Le monstre

Associant LGBT et énergies nouvelles   
il occulta la table oblique   
des occasions manquées    
pour d'une main glacée   
tordre le cou de l'oie blanche.      
 
Point de chiures de mouche sur le veston   
le blond de ses cheveux   
narguait un soleil boréal   
avec dans l'entre-cuisses de son cuir   
la pomme d'argent des missiles.      
 
Filant droit vers l'enfer   
il entra dans les cinquantièmes rugissants   
en conjuguant le couteau   
de la fin du langage   
au parlêtre de la déraison.      
 
Tout cela se perpétuait   
dans les geôles du stalag   
où les yeux des malheureux    
frissonnants d'effroi   
disparaissaient dans les eaux arctiques.     
   
Militants de l'amour libre   
casse-noisettes des écureuils de l'aube   
ensemenceurs de champs de fleurs   
à la corne du navire   
il y aura toujours Samothrace.      
 
Le monde basculait   
il n'était plus question de régler les horloges   
les fuseaux horaires noués par l'artillerie    
inauguraient les hautes révoltes   
d'un ciel couchant les blés brûlés.        
 
Craquant l'allumette   
sur l'enclume des afflictions   
le marteau et la faucille battaient monnaie   
à l'aune des bouleaux   
défoliés par le souffle.      
 
Du torrent   
le monstre jaillit   
de ses yeux éteints      
pour fracasser le bougé de la Vie   
par la ruade de l'imposteur.       
 
 
 
1089

En mangeant des glaces

Elles se sont demandé   
si on parlerait d'elles   
glaces finies   
à la sortie des salles claires.      
 
Elles en ont racheté deux autres   
pour être sûres de ne pas en manquer   
sous le couvert de l'altérité   
en maîtrisant leurs langues.      
 
Pour   
retourner au village de toile   
ouvrir leurs droits à écouter les bruits   
de la cité des insectes.     
 
Traverser la rue    
aurait été un jeu d'enfants   
si statuant de la situation   
avoir préféré l'inconfort à l'immobilité.      
 
Habituées des présences spirituelles   
elles écoutèrent le tambour   
jusque tard dans la nuit   
à le confondre avec les sanitaires.      
 
Jetant leurs identités   
sur le trottoir désert   
elles eurent visions   
de l'enfer et du dérèglement climatique.      
 
Sans un sourire   
elles déposèrent leurs restes   
contre les parois de la hutte   
à la merci des crabes de la forêt.      
 
Et pour terminer cette histoire   
elles refermèrent l'amulette   
contenant la cendre des ancêtres   
en dédoublement de leurs rêves.      
 
1088

Je me souviens

Je me souviens   
du temps qu'il fallait   
pour aller de la gare à la maison.      
 
Je me souviens   
de la Lande que je traversais   
jusqu'à la cabane.      
 
Je me souviens   
du trajet en vélo   
pour retrouver celle qui n'était pas là.      
 
Je me souviens   
d'avoir arrêté le ballon   
en plongeant sur la gauche.      
 
Je me souviens   
du souffle du train des mines   
au passage à niveau.      
 
Je me souviens   
des coulures de la buée   
sur les carreaux de la cuisine.   
 
Je me souviens   
de la disparition de mes capsules   
dans le tiroir du bureau.      
 
Je me souviens   
de la femme sans tête   
dans l'ouverture troglodyte.      
 
Je me souviens   
de la mini cuisinière   
que monsieur Charles avait descendu dans la cour.      
 
Je me souviens    
de grand père, d'un petit enfant et d'un neveu   
qui s'appelaient Victor.      
 
Je me souviens   
d'un pique nique sous les mélèzes   
avec les amis.      
 
Je me souviens   
d'avoir pris l'autocar   
avec les enfants de l'école.      
 
Je me souviens   
des cheveux et des ongles qui poussaient vite   
en hommage à la vie.      
 
Je me souviens   
d'avoir fouillé dans mes souvenirs   
par petits coups, à petits bruits, sans hâte.      
 
Je me souviens   
de rien   
quand il s'est agi de mourir.      
 
Je me souviens   
du roi des Aulnes   
dont on faisait grand cas.      
 
je me souviens   
d'avoir grandi   
à la va comme j'te pousse.      
 
je me souviens   
d'avoir grimpé trois étages d'escaliers raides   
pour embrasser le monde.      
 
Je me souviens   
d'avoir été un méchant loup  
dans mes bifurcations.      
 
je me souviens    
d'être né   
sans y penser.      
 
Je me souviens   
de la disparition des êtres chers   
comme une page que le vent tourne.      
 
je me souviens   
des nuits sans sommeil   
où tout resurgit.      
 
Je me souviens   
d'avoir erré   
avant d'entrer dans ma maison.      
 
Je me souviens    
d'être là
pour peu que le temps s'arrête.      
 
Je me souviens   
d'avoir parlé   
juste quand c'était nécessaire.      
 
Je me souviens   
de m'être penché à la fenêtre   
pour qu'Il me voit.      
 
je me souviens    
d'un feu d'artifice bruyant   
à l'assaut d'un ciel noir.     
 
Je me souviens   
d'avoir rêvé de toi   
bien après que tu sois disparu.      
 
je me souviens   
d'avoir conduit à tombeau ouvert   
avant que le couvercle se referme.      
 
Je me souviens   
des migraines à répétition   
comme pierres jetées au fond d'un puits.      
 
Je me souviens   
des chansons   
caresses du passé.      
 
Je me souviens   
d'être parti   
sans bruit.      
 
 
1087

Voyage amniotique

Voyage amniotique   
par la ruelle étroite   
pérégrination des émotions   
en contact avec la Terre Mère   
là où accoucher   
dans le vêtement des vivants revenus   
le ventre plein   
des souvenirs étreints   
en bordure du chemin   
d'anémones pulsatiles recouvert   
sans valeur stratégique   
à portée du vortex   
fond cosmique constitué   
en lumière blanche   
gratifiant de scènes célestes   
ne serait-ce que pendant quelques secondes   
l'accordage des sombres frondaisons.     
 
1086

La Désirade

Je suis mort  
et né   
de toi   
trappe des énergies souterraines   
soulevée   
vers la lumière blanche   
pour faire face avec l'Autre   
préciser le voyage vers soi   
au temps des feuilles d'automne   
en reflet sidéral   
du permis de tuer   
quiconque résisterait   
à cette pulsion première   
la Désirade   
ceinte des échos de la nuit   
ceinte du chant de l'Univers   
approchée   
hors sens   
au pré carré des courtisans   
à se faire voir du Souverain   
de l'Unique   
empreints de cette félicité   
que nous avions imaginé   
affectée d'une errance éternelle   
à mener la séparation   
d'avec les tourments violents   
de l'édifice mémoriel   
au passage de l'Appel   
où bloqués sur le roc ultime   
mêler le sang des endeuillés   
hors des tergiversations   
pour jeter    
loin très loin   
vers l'horizon de la Grande Entrée   
l'émotion cachée   
davantage hurlée que parlée   
d'avoir survécu   
par delà les Visions célestes   
à cet arc-en-ciel   
des formules pariétales   
inscrites dans la caverne du mariage sacré   
aux sources de la Contemplation.      
 
( peinture de Frédérique Lemarchand )
 
1085
 

Ô Princesse

Ô Princesse    
piéta de mes années premières   
que ne t'ai-je espérée   
par les chaudes journées d'été   
inondant de désir   
la course des nuages.      

Y aurait-il encore   
de ces fines fleurs   
aux entrées inavouées   
où je puisse éprouver   
vigueur contenue   
une retenue de bon aloi.     

Offrant dans l'allée des ormes   
la douceur de l'ombre   
me serai-je alors permis   
d'allonger la parure de l'écriture    
sur l'étole d'une vie   
aux allures de buisson ardent.       

1084

Le vrai du faux

 Le vrai du faux   
se conjuguent en cerceau   
du cercueil en bois dur  
à l'exécuteur des œuvres.      
 
A ne plus entendre   
le son des heures vraies   
j'ai perdu la romance   
et le plaisir de plaire.      
 
Sous le veston   
le gilet   
et tout ce qu'il contient   
comme cœur à aimer.      
 
Tendre menace   
que celle d'avoir derrière soi   
le cri de sa naissance   
entortillé sur l'autel de la conscience.      
 
Plume fragile   
sous l'aile de l'oiseau   
l'ordre a été donné   
de se départir de l'isoloir.      
 
Filent éternels nuages   
jamais plus ne reverrons   
le même et le mot   
en leur imitation.      
 
La beauté s'échappe   
par le fait d'être advenue   
tel amante entretenue   
au passage des grues.      
 
Et pour de vrai   
sans vanité   
il n'est que feu et flamme        
de vivre avec les morts.      
 
1083

16 et 17 juillet 1942

Pluie d'étoiles   
cette nuit de juillet   
à marauder l'Univers   
à murmurer leurs noms   
ne coûte pas cher à l'insomniaque.      
 
Sagement mis   
en place pour de vrai   
engager sa responsabilité   
augure quelques contreparties   
se rebeller est chose pratique   
sans griller le feu rouge   
l'avenir reviendra toujours    
en deuxième semaine.      
 
Traficoter dans le tiroir de la commode   
sonne l'heure de l'incompréhension   
rêve délirant à même la nuit qui passe   
le diable force le sourire.      
 
Une affiche sur le mur   
juste une affiche avec des coins qui rebiquent   
pour appeler au programme d'été    
les enfants en haine de leurs parents.      
 
Désignant du bout de la canne   
la montée vers le ciel   
il éteint l'affect   
et fait disparaître la peur.      
 
Des abeilles par milliers   
segmentent au tableau d'honneur   
les figures de la répression   
pour plus de miel encore   
corriger la condition humaine   
à petits pas à petits cris   
d'une plainte ahurie   
emplir la gueule des bêtes fauves   
du cou gracile des enfants de l'oubli.      
 
1082

Verbe haut

Verbe haut   
à la portée de l'entrant   
quand résonne le pas brinquebalant   
du pèlerin héraut.      
 
A genoux   
sur la dalle profonde   
les mains   
occupées à saisir la corniche   
la boule au ventre   
de ce corps qui refuse le dépouillement   
quand survient le regard intérieur   
de la quête absolue.      
 
Les intentions sont pures   
faisons demi-tour   
pour s'arrachant à la matière   
pleine du reflet de l'au-delà   
tenir la corde   
suspendue dans l'entre-deux des apparences   
égrenage du chapelet des intentions.      
 
Tout est écho     
dans ce retour aux sources   
pour levée permise   
par un signe   
propulser le corps   
hors la gravité.      
 
1081

Cette Présence où Tout est Là

Le vent s'est levé   
il a gonflé la voile   
sommes partis   
telles ailes mirabelles   
sur un air de country   
à être libre   
en perception du Réel   
buisson ardent   
batifolant affriolant   
infiniment ouvert   
dans la poussière de l'Esprit   
à la merci du Souffle
en acceptation   
de ce qui nous habite   
hors mémoires   
hors traumas   
pour louer   
le diamant pur   
nous les Êtres pour la mort   
regardant silencieusement   
par delà le mental   
les brassées de sensations   
la Vérité   
en ajustement à ce qui est   
dans le quotidien   
à former de nature en aventure   
d'efforts et de grâce mêlés   
la Présence où Tout est là.        

( œuvre de Frédérique Lemarchand )
 

1080

La présence à ce qui s'advient