Homme de foi

Pomme de lune   
de mes doigts gris de runes   
aurai-je écarté du chemin   
cet homme saint.      
 
Passant du livre en pâmoison   
aux rives de la raison   
la découpe du trottoir humide   
faisait figure de vide.      
 
D'invisibles orages balayant la place   
serait-ce de nos traces   
la courte paille d'une courte vie   
dont nous serions épris.      
 
Du visible à l'invisible   
atteignant notre cible   
dédoublement de l'au-delà   
des romances plein les bras.      
 
Ramener le regard   
sur un quai de gare
augure de la terre nue   
destination inconnue.
 
Chaque jour   
un instant  d'amour 
harmonise   
les humeurs.      
 
Avons-nous pris le train   
en hérédité du rien   
à rouler secrètement   
le tout tout à nos frais.      
 
Ce que mystère   
avère   
d'une tiédeur    
l'heure.      
 
Par décence   
déposons nos sens    
aux pieds de l'homme-lige   
aux portes du vertige.      
 
 
1160

Gavarnie 1961

Et la mer se répandit   
toujours bordée   
d'hommes accoutumés   
de bonne ou mauvaise humeur   
à se parer le matin   
des coquillages de la veille.      
 
Firent des signes   
le long des berges   
ceux de l'eau et du ciel   
attachés contre leur gré   
à la roselière bruyante   
des années écoulées.      
 
Plus de la moitié   
quittèrent le navire   
sans hâte   
apprenant par la coursive   
que la chaloupe pleine   
raclait le rivage.      
 
Rangeant ses outils   
l'enfant de minuit
à la chevelure lumineuse   
dressa sa petite taille   
contre le bastingage   
pour que vienne l'Âge.       
 
Le monde pouvait être sauvé   
par la profondeur de l'âme   
encline tel champignon du soir   
à parsemer de spores   
la défiance d'une pensée   
créatrice du cercle de craie circassien.      
 
Liés aux usages ordinaires   
nous sûmes promesse aidant   
que l'œuvre d'art en son irréversibilité   
danserait le soir   
à la lumière des lucioles   
quelques pas de plaisir.      
 
Même fable banale   
sous la poussée de la cognée   
à fendre l'armure   
établira la caresse tendre   
sur les frayeurs du passé   
gracieuse romance.        
 
Petites pâquerettes rêches   
à tige courte   
la nature nous conduisit   
dépourvue de raison   
à cloquer le collier d'ambre   
de quelques perles de rosée.      
 
Pensée vive et amusée   
revêtues de pâte grise   
vous serez toujours clameur extrême   
au faîtage des maisons de plage   
pointe de l'épée   
sur le cliquet d'un arrêt sur image.      
 
1159


Une paupière se ferme

Au muet d'un silex éclaté   
à la tombe sans croix d'une sépulture   
faucille sèche contre marteau   
la paupière s'est fermée   
d'une déviance écarlate.      
 
A contempler les horizons moraux   
le cadavre de l'énigmatique maladie   
a rejoint le pépiement de l'oiseau   
en distraction   
d'un frisson sous la futaie.      
 
Notre tâche la mort   
l'extravagance d'un combat de haute intensité   
quand sous le signe suspicieux de Dieu   
évaluer la magie de l'instant   
à l'aune de la torture retrouvée.      
 
Le flot du devenir emplit les cours   
des quatre murs le linceul   
alors que survivent belles dames 
alentours   
sur le gravier festif des commémorations.   

 Oublier   
est la voie extrême   
à remuer par le menu   
les cendres de la veille   
dans le chaudron des recouvrances.      
 
Roi du Moi   
englouti sous la ramure   
à force de bouchonner l'assiette   
le miroir en déroute   
s'offre aux clameurs du cœur.      
 
Ecrire pour bannir   
le refrain du destin   
engendrant par là même   
l'homme des glaces   
allongé dans la mangeoire.      
 
Me balancent et me glanent   
les épis de la Saint Jean   
solidaires et puissants   
sous les faveurs mesurées   
d'une réponse créée.       
 
1158

Nuits acides

Dialogue idoine   
de la perle et du sainfoin   
en communion extrême   
d'une rêverie profonde   
ample degré d'éveil.      
 
A mi-sol   
dans la feuille sèche   
enserré par la taille   
le travailleur d'Afrique   
en option de survie.      
 
Se produit l'amalgame   
du mycélium et du bois mort   
catalogué dans ce contact   
d'homme et de femme   
reliés sans ressentiment.      
 
Habituellement il eût été possible   
de viser la cible   
au plus haut de la futaie   
force vitale de la créativité   
près du ciel étoilé.      
 
Marcher n'est pas jouer   
marcher est accumuler le suint des années   
pour le bon vin tiré   
être la louve des halliers   
en quête d'une proie.      
 
La guerre à bras ouverts   
offre le cri et la fureur   
de prendre sur la gueule   
l'humanité confrontée   
aux origines du monde.      
 
Accepter n'est pas chose facile   
dans l'outrecuidance des feux éteints   
se mêlent à domicile   
l'histoire de chacun   
et la souffrance extrême.      
 
Dormir juste cinq minutes   
sans se départir de la scène biblique   
chaos créé comme progrès   
à jouer le jeu des amours innomées   
quand souffle la déraison.      
 
Construisons hors de la drogue et de l'alcool   
l'art de percevoir la personne   
en l'élément valorisé   
du comblement de la tranchée   
loin du remord des nuits acides.      
 
1157

Luce ma sœur Luce

On m'a dit que je pouvais la ficeler   
cette mort opaque et rance   
ce paquet de craintes accroché à notre col   
et qui nous terrifie   
quant aux idées dont nous l'affublons.         
 
Etre le "moi" des accumulations   
l'exsangue bassine des moires et des mémoires   
l'enveloppe que nous avons usée   
une fortune que nous avons déboursée   
pour ne pas mourir trop tôt.      
 
Dans l'espoir d'une science nouvelle   
à prolonger la vie   
à congeler pour une durée indéterminée   
le corps en tête à tête avec le temps légal   
nous retardons l'irrémédiable.      
 
Au festin de la vie   
avons invité le monde des opposés   
désirer quelque chose d'agréable et craindre de le perdre   
mais point s'en faut
c'est la débacle.    
 
Vivre d'instant en instant   
sans réactivité aux défis   
accrocher menue quincaillerie   
sonnante le jour dissonante la nuit   
en promesse  d'allers venues concernés.      
 
Aimer la relation   
par l'accueil direct de ce qui est   
en conscience de l'inénarrable surprise   
d'avoir à assiter   
au lever du soleil.      
 
Le monde appartient à la vie   
la mort appartient à la vie   
cette affaire de partir puis de revenir   
emplit notre calebasse d'expériences   
en vue de nourrir la sagesse.      
 
Luce ma sœur Luce   
sans peur sans reproche 
évadée des traitements de la maladie   
sois grande    
facettes ouvertes aux énergies cosmiques.      
 
1156

Les grandes oreilles

Marche des étoiles   
à petits pas
d'une étreinte harmonieuse
la pierre des ancêtres
en grand équilibre
permet l'expression de vie.

Chuchoté de par le monde
la nature nous narre
le degré d'exigence
de formes et d'aspects
pour Force agissante
faire sérénité de tout.

A la fourche du partage
l'autre face des choses révélée
il fût temps de s'engager
en liberté retrouvée
entre l'eau le feu l'air et la terre
vers la beauté ordonnée.

Ecrasé
renversé dos au sol
il fût céans de regarder vers le ciel
la graine de lumière
jointe au plus obscur de soi
dans le procès de transformation.

Eclos
en recréation
par plongées successives
avons fait notre la demeure céleste
sans que cède le noyau
devant le déploiement des ailes mauves.

La matière pèse
aussi changer de niveau
est admettre
que le poudroiement des rencontres
ouvre avec aisance
la panoplie des sens.

1155

L’aïeul

A l'époque   
il suffisait d'un coup de main
puis passant son chemin
quignon de pain en poche
aller jusqu'au lendemain.

La peur s'arrêtait quand vieillesse venait
et le cycle de se poursuivre
station debout
cerveau vacillant
contre une porte de grange.

Le but
une réponse adéquate
chopine dans la poche
les yeux remplis de fatigue
hululement de chouette aidant.

Se soulever tête droite casquette enfoncée
dans la froidure du matin
à même la paillasse
sans s'être déchaussé
mitaines gardées.

Confiance confiance
elle viendrait de la fontaine
des fleurs dans les cheveux
me prendre par la main
chantant une comptine.

Avenir et passé mêlés
brumes d'une rêverie disposée
tenir les deux bouts du bâton
puis décliner comme papier d'identité
l'avis de conscription.

Bruits de chaînes
parmi les ronces de la haie
les baies rouges pleurent quelques gouttes de rosée
réajustant sa musette
se perdre dans de vagues pensées.

Raconter cette histoire
n'empêche pas d'être disert
pour mémoire blanche
se repentir d'avoir dessiné
les contours d'un programme révolu.

Trace originaire
terres vierges défrichées
destinée chargée de sens
avons aligné tout au cours du passé
les cailloux du voyage.

( détail d'une œuvre de Jean-Claude Guerrero )

1154


Fais ta jolie

Fais ta jolie   
d'herbes et de branchettes
accomplie
d'être parmi la louange
présence de l'enfant.

S'évanouiraient
pierreries et feuilles d'arbres
que les mots pour le dire
seraient vertige
pour Louna la plus belle.

A se souvenir de près
d'être du Royaume
nous serions selon la tradition
les assoiffés du faire et du vrai
adorateurs de la Lumière.

Ecrire écrire
le corps des gens
au respir de l'air de la ville
les années passées
comme mourir par effraction.

Sur le marbre
des offrandes perpétuelles
un message pour se dire
que la soif et le chant
sont le livre d'heures que nul n'efface.

Le linge sèche
les oiseaux bruissent
les cerises tombent
au gré de l'orage à venir
un saut sera exécuté.

Glisse la vie
du haut de la colline

à se mirer dans l'onde
soyons affectueusement
les témoins de la brume.

La présence à ce qui s'advient
au mirliton des afflictions
nous engage et nous convie
à marcher dans l'Univers
du Souffle et de l'Idée.

Près de la Source
tout est lié
de l'urgence à l'absence
le regard porte loin
la délicatesse du Silence.


1153

Effeuillage.1

De sable et de sang mêlés   
enfreindre la porosité des soumissions.      
 
D'une cuiller accueillant les fadaises   
ouvrir la fenêtre des outrances.      
 
Passer la tête dans l'encoignure   
paraphrase la surprise.      
 
Surdité devant le miroir   
fiche un coup de poignard.      
 
Il n'est de guerre en raspoutitsa   
que le piétinement d'une harde de sangliers.      
 
Se frotter les mains sur le bois pulvérisé   
sèche les pleurs.      
 
Un baiser de paix mouillé   
à offrir au firmament des amants.      
 
Eviter le compagnon permanent   
pour ourler de tendresse la fuite des jours.      
 
Flasque vidée à même le veston tâché   
à quoi bon cet entregent.      
 
Brume légère frisant les prés   
matellase l'élan de vie.      
 
Le gravier des mots parfois   
arbore le gai savoir.      
 
Au sécateur des urgences   
un doigt de trop sur la patère.      
 
L'arbre graphique vers l'abîme   
mise en orbite d'une éclosion.      
 
A se demander s'il est temps   
d'égoutter les couleurs avant la nuit.      
 
Jamais Beauté ne pût brasser l'émotion   
que par la Voie des choses dites.      
 
Œil ouvert et cœur battant   
le poète au vide médian.      
 
Rencontre entre le monde et un regard   
dévisage le flétri de l'esprit.      
 
Un calme étrange fait de nécessités   
il est temps de donner sens.      
 
Blesser la Beauté   
le papillon redevient chenille.      

Solitude et concentration à bout de bras
portées jusqu'au ciel.
 
Au cartel des écarts, silences et brisures   
advenue du plein.      
 
 
1152

Le pas du Géant

Qu'est-il ?
qui il est ?
qui il est celui là ?
pas le rat des champs   
sûrement pas   
le rat des villes.      
 
A mesure de la main   
effleurant le parapet   
qu'eût-il fallu de plus   
en songeant aux enfants   
qu'un pas du Géant   
se déplaçant élégamment.      
 
La robe de feutre s'est ternie   
de par les rues froides du VII ème   
pas même rue du Paradis   
à contempler les pigeons d'amour   
sur les cheminées du petit Savoyard   
noir de suie au cœur blanc.      
 
Plomber les marrons chauds   
d'une main l'autre   
à éviter le feu qui couve   
entre nous de la veille   
depuis l'origine   
où se maquiller de silences.      
 
Il rappliqua au galop   
fit tourner le cerceau   
une dernière fois   
au touché coulé de la relation   
aux ombres de l'Errance   
point de considération.      
 
Vie aux bifurcations abouties   
en quête de la Source   
caressée par les rochers de nuit   
il eut fallu du courage   
le passage posé là   
et de la pluie le posé de la légende.      
 
1151

La présence à ce qui s'advient