Chemin de traverse

Pris au piège de l'utile    
Aide-toi    
Renonce    
Sois plus fort.        
 
Ne juge pas    
Le rival amical    
Dis-lui    
De s'allonger à tes côtés.        
 
A s'isoler    
Mélodie soyeuse et sans parole    
La mue s'est faite    
En soulevant le voile.        
 
Peu de signe   
Aucune idée   
Sur le papier   
Une tâche de café.        
 
Une question vitale   
Puis se dessine notre origine    
Dans le cœur du cœur 
La lumière entrera.        
 
D'une voix caressante    
Être voué à la solitude    
N'en déplaise    
Au grand annonceur.        
 
Donne avant de mourir
Ta tête aux victimes
Et ris de tes angoisses
A jamais enfouies.
 
Restez près de moi    
Santons de Noël    
Habitants les rues heureuses    
De Luceram la belle.        
 
Le Retournement    
Élèvera le corps    
Sur le pavois    
A la vue des assaillants.        
 
A renoncer    
Instruit et vivant pour de bon    
Rend toute aliénation    
Inaudible par grand vent.          
 
Recule d'un pas    
Sur la marelle des regards    
Femmes et enfants    
Froidement disposés.       
 
Absent    
Mais dégageant un sourire    
Le vide ne sera plus à sonder    
Le vide de la trame dernière.        
 
Les pierres parlent    
De concert    
Le mouvement trace son chemin    
Qu'en sera-t-il du lendemain ?        
 
Puis soudain    
Tout recommencerait   
En chantant    
Le chant des partisans.        
 
Ne restera    
Que l'absence d'avoir été    
Quelque temps encore    
Parmi les vivants et les morts.        
 
A délaisser l'histoire    
Certains parviennent à la légende    
Narrant ciel et terre    
A l'aune du revenez-y.        
 
Sages et rebelles    
Vous martèlerez sur la dalle de granite     
Les signes de l'entendement    
Au plus fort du jugement.        
 
Continuons    
Mais ne dites pas un mot    
De cette immoralité    
A être immortel.        
 
 
1000
 


 

Bascule

Bascule    
D'avant arrière    
Sur le siège à roulettes de Mère-grand    
Pour mener à la porte des neiges    
Sous le sapin argenté    
De l'opéra régenté    
La mise en demeure d'aimer    
Cette participation    
Au rassemblement des sorcières    
Mes sœurs
De derrière la colline du printemps    
Jonquilles et narcisses    
Parfumant l'air    
D'un ruissellement d'argent.        
 
Clopin clopant    
A la pointe du pont des Arts    
J'ai reconnu la marche des étoiles    
A se montrer du doigt    
La furtive accolade    
Du matin    
En permission d'esprit    
Avec le Poséidon    
Du bassin aux bateaux    
Bouche guimauve    
Des rires    
Devant les chaises de métal     
Dansant carmagnole    
Avec les marionnettes     
Du castelet d'Alice.        
 
Nous nous sommes mis d'accord    
Pour grimper au faîte des maisons    
En conclusion sage    
Des cœurs cherchant cœurs    
Appliques de bronze posées    
Sur cette double vie    
A bâtir en liberté     
Les choses si particulières    
Que sont le chant de pierres    
Au passage du "béni soit"    
Auguste métaphore    
Prompte en sa pulsion   
A figurer l'éternité    
Dans l'accastillage des floraisons.        
 
( œuvre de Manon Vichy )
999

Souffler n’est pas jouer

Etre capable    
De souffler    
Entre les omoplates    
Le son d'une guitare    
Aux ailes étendues.        
 
Etre capable    
D'ouvrir    
Le second volet de la vie    
Aux frontières    
De ce qui nous altère.         
 
Embrasser son fils    
Alors qu'auparavant    
Etre noyé dans ses sanglots    
Aurait ravagé    
Le couple et sa descendance.      
 
Se raccrocher    
Aux branches    
De cet arbre mal foutu    
Alors que de fixer le regard sur la poignée    
Jamais la porte ne s'ouvrira.        
 
Silence    
Quand ébranlé par la douleur    
Il faudra rentrer chez soi
Lettre lue     
Pour la métamorphose du papillon.        
 
998

La retenue d’eau s’est offerte

Ce matin    
La retenue d'eau s'est offerte  
De nature    
Au cœur de terre    
A faire se lever le printemps    
Dans le glissement de l'air    
Hors de la faille.        
 
Puis revenir    
Beau comme le jour    
Rêve de lune    
Sous les étoiles du Têt'Cho    
Auprès de l'amiral    
Droit comme un I       
Croquant la pomme des prairies.       
  
Fléchissant le genou    
Devant la Croix des amours profonds    
Ils ont tenus    
Offrandes à hauteur de poitrine    
Les récipiendaires de la nouvelle portée    
Emboîtés telles pièces d'une poupée gigogne    
Dans l'enceinte du grand Chêne.        
 
Coule    
Eau de mars    
Hors des vasques principielles    
Allant de degré en degré    
La conscience claire    
Vers cette prodigieuse descente    
De l'autre monde jusqu'à nous.        
 
 
997

La voix de si loin

La voix   
De si loin
D'un tambour
Au son voilé
Parvenant jusqu'à nous
Tel sourire
Ondulant des lèvres
A l'orée de la clairière.

D'un revers de main
Asseoir le trop plein de mystère
Dans un fragment de calcaire
Le couderc proposé
Ardente fontaine
Gardant souvenir d'avoir croisé
En solitude corrélée
L'envol d'un regard.

Répéter les faits
Enfreints d'une patte
Posée brève
Pour que se retirent
Aux détours d'un parcours
Les actes de sagesse
De l'activité humaine marquée
Du cri du dépouillement.

En occurrence
Entre le masque et le visage
Entre caresse et fureur

Quand il s'agit de créer le sens
L'ange se transforme en faiseur de roi
Comme les abat-sons du clocher
Cloches des heures saintes

Sonnant à la volée
Soumises aux offices.

Ne pas voir ça
S'abriter dans le feuillage des frênes
Nous les compagnons de voûtes
Enclins à démêler l'écheveau de chanvre
Du chant de la pierre
En instance des encombrements intérieurs
Pour qu'Être unique
Se changer en Liberté.

Sans excès
A mesure du surgissement de l'inattendu
Calquer l'éloquence des souvenirs
Sur la face opaque de la montagne
Immensément soumise aux humeurs des nuages
Prompts en leur repliement
D'alléger les petits pas de Jeanne
Le soir en descendant du grenier.


S'adonner au jeu secret
De l'ordre et de la lumière
Riante joliesse de la femme respectée
S'excusant de creuser le ciel
D'une musique d'excellence
Sous la crédence des jours meilleurs
Tresses d'ail posées à même les drailles du cœur
En attente d'un brouet vernaculaire.


996

Le « Routier »

Papillons des jours en joie    
D'une grande herbe l'autre    
Du groseillier aux fleurs de mûrier    
Les mains se sont posées    
Cortège des âmes légères    
Sur la plaine immense    
Que balaie le vent de la Planèze    
Propice à se mettre à l'ouvrage    
De rapiécer chemises et sacs de jute    
Pour l'arrivée prochaine de Pierre    
Le petit de Baptiste    
Qui de cinglante manière    
Fouettera la terre battue de la route    
D'un dérapage contrôlé    
Sur son vélo d'argent    
Le "Routier"    
Tout droit sorti de la Manu    
Payé avec sa première solde    
Pour aller au bourg    
Chercher la tourte de pain blanc    
Mission de la semaine dévolue aux enfants    
Sans oublier le "Gris" et le "Job" du grand'père.        
 
995


	

Lettre à Ping

Lettre écrite à Ping    
Entre les pieds de la table de ping pong    
Lettre écrite à l'encre de chine    
Telle truite vivante sortant de l'eau fraîche.        
 
Lettre étrange    
A souhaiter le Tibet    
Pour tous les babas de la terre     
Drapeaux de prière en tête.        
 
Lettres d'écailles rouges    
Gouttes de pluie     
Gouttes de sang    
Égrenant les dents du mallah.        
 
Il est difficile de racheter le passé    
Laissons au présent sa présence intacte    
Rassemblons ce qui est beau et bon    
En ces temps de liberté mal ficelée.        
 
Du coffre des pirates    
S'élève la caravelle de Christophe    
Le suif chauffé à blanc au soleil des tropiques    
Recelant les mille yeux du cosmos.        
 
Ici point de nœuds de marine compliqués    
Juste de quoi sentir l'haleine des hommes   
Pour terre abordée    
Fouler le sable d'un jour nouveau.        
 
( Dessin de Jean-Claude Guerrero )

994

A mettre sa vie en mots

A mettre sa vie en mots    
Mots venus tout-à-trac    
Mots de plaisir    
Mots de souffrance    
Mots de rébellion    
Mots surgis des profondeurs    
Mots de labeur    
Mots de bonheur    
Mots tendres    
Mots moteur d'un avenir meilleur    
Mots de braise    
Mots de sanguine outrance    
Mots météores    
Mots de chandeleur    
Le soir    
Sur la table des amours    
A contempler ce qu'il y a dehors    
La vie des autres    
Le soleil qui se lève    
En passant la barrière des nuages.        

 
Je mot-mur-murmure    
L'appel à l'aide    
Et le repli sur soi    
En navigation douce    
Sur la rivière des souvenirs    
Que n'eussions été de l'autre rive    
Nous les rapetouts de la mouvance    
A vendre père et mère     
Pour un quignon de pain    
Puis retourner sa veste    
Par manquement gracieux    
En vitupération des cieux    
Alors que passaient les vautours    
Sur le pommeau d'un environnement douteux    
Sans promesse    
Les mains à se chercher      
A la tombée du jour    
Le long des fortifications    
Où pousser le ballon    
Du bout du pied    
En dévalade vers les douves    
Aux loutres  messagères    
Mes sœurs en convenance    
Aptes à plonger tête première     
Dans la bassine des instances    
D'une vie qui ne nous apprend que si l'on prend      
A mi-chemin    
De l'agit-prop et du lendemain.         

 

 993

Entre quantique et informatique

La tête de joyeusetés affublée 
Pleine de rhizomes et d'écritures    
Inventoriait les us et coutumes    
D'un chemin de bienveillance    
Qu'elle avait en perspective.                
 
Des échelles partout    
Des bien droites, des branlantes, des tordues    
Se tenaient à portée de main    
En viscérale posture    
Contre les murs de la cité.        
 
Des tresses de cheveux luisaient    
En ces temps d'indifférence    
Où la pesanteur n'était pas la seule force    
A posséder les clés de la maison    
Douce chaumière en fond de prairie.        
 
L'alambic doux et comique    
Augurait d'une distillation de bon aloi    
Alors que de proche en proche    
Circulait la saucisse cuite    
Dans son papier gras et froissé.        
 
Il fallait laisser le terrain    
Aux plus nobles instances    
En recherche fondamentale    
Ces ponts entre quantique et informatique    
Les loups hurlants du lendemain.        
 
 ( Dessin de Jean-Claude Guerrero )

992

Mon âme en bandoulière

Je noie   
Et me noie dans le saillant des souvenirs    
En perfusion de ce qui vient    
A propos de cette disposition  
D'attente au bord du trou    
Du poisson des profondeurs    
Qui croisant la lucidité de l'insomniaque    
Participe au détricotage de la geste intérieure.        
 
Marche      
Et me mets Le cœur en route    
A recruter les jeunes pousses de l'esprit    
Pour cerceau du jeu des hommes    
Dévaler la pente    
Vers le ruisseau des attentes    
Primevères fracturant en clair    
Les faits de providence    
A petits jets de vapeur    
Dans la torpeur d'un matin prêcheur.        
 
Il n'est de mise à l'écart    
Que ce que soi-même opérons    
En scène    
Et hop ! Jeté loin de la côte    
Mouettes criardes ramenant au rivage    
L'auguste gesticulation    
De la promesse allégorique    
D'une âme en bandoulière.        
 
 
991

La présence à ce qui s'advient