sur le pont les mousses écopent.      
 
Puis vint le temps   
des calmes paresseux   
où la mouette apparut.      
 
Sempiternelle lanterne   
à la poupe brinquebalante   
l'ordre était de voir.      
 
A se tenir loin de la côte   
engendre à pleines brassées   
l'immobilité des sargasses.      
 
A l'origine il y eut la trame   
la trame des sens organisant la prise   
prise équivoque de qui parle sans agir   
en aspiration vers le haut du paillou   
là où le cercle de fer ceint les gerbes sommitales   
en adaptation avec la finalité   
finalité endimanchée se tenant raide   
raide comme une œuvre en rappel   
que la paroi épouse   
de la mère à l'enfant   
ouvert aux foudres du père   
juste la consolation feinte   
avant que le jour se lève   
et que cligne de l'œil   
l'abeille bleue du bourdon des origines.      
 
 
859

La cupule du destin

     A livre ouvert   
pour que la nuit vienne   
l'orage s'abreuve au guignolet des ondes folles.      
 
Il est nécessaire de pousser la page   
hors des limites du supportable   
jusqu'à la garde à l'improviste.      
 
Du creux des vallons   
montent les pleurs   
près de la pierre qui vire.      
 
Et que vivent    
les fibres cousinières   
de nos rencontres d'été.      
 
S'il est permis de naître   
et bien naissons dans un essaim d'abeilles   
sans que le sachant sache.      
 
Poussée retenue près de la rivière   
la poudre d'escampette   
offrit la paix et la lumière.      
 
Sous l'arc-en-ciel   
de nos souvenirs posturaux   
s'organisent les claquements de langue   
orgiaque apparition   
des mains aux veines marquées   
dont les doigts de verre   
à petites lampées   
plongent dans la cupule du destin.      
 
 
858

Au porté-jeté d’un cœur immense

     Au porté-jeté d'un cœur immense   
la violette dépouillée   
et simple d'un vide abyssal   
se paraît de ses mains silencieuses   
aux écailles terminales   
d'un habit de circonstance   
parure sans découpe   
abandonnée sur le rebord de fenêtre   
dans le bol de grès   
en attendant la pluie   
sourire de vie   
qu'un temps nous avions recueilli   
telle la balle d'un enfant   
jetée inopportunément dans le jardin d'à côté   
au lieu dit des nuages flottants   
de brume et de lumière drapés   
cache-cache des mots   
en prise instantanée   
chantre des traditions de l'armorial  
pour engager le pas sans ombre férir   
près des arbres de la Montagne   
le silence innervé   
par le miel des poètes   
d'une saveur harmonisée   
d'instants d'amour   
et d'envol vers de nouvelles moissons.      
 
 
857

Contemplation .1

     Jusqu'en 2000   
je grandissais et puis v'lan   
tout à trac dans le sac des tracas   
je passais la barrière   
pour me trouver coit   
sous le pont des mystères   
à contempler la lumière   
par les deux bouts de la lorgnette   
à écouter le clapot de la rivière   
à échanger quelques remarques altières   
sur le temps qui passe   
de saison en saison   
au retour des vacances   
à se dire qu'à la rentrée   
il y aura du grabuge   
et que l'air automnal sur le visage de l'été   
n'augure rien de bon   
si ce n'est d'éventrer d'une ruade littéraire   
le sac des acquis de la veille   
ces gerbes de mots et de souvenirs   
que le chant de l'estran   
exhale à regrets   
dans l'entre-deux de la chose et du langage  
à lire sans y souscrire   
esquive permanente   
à ne pas décoller du panégyrique des bouches pleines   
s'essayant l'espace d'un hoquet   
d'engendrer l'arc-en-ciel des fuites en avant   
hors l'aiguière d'argent plus prompte à se mouvoir   
qu'apte à recevoir les crachottis des amants de l'esprit.      
 
 
856

Une fois la guerre

     Amarres d'Yvan   
la marche de Cyclopède   
fût hautaine   
et avenante   
cette marche concordataire   
effectuée au retour de la guerre   
misérable guerre   
où nous crûmes bon d'adjoindre   
à la monstruosité la quenouille des jours sans fin.      
 
Pliant sous le bât les mules renâclèrent   
à la montée du chemin de traverse   
avant de s'engager sur la voie principielle   
étrange voie de contournement   
des impayés tout autant que des leurres   
passe-murailles et montreurs d'ours   
de concert s'enhardissant le dimanche à la criée   
d'héler Roudil le mâle blanc   
que la mer faisait chanter.      
 
Le roulement des bottes   
avait grêlé le sable   
de cavités dunaires   
suffragettes en fichus   
courant à la curée des hommes démembrés   
que l'hurlement de la sirène   
avait déblayé   
tel brandons de feu   
au cœur des tours jumelles.      
 
 
855

Prêcher pour sa paroisse

     A la mi-août
les chats prêchent pour leur paroisse

Ne m'obligez pas   
femmes du parvis   
de vous signaler à la maréchaussée.      
 
De guêpières costumées   
elles sont accourues sous la  ramée   
les seins saillants   
sur gorges déployées.      
 
Point de mystère   
au petit jour   
renâclant à la manivelle   
les autos de la veille   
s'apprêtaient à s'embraser.      
 
Les yeux mi-clos   
des chaumières indivises   
montait l'odeur chaude   
de la crêpe créole   
en reconquête preste.      
 
Puis rien   
le pied sur le frein   
les pétales de l'amour furent enfilés   
dans la trame des naissances.      
 
Fier à bras   
la ridelle céda   
dans la mangeoire le foin se déversa.      
 
Fadaise en do dièse   
courait de ci de là.      
 
 
854
 
 


 

Que n’a-t-on voté Akhenaton

     Que n'a-t-on voté Akhenaton   
le dispendieux   
l'organiste de la cathédrale   
le flot tumultueux.      
 
A son visage aiguisé   
le marbre de l'autel faisait pendant   
l'étole au vent   
du côté de chez Swan.      
 
Les chiens allaient venaient   
perforant de leurs aboiements   
les nuages ascendants de la vallée   
sans que le berger soit perturbé.      
 
J'ai couru   
et ils m'ont rattrapé   
je me souviens    
de la règle.      
 
Ma main est à la droite de la gauche   
et la gauche est mienne   
vraiment mienne   
à même le sol   
contre les linges souillés   
la mère de mon enfant   
la bassine de sang entre les jambes   
bouche bée yeux révulsés.      
 
 
828

La femme au manteau noir

Sais-tu que le vent   
parsème les soucis le long du trait de côte   
et qu'à l'aube   
Aux premières lampées de miel   
se glisse la femme au manteau noir   
à même le cou paré   
pour que la hache claque sur le billot   
en ces temps de misère   
où l'on avait remisé au fond des granges   
la pourpre et l'or de cette manière d'être   
en disposition d'épeler la phrase dernière   
que le prêtre tendait bras levés vers le ciel   
sans que sourcille le moindre nuage   
si ce n'est cette voix   
nous intimant d'éviter l'incartade de la tendre prière   
lancée du bord de la falaise   
à remonter la pente au risque d'envenimer la course dernière   
des dragons de l'esprit   
écumants de vague en vague   
au libre accès de ces lieux   
aptes à la brassée ultime   
nous délivrant de la montée des eaux   
les coquilles vides de notre mère la Terre   
écrasées tel menu fretin   
en bord de route   
où Vivre est la moindre des reconductions     
à notre époque de grande Réinitialisation.      
 
 
853

Se perpétuer

Se perpétuer   
à perpette   
sans se tuer à la tâche.      
 
Jouer sa partition de père de la nation   
et de nos enfants   
avec clémence sans être sot.      
 
Avoir un œil sur sa progéniture   
être affecté des brisures de vie des uns et des autres   
sans se décevoir.      
 
Sentir la douce amertume   
de prolonger doucettement   
le posé de sa tête sur le sein de sa mère.      
 
Et pas de "toute mère"   
tant la filiation augure la persistance de bulles d'être   
dans les tuyauteries de la relation.      
 
Se convaincre que tout a une fin   
et que ce n'est pas la fin   
et que ce sera autre chose mais sans nous cette fois.      
 
A trop presser l'orange   
le jus ne sort plus   
les doigts crispés sur un projet de pacotille.       
 
La vie ne coule pas de source   
et même s'il y a un avant   
rien ne dit que celui-ci soit lié à nos parents.      
 
Le patronyme inscrit sa trace sur la stèle   
pour voir apparaître un nom qui semble le sien   
alors que c'est aux autres de jouer.      
 
La conscience de ce relais est Lumière   
où même en automne   
la souffrance nous demande de travailler.      
 
Guirlande de nos actes   
en beauté et créativité   
le pas vif des enfants de la veille   
engage le vieillard d'aujourd'hui   
à décliner son identité   
devant les coulures de la chandelle   
incitant goulûment   
à croquer la pratique de l'Amour.      
 
 
 
852

La présence à ce qui s'advient