Sur le pont du Nord

À fleur de peau   
À fleur d'eau   
Les nuages s'effilochent   
Jusqu'à tard le soir.      
 
La mer monte   
Amenant algues et plastiques   
Sur la plage aux enfants bruyants   
Que les parents morigènent.      
 
Fruits de mer et crêpes sarrasines   
En fond des luette    
Signent d'un cidre brut   
Le bulletin de bonne conduite.      
 
Mêlant le genièvre et la pomme   
Adam et Ève   
Rassemblent les grumeaux de la fête   
Sous la guirlande de la guinguette.      
 
Main dans la main   
Dans la découpe des sorbiers   
Le soleil se couche   
De ses doigts rouges et jaunes paré.       
 
Remontant l'estuaire   
L'Écailleur aux huîtres bleues   
Sur son paddle endimanché   
Agite ses drapeaux de prière.      
 
Un train passe   
Sur le pont du Nord   
Un bal y est donné   
En souvenir des enfants obstinés.      
 
1099

Les cinq demoiselles

Plaisamment tendres  
À l'heure de la feuillée   
Les branches du frêne tombèrent   
Autour de l'arbre franc   
Tronc d'amour    
Pour des alouettes dérivantes   
Sur la planèze des souvenirs   
En raclant au passage   
Le fond des narses   
Que les géraniums en reconduction   
Fleurissent à foison.        
 
Que naissent et meurent   
Traces dorées sur les stèles   
Ces Êtres par le sang donné   
Au clair de lune   
Écartant d'un trait de lumière   
Les ombres de la douleur   
Aux doigts graciles   
De la femme aimée   
Descendue des hautes terres   
Parée de silence   
Par ces temps de déraison.      
 
Cinq demoiselles m'avaient tendu la main   
Pour le prix d'un ex-voto   
De seconde jeunesse   
Loin des listes préparées   
À la porosité précieuse   
Ouvrant par le devant   
Le ventre des enchantements   
Alouette belle comète   
À remercier mille fois   
Loin des siens   
Aurore en fête.      
 
1098

Aigle moqueur

 Filent grand train   
Les commensaux de la génuflexion   
À l'ombre des hêtres bruissants.      
 
Accaparent l'innocence   
Serres ourdies par la canicule   
Les aigles moqueurs.      
 
À ne plus savoir compter jusqu'à trois   
Il entreprit de guerre lasse   
La marche vers la falaise.      
 
Dans sa chambre   
Il n'avait plus à qui parler   
Depuis l'hémorragie du silence.      
 
Le regard surjoué   
La fin du week-end   
Annonce tempête pour le lendemain.      
 
Ah oui   
Recommencerai-tu   
Ma Douce à me tenir la main.
 
Filet d'argent
Des peupliers au vent vibrant
Craignent la nuit.
 
Sur le dé à coudre de mère-grand
Passe en menu équipage
Les pages d'esprit de la Vulgate.
 
Qu'avez-vous fait
Monsieur le Père
De cette engeance au vent venant.
 
À trop étreindre le dispositif
La parole poétique
Évite le secret des Lumières.
 
Telles ailes du désir
Autant se mettre à genoux
Devant toute prédiction.
 
Tout ce qui est rare est cher
Disait la lampe d'Aladdin
Dans sa dimension utopique du libéralisme.
 
Sorti des chaînes de l'oubli
Il promulgua la chose 
Par usage participatif de la parole.
 
Déchiré, éparpillé, balafré
Il présenta sa bougie
En abandon total de son dénuement.
 
Quelques feuilles mortes
Disposées éparses 
À perte de vue.
 
Le paradis. 
 
 
1097

Plume blanche

Plume blanche   
Enrôlée de force   
Elle voletait   
Évoquant blés et bleuets   
De la mère patrie.      
 
Vibrant au vent léger   
D'un verbe assuré   
Elle montait les marches   
De la nuptialité   
Pour plus de nuits d'amour.      
 
Des vaguelettes formant chèche   
À la porte des Tournelles   
Encorbellées  par le chant des pastourelles   
Courbaient les tiges sèches de l'ombelle   
Avant l'entrée dans le sanctuaire.       
 
Tenant le petit frère par l'épaule   
Elle s'épancha   
Dernière fleur violette   
Musardant sur la murette   
Un souffle d'air pour la collecte.      
 
1096

Nuit de passacaille

Nuit de passacaille   
En lisière des fumerolles   
Pleines narines ouvertes   
À se  narrer choses d'esprit   
À dextre et senestre.      
 
Registre des eaux basses   
Après roulé-boulé   
D'une roulade avant   
Il y eut envol de l'ange   
En confiance de la réception.      
 
Sylve éternelle   
En attente d'une étoile l'autre   
Tel vert galant   
Marcher à reculons   
Sans revenir sur ses pas.      
 
Clou des mots amers   
Gesticulant des cinq doigts   
Être nodules dorés   
En remontée vers l'Astrée   
Silence en eaux profondes.      
 
1095

Face au bouvier

Au clair de la roche   
Sonnailles à la tombée du jour  
Des vagues océanes   
Toutes droites dressées   
Contre la terre émergée.      
 
Monstre entravé   
Pieds et mains liés   
Face au bouvier   
Commentant par le langage   
La submersion des idées reçues.      
 
Êtres de ciment   
La rose et la prose   
Engendrent le décor   
Calvaire et tristesse   
De pierres sèches en déshérence.   
 
Donner de l'air   
À l'eau et à la terre   
Ce vertige insensé   
Que couvrent chair blessée   
L'ordre et son contenu.      
 
À la mi-août   
Furent pris d'un désir brûlant   
Les marins de la Désirade   
Aux Sargasses éternelles   
Le silence de l'instinct.      
 
Plus bas encore   
Dans les cales du vaisseau   
Montaient les râles infernaux   
Telles patelles   
Collées aux échanges criminels.      
 
Il ne suffit pas de payer   
Il fait aussi descendre derrière le miroir   
Et croître dans les marais de la honte   
Être pleurs de l'expiation   
Fossilisés par la douleur.      
 
Au passage du convoi   
De la clause et du jugement   
Les masques du Retournement   
En bord de falaise   
Quémandaient l'interdit.      
 
Juste retour des harmoniques   
Pour la paix de nos sens.      
 
1094

Tomate et papillon

Papillon et Tomate   
enragent de s'apercevoir   
dans le ciboire des enfants de Jésus   
capables coupables   
de la coulpe à frapper.
 
Flouer la quête et le désir   
d'un fibule malentendante   
gratte notre vulnérabilité   
aux quatre coins du monde   
jusqu'à nettoyer notre "étant".       
 
Nouer le visible et l'invisible   
amènent torsions   
du sec et du cru mêlés   
pour l'endimanchement du scandale   
devant le porte à porte de la conscience.     
 
Frapper et on vous ouvrira   
cocher la case et on vous appellera   
atteindre la limite   
sur les doigts de la main   
gypse du lendemain.      
 
Se scandaliser un peu beaucoup   
amène le chapeau au bord de l'eau   
la cafetière aux bords des larmes   
à verser le contenu   
dans le trop tenant.    
 
Mettant chemise   
à l'écart des ombrelles   
me suis fait fort   
de combler les fosses communes   
à grands coups de bêche parnassienne.      
 
Fermer les yeux n'est pas jouer   
de la flûte   
en incapacité d'émette le moindre son   
mais rajoute à la romance   
tout ce que cela arrange.      
 
Et glisse l'innocence    
des papilles à papa   
le papillon à trompe redondante  
de l'omertiste conflictualiste   
sur le toboggan du vent.     
 
Se serrer les uns contre les autres   
apporte vigueur   
par temps de silence    
alors que se lèvent à l'horizon   
fétichisme et déréliction.      
 
 
1093

Liberté pas très chérie

Se départir de notre liberté  
n'augure rien de bon   
en franchissant le gué   
quand coule pour de bon   
le torrent des idées sombres.      
 
Comprendre les lois   
est stagnation des brindilles   
dans un méandre de l'eau vive   
faisant force personnelle   
du déclin de la Raison.     
 
Agissons   
par vertu de l'utile   
à dos sur la vouivre des sollicitudes   
incapable de maugréer   
devant l'apparition de la pile du pont.         
 
Se fracasser   
est enchaînement doux   
pour l'athlète des passions   
virant au rouge   
devant l'impuissance à changer de vitesse.      
 
Le salut passe par la remise en ordre   
des causes de l'élan   
ce magique trois sauts deux pas   
de l'homme des bois   
qui descend de l'arbre Roi.      
 
Sans vice et sans reproche   
évitant tout poison   
somme passés de l'impuissance à la puissance   
de la tristesse à la joie   
de la servitude à la liberté.     
 
Dieu comme substance première   
est pierre d'achoppement    
de ce qui n'est pas   
déterminé par les effets   
de l'exercice de la liberté individuelle.      
 
Alors rien   
ne pourra nous joindre   
dans les intercalaires du dossier   
quitte à se laisser guider   
par le péril extrême.      
 
( œuvre de Frédérique Lemarchand )
 
1092

Le pape des papillons

Le pape des papillons   
à la main de rêve   
d'une piste d'envol   
aux pintes échangées   
faisait droit d'un retour de balade.      
 
Il fût donné   
d'accueillir l'amitié   
des choses partagées
en plein jour   
sur la pelouse d'altitude.      
 
Marelle associée   
à la joie des enfants   
sautant de la Terre au Ciel   
comptage des jours heureux   
investis à merci.      
 
Du soleil sur le bras   
à farfouiller d'humour   
l'éloquence et le sourire   
d'un sacerdoce brillant de perles fines   
dans la constellation du dire.      
 
Y penser, moins   
y revenir, toujours   
de l'Ombre à la Lumière   
le sucre imbibé de la liqueur de grand'mère   
sans que gorge vous serre.      
 
Monter sur la montagne   
augure rencontre simple   
du sommet cristallin   
avec la pensée fine   
masque arraché par grand vent.     
 
Invitation   
des larmes dans les yeux   
sur le banc de bois   
à l'absolue Vision   
d'un quotidien sien.      
 
Désirable   
sans épuiser la nappe phréatique   
l'âme se remit droite   
pour traversant la coursive du Château   
porter missive de Haute Valeur.      
 
1091

Le mélèze

Les picots de pignoles   
à la volée  
contre les reins du destin   
enfonçaient leurs tentacules   
dans le sol dur de l'alpage.     
 
Il y avait de l'orage   
et la houppe des futaies   
était vibrante d'anges   
cherchant refuge   
dans les fissures de la roche.       
 
Dresse toi
l'arbre mélèze
aux crudités fraîches
à l'encontre du passage des énergies libérées   
et draine le pas des dryades.      
 
De l'Ombre en Lumière   
le luxe étreint le mystique   
pour chanter mélopée   
de l'engeance bien-aimée   
des chevaliers d'Avalon.      
 
Épris du suc mystérieux   
des emblèmes du lieu   
il ferma besace pour ficher le camp   
poudre d'escampette
avec traîne de poussière attenante.      
 
Soyons la voûte ombreuse   
pour rencontre des exclus du partage   
ficher le coutre des urgences   
en sol   
contre la pierre à la source ligneuse.      
 
Plage d'un ciel fuligineux   
chargé des fumées de l'incendie      
de l'enfant au vieillard   
caressons l'ambage des jours à venir   
d'une main calleuse retrouvée.      
 
Longue attente   
le chuchotement protège la connaissance   
d'une récompense l'autre   
aux outres du vent   
s'ouvre l'ultime transformation.        
 
1090

La présence à ce qui s'advient