Le réverbère des rêves

Peut-être   
et pourtant   
brûlent sur le cadran solaire   
les larmes d'une vie.      
 
A demeure   
en se penchant   
offre transparente   
la lune blonde de l'envie.      
 
Par la fenêtre   
le bois craque sous le vent   
j'entends tout doucement   
le pas des loups de mon enfance.      
 
Fuite revolver   
des ombres ma mère    
accumulent à foison   
le pain et le vin de saison.      
 
Marcher sans se retourner   
sous le réverbère des rêves   
mêlent le son et la lumière   
à notre hérédité.      
 
A regretter sans y pourvoir   
la mise à mort du matador   
fait se joindre au futur   
l'esprit de la nature.      
 
 
910

Friselis d’un vent levé à la fraîche

Friselis d'un vent levé à la fraîche   
dans le bois des écorchés    
le son comme un remord    
échancrait la souche de l'arbre mort.      
 
Satisfait d'approcher la tombe   
quelques minutes furent consumées   
ainsi ma vie sur la place de Grève   
pressant le pas vers le pont au Change.      
 
Faribole des rêves enchevêtrés   
la camisole à plus d'un vœu prêté   
au parti-pris des jours meilleurs   
en adoption de la tradition.      
 
Je pénètre et fouraille les reins et les cœurs   
malgré les cris et les suppliques   
pour plus d'un pré ensemencé   
adouber le seigneur de la combe.      
 
J'assagis la vague superbe de ta hanche   
par un lingot glissé dans ta poche   
parapher le départ du poète   
vers le grand passage.      
 
Je creuse le fossé   
à mi-corps des outrances   
à grands coups de pioche   
sur la gueule des errants.      
 
Et si je me flingue devant nos armoiries   
ce sera sur le tard nage facile   
de rénover d'une vibration   
le plan et la monnaie d'un monde futur.      
 
Déférée et corrigée   
la voix de lune   
aux filoches éternelles   
s'esquiva dans l'ombre du nuage   
pour décocher à la dérobée   
la flèche du temps   
en reliance profonde   
naissance libre de paroles   
en accueil du cœur   
dans l'arrière-pays de notre enfance.      
 
 
909

Ce matin les nuages sont beaux

Ce matin 
les nuages sont beaux 
beaux et malins   
bleus blancs et gris à souhait   
ils capturent le Puy de Dôme   
d'une circonflexe attention    
des deux mondes en majesté   
le ciel et la terre nommés   
enceints d'un tour de main   
au silence incertain   
que la levée du jour  
sans renier son origine   
élèvera jusqu'à faire sienne   
les humeurs de la veille   
débaroulant par le travers   
jusqu'à la gare de départ   
où je sais les deux choses   
que les rayons du soleil   
même mis en terre   
continuent d'éclairer   
et le ciel et la terre.      
 
 
908

À petits sauts à petits pas

A petits sauts à petits pas   
au gré des épreuves   
j'agite ma clochette de lépreux pénitent   
d'eau et de vent mêlés   
à l'aube d'une mission   
quant passent les saisons   
et que de s'émerveiller sur le temps qu'il fait   
fasse sécession avec la raison.      
 
Jadis je vivais   
en sa complexité j'étais le tube   
qui d'un monde l'autre   
faisait son devoir au glissando des émotions   
plus apte à essorer le trop plein des vasques   
que de contraindre le maître des lieux   
à réagencer les plaies et les bosses   
du corps démembré de la reconduction.      
 
A coups de dents, de mots et d'apostrophes   
j'étais la loi   
et produisais à qui mieux mieux   
ordres et désordres   
sur le râble de la beauté   
enjambant au gré des circonstances   
les vestiges d'une forêt primaire   
que les tempêtes avaient reconstituée.      
 
Puis vint l'époque des constructions   
où foin des poutrelles d'amour élevées vers le ciel   
je fabriquai les faux papiers de la reconduction   
la maison, la famille, la sécurité   
et qu'au milieu de ces facilités   
je rognai les rigueurs de la danse nuptiale   
et râpai les trémolos du meilleur et du pire.      
 
Ma vie se lovait
au cimetière sidéral des crucifiés de la veille   
reflets des nuages de l'instinct         
quant la rivière d'ombres naissantes 
charia une poupée blanche  
 qu'une pièce de tissus agitée de la balustrade
 capta telle Véronique 
 le visage aimé de l'ascensionné.

Aujourd'hui je Nomme   
et ce n'est pas une petite affaire   
que cette châsse accrochée sous un bas-côté   
à refléter par le travers   
les caresses d'autrui promulguées à l'encan   
par un vitrail parcimonieux   
que faisait danser les chants de miséricorde   
d'une brassée de gui et de houx ourdie de mystère.      
 
 
907


L’ange

Un jour   
j'rencontra mon p'tit ange
l'était nu l'était neuf
comme un ange à la coque
avec du sang dans les p'tits trous
j'lui dis : " Viens "
l'est pas v'nu
m'a montré ses ailes
et m'a dit : " de quoi j'me mêle."

C'est que v'la
j'rencontre une fourchette
l'était belle l'était verte
avec ses dents bien faites
j'lui dis : " Viens "
l'est pas v'nue
m'a piqué la salope
avec un rire sournois
alors j'ai pleuré jusqu'à casser des noix.

C'est que v'la
j'rencontre un soldat
l'était grand l'était froid
tout en jarret et en moustache
j'lui dis : " Viens "
l'est pas v'nu
m'a dit : " gare à vous
j'ai tout dans la musette "
et ça m'a bien amusé.

C'est que v'la
j'rencontre le père fouettard
qu'était immobile
sans se faire de bile
à s'faire du lard
j'lui dis : " Viens "
l'est pas v'nu
est monté sur son balai
pour aller faire un tour au Grand Palais.

C'est que v'la
j'rencontre un cycliste
la bobine pleine de boue et de sueur
à m'en faire peur
j'lui dis : " Viens "
l'est pas v'nu
est r'monté sur sa bécane
en m'disant : " je cherche après Titine
Titine ô ma Titine ".

Un jour
j'rencontra mon p'tit ange
l'était nu l'était neuf
comme un ange à la coque
avec du sang dans les p'tits trous
j'lui dis : " Viens "
l'est pas v'nu
m'a montré ses ailes
et m'a dit : " De quoi j'me mêle ".

Alors
j'suis rentré chez moi
pour écrire ça.


905 bis


L’agneau, l’aigle et le dragon

Tout juste éclos   
l'agneau s'est mis en marche
vers la porte de l'enclos.

De son pas mal assuré
bêlant d'une brebis l'autre
il a signé l'espace de la demande.

Se mêlant au troupeau
le museau dans le frais cresson
il a cueilli les fruits de la dévotion.

Sa mère brebis approchée
il a bu le lait de la sapience
à petits goulées saccadées.

Évaluant les limites
faites de pierres et de branchages
il a parcouru les lieux.

Prémices d'une ouverture vers le monde
par un passage dans la barrière
il a pris la clé des champs.

C'est là qu'un coup de vent salutaire
l'a soulevé par dessus la frondaison
pour devenir aigle et glapir d'effroi.

Serai-je capable dans le ciel
de circonvenir à mes connaissances
et d'être le regard d'en haut ?

Se posant sur le jardin
il a affirmé sa grandeur
pour former le couple mystique.

Par la plume,
le bec et l'œil
il a signé le ciel d'une accolade.

Plus de souffrance
que des danses pour l'air, la mer et la terre
réaffirmant le règne de l'Amour.

S'engager hors idéal et rêves
pérennise la ruine des stratagèmes,
de la division, du partage et de la mort.

S'engager n'est pas croire
aux dogmes des objets de torture
préludant au fanatisme et à la guerre.

S'engager c'est identifier notre double
par un processus d'élévation
appréhendant la mosaïque du mystère.

S'engager c'est accepter à ses côtés
la présence de nos compagnons de différence
pour que se forment blessures et croutes sèches.

S'engager c'est s'en remettre
au déversement des eaux de fonte
pour qu'une véritable paix advienne.

Alors la parole sera émise
fraîche et forte
par la mise à nu de nos enfantillages
bercée par le souffle
d'entre les feuillages bruissants
au carrefour de nos destinées
que l'obligé des travaux et des jours
ne peut freiner
dans cette ascension
accompagnée par le clair regard
porté sur les choses de l'Esprit
outrepassant la solitude des grands fonds
à même d'accueillir
en recueillement, intimité et méditation
le dragon à la perle
au bord du cercle de Vie.


905

Une maison dans la prairie

De nuit comme de jour   
une énigme à deux sous
pour un cotylédon de Dieu
sortir les violons
sous la halle
à ranger dans les panières d'osier
les restes du festin.

Tout ça n'arrange pas les affaires
du marchand de grenouilles
alors que s'organisent sur la grand-place
maints ateliers démoniaques
des ateliers de démonstration
des ateliers de confession
n'empêchant point les démangeaisons.

De nuit comme de jour
à la merci d'un burn out
nous avons enfoui la tête
dans le sable des contingences
faisant jaillir une ribambelle d'enfants
vêtus de sacs de jute
auxquels manquaient les coutures de l'esprit.

Pleurez
et n'y revenez pas
les bruns et les noirs sortent des abattoirs
comme escargots après l'orage
à se faufiler au son de la flûte
bannières au vent
vers le grand raout des hamsters.

Terrez les âmes au fond des cimetières
et gardez-vous des brancardiers
à la sortie des urgences
montant la garde
aux portes de la cité
démarche vacillante sous la lumière des becs de gaz
que des papillons de nuit tentent de séduire.

Marchez droit
jusqu'au trou creusé la veille
pour à genoux une balle dans la nuque
évoquer cette dernière lune
où panser ses plaies
remuait avec tristesse
le souvenir des rires avant que la pluie cesse.

Rebellons-nous
soyons de poudre et d'estoc
les environnants de la cause
avant d'être renversé par un vent mauvais
nous les remueurs de fonte
que le feu des forges encanaille
avant la fermeture.

De nuit comme de jour
s'agissant de l'ennui
courons nous mettre à l'eau
pour barrière levée
de par le vaste monde
réinventer la petite maison dans la prairie
au coût énergétique énigmatique.


904

Le balbuzard

Tu parlais d'expérience   
et ne la connaissais pas   
devant la murette   
tu essayais de t'envoler.      
 
Plus de désagréments n'arriveraient    
si ce n'est la persistance   
de cette faiblesse, la dyslexie   
blessure amoureuse aux livres oubliés.      
 
Elle lèverait les yeux   
de son regard lavé de tout préjugé   
et sa légèreté absolue   
serait marche nuptiale.      
 
Elle entrerait dans l'attente   
sans que la volonté soit faite   
jusqu'à ce que les plantes acquiescent   
dans leur bouquet de senteurs.       
 
Elle se donnerait quelque temps    
pour parvenir   
à cette butte de granite   
aux cupules consacrées.      
 
Ni provocatrice ni retranchée   
elle évoquerait sa petite enfance   
avec malice   
la tête sortie de l'eau des rêveries.      
 
Alors je volerai vraiment    
cavalier du souffle aux cheveux ébouriffés   
déterminé et sans reproche   
la voix chassant les nuages.      
 
Je rejoindrai le balbuzard   
aux performances du corps accomplies   
portant son regard sur son ombre   
afin de la connaître mieux et de l'inonder de lumière.      
 
 
903

Sarbacane des bois

Sarbacane des bois   
aux feuilles d'automne jointe   
tu t'es nourrie des rencontres   
pour manifester le courroux des possédés.      
 
Qu'à cela ne tienne   
au Caravage tu as pris   
les amples gestes tournés vers la terre   
et les coloris pastel des mots de miel.      
 
Sourire écru sous la ramure   
le vide de l'entre-deux   
a mûri pour donner   
les cynorhodons de l'amour.      
 
Puissance quatre   
au carrefour d'une fidélité sans tâche   
tu t'es levé un peu fébrile   
pour souffler la flèche de l'écrit.      
 
Belle comète   
d'émerveillement aboutie   
tu as pu entrer en déraison   
dans la peau de la chose osée.      
 
Puisse me tenir   
en odeur de sainteté   
sarbacane entre les dents   
sur le devant de la nuit.      
 
 
902


Parler aux bergères

Mille plumes de geai   
forment ramage sur cette terre   
où l'eau coule   
et le sang des humains itou.      
 
Pour plus d'aplomb   
dans le sens des choses   
téléphonez-moi   
au 0683031759.      
 
Il se pourrait   
qu'il y ait friture    
mais ce sera pour le bien du monde   
avant que la vague nous recouvre.      
 
Alors sur le mont Ararat   
il y aura soleil   
et nous serons choisi   
par plus grand que nous.   
 
En ramasse   
de la neige des hauteurs   
nous descendrons dans la vallée   
parler aux bergères.      
 
Et si la Vieille nous cause   
engageons le bras de fer   
avec ce que propose   
la rigueur de la Vie.      
 
Salsifis et poudre de riz   
engendrent la courtoisie   
sans que le noir   
éteigne l'écriture.      
 
Alors étreignons-nous   
nous les poseurs d'artifices   
en nommant à hue et à dia   
les monstres intérieurs qui font notre grandeur.      
 
Allons vers nous   
traversons les secousses   
et lâchons prise   
devant la porte des amours.      
 
 
901

La présence à ce qui s'advient