La Force

Graphe de nuit   
n'arrête pas le péril   
de la constance à mettre sous clé   
la Force.      
 
Plus de principes   
sur les vestiges de l'ordre   
opère    
la malignité de l'accaparement.      
 
Et tout est à lancer dehors   
l'ébranlement des assises   
comme l'aboutissement de ce qui a été arraché   
la Vie toute la vie donc.      
 
Le Monde va   
en pratiquant le détachement   
donner sens à l'enfant du monstre   
grinçant des dents dans sa mandorle.      
 
Corriger l'impasse d'un jugement   
plutôt que de fabriquer l'inénarrable   
occasionne sur le versant pataphysique   
quelques menus reflets.      
 
Lire le Réel   
exclu la tradition de l'émotion   
engendrant le pouvoir inique   
de la courtoisie héroïque.      
 
Tout  bien fait   
le nouveau langage   
d'une manière incontrôlée    
larmoie sur le beau et bien penser.      
 
Se découvrir   
devant la Vérité   
en délivrant le fin mot de l'Histoire   
prélude au rêve apocalyptique.      
 
En silence   
au plus profond des désœuvrements   
l'implacable déchaînement de la puissance   
pousse l'oisillon hors du nid.      

 ( Graphe de Jean-Claude Guerrero )

1170

Le papa de la passerelle

Papa   
tu viens parfois   
par rafales de silence   
dans un ciel de présence pure.      
 
Le bouclier là   
sans arrogance posé   
à choisir les mots pour ça   
écrire en impulsion.      
 
Transmettre   
le feu avec du froid   
dans la barque des sensations   
parler en amitié.      
 
Ils veulent partir   
un jour d'été   
et se sera l'automne   
en salopette bleue.      
 
Le doigt angélique   
accueille   
d'une aiguille l'autre   
l'ourlet du jour.      
 
De vieux remparts   
en limite du désert   
à moitié écroulés   
offrande au simoun.      
 
Nos compagnons   
ont préféré leurs rêves   
tout autant que les livres   
la table de chevet.      
 
Arrêtez de penser aux épreuves    
ardentes brûlantes violentes   
elles sont le rose aux joues   
pour les âmes très hautes.      
 
Papa    
du berceau au souvenir de toi   
il est plume fragile   
voletant par vive lumière.      
 
Pressé d'aller ailleurs   
provoque brassées d'amour   
sur le retour   
vers la page blanche.      
 
Dans la cour de maternelle   
parfois Papa se fait attendre   
d'une attente longue   
comme un jour en exploration de terres inconnues.      
 
Sur la passerelle   
ébranlé par la tendresse   
j'entends le soir   
le son d'une trompette.      
 
( détail d'une œuvre de Jean-Claude Guerrero )
  
1169

Un sien de rien

Tourner autour du cœur   
enchante les pétales du moment  
nous fait sien   
un sien de rien   
pour nous rendre heureux   
d'avoir raté jusqu'au lendemain   
afin de recommencer.      
 
Vide vital de chercher   
en fin de gestation   
la nature véritable de qui nous sommes   
sans réussir   
mais en tombant amoureux   
de cette vie à demi-mots   
sur le tranchant de la marche en avant.      
 
Ecrire   
sans trop savoir pour quoi    
mais avancer   
par cette folle navigation   
à contre-pied des tambours de la raison   
ces tranches de pain de mie   
coupées en retrait du désir.      
 
Pour battre le fer   
cœur à cœur   
dans la moiteur de l'apathie   
il est souvent question d'un regard doux   
dressé contre l'obscénité   
pour passer le gué pieds nus   
des étoiles plein les yeux.        
 
La Bonté cette pensée   
à rebours des colifichets de l'instinct   
sera masque superbe   
cachant le fond du ciel   
tout prêt des catéchumènes   
pour que ça rigole ferme   
tête roulant dans la corbeille.      
 
Au bonheur de la main qui va vers le livre   
sans que pèse la charge de la reconnaissance   
se contentant de jouer sur les chemins   
les reins ceints de bon matin   
furent enseigné l'humour et le maintien   
alors que défilait en sous-titre   
les dragons saisissant les poignets de l'homme.      
 
Ce silence   
dans la poitrine
qui se soulève et s'abaisse   
indicible   
comme un enfant ensorcelé   
par la haute singularité   
d'un matin de givre.      
 
( œuvre de Jean-Claude Guerrero )
 
1168

A plus soif, écrire

Ecrire pour se protéger des mots 
qui rendent invisible la vie   
et accompagner le vol de l'ange 
qui fait vibrer la chair.
 
Ecrire c'est vivre à petits battements d'ailes  
tête fine se dressant par dessus la couvée   
dans le giron des parents   
à s'enquérir de quelques vers.      
 
Ecrire c'est au bord du trapillou de la maison-mère   
guetter l'arrivée de celle qui vous regardera   
la mine réjouie le regard clair   
une pluie de désirs frais tombant du ciel.      
 
Ecrire c'est craquer l'allumette   
pour qu'aux limites de la brûlure   
le bois noir se rétracter   
et tomber dans la bassine.      
 
Ecrire c'est remonter de la fontaine   
les lourds seaux d'eau   
en se racontant des histoires   
pour que douleur passe.     
 
Ecrire c'est descendre au Pradou  
tirer la bonne carte des philosophes   
tomber sur Socrate lui tirer la barbe   
et rire sous cape.   
 
Ecrire c'est rodomonter la grande échelle   
contre la paroi de l'imaginaire   
à toucher la manne céleste d'un doigt mouillé   
pour s'entendre dire "j'arrive".      
 
Ecrire c'est fixer en bout de lance   
les étoiles et le bruit du Latécoère   
au son de l'angélus   
un soir de rude journée.      
 
Ecrire c'est n'importe quoi   
la gorge sèche les mains dans les poches   
attendre que cela passe   
au gré des amours mortes.      
 
Ecrire c'est cueillir les fruits cruels    
d'un arbre éternel   
que les moineaux empenaillés de poussière   
laisseront en parentèle.      
 
Ecrire c'est construire une cabane au fond du jardin   
pour qu'y demeure l'enfant qui n'a pas grandi   
le jeu de planches tuilées   
en vue de l'orage à venir.        
 
Ecrire c'est calquer ses pas   
sur la trace des autres   
afin d'être autrement autre   
présent au demeurant.      
 
Ecrire c'est définir puis finir   
ce qui éternellement commence   
par le chas de l'aiguille   
d'un néant d'activité.      
 
Ecrire c'est penser tout haut   
la co-naissance possible   
d'un co-naître à venir   
en déploiement de la lucidité.      
 
Ecrire c'est au vertige des mots   
répartir sur la tige des feuilles émotionnées   
la libération libertine d'une vie   
en chaos de soi.      
 
Ecrire ce peut être   
comme tel ou tel personnage d'un conte   
défier la mécréance   
en épousant les contraires.      
 
Ecrire c'est attendre que le froid vous gagne   
assigné sur le tard   
à descendre l'escalier des soumissions   
jusqu'à l'humilité de l'esprit.      
 
Ecrire c'est être le plumitif débonnaire    
de la conscription   
se curant le nez   
devant la vulnérabilité.      
 
Ecrire "A suivre"   
"qui peut le plus peut le moins"   
et passer son chemin   
sans jouer de la flûte des vertèbres.      
 
Ecrire c'est être présent   
à ce qui vient   
sans que la pédagogie préjuge   
du bien ou mal de l'exercice.      
 
Ecrire c'est être le loup des steppes   
à étaler sa carpette   
de nuit comme à l'accoutumé
d'une parole fleurie.      
 
( œuvre de Jean-Claude Guerrero )
 
1167

L’oiseau de Paradis

S'en est allé   
Carolus Proximus   
un matin de ciel clair   
de cette sphère opaque    
pleine d'années-terre   
sans bagage par la sente    
échapper à ses révolutions.       
 
Point de règles d'amour   
ses idées fausses et vraies   
formaient le partage du grand œil    
désuet encartage   
en ces temps de mémoire akashique    
soumises à ce qui a été fait   
soumises à ce qu'on en dit.      
 
Ses sommeils avaient été tributaires    
des morts passées   
en commodité de langage   
à constituer l'Être spirituel qu'il sera   
alors que phases stables de la conspiration   
désapprises dans l'ambition de perdre   
la décélération était à son Très-Bas.        
 
Il avait voyagé   
par refus par égoïsme   
dans les Principes de la Vie   
claudiquant de routine   
la main sur le frein   
à déplorer le processus d'envol   
de ceux qui meurent jeunes.      
 
Afin de naître à sa nouvelle étoile   
l'assaut donné sur des collines sans parapet   
l'avait tiré de son errance   
pour l'enjoindre de grimper hors ténèbres   
pensé guidé paraphrasé les bras en croix   
dans l'équilibre d'un corps chancelant   
en éclipse de sa foi.      
 
A l'envers de son destin   
l'orbite en négativité   
il avait décalqué sa démarche   
du désert d'autrui   
aux plaisirs terrestres charnels et matériels   
pour se présenter devant son passé   
dans l'entre-deux-mondes de la phase intermédiaire.      
 
Lourdes étaient les chaînes   
de cet accoutrement d'oiseau de paradis   
à contempler le passage en solitude   
à soigner son arrivée dans l'Au-delà   
lui le nouveau-né de l'éblouissement initial   
en ascendance du Massif Christique   
à faire miroir de lui-même.      
 
1166

En passant par l’Ukraine

Brèves modulations   
du vent entre les mots   
soutenant de leurs dents de lait   
le quiproquo du corbeau   
au sortir du castel   
croassant par l'esprit de la pierre   
la juste répartition de la terre et du ciel.      
 
Les arbres et leurs racines   
par vagues singulières   
passent et repassent   
tentacules aux cailloux des rivières   
tendresse éphémère   
des grumeaux d'une soupe   
dans l'écuelle de lumière.      
 
Crème douce   
étalée sur ta peau   
en contrebas des pas de trop   
de l'herbe à mâchouiller    
avons mis le holà   
pour que crinières au vent   
les chevaux caresser le temps.      
 
File la laine   
éternelle bergère   
au pourpoint de laine écrue   
à la lumière des jours perdus   
chanter l'air des bois noirs   
entre le coq des passiflores   
et le loup du verbe en bouche.      
 
Bisons ardents   
et brioches tendres   
des plaines enrubannées de brume   
nous avançons   
séneçons de l'avent   
à coups de cornes et de sabots   
sur la terre amoureuse.      
 
Rien n'arrête   
la charge des uhlans   
sur l'Ukraine aux terres grasses   
terrassée par le souffle du dragon   
de haine et de fortraiture aguerri   
pas même le cri des femmes et enfants   
crispant les allumettes dans leurs mains de dentelle.      
 
 
1165

« Etre prêt c’est tout »

" Etre prêt, c'est tout "    
naissance du divin enfant   
les pieds dans le gazon   
Etreinte de Shakespeare   
pleine d'étoiles    
à évoquer la romance des souffrances   
au crépi de l'orgueil   
trois étages disposés      
pour démêler l'écheveau   
de l'imaginaire le temporaire.      
 
Le premier celui de l'acrobate   
dans l'ornière d'une survivance   
détourant de toute ressemblance   
le chat et le chien   
confinés de connaissances   
puisées en outrecuidance   
dans la vision fauve   
que l'autre existe   
en refus des apparences   
si ce n'est d'une extrême attention.      
 
Le deuxième près de la rivière   
comme le chant des pierres   
à baisser le rideau des convenances   
devant l'évidence des paradoxes   
filtres majeurs à même la terre   
invitant à l'harmonie   
dans la crypte de grès rose   
les anges à l'écart   
gambades hagardes   
sous le goutte-à-goutte d'une pluie circonstancielle.     
 
La troisième d'outre tombe   
dosseret collé au porte-bagages   
en ouverture d'âme   
le souffle du buffadou
carabosse carapace
jeter son dévolu après l'orage   
pour céleste amitié   
enjoindre le convoi des hommes et femmes justes   
au passage de l'aigle   
dans l'arc-en-ciel des libertés.        
 
1164

Le « JE » en fond de court

Clés d'Eveil et sacoche sur l'épaule   
dans le hasard des prés   
ai cru reconnaître   
Puits d'amour  
aux fines lunettes et cane sèche   
en fond de court.      
 
Médaillon dans le dos  
belle femme mère des ancêtres   
portée au cou brûlante parure   
de par les dalles humides de la Grand Cour   
reflets vertueux   
à plus d'un appel précieux.      
 
Observer n'est pas rien   
en approche d'un frottement de sens   
sans intervalle de temps   
quand le "JE" n'existe pas   
en lucidité de la non-dualité   
des images s'ajoutant les unes aux autres.      
 
Par nos activités étiquetées   
avec préemption d'usage   
avons perçu la peur et l'anxiété   
du non-être notre destin   
au promontoire de l'espoir   
des pacotilles à l'idée fausse.      
 
Difficile de se séparer de l'identité   
comme se séparer du reste   
de cette observation du moi   
aux racines les plus profondes   
cette gangrène à être    
ce que les autres pensent de soi.      
 
Lucidité ?  
l'impossible question   
du koan mon ami   
qui n'est pas vous   
mais le vivez   
l'esprit lui-même.      
 
( œuvre de Sylvain GERARD )
 
1163

Au crispé des mots

Le crispé des mots   
en robe de printemps   
a rassemblé sous la tonnelle   
les manquements des hautes terres   
pour enfants au teint cuivré.      
 
Naguère dans la poussière   
que drainait l'orage de chaleur   
il eût été céans   
hors du monde muré   
de suspecter flamme blanche.      
 
L'art n'a besoin   
que de chance   
à pas comptés   
faiblesses consommées   
par la rupture des promesses.      
 
Des lenteurs   
de l'horizon la pointe du stylet   
ont clamé leurs faiblesses   
à mi-course   
sur le pont au change.      
 
Haut perché   
du regard le reflet   
la lune à jamais grande   
d'une passade s'est permise    
un rêve dévolu.      
 
La bûche brûle   
entre les rhizomes d'une danse    
à point nommé   
porte ouverte   
dans le gémissement de ses gongs.      
 
D'un instant l'autre   
sans que trompettes retentissent   
avons refoulé le désir d'aventures   
alors que le solstice   
menait charivari.      
 
De larges moisissures   
couvraient d'étamines d'or   
le long des jambes   
organisées à bon escient   
pour le retour des jours heureux.      
 
A voir la fonte des glaces   
en l'instant du cœur révolu   
sachons de concert   
accueillir la souffrance   
d'un parler sans méfiance.      
 
Le chat Pas de place   
à la queue du qu'en dira-t-on   
fustige les chansons   
de morsures Pas de géant   
dans le charivari de la curée.      
 
A portée de main   
Porteur d'eau écrase contre le goulot   
sa peine d'avoir trop peu de gestes à faire   
pour que s'aiguise d'un refus   
la lame du couteau.      
 
Routes et sentiers   
pistes et chemins   
au millénaire de notre amour
engagent notre jeunesse  
dans la gâche horaire.      
 
1162
 
 

Il pleut des pleurs

Il pleut des pleurs   
du ciel vannes ouvertes   
et moi que la terre attriste   
je ris de l'heure éternelle.      
 
Il s'éveillera   
ce matin de novembre   
quand descendus de mon cœur   
les oiseaux s'envoleront.      
 
Depuis que disparue   
cette borie de pierres sèches    
je demande d'y croire  
je demande la remise de peine.      
 
Et peut me chaut   
de belle manière   
le sens des mots   
je vibre comme carême acquis.      
 
De sagesse point   
dans le mortier des âmes   
tendre le ressort   
des couleurs vives.      
 
Enfin prendre congé   
à l'heure de l'appel   
geôle ouverte   
des années douces.      
 
De même au bel été   
à décocher la flèche   
du carquois la faille   
j'ai gavé de soleil la chair meurtrie.      
 
Un coup d'œil au candemonium   
brillance accomplie   
la pluie crépite   
contre le mur gris.      
 
A vif et déjà consumé   
le branle du squelette   
rira de me voir si bel   
en cette douleur creuse.      
 
De fausses notes à la sortie   
ont allumé le feu des ombres   
écorniflé tel le malappris   
je serai fidèle.      
 
A nous conduire   
par les sentes enrubannées   
j'aurai plaisir à vous prier   
de différer le départ vers l'étoile.      
 
Le rêve monte et je vois le visage   
au rivage des nuits   
la nébuleuse bleue   
au gré du vent vrai.      
 
1161

La présence à ce qui s'advient