Ce matin à cinq heures

Ce matin   
à cinq heures
j'ai jeté des bouteilles de verre au vide-ordures
pour que brisées
elles remontent en morceaux
et qu'à mon corps défendant
reflètent la denture
d'une mâchoire de tyrannosaure
pour que pris de panique je mette mon falsard
et descendre dans le jardin
désinscrire les cris et les S.O.S
du végétal à sauver.

J'ai recollé les morceaux de bouteille
mis les bouchons à l'envers
le culot vers le haut
pour épeler l'alphabet du ciel
et qu'à temps
relire tes lettres si belles et si dodues
pour nous ouvrir

au fond des dames-jeannes
dédiées à la soif d'autrui.


900

Le reliquaIre

En voici un   
qui finira par le travers   
à compter ses pas    
dans le jardin de l'aurore.      
 
Quand les fleurs se montreront    
souvenir émergeant d'une poche usée   
il y aura pluie bienfaisante   
sur toute la contrée.      
 
Mise en grâce   
la vie quotidienne sera calme   
au fond du lit clos   
des rêves à venir.       
 
Rien de bien exaltant   
que le temps qu'il fera   
pour contempler la nuit   
la dernière en écharde du secret.      
 
Tu ouvriras ton cœur   
le pommeau saillant   
d'une solitude extrême   
sans que le merle chante.   
 
A Vincennes sur Seine   
se baignent les vingt ans   
pieuse image   
de l'âme-sœur en instance.         
 
 
899

Mobilisation du règne végétal

En quête   
requête   
de la lumière   
quand gonflent les tensions    
venues des ordres du sol.      
 
Élévation serpentiforme   
des boursouflures   
en capacité   
de promouvoir le brut   
sans que le tronc vacille.      
 
A naître   
à s'épanouir   
le règne végétal mobilise   
et diffère l'anéantissement   
des profondeurs de la terre au plus haut du ciel.      
 
Dans sa marche vers l'éternité   
il écoute   
et se fait l'organisateur   
d'un étrange circuit   
d'énergies branchées les unes aux autres.      
 
S'épanouir au milieu des airs   
et connaître de l'intérieur   
la hiérarchie des rapports faussés   
par le proliféré de nos attentes   
crève le papier de soie des convenances.      
 
Il est alors temps   
de tailler en pleine pulpe   
une épaisse tranche d'humaine condition   
aux fins d'enchanter la journée   
d'un inattendu surgi du cœur des choses.      
 
 
898

Si prête si gauche

Si prête   
si gauche   
sur le parterre des fleurs du printemps   
ses orteils s'enfonçaient   
dans l'herbe en rosée   
sous le joug énamouré   
des coquillages de la toile.      
 
Il y avait là   
un petit personnage aux jambes relevées   
qu'une barbe abondante   
ancrait au solstice des épousailles   
et que l'instinct avait abandonné   
quenouille au milieu d'un pré   
à la livrée de page.      
 
Dans l'embrasure d'une fenêtre   
une parole créait le temps   
comme on se fourvoie   
sous les cintres du théâtre   
à moduler quelques sons   
alors que passent les âmes blessées   
des sortilèges passés.     
 
Élégamment agreste   
la main-forte d'un au-revoir   
chargeait les bagages de l'aube   
pendant que s'affairaient à petits bruits   
les acteurs de la marche du monde   
dans le piétinement   
fait des pépites de la fine fleur de l'être.      
 
 
897

À Frédérique Lemarchand

Tendrement   
au creux de mon épaule   
je t'accueille femme de lumière   
et t'accompagne dans cette ascension   
de cœur à cœur   
dans l'accomplissement de ton œuvre   
toi   
à l'état d'enfance spirituelle du vieux sage   
tu te prépares à ta naissance   
en empruntant le chemin des estives   
délaissant l'enveloppe   
pour que le noyau enjoigne la terre d'en haut.      
 
La Parole se répand   
quand initiation achevée   
elle ne sait pas elle-même ce dont elle va éclore  
ni au service de qui elle émet.      
 
Tu es parvenue   
icône 
véritable véronique   
et ta face enfouie dans le lin   
peut monter jusqu'en surface   
pour reconnaître chez tout un chacun   
la possibilité de faire Un.       
 
896

Ce mur de pierres sèches

Élevé à la va comme je te pousse   
contre les vents d'ouest   
nous refusâmes d'admettre cette prégnance   
et mal nous en pris.      
 
Ce mur de pierres sèches   
aux insectes fouisseurs destiné   
ne retenait de sa fonction première   
que le son des feuilles sèches   
le frictionnant avec délicatesse   
par nuit de pleine lune      
devant le cercle des poètes assemblés   
voix levées vers les nuages rapides   
pour que tombent les poussières d'étoiles   
sur la margelle des certitudes
raclant par le menu
quelques scories advenues.       
 
Mur aux mûres noires   
mur murmurant ton nom   
je m'épris de toi   
sur la plaque de marbre blond   
apposée en reflet de ton élévation   
aux mains jointes de l'Esprit   
baguenaudant au vol à voile   
des désirs de l'instant.           
 
 
895

Je t’aime

De la coque à la coquille   
il n'est que grenouille qui rit   
pour peu que passent les étoiles    
un matin de plein emploi de soi   
aux rives généreuses   
de notre allié le jour   
courbes douces avenantes   
à refléter cadenassée   
contre le corps soyeux  
de l'enfant malicieux   
la remontée des eaux de grande misère   
quand s'établit au suc du Maï   
l'erreur fondamentale   
sceptre tourné vers l'est   
en attente de l'arrivée   
des musiques mosaïques   
en pleins et en déliés   
équidistantes des ordres et désordres   
telles gracieuses étreintes   
sur le penchant cérémonieux   
d'avoir été   
épaule contre épaule   
avec le géant à la voix gutturale   
parure aux craquelures madrées   
d'un œil de traîne   
sous la carapace des nuages   
qu'un souffle disperse   
comme neige au soleil   
le temps de mettre bas   
le Prédestiné   
en agitant cloches et colifichets   
au nez des ensemenceurs du dimanche   
pioches et pelles appropriées   
devant l'épanchement de lave   
au havre des romances   
émises ad hominem   
en secours du passage furtif   
des reclus et recluses   
toutes voiles dehors   
à contempler le remplissage   
d'espaces vides de tendresse   
alors que sur terre   
arrimés aux permissivités   
le flasque des roues   
engendre le tintinnabulement   
des moqueries et autres mélodies   
effaçant par là les remords   
d'un revers de main   
et préparer la plage aux offrandes  
devant le tsunami des origines   
prompt à racler le fond des océans   
pour en mandorle   
proposer au profond du cosmos   
provenance inouïe   
d'une très petite voix de rien du tout   
qui vous dit dans un battement d'aile :   
" Je t'aime ".      
 
 
894

La lune lente

File la lune lente   
en son tournoiement   
de mer éclose   
aux effluves ensemencées   
de papillons   
que l'on gomme   
sur la joue de l'enfant   
gommettes festives   
à la nuit descendante   
aux abysses immenses   
dans le noir   
où nous atteindre   
nous les mariniers    
vestige des amples chaluts   
prompts à glacer   
de cinglantes fureurs   
l'émission des laves   
aux vibrations bruyantes   
pluie de lapilli
tombant un à un   
sur le tambour   
des yeux immenses   
rabattus sous la paupière   
de l'harmonie   
enfin recueillie   
seule et essentielle   
pour le retour du réel.      
 
 
893

Le jour qui vient

Me suis senti tout simple ce matin    
avec ces objets raisonnables
posés sur la table.

J'ai pincé la corde de la folie
pour que dansent les filles et fils du Diable
enclins à l'usure naturelle.

M'en suis pris alors Une
sur la tronche rationnelle
provoquant commotion et confusion.

Ai-je bien pris la boussole
pour ce vol de nuit
où perdre les signes de l'Au-delà ?

De balises point
juste quelques feux aux quatre coins
pour éviter les autoroutes de la foi.

Malgré les turbulences de la jalousie
le moteur a continué de tourner
en bout de piste.

Pour planté dans le champ aux quatre vents
allumer le GPS intérieur
déesse carénée du jour qui vient.


892

Un nouveau départ

Partir   
entre les rails du pont   
par dessus les eaux profondes.      
 
Courir dans les rues grises   
et s'asseoir sur un banc   
à regarder les enfants.      
 
Tom Waits en catimini   
se rapprochant de l'esprit   
en libre circulation.      
 
Fermer le magasin   
rajuster le chapeau   
et les mains dans les poches presser le pas.      
 
Hommes de tous les temps   
paroles envolées   
pour que les choses sérieuses commencent.      
 
Silhouette déhanchée   
sur les galets de la rogne   
atteler la charrette des relations.      
 
Et avancer   
sans la moindre gêne   
vers la grille de départ d'un nouveau parcours.      
 
 
891


La présence à ce qui s'advient