Le groin

De Tronçais à Servières   
D'arbres il y eut   
Mais nul d'entre eux   
Mufle relevé de l'aube   
M'avait transporté de la sorte.      
 
Secousse oblige   
Extraite du fond des âges   
Notre rencontre fût bruyante   
Comme au café de l'Opéra   
Où tout nous opposait.      
 
Nulle trace d'arrogance   
Juste un assaut entre pirates   
De pure et raide manière   
Disposant bras jetés à l'encan     
D'une réalité de cendres.      
 
Remuement souterrain   
Sans lâcher des yeux   
Du groin de mousse   
Toutes griffes tendues    
D'un éclair à venir.      
 
Longtemps après   
Au passage des gorges   
Il fallait descendre près de la rivière   
Obliger le marchand   
À payer l'octroi pour traverser le pont.      
 
Aimer c'est demander à l'autre   
Sans possession sans jalousie   
Quel est son tourment   
Et se tenir sans même connaître la réponse   
Dans le noir de l'énigme.      
 
Au bouche-à-bouche    
Dans l'eau trouble   
D'un miroir de mésalliance   
J'ai conçu le fruit vivant   
D'un jour que l'âme éclaire.      
 
Quand à la femme d'avenir   
Celle des cours intérieures   
Que chantent le temps des cerises   
C'est en plénitude du manque   
Que je vous quittais.      
 
À la folie   
Même le firmament s'assombrit   
Quand pris de panique   
À la courbure du temps   
L'échec fût nécessaire.      
 
Dire à ceux qui restent    
Ce qu'on a tu de son vivant    
Plonge le récipiendaire    
Dans l'écriture de quelques lignes   
Sur un papier de circonstance.      
 
Vogue et me viens   
Secrète solitude   
Au passage des roues ferrées   
À un jet de pierres   
Du cœur des maraudeurs.      
 
Un jardin d'encre   
Recouvre la contrée   
Inconsolable   
Au contact des fleurs   
Un bouquet des champs.      
 
1273

Les douze médailles

Mes dailles et mes os   
Sur la draille aux follicules   
Ont engendrées cloches et clochetons   
Partout alentours   
Selon le livre des heures.      
 
L'an dernier je pouvais   
Aujourd'hui il y a de la lenteur   
Aussi ai-je demandé    
De mettre un peu de mascara   
Sur l'œil du cyclope.      
 
Près de la tombe   
De petits sachets de drogue   
Parsemaient la margelle   
Au portrait des lendemains qui chantent   
Le charivari des rieurs.      
 
Regardons-nous   
Sans fouler l'ombre   
Auquel cas la prise serait à reprendre   
Passage sans personnage   
Sur la trace du Caradec.      
 
Capter les vibrations   
Sans que l'hélico mène tapage   
dans l'ouverture d'un ciel d'orage   
Possédé par les pinceaux   
Sous la chaleur d'un regard.      
 
Le fantôme est là   
Quelque chose de psychanalytique   
Écornant l'observateur   
Par pans entiers   
La colombe aux ailes déployées.      
 
Douze médailles   
À même la nacre du support   
Ont donné le timbre   
Du nouvel instrument   
Toutes couplées et interdépendantes.      
 
Mes dailles et mes os   
Ont traversé la draille   
Herbes couchées par la bise   
Au bruissement incessant peigné   
Par les branches du frêne.      
 
Oulipos des machicondos   
Mes voisins de la partie   
Ont associé l'outil de la plage   
Aux nuages ténébreux de l'entendement   
Les mains au profond des poches.      
 
Construire un village   
Autour des amulettes   
Avec pour chaque maison   
La médaille attenante   
L'écorce amène du respect.      
 
Et si de longue épines   
Arrêtent la toison des moutons   
Prenons par la main   
Les grappes de fruits noirs   
Au jus sucré et désaltérant.      
 
Il est permis de croire   
Pieds nus sur les dalles de basalte   
De demander protection   
Le cerveau à jour   
Vent levé souffle court.      

( œuvre de Jean-Claude Guerrero )
 
1272

À Florival

À Florival   
Il est une danse   
À grandes enjambées   
Qu'une tension le long du dos   
Fait sienne.      
 
Parler de ce problème   
Augure de mettre sur le gril   
Ces spirales montant du ventre   
Gesticulations profondes   
Du grave de la voix.      
 
Ça grince ça siffle ça piaille   
Pour que la boule du dessus de l'eau   
Envahisse la tête   
Régurgitation métronomique   
De ce qui prête à déraison.      
 
Verdict sur le tard   
Peu me chaut   
Qu'il fasse rire   
Ce chêne des hautes frondaisons       
Entonnant la palabre des gens heureux.      
 
Renifler la graine   
Densifie le mycélium   
De ce qui survit   
Dans la terre grasse   
Du sans lumière.      
 
Très drôle cette rebuffade   
Alors que nous tordions le cou   
Du bruissement des ombres déployées   
Emettant le grouingrouin   
À l'orée du bois.      
 
J'avais essayé d'agiter les mains   
Au passage du train   
Pour qu'enfoui en bas du terre plein   
S'offre ventre ouvert   
Le raclement doux du ballast contre la chair.      
 
Pensez pensez   
Puis n'y pensez plus
Présentez les couleurs   
Pour se connecter   
Au flanc du mammouth.      
 
Prendre la parole   
Fustige l'avenir d'un opercule   
Tandis que passent par les basses plaines   
Les oreilles enchantées   
Du silence éclaboussées.      
 
Bouquet de roses   
Fait bouger le nez   
Sans ordre social   
Juste une rotation   
Transe immobile.      
 
Aller à dame   
Parcourir le blanc et le noir   
Pour zigzaguant dans l'arène   
Présenter cet éclat de rire   
Se brisant comme glace au soleil.      
 
Je jette   
Poule poule les coquilles d'œufs   
Au bas des marches   
Les poules accourant   
Au calcium des culpabilités.      
 
1271

En attendant Godot

La mouette respire   
De plein pied sur le champ   
Pour duo des hymnes   
Moquer le Maître   
Et ses clientes en bout d'étagères.      
 
Suppliante métaphore   
Que celle du chien qui au lointain   
Aboie   
Peu enclin de gouverner   
À la barbe du Roy.      
 
Contrairement au brouillage   
Des mots de se rencontrer   
Pour évoquer les passerelles   
Le temps advient   
Offre de bon aloi.      
 
Double fracture   
Double fêlure   
Se mirer   
Sans un sourire   
Dans la tristesse de l'autre.      
 
À se demander si le bloc de silence   
Se détachant du ciel   
Sera parc d'attraction   
Pour la houle des applaudissements   
Qui ne rapportent rien.      
 
Être au chevet   
Du simple et du secret de la vie   
Assoupli la pointe du diadème   
À faire du réel   
L'attente nourricière.      

( œuvre de Pascale Gérard )
 
 
1270

Le Oui de la Voie

Soudain tu apparus   
De tulle vêtue   
Au milieu de tout   
Du parfum des couleurs   
Un jour de rien   
Comme ça   
En paradis.      
 
Chantante offrande   
Permise   
Tel le cri de l'alouette   
Sur la planèze   
Aux roches dispersées   
En mémoire    
De nos génuflexions.      
 
Charnelle montée   
Qui nous tenaillait les entrailles   
De chair brûlée   
Autour du feu de Lacombe   
À compacter les cendres   
Comme semences   
Offertes sans retour.      
 
Du sang et des larmes   
Filantes étoiles   
Écarquillant leurs yeux   
En reflet de l'enfance   
Sur le caillou des ans   
À déplier savamment   
La terre immémoriale.      
 
À l'autre   
Dire que le frêne est toujours là   
Contre la murette   
Et que nous l'abandonnerons   
Une nuit de plein vent   
Aux rafales de pluie   
Cisaillantes morsures.      
 
Et le fruit chu   
Guignolant d'une roucoulade   
L'implosion sur le flanc du géant   
Aux fleurs dispersées   
Sur le parterre sacré   
De narcisses serrés   
En l'échos du diamant de l'instant.      
 
Tu es là   
Agitant tes oreilles   
Museau mouillé   
Lune égarée   
À la face de biche   
Assemblant le chiffre des amants   
Sur le tamis des errances.      
 
Amère mère   
Des oiseaux en partance   
Au furtif d'un regard jeté   
Pavés hurlant de Moiteur   
Contre la charrette   
Tirée de concert   
Par Parise et Mareuille.      
 
Pour qu'un jour    
Contigu à quelques mots justes   
Parodier le trait de lumière   
Devant la fenêtre   
Assise vestibulaire   
En l'an de grâce laissé vacant   
Par le livre ouvert.      
 
Se justifier   
Que le Puy-de-Dôme   
Est toujours en place   
Pour que désirs vaincus   
Pouvoir renaître  
Entre douceur et silence   
Yeux mi-clos lèvres ouvertes.      
 
À ne retenir    
Que le bruit des pneus pluie   
En descente du col   
Et que marcher sur le bas-côté   
Frissons à venir   
Corroborerait   
Le Voici d'un cœur à venir.   
 
Accueil écarlate du matin rosissant   
À quérir   
Pattes fraîches   
Gouttes de rosée incarnées   
Où se reconnaître   
En gloire   
Dans le Oui de la Voie.      
 
1269

Nous nous tenons

Nous nous tenons   
Les mains dessus dessous   
Dans le grand froid   
À l'orée du bois   
Par le vent arrimés   
De l'en-delà   
Promesse ultime.      
 
Puis rien   
Rien du tout   
Ou rien de rien   
À la minute   
S'offrant à minima   
Le vaste ciel en ses nuages   
Progressant vers l'est.      
 
Commencer   
Puis se consumer   
En pleine saison   
Face aux vautours   
De l'ordre du monde   
Sur le palier   
De la maison ronde.      
 
Tendresse   
Du rien sentir   
Ni gelures ni brûlures   
Juste un léger frisson   
À cheval sur l'herbe virginale   
Qu'on eut cru   
Rendez-vous de l'absolu.      
 
Né pour de bon   
Farandole sans fin   
Sous les lucioles de la guinguette   
Me suis cru pauvre d'esprit   
Contre la joue de ma mie   
En appel de la source   
À midi, immaculé.      
 
La feuille s'est enfuie   
De la branche à l'unisson   
Du chant de l'oiseau   
Portant haut   
La frondaison   
La feuille s'est enfouie   
Sous l'aile de l'esprit.      
 
Mémoire de tulipes   
Dans les lilas   
À double vue   
Lovés sous la tonnelle   
Se sont montrés digne   
D'une dégustation   
De l'aube ma tendresse.      
 
Croque toujours   
La croûte avant la mie   
Pour étoiles en dotation   
Sentir le vide vous passer dessus   
En grande compagnie   
Aux confins du désir   
À la pointe de l'âme.      
 
Tu es là   
Au milieu du pré   
Et ne puis retenir mes larmes   
Enfant du signe   
Accablement muet   
Fendant la tour dernière   
Du grand rassemblement.      
 
Soudain   
Tu me pris à la gorge   
Pour me secouer   
Comme un prunier   
Dégorgeant à perdre haleine   
Une senteur de sang   
À petits jets de douceur.      
 
Ne dis que ce qui est   
Comme chien battu aux grandes oreilles   
Un cri   
À la fleur éclose   
Une nuit d'avril   
Alors qu'en vain   
Le jour prenait la pause.      
 
Que chante l'oiseau de nuit   
Les ombres   
Parmi les érables   
Ultime couronnement   
De notre marche vers la lumière   
Avènement renouvelé   
Du solstice d'été.      
 
( Encre de Pascale Gérard )
 
1267

La marche du jour

Pousser plus avant   
La marche du jour   
Jusqu'à la nuit   
Pour que la nuit engendre le jour   
Genre nouveau   
D'entre les eaux   
De la constance à être là   
À l'ombre du rien   
Quand descend du lendemain   
L'ombre et la lumière.      
 
De l'avenir   
Un zeste de citron   
Sur le rebord du verre   
Comme on passe la main   
Devant témoin   
Chantant dernier refrain   
Sous la glycine   
Le tien du mien   
D'une complainte.      
 
Virevolte extrême   
Devant le joug des épreuves   
Venant à étayer   
La palissade   
Des manques et désirs   
D'un passé de pacotille   
Ouvrant à cœur perdu   
La baliverne des outrances
En fond de cour   
Guenilles séchant aux fenêtres.     

( Dessin de Sylvain Gérard ) 
 
1267

Le corps apparut

De plumes et de poils   
Le corps apparut
Par ses syllabes
Contenu
Au gré des morsures
Que je donnai et reçues
Moi, du passé pas très simple
Au futur d'avant la finition.

Marie reposa la tasse de verveine
Saccadée en ses mouvements
Au rythme du jour qui venait.

Elle ennivrait l'espace
D'un mouvement gracieux
À qui perd gagne
Une tâche de couleur
Sur son jean rapiécé.

Assis
En rond
Debout
Couchés
Nous étions là
De mèche avec la vie.

1266.


Je vis en France

Je vis en France en 2023   
dans une société qui s'engage dans une crise majeure
une société parmi les plus prospères de notre petite planète.

C'est dès le plus jeune âge que nous constituons notre capital de longévité
par :

l'alimentation
l'exercice
l'hygiène de vie
l'estime de soi
la relation aux autres.

Ne pas céder à l'autosatisfaction
la chance que nous avons de vivre vieux est à protéger
nombre de personnes ne profitent pas assez de leur "vie en plus".

La longévité
une donnée incontournable pour l'humanité
avec ses enjeux économiques, politiques, sociaux.

La longévité renvoie à la question de sa propre mort
"Qui décidera ? Qui le fera ... d'arrêter la vie."

Stop ! Je ne veux plus qu'on me prolonge
et pour cela cette décision ne peut qu'avoir été mûrie
elle doit provenir d'une réflexion
d'avoir construit sa vie en pleine lucidité
de l'aboutissement inévitable de la détermination d'arrêter.

Le suicide raisonnable est-il un ultime destin
peut-on préférer de s'arrêter avant que ça ne devienne pénible
alors que je suis en bonne santé et lucide ?

C'est au sein de la famille et de l'école
qu'on doit proposer la gestion de son corps
de gérer sa vie dans la durée.

Considérer sa vie comme une œuvre à réaliser
une œuvre unique et originale, une création personnelle.

Les bombes qui nous menacent :
- La "bombe de l'argent" générée par les 25-58 ans
mais dépensée par les 0-25 ans et les 58-100 ans.
- La bombe du pouvoir qui appartient aux gens qui ont du temps - les fonctionnaires, les retraités - et qui va pressurer la classe active.

Le "mal être existentiel" est marqué par :
- La consommation de tranquillisants et d'alcool
- La conduite auto agressive
- L'obsession des animaux de compagnie.

La crise du futur est l'inadéquation
- Entre la vie d'aujourd'hui
- Et la planification d'un avenir perçu comme inquiétant
qui sur les plans scientifique et technique fait peur à beaucoup.

Le renversement des valeurs de gauche et de droite
- La gauche défend des valeurs conservatrices, la défense des droits acquis
et attaque le libéralisme.
- La droite qui représente l'initiative individuelle, la liberté individuelle,
la mise en compétition de chacun pour déterminer son destin
et assumer ses responsabilités.

La crise majeure se profile
Allons-nous dans le mur ?
Ne va-t-elle pas au contraire de revoir le travail
comme travail mortifère
afin d'éviter de sombrer dans un gouffre moral insondable.

Existe-t-il des ressorts invisibles
de survie et de développement fondés sur des valeurs implicites
telles que :
- "Construis-toi par rapport aux autres"
- "Donne plutôt que de prendre"
- "Pense à l'après".

Concilier deux principes :
- Profiter de ce que la vie nous donne
et cultiver l'initiative personnelle - pouvoir, conquête, innovation.
- Accepter une redistribution généreuse et altruiste des avoirs et des biens
pour l'existence de l'humanité.

Dans l'histoire
Les vraies transformations de la société ne sont que
les résultats des changements individuels.

Aujourd'hui des événements viennent assombrir l'avenir :
- Les guerres - en Ukraine, la tension sino- américaine
- La gestion des ressources fossiles
- Le changement climatique
- Les mouvements de population à venir
- La démographie mondiale
- Le choc des valeurs
- La fragilité des échanges commerciaux,

économiques, financiers.

Se rappeler qu'il y a deux réalités
avec lesquelles nous construisons notre société :
La vie et la mort.

Alors acceptons que nous sommes mortels
et que nous devons travailler
sous l'égide de la double réalité :
- Que nous devons compter sur soi
- Sachant que nous ne nous en sortirons pas tout

seul.

1265

À petites gorgées boire sans partage

À petites gorgées   
Boire sans partage   
Des jours et des semaines   
Comme bavardages   
En plein jour.      
 
Au plus chaud de la nuit   
En marchant   
Se faire peur   
Avec l'ombre d'un buisson   
Le grand méchant loup.       
 
Devant le monde muet   
À la source   
Où repose lanterne éteinte   
L'homme-souvenance   
Mon âme éclose.      
 
Engourdi   
À parler clair   
Ce langage intime   
Oser le merci   
Lui l'adorateur du Souffle.      
 
Sous l'aiguillon du Don   
Éteindre la parole péremptoire   
À croire que le travail opère   
En ces temps d'imminence   
Où passer inaperçu.      
 
À d'autres endroits du texte   
Figuraient les ossements de l'outrance   
Le paquet de chips   
La boîte de soda   
L'organiste avait levé le camp.      
 
Il est apparu   
Il a jeté le bois du coudrier   
Pour mitonner une longue histoire   
Toute entière contenue   
Dans les yeux de l'aveugle-né.      
 
N'effacer pas l'écriture   
Filons droit sur le chemin   
Pour toujours les graines voler   
Errance dans le vent   
De la patience.      
 
Soulever la main   
Du front du vieil homme   
Augure conclusion   
Pour éviter la porte étroite   
Du jardin de l'esquive.      
 
Regardons   
Sans courir au devant d'elles   
Les poubelles de l'esprit   
Promptes à l'entrechocs   
Se faire trace mnésique.      
 
Plus beau   
Plus loin encore que le destin   
Figure l'entrelacs   
Des voix de l'autre rive   
Sans que le ciel s'obscurcisse.      
 
Et quelqu'un de se pencher   
Troublé de se fier à soi   
Le simple soi d'un cœur fier   
À mesure de se connaître   
Vasque des mots qui passent.      
 
1264

La présence à ce qui s'advient