Petits instants de rien

Lave fluide   
Après morsure   
De l'ours mécanique.      
 
Adjonction caramelle   
Des rétractations de la colombe   
En bordure de sphère.      
 
Diadème démoniaque   
De l'inconstance défiée   
Au sortir de sa boite.      
 
Prise de risque   
Devant crevasse béante   
Brise d'éternité.      
 
Fréquentations étranges   
De la prophétie et du courage 
inouïes.      
 
Mystérieuse  estampille   
En convulsion   
Des excavations de l'âme.      
 
Plaque de fonte   
Posée sur le trou   
Rend le pavé glissant.      
 
Parure gémissante   
De l'occupée des lieux   
Plaine ô ma plaine.      
 
Se plaindre   
Rend le vide plein   
Châtiment intégral.      
 
À se coucher dans la paille   
Rend le paillou fragile   
Et la fourche agile.      
 
Oiseau aux plumes légères   
Jadis   
Bardé d'écailles abyssales.      
 
Fils de l'homme et de la femme   
Je mesure à chaque instant   
L'innocuité de l'événement.      
 
Disparaître   
Convoque la bienséance   
Pour un dernier bain de sang.      
 
De son manteau   
Sortaient les mots   
D'une hypothétique parodie.      
 
Et je connais je connais   
Jusqu'au dérèglement des sens   
Le porter haut de la folle enfance.        
 
Vouloir n'est pas pouvoir   
Mais à dialogue constant   
La littérature turelure.      
 
À magnifier le réel   
Les arbres se courbent   
Devant le vent du désert.      
 
En bloc et à distance   
Il faut toujours que l'ironie   
Propose son sourire.      
 
Imiter et vous serez pardonné   
Par les foutras de la chose entendue   
Cette subversion à tous les rayons.      
 
Les opinions   
Des trognons de rien   
Que le rien accapare.      
 
 
1210

Travail de lumière

Un merle   
Ce matin   
Au téléphone   
M'a appris qu'il fallait dire    
" Merci ".      
 
Bien me surpris   
Dans sa robe de lin grise   
Qu'il se soit ainsi   
Enquis de ma superbe   
En me penchant à la fenêtre.      
 
De toutes les couleurs   
Il s'est frayé chemin   
Dans la pluie et le rire   
En simplicité   
Par le secret de son cœur.      
 
Quelle folie   
Que ce fils de la nuit   
Puisse ainsi   
Présence diaprée   
S'enquérir de mes capacités d'élocution.      
 
Le haïku   
Caquetant dans la cour de l'école   
A remis une brassée de silence   
Entre les mains du voyant   
Affecté au néant.      
 
La flamme tremble   
Se couche   
Mais ne s'éteint pas   
À l'orée du sans soucis   
Petite fleur épanouie.      
 
Les langues de peinture   
N'arrivent pas   
Du bleu d'amour au rouge sang   
Troncs serrés feuillage inexistant   
À répondre à l'appel.      
 
Mes doigts ont caressé   
La respiration verte et courte   
Du frêne abondamment déployé   
Devant la maison   
À tâtons.      
 
Telle chenille   
À la raison vacillante   
Je suis tombé de l'échafaudage   
Par le vent assisté   
Du papillon de mon enfance.      
 
Sous l'arche   
Sans résistance devant la fausse parole   
Le jaune du soleil   
A recouvré sa prestance   
Hors la comédie des vitrines.      
 
Ne pas chercher à plaire   
Mains dans les poches   
Sans héritage   
Le monde a glissé au travers   
D'un trou approprié.      
 
À posteriori il fût dit   
Que nous serions quelques uns   
En veste de marbre   
Pour rallumer le mégot des souvenirs   
Travail de lumière.      
 
( œuvre de Michel Bole du Chomont )
 
1209

Ce qui s’écrit

Ce qui s'écrit ne va pas loin   
Juste une bûche de 25 centimètres   
Dans le poêle du salon.      
 
Le chat peut gratter à la fenêtre   
Elle s'ouvrira pour de bon   
Par le respect de l'animal.      
 
Les images fusent   
Comme flammèches en janvier   
Talisman des jours passés.   
 
Les mots et les choses peuvent brûler   
Le monde s'émouvoir   
Du geste mineur soumis à l'écriture.      
 
De l'encre et du songe   
L'accord dévoilé   
Du poème et de toi, le lecteur.      
 
Lancer l'idée dans l'espace   
Boomerang revenant blanc de bleu   
Du miroir le silo nourricier.      
 
À ce jour je m'accable   
Pour me plier en quatre   
Livre achevé, attendre.      
 
Mère père sœur   
Tous morts avant le vernissage   
Les épines rauques de leurs voix, égarées.      
 
Cette nuit j'ai marché sur des pavés   
Un lys à la main   
Mon corps coquillage, entre les dents.      
 
Attendre le noir   
Pour voir les étoiles   
Lumineuses bienveillantes.      
 
Le manteau de mes aïeux   
Je l'ai fréquenté   
Comme obligation impérieuse.      
 
Brefs sont les mots de l'esprit   
Aux moineaux les graines du cœur   
Et pour moi la faim, toujours la faim.      
 
À la vie à la mort   
J'ai jeté mes effets au fond du puits   
En écoutant le silence.      
 
Suis resté à quai   
Bateau parti   
Des floches de rien dans les mains.      
 
Brille encore le lilas des Bergères   
Pour fuir la ville   
Et ses ruelles malodorantes.      
 
Ventre contre ventre    
Nous avons conçu l'arc-en-ciel   
Du sel de mer, unique fraîcheur.      
 
Transparence des mille visages   
Croisés distillés fiancés   
Griffures du brasier éternel.      
 
Belle et bonne fée de ma timidité   
Extrémité de la jetée le jour   
Touffeur rapetassée la nuit.      
 
Vivre de sonorités   
Jetées à la volée dans l'opercule d'une brise   
Franchissement du mur de l'oubli.      
 
De petits bras s'agitent   
Le long du corps gracile   
De ma petite fille, irrésistible.      
 
À la bonne heure   
Il est six heures   
Aux 21 coups du siècle, le bonheur.      
 
 
1208

Un peu seul

Un peu seul   
De celle que l'on aime
À la dérobée
En déchiffrant les brumes
Dont on obtient
Fragments de souvenirs
À force de douleurs.

Déjà vu déjà entendu
Qu'importe si le souffle est léger
Il est des bontés
Que le tulle caresse
Sans invectiver traces laissées
Par le pigment des mots
Sur la mangeoire aux oiseaux.

Qu'il faille de fer et de sang
Saisir lingot de plomb
Offre à la blessure
Les herbes folles de l'instant
Qu'aucun chant ne saurait cautériser
Entre ombre et lumière
D'un dernier regard.

Bougie soufflée
Main errante disposée
J'ai tracé sur la carte
La route parcourue
Sans que vaille la peine
De veiller mourants et morts
Aux portes du Mystère.

Parfois la buée sur la vitre
Fait ouvrage de dentellière
En ce jour des dérobades
À déchirer ces dernières lettres
Insultes à nos pleurs
Échangées une autre fois
Avant notre départ.

Crique de l'écrit
Par ta voix retrouvée
J'ai cru un instant
Parler de l'au-delà
Pour ramener en son centre
D'eau et de lumière baigné
Le visage éconduit.

Par delà le manque
Il y a le cœur qui trébuche
À force d'effleurer du doigt
Les plumes de la huppe
Carte blanche à donner
En lecture des points cardinaux
Dans une la ronde associés.


1207

« F » comme firmament

Une piécette sur le bord de la table   
Trois petits tours et puis s'en vont
Les marionnettes de Jeanne
Puissante mère à l'affût.

Faisant tinter la cuiller contre le bol
Le matin des réveils attendus
Je me suis dit
Que ce devait être la dernière fois.

Je n'ai pas rallumé la bougie des Offices
Astreinte consommée
Pour me prémunir du moment
Où je serai seul.

La tasse de café
Cerclée de bulles fines
Reflète la lampe de dessus
Sur un fond noir absolu.

Gorgée après gorgée
Le niveau descend
Accompagné de fumerolles légères
S'échappant de la caldera.

Un coup de stylo inopiné
Inscrit une trace d'encre
Sur la main de soutien
D'un autre geste le silence.

Un silence pas si silencieux
Que l'horloge et le frigo
Frictionant en aval

l'impassibilité des meubles.

La tranche du grille-pain
Me fera lever de la chaise
Pour quelques manipulations suivies
Déposer la tartine beurrée sur le plateau.

Serviette toujours pliée
Prête à saisir de la main maîtresse
Pour essuyer quelques tâches
Sur le visage.

Le carnet ouvert page 107
Accueille la trace
Des pensées de la nuit
D'une haleine de miel et d'or.

Repoussant le stylo
Mains jointes, visage relevé
Fermer et ouvrir les yeux
Par petits battements réguliers.

Les pieds bougent
Crissement du cuir de la savate
Le dessus des genoux
Glisse contre le dessous de table.

Température intégrée
La veille se poursuit
De gorgée en gorgée
Le niveau du café descend.

D'ailleurs ce n'est pas du café qu'il s'agit
Plutôt de chicorée
Afin de préserver le possible sommeil
Du matin qui suivra.

Le signet du carnet serpente
De l'ancienne trace de brûlure
vers l'entre-pages de l'accueil à minima
Des gouttelettes de ferveur, les mots.

Etendre les jambes
Baîller en surplomb
Se gratter la tête
Argumentent un changement de posture.

Du bout du doigt
Recherche des aspérités du visage
Friction de la paume ouverte
Sur la barbe rêche.

Mains dans les poches
Saisir les restes d'un mouchoir en papier
Au chaud contre le ventre
Relâchement pendant quelques secondes.

Finir le breuvage
A peine tiède
Le reposer sur le plateau
Ressentir la descente du liquide jusque dans l'estomac.

Croiser les doigts devant soi
Pouce contre pouce
Les deux ongles s'ajustant
D'une légère pression en immobilité.

Fermer les yeux
L'horloge faisant métronome
Revenir à l'intention d'aller se coucher
Suite à cette promenade inopinée.


1206


Le regard du guide

Redingote et catogan
Au vent de l’histoire
Cette façon de poser le pied
Sur la première marche
Il y avait chez lui
Cette précision du coutelier
D'affûter sa  lame
Quoi qu’il en coûte.

Ce ne fût ni beau ni laid
Rien qu’une pensée
En médiation d’esprit
Sachant jouir de sa place
N’en déplaise au veneur
Qui venant de l’occire
N’empêcha pas le plaisir de voir
Et la joie d’admirer.

 Ils ont tué Saint-Just
Comme on abat
Le cerf qui brame
A la sortie du bois
Froidement
Dans un futur qui existe déjà
Marque d’un infantilisme
Créateur des richesses trébuchantes.

Et de souffler sur les cendres
Et de traverser la forêt en feu
La mort n’atteint que la page
Non encore écrite
Sabots glissant sur la terre grasse
Récital parfait
En panoramique
Sous la gouttière du temple.

C’est comme ça Monsieur
On parle on parle
D'épreuves traversées durant l’enfance
Alors que franchir la masse d’air
Là devant nous
Nous fait placidement saisir
Les bracelets de l'errance
Aux poignets de nos songes.

Les mots teintent
La neige fond
Les années passent
Pour doucement revenir en arrière
Saisir le partage
Entre silence et écriture
Chemin de contrebandier
Dans les filets de la montagne.

Tenir bon
Tout passe et rien ne demeure
Redorer le blason de nos certitudes
N’amène que cernes sous les yeux
Restent les choses
Celles qui à bout de bras
Réduisent la profusion des incantations
Au oui inanimé d'une réelle circonstance.

La souffrance chez lui
S’exprimera par les mots écartelés
Qui finissent par donner une poésie personnelle
Au sous-cutané de l'impuissance conjoncturelle
Vestige terrestre du cycle des transformations
Menées à grand renfort d’arrogance
Du faire semblant
De l'ego saturé d’obéissance.

Il fût un temps
De navigation sur le lac de Tibériade
Où guetter dans les profondeurs
Au-delà du sillage du bateau
La chimère et le savoir-faire
Arrimés au regard noir du guide
Faisait de l’absence de l’objet aimé
La bienséance d’une Présence à venir.

 
1205

 

Bagnole du temps perdu

Un dimanche aux anges   
avons percé le rire de l'autre rive   
à contempler la dure mère   
hurler sa dépendance   
aux champignons de circonstance.      
 
Le petit chimiste   
s'était teint les cheveux en vert   
communication expresse assurée   
clapet serré sur l'âme en bandoulière   
à nettoyer le gravier d'une mélopée.      
 
Le grillage en majesté   
recelait poteries de guingois   
dans un désordre   
s'ouvrant pleine page   
sur l'étirement lent du temps.      
 
Le pied c'est la clé   
sans mercurochrome   
écorchure béante   
à même le saillant   
de l'habitacle décorseté.      
 
Briques faîtières disposées   
prêtes au vent venant   
soupir d'une nouvelle voilure   
trouvant sa juste place   
dans l'univers incréé.      
 
 
1204

Lune frileuse

Rendu attentif   
au visage qui se forme derrière le paysage
retrouvons la voie
sans être indifférent au détail
de la main posée le long de l'histoire.

Sont passés
les hommes et femmes de bien
en vive lumière appelés
devant la montagne sacrée
créatrice des ondes pures.

La grande courbe des instincts
en remontée après la chute
permet l'étal des forces neuves
sur l'autel des circonférences
l'œil veillant à leur déploiement.

Du bruit dans le taillis
cause d'une vie en catimini
augure en bas de page
la contrainte des responsabilités
nous les abuseurs de l'eau-forte.

Lune frileuse
parée d'un voile de tulle rose
c'est ainsi que nous abordâmes
dans un ciel d'air froissé
les premières lueurs de la journée.


1203

Retour au bercail

Moleskine du carnet des écrits  
mots d'estime de la flamme
mots d'esprit encapuchonnés
tels les pénitents
du temps des lanières lestées.

Nonobstant les périls de la nuit
elle s'est levée
encoquillée par la métaphore
sans barguigner
la flamme de basse intensité.

La fouillade terminée
à grandes brassées
de par le monde
les vêtements ôtés
pour plus d'allers venus exigüs.

Curieux paroxysme
d'avoir été ballotés
affinités spoliées
que d'aboutir
dans la touffeur du souffle vivant.

S'allongeant
flamme éteinte
dans la stéarine des affidés
devant l'humble demande de surseoir à la révélation
il fût exigé de rejoindre le bercail.


1202

Écart de langage

Écart de langage   
au soleil levant
alors que la rosée perle
sous la semelle
s'est enquis à l'oreille
que la poésie pouvait faire sienne
de son chant de toute part avéré
lyrisme et émotion
dans le bouquet des pâmoisons.

Mais il faut donner sens
hors la sérénité et l'alarme
pour marquer le territoire
d'un accord partagé
étant le passeur
de l'âme et des gens de cœur
quand le forgeron racle en fond de gorge
à même l'enclume froide
le ciselé du bijou.

Est visible
de par la main du matin
en fond d'œil
la chair de la terre
s'ouvrant au Souffle de l'Espace
devant l'indivision du ressenti
collège des afflictions
restant à même l'horizon
la mémoire du big bang.

Serions-nous en exil
de l'encre noire répandue
à même la page blanche du désir
et qu'à posséder le marqueur d'identité
nous infliger la découverte d'un traducteur
pour qu'à l'instant magique
résultant de l'effort
oublier les mots pour le dire
dans un trop plein de Lumière.



1201

La présence à ce qui s'advient