La tête de joyeusetés affublée
Pleine de rhizomes et d'écritures
Inventoriait les us et coutumes
D'un chemin de bienveillance
Qu'elle avait en perspective.
Des échelles partout
Des bien droites, des branlantes, des tordues
Se tenaient à portée de main
En viscérale posture Contre les murs de la cité.
Des tresses de cheveux luisaient
En ces temps d'indifférence
Où la pesanteur n'était pas la seule force
A posséder les clés de la maison
Douce chaumière en fond de prairie.
L'alambic doux et comique
Augurait d'une distillation de bon aloi
Alors que de proche en proche Circulait la saucisse cuite
Dans son papier gras et froissé.
Il fallait laisser le terrain
Aux plus nobles instances
En recherche fondamentale
Ces ponts entre quantique et informatique
Les loups hurlants du lendemain.
( Dessin de Jean-Claude Guerrero )
992
Je noie
Et me noie dans le saillant des souvenirs
En perfusion de ce qui vient
A propos de cette disposition
D'attente au bord du trou
Du poisson des profondeurs
Qui croisant la lucidité de l'insomniaque
Participe au détricotage de la geste intérieure.
Marche Et me metsLe cœur en route
A recruter les jeunes pousses de l'esprit
Pour cerceau du jeu des hommes
Dévaler la pente
Vers le ruisseau des attentes
Primevères fracturant en clair
Les faits de providence
A petits jets de vapeur Dans la torpeur d'un matin prêcheur.
Il n'est de mise à l'écart
Que ce que soi-même opérons
En scène
Et hop ! Jeté loin de la côte
Mouettes criardes ramenant au rivage
L'auguste gesticulation
De la promesse allégorique
D'une âme en bandoulière.
991
Qu'hier revienne
En tournant les pages d'aujourd'hui
Que le temps remonte la pente.
Aller au fond du trou
Remuer l'odeur des souvenirs
Fait saillir la pointe de l'esprit.
Que reviennent les courants d'air
Les occultations et les niaiseries
Qu'émergent le délaissé
L'organique décomposé
Aux os de pierres précieuses
Sans que l'absence s'émeuve.
Négliger les miettes sur la table
Enfonce le passé dans l'avenir.
Cette propension à mettre le doigt
Où ça fait mal
Construit la chose encore un peu plus loin
Tel repère pour le pèlerin
Au camino de son ouvrage
Lui permettant d'arrimer le présent Hors des ténèbres de l'absence
Afin d'engloutir ce qui vient Dans le sillon furtif
De la mission à venir.
990
" Je te dis que je l'ai pris ".
" Non tu ne l'as pas pris ta chapka du saint-Esprit et puis ce sera tant pis pour toi ".
De sinistre mémoire Smith tira de sa veste une carte de crédit
pour faire valoir la normalité
à cette femme qui le regardait de travers.
" Navré de vous avoir fait attendre.
Je téléphonai à ma mère mourante
et n'ai pas vu le temps passer; "
Par la porte entrouverte
Victor avait suivi la conversation
et se bidonnait de ce que Coralie racontait.
Quelques minutes plus tard
Ils se retrouvèrent dans la cuisine de la station
devant une tisaneà se roucouler des " Je t'aime moi non plus "alors que dehors un nouveau client klaxonnait.
" Pas normal tout ça "
se répétait Smith
au volant de sa Bugatti des années 20.
Bien loin de là en Arizona
sa femme Bella l'attendait
les bras chargés de fleurs
à la porte du garage.
La lune bleue éclairait l'arrière-cour.Une enfant sortit par la porte de derrière
pour aller caresser un cheval.
Elle n'avait pas de visage
et la lune reflétait un profil inabouti.
Le cheval ronchonna.
La Bugatti s'arrêta bruyamment.
Bella se jeta dans les bras de Smith.
Tout était dit.Ne restait plus
qu'à ramasser les fleurs
qui jonchaient le sol.
( Collage de Pierre-Sylvain Gérard )
989
Retour à la case départ
Après avoir jeter les dés
Avec grande sœur et petit frère
Nous saurons les rejoindre
Les diseurs de bonne aventure
Les ventrus, les secs
Les vertueux, les prospères
Les disparus
Engloutis jusqu'à la mœlle
Dans cette nuit sans fond
A ne plus savoir lire les règles
Alors que nous étions appelés
Sans réponse
Vers cet espace qui nous sépare
De ces ténèbres
A enjamber le risque
Pour un aller simple
Vers ces étranges rencontres
Où faire bon usage
De la prorogation du contrat.
Sur le lac
Calme et profond
Une multitude d'oiseaux
Ensemençaient de chants
La tapisserie de la vie.
988
Construire le récit De ce que l'on a vécu À pied et en vélo Fait imploser le cœur Au plus hardi des démarcheurs.
Etre audacieux En plein jour Augure de cette quête A explorer l'anfractuosité Du rivage où nous avons échoué A peine entrevu l'objet de notre élan Que la plume se tait Que les histoires se millefeuillent Et qu'enflent les prétentions de la transformation Dans le silence ourlé des vagues de l'instinct.
Courbons l'échine Avant les grandes marées Soyons le devant de brume Remontons le courant par lequel nous sommes venus Nous qui chevauchons les destriers de l'écume A grand renfort d'éructations Les petits, les sans grade Les marcheurs Les marchands, les besogneux Les changeurs, les charcheurs A négocier le pacte d'écriture Jusqu'à notre extinction Bien au delà des coups de lune.
Pusillanime Deux Chevaux
A la carrosserie annelée
En route pour le Verdon
Que n'ai-je porté le scapulaire
Des rois des reines des princes et princesses
Pour mener à bien notre mission.
Doigt levé vers le ciel
La seule la belle la tournoyante
La Rouge de l'été soixante huit
Le plein de lavandes dans les yeux
A contempler l'étoile oscillante
Sur la chaîne du Moustier.
Ruines de Sainte-Croix
A même la peau douce de ma mie
Le cigarillo moqueur du merle blanc
Soulevant de ses trilles caramel
Ta robe de satin
Ourdie du feu de grève
A mesure des galions se fracassant
Sur les rives d'Oléron
Ma main ma sœur
A relever le gant
Sous la frise légère de ton sourire d'enfant.
Fumerolles à l'horizon
J'ai pris le destrier de Père Grand
Pour franchir la barrière de corail
Falaises de calcaire attenantes
A pleines mains
Maniant le rêve et la vision
De la motrice ma mère
Au retour de la guerre
Si loin si lointaine
Pour maintenir le joug du mystère
Sur la maison sans toit
Livrée aux souvenirs
Venant s'échouer
Livrée aux éléments
De l'Esprit éternel
En retour de Solitude
Barquette huîtrière franchissant le grau
Le mascaret passé
Caressant de la baguette magique
Les mimosas de l'étang
Évaluant par vent de suroît
L'aller vers la douceur des pluies fragiles Sur la terre piquetée
Pieds nus
Cheveux ébouriffés
Ta main tendue
Ma main tendue
A regarder la ronde la douce
La mirifique coque humaine
Sous la voûte de l'arbrisseau
Vouée au projet ultime
De notre progression vers l’Éternel. 985
Massive étreinte
La forme est là
Près du roc que tout appelle
Et je m'enquiers à déraison
De trouver traces A la maison.
A l'infini
S'épousent le ciel et la terre
En décalcomanie
Les touffes d'herbes
Émergeant de la tourbière asséchée
Et je crie.
Je crie ton nom
Quand les feuilles tombent
En virevolte gracieuse
Dans ce silence ineffable
Attendant la fine couche de givre
Le matin aux cloques sous les yeux.
Mêler fleurs et pierres
Est chose facile
A qui connaît l'alouette
Au vent et soleil l'amie
Ouvrière essentielle des cheveux défaits
Sur la planèze des lumières.
Aux ténèbres l'absence
Et puis le rien d'un récit
Accompagnant l'antique poème
Du cœur de l'attente
Éternellement recommencée
Dans la chute d'une plume d'aigle.
Marche
Et puisse l'onde des jours venant
Accumuler tant de gouttelettes de rosée
Que s'enfuient l'écureuil et le merle
Hors la porte cochère
Au marteau claquant de vive manière.
Mêlant la danse et le vin blanc
A l'ombre cadenassée d'un horizon plat
Contrainte dans sa vastitude
De répéter le nom que je t'ai donné
Toi, mon Moi de chaque jour
Pain de l'abondanceau levain d'élevage.
Tête blanche dans le reflet des circonstances
La main passe soulevant mèches et connaissances
Pour brumes en sous-bois
Envelopper d'une étole blanche
Nos corps soyeux
De vivre la paix et le sourire des jours heureux. Cligne de l'œil
Et me pose question
Le fanfaron à la calèche bruyante
A la vue du recueil de mots
Collés disloqués éparpillés
Sur le chambranle de la chambre jaune.
984
Un corps neuf dans une boîte en carton.
Se présenter ainsi devant la Grande Porte
Augure du jeu des divisions
Que notre état d'homme debout
A dû traverser
Pour accompagner le corso fleuri.
En maraude des bons moments
En quête de sens
Nous avons profité du donné de l'instant
Pour ficeler menu
Les bagages à emporter.
Et là
Point de colifichets point de passe-droits
Juste les actes à déposer
Dans le panier d'osier
A l'entrée du temple.
Jaugeant et jugeant
Nos œuvres au débotté de l'instant
Ils ont gravi la montagne
Pour demander conseils
Au Coordinateur du tout venant.
Ablutions faites aux sources Attendre réponses
En solitude
Guetter les ferments de l'Espérance
Dans les dédales de la Relation.
Il est un lieu
Il est un état
Où stationnent les pontonniers
Évitant de donner libre court au Rien-faire
Pour souffrances nommées
S'engager sur la voie de celui qui nous cherche.
Formidable aventure
Que celle de l'encadrement
Pour accéder à ce qui suit
Éclairé par les lampions de l'à-venir
Havre des sécurités recroquevillées.
Tu as peur ... et pourtant ...
Ton autre moitié est proche
Permettant d'être uni
D'être Un avec toi
Toi ton propre maître intérieur
Le " Pareil de Lumière ".
( dessin de Jean-Claude Guerrero )
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