La note grave

De la nuque à l'épaule   
effrayée par la note grave   
elle enjamba le torrent du firmament   
pour arriver au chant cadencé du coucou   
dernière chance pour respirer.      
 
De notre rencontre   
restait le courage d'avoir été là   
comme on commet un crime   
en conduisant d'une main ferme   
le couteau jusqu'au cœur non prévenu.      
 
A la queue leu-leu   
droit dans les yeux   
il était apparu qu'à la descente   
le frisottis des émotions de l'entre-deux   
serait l'absolu carrelage du temps qui passe.      
 
Et que dire    
de la douce étreinte   
que je reçu de Joséphine   
au sortir de son bain   
un baiser au rien du ciel.       
 
Lèchons du matin   
n'arrêtent pas le pèlerin   
aussi s'y prenant plus d'une fois   
avons-nous versé de l'eau trop tôt   
au paradis de notre enfance.      
 
Choc à la fenêtre   
frappe emplumée de l'hirondelle   
à queue fourchue   
comme de bien entendu   
frisson pour une vie parfaite.      
 
Les trois hommes du bas des marches   
attendaient l'ange au regard doux   
clique singulière pour un retour   
au château bien-aimé   
d'un travail que personne ne demande.      
 
 
1190

Le jeune homme

Placide regard d'outre mer   
à la coupée emberlificotée   
de descentes et montées   
le jeune homme   
la main posée sur la rambarde.      
 
La vieille dame arrivera la première   
fraîche et pimpante   
malgré son offre dernière   
de couper les ailes à toute avant-scène   
pour déterrer les gravats de l'oubli.      
 
Disposés à ses pieds   
se sont mis en ordre dispersé   
les soldats de l'an II   
prompts par leur attitude   
à tirer le renard en temps de paix.      
 
Pour conter cette histoire   
de chambellan mêlé aux chaînes d'argent   
de la nomenclature   
il avait fallu voler le diamant blanc   
ou tout au moins le soustraire de nos yeux.      
 
La Grand'rue bruissait   
sous le pas des passants vêtus de papier kraft   
quant chouette grise arrêtant la petite aiguille   
du beffroi de la ville   
nous vîmes à quoi nous étions destinés.      
 
Même le rouge-gorge   
saurait distinguer le ventricule gauche   
d'un bouton de bottine   
pour d'un rire cristallin   
s'emparer des couettes de la petite chinoise.      
 
Le jeune homme et la vieille dame   
jouant à " un, deux, trois, soleil "   
devant la cible de paille   
à recevoir la flèche se sont enquis   
des nœuds invisibles de l'air.      
 
Crâne et heaume se confondent   
dans un bruit de vaisselle   
devant l'irruption du cerf   
forces de l'habitude   
à remiser le soupir léger de la pensée.      
 
Point de doute   
devant la porte Noire   
il y aura encore ces îlots de fer blanc   
où entendre le bruit de l'ampoule   
arraché à la quiétude du moment.      
 
 
1189

L’amante

Parachevée   
secrète   
derrière ses paquets cadeau   
s'est mise en fenêtre   
de naître parmi nous.      
 
Même la prière   
nous crée  de neige
du jour de cette vie   
à célébrer la beauté   
au cœur du silence.      
 
Le regard implorant   
la voix frêle   
ma sœur des miracles   
vous fûtes accorte   
le saillant de l'âme et du corps en harmonie.      
 
De surgir à mes côtés   
demoiselle me la baillant bel    
de se métamorphoser   
entre combat et dépassement   
est bonne miche pour le soldat pénitent.      
 
Et de s'enquérir    
de fines dentelles   
au ciel du lit   
pour héberger gîte et couvert   
de l'éternelle pâmoison.      
 
Blogueur de nuit   
d'humer    
le philtre d'amour    
au griffon des incartades   
peut être passage du divin enfant.      
 
Mouche madérisée   
aux vibrations électriques   
d'effets conjoints   
ramenant à la raison   
la livrée océanique du bas du corps.      
 
Flamme brune   
signe léger de l'oiseau-lyre   
au vent du désert    
il se pourrait que joue charmante   
reçoive larme d'agave.      
 

1188

Brunette la jacquette

Brunette la Jacquette   
Simplement nana   
Sous l'albâtre   
Des gorges sèches   
Fît de la ridule le nec plus ultra.      
 
Point de courte mission   
D'entre les deux baffles   
Que celle soumise à restriction   
Par le grave   
Des gaucheries mémorables.      
 
À pointer l'archet   
Contre les cordes fléchées   
Inspire à l'ordre millésimé   
Courses folles   
Pour âme fraîche.      
 
Hululant débordement   
Et jambe haute   
La gambille frappa dégoupillée   
Les restes faméliques   
De la posidonie des prés.      
 
Effleurement sacramentel       
D'une lampée de miel   
Sur les bords du mug   
Influence mémorablement   
Les gousiers aux éraflures flambées.      
 
 
1187

Le silence au théâtre

Le silence   
au théâtre   
d'une fin d'acte   
attriste la tombée du rideau.      
 
Goût d'irish coffee   
sente vermeille   
soufflant dans le buccin   
saute-menu par dessus l'orchestre.      
 
Les trèfles répandus   
piquetés de perce-neiges   
joie et saupoudrage   
Soir de Paris.      
 
Des arpèges plein les yeux   
de magnésie virevoltante   
sous le projecteur de poursuite   
mijotante apparition.      
 
Jupe ouverte   
sous le pandémonium des origines   
fixant par delà la poussière des cintres   
la fin de trêve.      
 
Mon frère   
en lune descendante   
rejoint la corne de Cerf   
par temps de regain sec.      
 
Lune rousse   
dans son étoupe duveteuse   
chevauche à l'envers   
le miroir aux attentes.      
 
 
1186

L’œuvre d’art

Toute activité suppose liberté  
de l'œuvre l'existence exaspère   
le trop plein de vitalité   
en marge de la surdité   
la relève assurée.      
 
Ça culmine en l'œuvre d'art   
cette prosopopée   
en rose et figuré   
l'émotion contrôlée   
d'un certain rythme d'un certain chant.      
 
A s'y perdre   
d'une culture d'origine inconnue   
la dernière s'appropriant le tout-venant   
pour figurer en haut de pile   
juste face à Baba Yaga.     
 
Être là   
en fin d'une histoire sans intérêt   
et n'avoir cure de la finitude   
en répétant à l'envie   
qu'il faut bien que tout le monde vive.      
 
Par soucis de l'autre   
avons parqué les vaches   
avant la dévalade   
nous les circum-touristes   
du barnum athlétique.       
 
Tout rebut à plénitude feinte   
suppose désir converti   
l'espace d'un moment   
d'avoir touché au désir   
sans porter ombrage à l'éternité.      
 
" C'est normal "   
qu'ils disaient à la sortie de l'usine   
d'aller en face boire un coup   
histoire de déchirer l'hébétude   
sans haine sans violence sans espérance.      
 
La tête est un miroir pour nos successeurs   
et qu'importent les invectives   
ce sera science nouvelle   
sur le terrain de la recherche   
comme neige au soleil.      
 
Marcher   
encore et encore   
est une fin parfaite   
mais en se méfiant des fanatiques   
bien plus que des belles âmes.      
 
( œuvre de Jean-Claude Guerrero )
 
1185

Le juge

Lui   
le juge des affaires courantes  
qui évalue   
plus qu'une opinion   
un fantasme.      
 
Je t'ai revu  sur le tard   
dans la Grand’rue   
me tendre la main   
un pas en arrière   
deux pas en avant.      
 
Pure forme de l'intuition   
tu accompagnais   
sous ton heaume   
courtoisement mais fermement   
le pourvoi en cassation.      
 
D'expérience   
je n'avais jamais vu ça   
éternellement apte que j'étais   
à tous les possibles    
qui vont et viennent.      
 
Nous nous sommes égarés   
juste un moment   
pour laisser le train des mines passer   
à la croisée des chemins   
un tien vaut mieux que deux tu l'auras.      
 
Aux lettres en veux-tu en voilà   
nous avons asservi les neurones   
Notes synallagmatiques   
d'une créativité du sensible   
naissant de l'invisible.      
 
Regarde ce Léviathan   
gigantesque remontrance   
arborant les symboles du pouvoir   
épée, couronne et crosse   
assignés à la résilience.      
 
Libido mon orient   
c'est le désir   
manifestation dynamique   
dans la vie psychique   
de la pulsion sexuelle.      
 
Des idées en deçà de la quincaillerie   
l'outre-passe tête vide   
rassemble encore d'avoir été   
les tressautements de l'âme   
vaille que vaille.      
 
 
1184

Avenir

Le mot existe   
"avenir"   
et ne pouvons résister   
pas plus qu'au passé   
de maugréer   
contre la contrainte.      
 
A briser la glace   
en abandon de la conscience universelle   
il suffirait d'avoir des yeux   
et de regarder au bon endroit   
cette catastrophe invisible et silencieuse   
qui à bas bruit fait ses petits.      
 
Traces humaines   
sur le mur des lamentations   
ont ôté toute implication   
à occuper sa place   
au risque d'aimer   
et de partager la libre nature.      
 
Sortir du sillon   
"délirer"   
pour attester de son bon droit   
de rester prisonnier de sa singularité   
au plus haut des sens   
le génie d'être fou.      
 
Victimes et coupables   
se sont organisés un point de rencontre   
où vivoter en délinquance juvénile   
alors que se paraît   
en délibération vraie   
le réel de l'époque.       
 
Une plaie béante   
et la douleur qui en résulte   
m'ont amputé de l'essentiel   
travail du deuil   
qu'ils disaient les affligés de la situation   
non contre l'amour mais pour aimer davantage.      
 
Le vivant   
lorsqu'il naît ou meurt   
exprime l'ordinaire   
à ne plus pouvoir pleurer   
mais vivre   
la béance de l'acceptation.      
 
Le vivant plaisant   
a fait de ses ridules   
la nuée du moment présent   
la création radicale   
en proie au tragique   
comme s'il fallait choisir.      
 
Ouverts aux diableries de l'instinct   
ils se sont étonnés d'avoir à être   
alors que par la déchirure   
passait le temps   
l'existant   
d'avoir à absorber l'éternité.      
 

1183

D’eau et d’argile l’homme s’époumone

D'eau et d'argile   
l'homme s'époumone   
pour se plaindre de sa fente labiale   
cette blessure   
par laquelle les monstres des abysses   
se plaisent à remonter.      
 
Altier et fragile   
tout à la fois fait et défait   
d'une maigreur ascétique   
il enfila la robe pourpre   
lui le grabataire   
pour se mouvoir vers le parvis.      
 
Se guérir je ne puis   
remontant à la source   
le coucher du soleil venant   
je glisserai comme soulier verni   
sur la planche inclinée   
à même les douves sombres.      
 
Se retourner se retrouver   
quérir d'une œillade   
le ralenti de sa démarche   
sans que le désir nous fasse défaillir   
en repensant aux doigts fins   
d'une silhouette aimée.      
 
Plein matin de maquillage extrême   
l'épreuve ne nous épargna pas   
nous les jolis cœurs nous les lisses de peau   
à conter par le menu   
les frasques chirurgicales   
élaborées autour du feu.      
 
Regarder la belle et le beau   
au jardin des délices   
amène   
révérence ultime   
le peuple à composer   
avec les hourras frénétiques.      
 
Et que coexistent   
l'ordre et le désordre   
la paix et la guerre   
la bienveillance et la colère   
la dame de nuit, Vénus   
appartenant au matin et au soir.      
 
Guigne de la volupté   
en s'imbriquant intimement   
ils visitent et subliment   
la matière sensuelle des corps   
devisant au champ sacré des brumes   
de l'art et du bien-être de jouir.      
 
S'accomplir, s'affirmer   
en parfaite volupté   
permet à nos tensions   
de se mouvoir   
de parer d'extase   
la frange rose du couchant.      
 
( dessin de Jean-Claude Guerrero )
 
1182

Accordage

Ensemble   
nous avons croisé nos chemins    
et l'unique pince à linge   
n'y pouvait mais.      
 
Seul le Réel   
en la solennité de l'instant   
se révélait être l'accordage  
de l'éternité à l'éphémère.      
 
"Cœur de banquise   
j'aime mon fils unique"   
pour qui la vie nous honore   
d'être présent.      
 
Et demander votre accord   
en acceptant cette invitation à naître   
au carroyage des mots   
même pas achevés.   
 
La Grande Voie est ouverte   
au flot fluctuant de la marée   
pour que monte à la lumière du jour   
le reflet argenté des noyés.      
 
Attendre que lune vienne   
qui tantôt croît et décroît   
pour que soleil apparaisse   
qui ne croît ni ne décroît.      
 
Lever la tête   
en bienveillance   
pour mental éteint vivre l'infime   
qui ne refuse rien et ne prend rien.      
 
Même loin   
le ressenti de cette rencontre   
permet que se grave en nous   
le nouveau regard sur nous-même.      
 
Capter l'énergie   
la mettre à l'intérieur du ventre   
et la faire remonter   
jusqu'à la pointe des doigts.      
 
Laisser s'écouler la trame du vide   
promeut l'accordage à l'Univers   
en supprimant l'esprit d'attaque   
unique objet du ressentiment.      
 
La source toujours là   
rencontre la nef de la création   
pour que les yeux ouverts   
contempler le sourire vibrant de l'existant.      
 
1181
 

La présence à ce qui s'advient