Terre mère associée
Au regard de lune
Les lattes de bois
Inaugurent dans l'encoignure
Les pâquerettes épanouies.
Tâches de son
Sur sa peau cérusée
Rencontre des fleurs du mal
En sulfureuse compagnie
D'être toujours ailleurs.
De l'ombre dans les décisions
Au creux de la matière
Engage plaisamment
La vie dès maintenant
La vie à chaque instant.
Le regard lavé de tout préjugé
À prendre source sur le banc des réfugiés
Face contre face sont
La merveille et l'obscur argumentant l'instinct
De scansions fines comme respiration.
Perdure en la maison
Quelques enchevêtrements de la raison
Pour peu qu'on enrichisse
D'une coupe de laser
La fuite du temps hors de notre galaxie.
Il y aurait grabuge
Sans louanges à postériori
Juste un marque-page
De quoi repérer
Le grissement de la plume sur le papier.
Le diamant raye la vitre
Coupure au raz de l'âme
Des choses belles à ne pas posséder
Pour traces en fond de cour
Engager la pensée.
J'ai accroché la cible sur le mur du jardin
Par mégarde à la pointe du canif
Dire OUI placidement
Aux grappes de glycine
Croulantes sous le mâchouillis des mots.
Un coup d'éponge fera l'affaire
Renvoyant la tâche de café
Aux douves du château
Pour grenouille à la gorge vibrante
Faire gaîté avec le blanc du lait.
La grâce de la journée
Traverse les faubourgs gris
Jusqu'à point d'heure
Assister au départ des convives
Le mouchoir savamment amidonné dans la pochette.
Plus de graviers aux jointures
Le livre s'ouvre à la bonne page
De quoi comprendre la geste pure
Du ciel léger
Que le savoir accapare.
La nuit en fin d'horloge
Paraît sur le parvis
Gloire cachée absoute de ses conditionnements
L'échancrure avide
Renversant le silence des couverts.
1396
Regard à ne point quitter cette terre
Enfilade souple à l'ombre de l'Ami
Cet hêtre à l'heure de la Cène
Aux pas grondants d'un cœur lourd.
Au Très Haut que le grain active
En semblance d'être la poix brûlante
Sortait des mâchicoulis de l'Esprit
La fureur apparue comme image sainte.
Fermée était la lettre adressée
Au silencieux du tonnant ciel d'orage
L'écriture sacrée n'avait plus court
Éternel étant le chérir du temps passé.
Les boulets du château avaient trouvé place
Par excès d'amour sur la colonne commémorant
Le passage des jeunes gens au pied de l'église
Destin offert à la dent du dragon.
Douceur de la traversée
Au faible souffle d'un rêve à croupetons émis
Comme soie du printemps réflétant la langueur
Des jours de fête après bombance.
Restait à danser pour de bon le poète
Régulant l'ordonnance aux vapeurs fumantes
D'un feu de paix s'étouffant à petits bruits
Telle parole solitaire reflétant le paradis.
Ô plaines du désert
Accaparant le respir des nuages
La barque tremble quand de l'autre côté du songe
S'échappe captive grinçante la girouette des lieux.
Dominent aux limites du bleu simple
Le ciel minéral à qui le regard est nu
Palme à mi-fond d'horizon
Dardant sa destinée sur les bourgeons de l'ailleurs.
Ainsi tout bouge
À portée du fulgurant éclat de lumière
Balafrant la fenêtre brusquement ouverte
Telle étreinte de l'abîme.
Tout autour la voûte murmurante
Enveloppe d'une ample brassée
Le tintement familier des cloches
Les vaches montant à la saignée.
Ce qui d'un trait dépasse la ligne rouge
Ronge le lieu sacré de la délivrance
Chevelure déliée comme aile de l'aigle
Bravant l'écho du rire des anges.
Puissant dodelinement de la quadruple frondaison
L'allégresse fût grande
Quand se posa dans les hauteurs vibrillonantes
Le visage gracieux de l'horloge des cieux.
1395
Que me dis-tu Grand Chat
Que je te salue bel homme du premier étage
Qu'il y a de l'amitié entre nous
Que le pépiement des moineaux me fait lever l'oreille
Que la neige a fondu
Que l'aménagement du jardin a changé
Que le camion poubelle est bien passé ce matin
Que tu me regardes avec davantage de profondeur
Que je redoute de venir te voir tant la rue à traverser est dangereuse
Que la fenêtre du trapillou est encore fermée
Que j'aime faire mes griffes sur l'amandier
Que les volets de la voisine sont encore fermés
Qu'il faut penser à acheter des croquettes
Que les dalles de la terrasse sont froides
Que les premiers perce-neiges vont venir
Que je n'ai pas encore croisé les écureuils
Que le cabanon n'est pas ouvert
Pourquoi les lauriers roses sont encore emmaillotés
Que je viens d'apercevoir les premiers bourgeons des noisetiers
Qu'il y a toujours des hélicoptères dans le ciel
Que j'aime m'étirer au soleil
Que la terre fraîche sous le merisier est parfaite pour mes besoins
Que j'ai croisé un blaireau cette nuit
Que la famille des hérissons saute d'un jardin l'autre
Qu'un vol d'oies bernaches a traversé le ciel
Que les pâquerettes tardent à sortir
Que le chat en céramique est là sous la glycine
Que le coq rouillé monte la garde du compost.
Puis, retournement effectué, Grand Chat s'est enquis
De purifier mon regard
De favoriser mes retrouvailles avec l'âme de l'enfant
D'atténuer ma timidité chronique
De laisser mon rire déflagrer
De recueillir du bout des lèvres la rosée du matin
De rassembler les atomes errants de mon être
De m'essayer au chant choral
D'esquisser quelques postures de Qi Qong
De devenir arbre en face de l'arbre
D'avoir confiance en l'intuition
De me confronter aux deux tyrans que sont l'espace et le temps
De planter des fleurs
De rayonner quand l'intime est à son dénuement
D'aimer ce qui n'est pas moi
D'être sur le chemin de halage du grand fleuve de l'Esprit
De bifurquer quand l'harmonie se présente
D'avoir le cœur traversé par la douce joie
De maintenir le lierre sur le mur du fond
De faire silence quand l'après-midi s'avance
De s'émouvoir devant le parfum du tilleul
De faire un signe de tête quand je rencontre le voyageur
De lever le nez au tintement des cloches de l'église
De toucher de sa peau le destin qui se dérobe
De suivre de fiévreuse manière la Lumière jusqu'au pas de l'ombre
De chercher la bonne place pour faire la sieste
De soupirer devant la coupelle d'eau aux oiseaux
De me laisser approcher par le sculpteur de vie
D'offrir mon divin délire
À ce voleur de feu.
1394
Grâcilopette
Volupté d'être
En soutenance de l'existence.
Brinqueballant de la carosserie
Il avait soulevé le goût des armes
À dessein au plus fort de l'instinct.
N'agir que scruté avec curiosité
Par la morale profane
Augurait le déboire du sacré.
Croire, accroire, accroître
Cet espace infini qui nous enserre
Porte au gouffre de l'aveuglement.
Brume généreuse
À contretemps de la sérénité
Modèle l'harmonie à l'image des nuages.
S'éveiller à notre innocence
En toute vulnérabilité
Mène à la grâce.
Saluer l'élan hors conditionnements
Nous rend fils et filles de l'air
En ouverture vers l'accomplissement.
Creuse et mixe les marbrures de l'esprit
Offrande singulière
Sans rien à cacher, sans se vanter.
Dansent les angelots
Tels lamantins des basses eaux
En quête d'effet-miroir.
Un cadeau de l'autre et pschitt !
Partir en catimini
Ayant désir mine réjouie.
Âge de fin de cycle
Au centre du cercle
Demeurent les bleus de l'âme.
Comme sortis du bocal à bonbons
Froissent en se dépliant
Les petits papiers à rebours du passé.
1393
Au laser
Coupe franche
Des ombres de la terre
S'engagent
Les branches terminales
Vers l'au-delà
De l'oblongue baiser
Tant que fidèle
À bercer la barque des ans
Vers un ciel qui rassemble
Les damnés
Aux puissantes mâchoires
Glissant pesamment
De leurs montagnes de neige
Quelques souffrances
À faire se lever
Les yeux de la prairie
Vers des lieux
Où l'arôme des pampres et des pins
Là-bas enseveli
Au tournant de la route
Perdu en la tourmente
À inhaler le métal rougi
Étalé tel napperon
Sur la table des offrandes
Où passe frémissant
Le vent par la fenêtre
Gommant au passage
La douce pluie
Fraîcheur allègre jointe
Inoculée
Dans la serrure aux astreintes
Hors de l'estrade coutumière
Le crépuscule doux-amer
D'un décor empanaché
Pour l'homme aux vers luisants.
1392
Alors le Verbe se fit pénétrant
Aux roses de Damas
Était la recension
Des pleurs d'aimer.
Simple jalon posé sur le Chemin
Que déjà la native innocence
Déchirait la vêture
Aux marges du voyage.
Sont venus
À la ressemblance
Les signes de la Terre
De s'arracher du Tout.
Nous les mendiants
Caressons les nuages
En retombée de pluie
Pour être pluie soi-même.
Creusons les ornières
Pour laisser passer le charroi
De l'errance d'avoir à Être
À même la joie et l'éclat de la Vie.
Ouverture de l'âme
Dans son manuscrit
À petites retouches
Sur les lèvres fiancées.
La feuille est tendre
Devant la saillie
À rendre les colonnes du temple
Palpitantes jusqu'à l'instant.
Vague puissante
Au cœur du Soleil
Quant l'autre source s'alimente
À l'écho du plus que Soi.
Et l'Enfant lumineux de s'étendre
À côté du Vieillard
Magnifique pantin malicieux
En parfait état pour la représentation.
Douce déchirure
Contemplée le soir à la veillée
Quand se calme la vie tumultueuse
Des conditionnements obtempérés.
Pour ne pas marcher
Sur les blessures de l'an venant
Invitons l'arc-en-ciel
Du beau après l'orage.
À retenir du mirage
La pulpe endormie
Il est passage divin
Pour le baiser du lendemain.
1391
Frais neigeux
À la mode des perce-neiges
Que rencontre le coutre charmant
Du bleu des terres lointaines.
Chaude brûlante
Aux assises portée pâle
La longue capeline
Comptait ses interludes.
Non loin non voulu
Le déversoir aux rases sèches
Restait bloqué à Pierre Blanche
Au nom de la raison.
Furent-elles de mèche
Les mines anti-personnelles du Laos
Perçaient jusqu'à l'os
Le frêle enfant du bord de l'eau.
Mêlant la sueur et la terre rouge
Le fleuve jaune coulait
Rapides à fleur d'écume
Sur la peau rose de l'ami d'Oz.
De la voix
D'un tour de main
Le pagayeur ramena la clarté
Le long de la berge apaisée.
Épousant du regard
La jungle silencieuse
Les morts pouvaient attendre
Leur sépulture.
Et de narguer la pleine lune
Les officiants des cultes anciens
Couraient pieds nus sur le chemin
À peine caressés par la poussière.
Piquetant quelque rare nourriture
Les volailles se mêlaient aux entrailles
Du porc tué la veille
En Souvenir du Grand Esprit.
La guerre roulait ses souvenirs
Un ciel rapeux
Empreint des cisailles de l'hélico
Portait haut le fléau éternel.
Main posé sur le front
Il fallait le regarder
L'homme blond au sourire de misère
Saisissant la vie de sa harpe irlandaise.
Il y avait rumeur au château
Près des coteaux aux pampres roux
À la fenêtre Mélusine
Laissait voguer sa musique.
( Peinture de GJCG )
1390
Gamine des prés sacrés
À l'étamine courbe
Que danse et brûle
La parure du soleil
Dans ses yeux doux amers
Luit Lumière
Et se cache
Ô surprise
Le chant des anges
Ombrant de leurs rondeurs
Palme océane
En souvenir des morts
Ce qui nous rassemble
Nous les petits hommes de bien
En Esprit
Compagnons de voyage
Suivant légion disciplinée
Le bourdonnant vol de la Reine
Que le jour accompagne
D'un plaisant apparat
Pour barbes rêches
Et scories des chemins secs
Contempler
D'un baiser d'amour imaginé
L'évanescence
Du cou penché
Jeune fille couronnée
Déprise de parentèle
Jaillie comme une fleur
Dans la coudée du coudrier
Belle infante
Évaluée au bruissement du chêne
Brassant ce que le vent dérobe
Sur les plateaux sableux
Pour diriger
Chef oscillant d'une tendre manière
Les moutons et chèvres de l'Aveu
Vers les sources de la Vérité.
1389
Silouane
De loin paraissait
Le dernier sapin de la lignée
Pour qu'un peu on le plaigne.
Songeant à la terre noire
Qu'il quittait à petits pas
Son bâton toucha la pierre
Des derniers passants déposée.
Ne jamais admettre
Que le mal sévissait
Pour aller quérir
Le rire et la joie.
Filant grand train
Dans les halliers
Le sanglier froissa sa méditation
D'une bouffée de souffle chaud.
Ne demeurer pas
Sur le passage de la Bête
Les poils et la souille étant glyphes sacrés
Pour le compagnon des terres grasses.
Collines et vallées se succédaient
Avec parfois un torrent à traverser
Sous les rais de lumière
Des feuillages de la rive.
Remonter la pente
En évitant racines et branchages
Augurait du point de vue proche
Déjà là dans l'effort consenti.
Préférant l'heure qui vient
À l'avenir à tout prix
Il demeurait devant les portes d'airain
Cet inconnu à l'âme assoiffée.
Aux frontières du désordre assumé
Lui, l'indompté des terres basses
Ne pouvait reprendre haleine
Que dans un aveuglement circonstancié.
Et de rencontrer le bâtisseur
Et de guider voiles serrées
La barque vers le doux savoir
Du langage des êtres purs.
Pleine et délicate
La lune en montée graduelle
Gardait par devant elle
Quelques nuages de défiance.
Pour maintenant
Charmante Élise
Boitiller bas derrière le dernier fils
Silouane, de céleste portée.
1388
Trois doigts trois pattes
En perdition
Sur la table de frêne
Ont enjambé la barrière
Juste pour rigoler, par erreur.
Prosper l’épinard
En ses errances
Avait commis pareille incartade
Celui d'avoir souri
Plutôt que de parler.
Lumières jointes
Rassemblant les origines
Sans flotteur attenant
Il fût décidé d'expédier les âmes seules
Par dessus le bastingage.
La vie est même
Mémento des mots levés tôt
Marmoréennes pensées
Tribulations de cache-misère
Émiettées à la sauce gribiche.
Murons-nous
À Murano ou ailleurs
Derrière la vitre fumée
Barrant de nœuds invisibles
Les soupirs de l'air.
Et la buse de descendre
De son perchoir
Repérant le mulot
Dont le museau frémissant
Bénit l'herbe épaisse.
Marche athlétique
Singeant parade militaire
À mesure de la montée en puissance
Des contrôles de la Haute
Sur la Basse-cour des Sans.
Tiens-toi bien
Ne demande rien, excuse-toi
Soit la charnière silencieuse entre les générations
En t'affranchissant
De l'impasse de tes pulsions.
Ne franchis le Rubicon
Qu'au salon des intentions
La Bête guettant le faux-pas
Du fantôme, le petit gars
Qu'il fût jadis.
Dans les parages
Il ya le mage
Des forêts les premiers occupants
Sachant porter secours
Aux enfants égarés.
Point de cris
Dans cette vastitude
Dont les souvenirs multiples
Barre d'une danse en rond
Le cache-pot des remontrances.
Bravant le Vide
Soyons la houle du Vieil Océan
Et les yeux qui jamais se ferment
Devant l'assise adventice
De la femme, de l'homme, ayant grandi.
1387