A dos de chameau

Il pleuvait si fort    
Dans la grand'rue    
Que les gouttières dégorgeaient.        
 
A coups de pieds dans les poubelles    
Il était sorti du Slow Club    
Des poches sous les yeux.        
 
Faux-cils enlevés    
Il effaroucha un chat noir    
Sans se soucier du lendemain.        
 
Fadeur de la nuit    
Les voitures passent en giclant     
Les caniveaux abreuvés.        
 
Il titube et tombe    
Pour se relever trempé    
L'âme restaurée.        
 
Désespéré    
il hèle un taxi    
Vainement.        
 
Le monde est renouvelé 
Sur la route des lumières    
Les mains ruisselantes de perles d'argent.        
 
A dos de chameau    
Dans le dodelinement des dunes    
Un point à l'horizon, là !        
 
Derrière Notre-Dame le matin se maquille    
La Seine paresse sous la caresse des réverbères    
Déjà la place Saint-Michel !        
 
Un homme de profil    
Tient un masque    
Serait-ce moi ?        
 
Je suis seul tout seul à être seul    
Se taire et puis rien faire    
Être l'envol d'un pigeon.        
 
 ( encre de Pascale Gérard )

983

Il sera assez grand pour garder les vaches

Une histoire à l'écart des routes    
Une histoire de vie
A se cogner la tête contre les poutres
Quand dans les combles
Le vent siffle.

Sortir
Épouser la neige épaisse
Qui recouvre la Lande
L'appareil sur un poteau
Faire un cliché blanc.

Rentrer
Glisser une bûche dans le poêle
Gratter la braise avec le tisonnier
Faire ronfler le tirage
Pour que des escarbilles grattent le tuyau de cheminée.

La terre battue de l'automne
A remplacé la paille de l'été
Les gens se pressent contre la table
Les sièges sont pris par les anciens
La cigarette gris-Job passe de main en main
Une douce odeur d'étable flotte dans l'assemblée
Les voix se rencontrent
Le tiroir à pain est tiré
La tourte sortie
Est découpée en tranches épaisses
Le fromage descendu de la planche
Le jambon décroché
Les chopines de vin bien noir
Proviennent du tonneau de la souillarde
Les verres de batteuse s'entrechoquent
L'on boit l'on mange l'on cause
Des éclats de rire éclatent
Le sol accueille les jets de salive
Les yeux brillent
Devant la lampe à pétrole
Dans un coin sombre
Un enfant silencieux
Debout.

Il ne bouge pas
Ses sabots vernis du dimanche
Reflètent une flamme qui danse
Son bonnet laisse passer des mèches blondes
Il est sérieux le petit
Sa maman reviendra l'hiver fini
Alors il sera assez grand pour garder les vaches.


981

Comme au théâtre

C'est au travers des doigts    
Que j'ai saisis le soleil
Ce matin
Comme dans le train
Où la cornemuse stroboscopique
Indique le prochain arrêt.

Aveugle
Je vous dis que j'étais aveugle
Comme un lombric des neiges
Que je n'avais plus de pieds
Comme les poissons de l'atoll
Cherchant le passage du lagon.

Nous avons tiré le rideau
Pour que la plaque minéralogique apparaisse
Sans numéro
Mais en filiation holographique
Telle une plume d'ange
Sous le nez de Nougaro.

Ralentissez votre course
Traduisez le livre de la jungle
Visitez l'aquarium de La Rochelle
Plus de sous-entendus
Rien que de l'entendu
Comme dispersé par le phénix des origines.

Ô Dieu des bateleurs
Qu'importe l'histoire
A la guerre comme à la guerre
Le jour venant verra l'audacieux
Capter en bout de zinc
Le godet filant comme l'étoile.

Vivre à toutes les époques en même temps
Impose de savoir retenir ses larmes
Car littérature et luxure sont les deux faces
Du doublezon de Boris
Pendu devant la ratière
Des chambres funéraires.

De manière ostentatoire
L'âge requis
La tête posée sur sa poitrine
Se gorger de sérénité
Fait au creux des entrailles
Se lever la Lumière.


Mon père ma mère
Le théâtre va fermer
Viennent les aurores boréales
Pour engranger le ferment de soi
Dans l'antre du bien-être
La chaussette arc-en-ciel.


980


J’ai vu la beauté

J'ai vu la beauté    
Sur le colimaçon de la chanson  
En déraison plier bagage    
Et tendre la main pour moins que rien.        
 
Des mots dans le chemin creux    
Aller et venir pour s'en aller et revenir    
Comme dans un film de Robbe-grillet    
Ressentir      
Ce qui pourrait se produire    
Telle vie prêtée    
Un soir d'été    
Et qu'au jour il faudra restituer.   
 
Partir à la recherche    
De celui qui viendra de son propre chef    
Ce fils de l'ombre     
M'accompagner sur les remparts.          
 
Plonger dans la gorge rousse    
Du boyau aux lumières frémissantes.        
 
Goulotte géante    
Accueillant le fer des Chouans.        
 
Femme au port de reine
Que le loup feignait de négliger
Pour noble cause
Émouvoir la galerie d'une onction de circonstance.
 
Il eut le nez pointu
Le lutin malin
A se pourvoir par pleine lune
Sur la borne milliaire
Ombres dissipées
Hors temps et hors d'usage
Disséminer quelques mots de beauté
Haut les cœurs dans le chemin creux.
 
 
979

Retenue

Je t'ai mené là    
Petite fille aux doigts de fée.   
 
Les anges nous ont suivi    
En cortège une rose à la main.         
 
Le chant du merle    
Je l'ai glissé dans l'enveloppe.        
 
Les nuages recommençaient à sourire    
Comme aux premiers jours.        
 
Je me suis retourné    
Pour voir la maison une dernière fois.        
 
De toute éternité    
Jamais tilleul et frêne n'avaient été si beaux.        
 
Nos rires ricochaient    
Sur le battant de l'horloge.        
 
Hormis cette attente    
Les phrases courtes permises    
Pas besoin d'image    
Les fleurs pensent    
Les pensées fleurissent    
Brûlent à même le macadam    
Les gribouillis de l'entendement    
Mort et vie forment tissus    
Une trace de sang pourpre au vent.      

 
 
978

Une vie agitée

Tu as parcouru le chemin    
Pour être des nôtres    
Sans que science te hèle    
Ainsi plongé dans tes écrits    
Éviterai-tu le pas de trop ?        
 
Aucune fièvre dans le ghetto        
N'a relégué ton énergie    
Vers la guerre    
Où l'abomination d'être célèbre    
Organise le délitement des rêves.        
 
Quel gâchis la vie    
Avant de s'apercevoir    
Que les derniers mètres à franchir    
Sont ceux de la dérision    
Quand la clôture s'affaisse.        
 
Le vieil homme    
N'appelle plus de ciels nouveaux    
Il boit mange et bredouille    
Des mots de grave densité       
En communication avec l'invisible.        
 
Alors la Vie agite les fantômes    
Et ceux-ci sortent à reculons    
De la boîte en carton    
Des tendres années    
Où l'homme était la joie de l'homme.        
 
Arrêtons là l'énoncé du doute    
Soyons maître en nos errances    
Sans passe-droit    
Sans refus du dépouillement    
Afin de garer le raison en double-file.        
 
Merci d'être venu me lire    
Merci d'avoir confié à votre visage    
Les traits du dépassement    
Vous avez bien mérité une tranche de gâteau    
Avant d'être compagnon de routes.             
 
 
977


Les moutons de Gergovie

De la terre nue autour du site  
D'orientation la quadrature    
De l'horizon à bon escient    
Main en visière face au soleil.         
 
Descente dans l'herbe gelée    
Craquante à souhait    
Irisée des fées de nuit    
Cherchant sommeil le jour venu.        
 
Rencontre des moutons    
Bêlements emmêlés    
Des crottes sous la semelle    
Bonjour bonjour les Belles !      
 
Puis le Silence    
Entre les murs et les taillis    
L'agneau mort    
Un corbeau passe.        
 
Retrouver le chemin    
Le soleil et la vie    
La glace dans les creux    
Aux dalles dansantes.        
 
Parking et tutti quanti    
Les portières claquent    
S'asseoir sur un banc    
A l'écoute.        
 
 
976

Des platanes tressant couronnes





Sachant parler aux arbres  
Il a revu sa copie    
Puis s'adossant au grand tilleul    
Évoquer les courses des enfants    
Dans le parc de la mairie.        
 
Entrons en regard-esprit    
De tous côtés dispos    
Prêts à saisir le bon regard le bon esprit    
A la pointe de l'épée     
Le travail accompli.       
 
Viens. Ne retenons pas nos larmes    
Soyons frère et sœur petite fleur    
Au passage du char à foin    
Sur la route poussiéreuse    
A rendre maman heureuse.        
 
Silure au ras du banc de sable    
J'ai vu sa goule barbue    
Devant la felouque descendante    
Au gré du courant tourbillonnant    
Aux grosses bulles argentées.        
 
Parmi les algues    
Cette forme cette femme    
Ophélie en sa chevelure    
Filant droit vers l'horizon    
Où dansent les fumerolles de la Centrale.        
 
Sur les berges se terraient les ragondins    
A l'abri des platanes tressant couronnes    
Vers un ciel d'attente    
Vide d'un bleu capricieux    
Faisant place nette aux brillances.        
 
 
975

Construire une maison

Construire une maison    
De ses mains piler la paille    
Monter les murs       
Augure d'une levée du sol  
De ses membres élus    
A composer avec l'eau la lumière et la terre    
Avant que nuit ne signe l'arrêt de la journée.             
 
Ils furent    
Près de la fontaine    
Le mulet prêt à fouler le frais cresson    
Deux lutins malins    
Barbotant à même leurs souvenirs    
Le pourquoi du comment    
D'élever la bâtisse en ce lieu.        
 
Ah ! Ça ! Je les ai survolé    
Leurs arbres d'ombrage plantés    
Quand le soleil dru    
Faisait se rassembler trois générations    
Devant la toile de Pierrot en sieste douce    
Tricot, papotages et lecture du journal   
Rassemblant les plus vaillants.            
 
S'effacent les brumes matinales    
Relevant droites comme Baptiste les herbes de la nuit    
Pour pastourelle au réveil    
Entonner chants et rires    
Sur le devant de la maison    
Qu'ils ont construit nos anciens   
Pour bien plus que leur temps de vie.        
 
 
974

En passant par Saint-Ferjeux

J'ai sorti les mains des poches    
Pour sentir si la pluie tombait    
Sur le dessus des doigts.        
 
Et s'en était trop    
Je t'ai vu    
Étincelant dans ta parure princière.        
 
Du coin de l'œil    
Nous sûmes que nous n'avions pas su     
Nous purifier dans l'ombre de l'autre.        
 
A se remémorer    
Le temps des cerises    
Reflète une aurore immobile.        
 
Aux plumes passementières    
S'échappent par la coursive    
L'odeur d'un méchoui.        
 
Prudence et pommes reinettes    
De nuit comme de jour    
Il fallut bien du courage pour se quitter sans ambages.            
 
Battre la campagne    
Entre bleuets et coquelicots    
Froisse les blés aux tiges fines.      
 
Quand le vent peuplent les peupliers    
Sur la boîte de bois    
La rose seule.        
 
Mon petit des horizons bleus    
Montre-moi    
Cette aube éternelle.        
 
Saisies au caramel    
Les pièces du tronc    
A brûler sur l'autel.        
 
En cet été en associés    
Cruauté du passage rapide    
Des fleurs séchées sur le pavé.        
 
Marcher dans l'allée des Alyscamps    
Avant que tout soit emporté    
Forme sagesse sur le champ.        
 
Par deux    
Quand défilent joies et peines    
Restent souvenirs aux cintres accrochés.        
 
Flocons de rire    
Parsèment rue Nicolle      
La chambre des enfants.        
 
Finement épris de toi    
Avec la fleur de genévrier    
Avons ouvert le bal.        
 
Tendrement    
Sur tes genoux    
Avons posé la paume de nos mains.       
 
Quant au kompucha    
Y'en a plus 
Et c'est bien ainsi. Mon amour.          
 
Si tu voulais    
Par un signe d'en haut d'en bas    
Me montrer le chemin. Je prends.        
 
 
973

La présence à ce qui s'advient