Parler de soi

Parler de soi   
Parler de son travail   
Est cadre absolu   
Devant l'amoncellement des connaissances.      
 
Désir de silence   
Immédiateté avec le monde   
Rend la rencontre farouche   
Même devant le miroir.      
 
Distance fatale   
A commenter la parole   
De l'autre à demeure du passé   
La raison est discrétion.      
 
L'arasement des montagnes   
Crée plaines de l'ennui   
Sous le joug brouillé de l'instinct   
A même l'air inhalé.      
 
Remontée de la souffrance   
De l'enfance le plus possible   
Aller droit à ce que compte   
De lacunaire cette rencontre.      
 
Le texte repris   
Sans que change le sens   
Dégrade le probable du travail   
Dans l'incertain du détour.      
 
A cause de ce que l'on vit   
Deviennent dures   
Les éclaircies d'un ressenti    
A laisser de côté.      
 
Il est bien en place   
Le poème et garde l'esprit   
De la recherche sur le mur   
Du reflet des lamentations.      
 
J'attends   
Dans un état de disponibilité certaine   
L'encanaillement des pignoles douces   
Sur le feu de la grâce.      
 
Du doute perle l'inespéré   
Et sais l'effacement de notre condition   
Devant l'immensité de l'ignorance   
Contre l'immédiateté.      
 
 
1029


Voyage en poésie

Ce qui se passe   
Pour que la poésie   
Soit si difficile à lire.      
 
Que ma main   
Soit celle d'un mendiant   
A la porte des églises.       
 
Échapper à la vie   
Est nécessaire au présent   
Du cœur des douleurs.      
 
Fixer son regard   
Sur les choses quotidiennes   
De l'écran ma princesse.      
 
Défragmenter les cimes   
A guetter le chamois   
Par les fenêtres de brume.      
 
A l'adolescence   
Ces moments de charge   
Dans la plénitude de la vérité.      
 
Avec exactitude   
L'effort de sens opère   
Dans la marmite des traductions.      
 
Après coup   
Suivre les traces crêpe la main   
Comme brûlures en destin.      
 
Frapper monnaie   
Sur l'émotion de l'écho   
Montre chemin de traverse.       
 
Là est notre état   
De rencontrer l'autre journée   
En gardant fraîcheur de l'instant.      
 
Promesse des autres   
Au sortir d'une guerre   
D'être des frères.      
 
Hors cendres de la nuit   
Pointer du doigt   
Toute lumière répandue à souhait.      
 
Sources des sources   
Sous le babil du chevreau   
Etre ce regard réticulé.      
 
Recueillir ces fragments   
Quand parler juste   
Impose sacrifice.        
 
Mélancolie   
A l'intérieur de la valise   
Convoque le tendre voyageur.      
 
 
1028

Tu étais là

Près de la barrière   
J'ai frissonné   
Et tu étais là   
Et je ne disais rien.      
 
Tu étais bien là   
Et pourtant tu semblais ne pas me voir   
Si tant qu'un pas de plus   
M'aurait précipité dans ta nuit.      
 
Je n'avais pas osé leur apprendre   
Aux heureux de ce monde   
Qu'il est des bonheurs bien supérieurs   
Plus vastes et plus raffinés.      
 
Que mon esprit crée   
Bien plus que la matière ne désire   
Et que mon âme    
Se couche dès légèreté requise.      
 
Saisir par les chevilles   
Le corps de mon amour   
Apporte à mes oreilles   
Le murmure de son plaisir.      
 
S'il te vient la vision   
Garde la sur ton sein   
Au plus profond de ta folie   
Que le sage ne peut atteindre.      
 
Le diable je le sens en moi   
Qu'il est doux d'être son obligé   
Quand s'échappe par la fenêtre   
La rose ébouriffée.      
 
Entre dans mes yeux   
Et me vois   
En provenance   
De ce que nous aurions pu être.      
 
Lourds d'ennuis et de chagrins   
Je butte contre les mottes du destin   
Heureux alors celui qui s'élance   
D'une aile vigoureuse vers un ciel d'airain.      
 
Cette terre aux émotions si belles   
Je ne sais l'expliquer   
Sans la porter pleines poignées   
A mes lèvres asséchées.      
 
Plus je me regarde   
Plus je retrouve l'enfance   
A jamais insufflée   
Par cet élan recommençant.      
 
Je prends, je malaxe   
A hue et à dia    
Le bien et le mal au court bouillon   
D'un temps compté.      
 
Je t'aime, tu m'aimes   
Et ce cri est sublime   
Tant il est absurde   
Dans le silence des sentiments.      
 
Les tenailles se fermeront   
Sur les entrailles des paroles figées   
Alors nous plongerons dans la ténèbre   
D'un été si court d'avoir été.      
 
( détail d'une œuvre de Frédérique Lemarchand )
 
1026

La Cène du Vinci

Naguère il y eut prise d'air   
Pour pommes rouler à terre.      
 
Assises là bibliquement   
Marthe et Marie en face à face.      
 
Le poisson et l'oiseau   
Refaisaient le parcours de leur rencontre.      
 
Son et eau de leur discours   
Éclaboussèrent la fontaine d'une ombre furtive.         
 
A ne plus mettre un coquelet   
Dans la marmite, se dirent elles.      
 
Les sous-mariniers de l'entente cordiale   
Y crurent comme au temps des puces molles.      
 
A dire à redire à maudire   
Les mots étaient de braise.      
 
Pour que main en retombée du corps   
Faire un cœur de leurs doigts fins.      
 
Écume en commissure des lèvres   
Il fallut se replier.      
 
Notre Sœur était là   
Et pûmes lui glisser par l'opercule   
Les papiers de la recommandation   
Que nous avions préparé    
Pour le mur des lamentations   
Mais que la grève des aiguilleurs   
Nous réorienta   
Vers cette tonnelle  
Où claquer des dents   
Est moindre mal   
Quand dans la saulaie   
Couinent les corbeaux   
Préparant une nuit de silence   
Ridulée par un vent frais   
Appelé par ici   
Le Briennon des enfants   
Façon d'accueillir le souvenir   
Des garçons et des filles   
Se retrouvant au lavoir   
En tête à tête avec les étoiles   
Cheminant en Galaxie   
Affectueusement   
Sans formalité   
Comme voyageurs de la Joie   
Dépliant leurs paniers   
Cliquetant du choc des couverts   
Devant la Cène du Vinci.      

( œuvre de Frédérique Lemarchand )
 
1025

les fleurs de printemps

A ne pas cesser d'encenser   
Ces fleurs de printemps   
Blanches épures de la soudaineté   
Vites courbées et flétries   
Par la pluie fine d'avril.      
 
Elles causent ces fleurs   
Et content par le menu   
L'élévation du jour   
Passé sous la trémie de la nuit   
Cette infante prête au mariage.      
 
Ils me disaient les korrigans   
Que les forces de gravité sont puissantes   
Quant le matin mène grand tapage   
Et que poules caquettent   
En cette année de l'âme couronnée.          
 
Parons de belles paroles   
Les senteurs et bruits de l'aube   
Dans le fouillis du chemin   
A écarter l'herbe mouillée   
Vers la fontaine de l'esprit.      
 
Petits cris de souris   
Sous la soupente   
Amène gros grizzly   
A passer le museau   
Entre les planches du corral.      
 
Pas de panique   
Soyons l'homme vigilant   
Ce dieu déchu qui se souvient des cieux   
Corde tendue au dessus du précipice   
Aux fins de s'arracher à la matière.      
 
Et puis si rien ne presse   
Badigeonnons au blanc de chaux   
Les pommiers du verger   
Gage d'un éblouissement permanent   
Quand cessera l'adoration des blessures.      
 
Un signe une grâce   
Il est temps de se lever   
De bâtir l'homme intérieur   
Pour changeant d'environnement    
Mettre la pensée en boutons.      
 
 
1024

Voyage juvénile

Dans le silence étroit   
Il y a voyage   
Cet art de souffrir au présent 
D'une ardeur interne et juvénile   
La cohorte de passage.      
 
Et puis le jeu s'annonce   
Celui du regard oblique   
Frémissant d'horreur   
Devant la haine   
Ne parvenant pas à dompter l'événementiel.      
 
Alors l'enfant s'agenouille   
Le bel enfant de lumière   
Devant le lichen de la pierre   
A quémander épée et fronde   
Brinquebalantes aux ridelles du charroi.      
 
Tout est Un   
Nous sommes la foule   
Et la fissure n'y peut mais   
De retenir en son alcôve   
La danse des corps nus.      
 
 
1023 

Au carré d’as

Au carré d'as   
De ce que furent    
Aux Bergères   
Tante Marie et oncle Jean   
Les tenanciers de l'amour   
Cette femme affable   
Cet homme à l'accent slave   
A l'accueil vertical   
Dès que le temps des Lilas arrivait   
Il y avait fête   
Fête de la belote   
Fête des paris hippiques   
Fête d'un repas bien gras   
Avec grande salade de fraises   
Et éclats de voix.      
 
Le chien Black orchestrait tout ça   
Et le cerisier réservait la surprise   
De la blonde et carnée Vierge des banlieues   
Qui dans un rayon de soleil   
Faisant claquer sa langue   
Devant la tentation du fruit frais.      
 
A l'appel de cette voie   
Le Bouffon ne pouvait aller bien loin   
Il se retournait   
Et sa progression   
Etait celle de l'âme éternelle   
Sur le sentier des lumières   
Tracé en attraction extrême   
Vers l'engagement   
A être grave   
Devant la soumission aux forces du travail.      
 
Le corps et l'âme se rejoignaient   
Engageaient la bagarre en perdition   
Assouvissant leurs envies matérielles   
Si lestes   
Et s'enfonçant plus avant   
Avec le train fantôme  
De la fête à Neuneu 
Dans le tunnel aux squelettes
Répondre à l'appel du Très Haut   
Répondre avec détachement   
En suivant à la lettre
Le programme des festivités   
Repas gras   
Et fraises au dessert.      
 
 
1022

Au passage de la rose

Du dedans au dehors   
S'épousent compagnes et compagnons   
Préparant la rose   
Au vertige de son ascension.      
 
Science infime   
Des chemins se croisant   
Il est maintes épreuves    
Convergeant vers la tunique de peau.      
 
Encombrant le passage   
D'éléments immobiles   
Ils ont converti la terre en eau   
Et le feu en air.      
 
Rose légère et transparente   
Aux profondes excavations   
Tu as recouvert l'étau des convenances   
D'un chant de renaissance.      
 
En surface   
Figure de soie   
En agilité feinte par ton lent dépliement     
Tu es vraie et la vraie vie recommence.      
 
Sommes les jardiniers de la rose   
D'une troupe fantôme bruyante et agitée   
Les bulles et les bulles attenantes   
A crever les écrouelles du visage.      
 
Se détachent les pétales   
En mutilation programmée   
Pour pantin magnifique de la fête des écoles   
Faire ses premiers essais sur scène et dans les cœurs.      
 
Plus de paralysie   
Les cimes et les gouffres encadrant le désir   
Seront regards d'ambre   
Ouverts à la Lumière.      
 
Bande ton arc   
Épanoui par la tension du muscle   
Retourne toi   
Petite chouette des granges   
A contempler le défait du soir   
En captation terminale   
Articulations assouplies   
Pour liberté de mouvement retrouvée   
Être le reflet inaugural   
Du couple authentique   
Marchant vers ses noces   
Aux cieux capricieux   
Du cercle des amours.      
 
1021

La manigance

Tu écris droit   
Avant que le penché vienne   
Te faire nique   
Alors que tu piges vite   
À te remettre à l'endroit   
Avec derrière toi   
Le souvenir du pas tout à fait   
Laissant aux nymphes boréales   
Le "pas neuf pas pris" des nuits d'insomnie.      
 
Aussi grise mine du sans soucis   
Sur la berge du départ   
Tu t'es départi de la bouleversante apparition   
De tibias, fémurs et cranes   
Attenante aux outrages du temps   
En commisération   
Des vagabonds de l'aube   
Enclins à quitter le port d'attache   
Pieds et poings liés par la Manigance.      
 
Tu écris vraiment droit    
Et ça se voit   
Entre l'eau et le sable    
Les radiés de la cause   
Parlant à demi-mots   
De l'ailleurs et d'aujourd'hui   
Quand passent   
Soulevant la poussière de l'été   
Le trèfle et le sainfoin d'une grange à remplir.      
 
1020

La présence à ce qui s'advient