La manigance

Tu écris droit   
Avant que le penché vienne   
Te faire nique   
Alors que tu piges vite   
À te remettre à l'endroit   
Avec derrière toi   
Le souvenir du pas tout à fait   
Laissant aux nymphes boréales   
Le "pas neuf pas pris" des nuits d'insomnie.      
 
Aussi grise mine du sans soucis   
Sur la berge du départ   
Tu t'es départi de la bouleversante apparition   
De tibias, fémurs et cranes   
Attenante aux outrages du temps   
En commisération   
Des vagabonds de l'aube   
Enclins à quitter le port d'attache   
Pieds et poings liés par la Manigance.      
 
Tu écris vraiment droit    
Et ça se voit   
Entre l'eau et le sable    
Les radiés de la cause   
Parlant à demi-mots   
De l'ailleurs et d'aujourd'hui   
Quand passent   
Soulevant la poussière de l'été   
Le trèfle et le sainfoin d'une grange à remplir.      
 
1020

Femme d’un cran dessus

Femme d'un cran dessus   
La riposte fût au carénage   
Le jeté du manteau   
Qu'affligea l'instinct   
A cru à dia   
A croire chimères tombées en acrotères   
Plus belles que gargouilles en mystère   
Gouleyant d'algues humides   
A la portée d'oiseaux de mer  
Exposant au risque du temps   
Brumes et korrigans   
Dansant soucis et passions   
Sous le voile d'une aile   
De peur et de mort   
Altérée    
De sanglante manière   
Cette mise    
A l'horizontale   
Du soir venu   
Goutte de sang déposée comme bijou doux   
Sur la joue   
De cette femme   
Couleur amère   
Cette femme d'un cran dessus   
Le père disparu   
Aux écluses du ciel.      
 
1019

Les larmes de l’ombre

J'ai pêché le passé   
Sous l'arbre de Noël
Au marécage des enfants blessés.

Clap de fin
Sur l'ordre du désir
Arrive le bonheur à l'heure dite.

Je parle et agis sur la pointe des pieds
Tel flamant rose en instance d'incarnation
Sous le voile d'un soir d'été.

Combien ça coûte
De s'équiper de bottes chaudes
Pour marier le froid et l'humide.

Au fil à plomb
Des instances de la vie
Il n'y a de vainqueur que celui qui fuit.

Après tout après rien
La tâche de sang sur votre collerette
Effacera soucis en rase campagne.

S'échappent
Au goutte à goutte d'une perfusion
L'écrit et le parlé.

En clamant la Liberté
Les amants de Saint Jean
Ont consumé leurs derniers baisers.

Il n'est de prise d'air
Que la prestance
Au coup de vent à venir.

Et pour peu que la mer se retire
Le coquillage luisant
Égrainera les larmes de l'ombre.


1018

Dites-le avec des fleurs

Ecrire pour ne rien comprendre   
Vivre pour prendre
Et s'entendre rire
Quand les fleurs sont à choisir.

L'existe-sens est à rebours de nos actions
Nous les perclus de l'amour doux
Les enchanteurs du fond des cavernes
A hurler avec les loups.

Respirer est mieux que de rester sans rien faire
Bras ballants
A recevoir une balle en plein front
En sortant de la cave.

Joindre les deux bouts
Sans enfumer son propos
Réserve sur le tard
Parole d’évangile à peu de frais.

Passer par la fenêtre
Langage et vermifuge
Occasionne au passage
Charivaris et calembours.

Se caller dans le fauteuil des ancêtres
Déclamer les mots de la nuit
Paraître vieux sans être jeune
Mérite poubelle jetée dans la rue.

A sauter sur les ressorts du canapé
Le plafond se rapproche
Sans pudeur et sans masque
Par temps de pandémie.

J'ai jeté en pâture ce qui se fait de mieux
M'en suis fait une amie

Frisottis et tutti quanti
Une arme à la main.

Ce n'est qu'à la fin de la récréation
Que la création passe le gué de la tradition
En émotion de la possible nécessité
D'avoir été soupape pour les amants.

Et si j'ouvre mon cœur
C'est raison donnée
D'être l'enfant d'outre-ciel
Sous le bourdonnement des drones.


1017

Meurtre à Marioupol

La fanfare descendait la colline  
Fifres en tête
Puis tambours et trompettes
Pour finir par l'hélicon.

Le vent noir de l'hiver
Soufflait à se tordre les chevilles
Sur les mottes d'herbes

Disposées là depuis des siècles.

Au loin le canon incessant
Faisait vibrer les frênes
Caquetant de leurs branches
Telles baguettes devant le bol de riz.

Les formes alignées
Aux pieds des immeubles
Par paquets de cinq
Dimensionnaient les fosses.

Point d'objets inutiles
Sur la plage
Rien que le corps émasculé
Du poète de mes deux.

Je n'avais pu lui dire que je l'aimais
La femme des quais de Seine
Main dans la main jusqu'aux Tournelles
Près de la cage des suppliciés.

Le siècle avait deux ans
Soixante deux exactement
Et l'on dansait au Slow Club
Tard dans la nuit.

Les missiles sifflaient au sortir des caves
Et la brassée de feu mordait le ciel
D'une boursouflure rouge et jaune
Sans que le bleu de l'âme paraisse.

Ce soir je caresserai Grand Chat
Jusqu'à l'épuisement
A même le sable noir de la plage
Griffée par les vaguelettes de la mer.

Tout est rassemblé
Pour ceux qui subissent l'outrage
De demeurer le visage impavide
A la lueur des torches de Carnaval.

J'avais cru que la liberté
Émargerait à l'entrée du théâtre

Et bien m'en a pris de prendre mon envol
Vers la pleine lune du cycle des contemplations.

Churent meurtrières les poussières de la fragmentation
En crevant le tympan des grand-mères
Pendant que les enfants cherchaient protection
Sous les jupes des femmes.

Ne plus penser que la terre est ronde
Ni que le soleil reviendra
Dans les ruines fumantes
Juste le passage des chiens errants.

Il suffirait d'une pression de l'index
Pour que la tête éclate
Contre le mur de briques
Du monastère détruit.

Les illusions se chamailleraient
La Vérité serait saisie par l'horreur
Il y aurait du sang sur les marches
En descendant le Potemkine.

Et puis rien
Si ce n'est un peu de lumière entre les doigts
De la main augurale de l'embrasement
Du rêve que les lendemains chantent.

Le ciel souriait
Édenté, je me suis enfui
Sans famille
De l'école de la rue Rouelle.

Il y avait Pierre, Nad
Et puis Hug et Julie
Aussi j'ai pris mon chapeau
Pour me carapater dès l'aube.

L'un pousserait le sujet vers le monde intérieur
Introversion

L'autre vers le monde extérieur
Extraversion.

Et ce serait bien comme ça.


1016


Petit nuage

Petit nuage   
Qui danse    
Dans un bleu virginal.      
 
La mer   
Replète   
Refait santé.      
 
Fresque   
De la côte au loin   
Plage improbable.      
 
Effacer   
De l'esprit la trace   
Du doigt réticulé.      
 
Dans le clair   
Du ciel un orphéon   
Brinquebale.      
 
Mis en marge   
La tenture s'affaisse   
Le poète interroge la méprise.      
 
Et me plais   
De tendre joue   
Aux pastoureaux.      
 
A regarder de près   
Les maisons blanches   
Fossiles cachés.      
 
Donner   
Sueur et sang   
Au concombre des mers.      
 
Quand finira   
La nuit de l'âme   
De compter les heures ?      
 
D'enceinte point   
L'animal frissonne   
Un quart de pouce plus à gauche.      
 
Vaine agitation   
Les vaguelettes mes sœurs   
Accèdent au surplace.      
 
Pour arrimer   
Trace bleue   
Sur le bleu incendié.      
 
Vous remercier    
Mes mots d'être là   
Jusque dans la musette.      
 
Enfouir   
Les fleurs séchées   
Dans la vasque des oblitérations.   
 
1015


Ecrire pour se dire

Ecrire   
Pour se dire
Qu'il fera beau demain
Et qu'il y aura dans la corbeille des mariés
Les bambins de l'avenir.

Des bambins coiffés d'une couronne de blé
Avec des fleurs entre les épis
Et qui babillent sous la brise légère
Alors que les patous bruyants
Encadrent le troupeau.

Un troupeau fait des plus belles bêtes
Des alpages et des séries télévisées
Alors que là-haut près du col
Les nuages embrassent à qui mieux mieux
Les pics rocailleux.

Ne mégotons pas
Soyons au sommet de notre art
A combattre les autocrates
Ceux qui se grattent le coin de l'œil
Tout en demeurant dans la nuit de l'oubli.

Marchons
Sans perte de temps
A démêler le vrai du faux
Soyons la bonne pâte
A pétrir comme une lutte enjouée.

Derrière le décor
Il y a le corps des hommes
Tout près de la terre
Éclairée des cris d'enfants
D'avoir été abandonnés trop tôt.

Ne détruisons pas les acquits des ancêtres
Habitons précautionneusement les chaumières
Retenons notre souffle quand la toiture craque
Sous le poids des neiges
Accumulées par le poète.


La lumière là devant nous
A portée de main
Le cache-nez autour de la gorge
A roucouler comme oiselle au printemps
Devant l'éparpillé des ruches en plein champ.


1014


À table !

Il est là   
En face de moi
Celui qui ne sait pas
Cet autre moi-même
A se demander
Si c'est un fait exprès
Qu'il soit si différent
Et qu'à faire le tour de la question
On se supporte mieux d'être étranger
En simplicité
Nez contre le mur
A méditer sur ce qui est.

Toi
Et moi aussi
A refléter ce qui s'est passé
Et qui renaît dans l'autoportrait
Allongerons le pas
De constellation en constellation
En évitant la nausée
Au passage des trous noirs.

Viens
En compression du tout venant
Ma muse des voix anciennes
Viens brandir le pavillon
Sur la barricade des illusions
En égarement des mots
S'envolant par temps de guerre
Au souffle brûlant de la meute ordurière
Vers l'horizon d
'une attente éternelle.

Toi
Oui toi
Le grand échalas de la cour d'école
Aux marronniers enchevrinés par le vent d'automne
Dis-moi d'où tu parles
A refléter tant d'histoires
D'un passé enfoui
Que l'espace des nuits
Ne saurait soustraire à l'entendement
Devant le moucheron
Qui frappe à la fenêtre.

Purpurine éclosion
Des tendres bulles

Rassemblées dans le panier d'osier
Pour qu'en sortie du pré des pierres alignées
L'espoir se mette à rougir
Tel coquelicot accroché au veston
Par jour de fête
Le rêve mêlé à l'encre violette
Se mouvant sans commentaire
A croupetons
D'image en image
Dans la légèreté du voltigeur au grand cœur.


1013


Fibrilles de Dante

Fibrilles de Dante   
Aux creux laiteux des abîmes
Le collagène des peaux fripées
S'écoule sous le bruit des canons
Rencontrant la déchirure de l'homme
Proie du désespoir
Tapant des pieds et des poings
Sur le sol noirci d'une cour d'école
Jonchée de débris d'obus.

Il y a grand malheur
Et le printemps se reflète dans les fondrières
Entre les véhicules blindés immobilisés
Proposant quelques fleurs
Au cœur déchiré d'un peuple
De femmes et d'enfants terrés dans les abris
Et d'hommes haves
Se courbant sous la mitraille
En traversant la rue.

Des chiens errants
Parcourent les ruines
Des lambeaux de tissus
Pendent aux fenêtres énuclées des immeubles
Il faut escalader des tas de gravats
Pour aller voir où l'on habitait
Parfois l'odeur de décomposition
D'un corps sous les débris
Portée par le vent.

Pleurer

Se tordre les doigts
Rassembler quelques brindilles de bois
Pour allumer un feu entre deux pierres
C'est tout ce qui reste
De ma maison en humanité
Devant la démesure
De cet être détestable
Qui a maquillé sa monstruosité
Sous quelques propos fallacieux.

Nous irons bientôt
Contaminés par la radioactivité
En colonnes
Sur la route défoncée
Se presser au bord des charniers de l'hiver
Sous l'œil gris de l'oubli
Quant à la volée le glas sonnera
Peignant une colombe
Sur l'écorce des consolations.


1012

Un deux trois soleil

Un roc où demeurer    
En surplomb de l'espace    
En oubli de l'époque    
Jailli d'on ne sait d'où    
Mais puissant    
Appelant à l'existence    
De tout temps    
Manifesté en cohabitation    
Par le haut    
Pour venir peu à peu    
Sur le devant de la scène    
Chargé d'un lourd passé    
Jouant de notre orgueil    
Hors des profondeurs de l'instant.        
 
Un arbre    
Une sentinelle sur la cime    
En refus du néant    
Jaillissant d'une fresque    
En éclairage de l'aube    
Passant discret    
Décoiffé par l'errance    
Merveille d'obstination    
Intervenant en Finisterre   
Éloigné des derniers soins    
Porté à l'essentiel    
Repère levé tôt    
Racines retrouvant dans l'anfractuosité de la roche    
Les composants de la Vie.        
 
Puis loin devant    
Ailleurs et en bas    
La mer des merveilles    
Etat latent de l'univers    
Où le voyageur aux mains ouvertes    
N'échappe pas à lui-même    
Retourné par l'expérience    
Bouleversé par l'espérance    
La tête de lucidité faite    
De chants de musique et de poésie embarqués     
Sachant qu'au terme du périple    
Il n'y aura foi    
Qu'en l'esprit et l'âme ordonnés    
Sur la houle légère du mystère.        
 
 
1011

La présence à ce qui s'advient