Des voyageurs nous disent

Des voyageurs nous disent
Que les moutons sont bleus
Que de l’eau chaude
Jaillit du Puy de Dôme
Que le sol volcanique
Recèle le magma.

L’œil me dit
Que l’océan n’est pas loin
Que la ligne droite
Entraîne par son poids
La rondeur des formes
Vers de déroutants paysages.

Marcher en expirant intensément
Comme on se mouche
Près de l’églantier
Augure de l’autre rive
Le passage périlleux
À la roche glissante.

Au plus profond de l’âme
Les moucherons tournaient
Dans une ronde sans fin
Jusqu’à faire sonner les clochettes d’argent
Sous la ramure tremblante
Pirouette assortie d’un flocon d’écume.

Pas de bête féroce
Les museaux pointent vers le soleil
Leur humidité de vie
Infléchissant une respiration douce
Par une série de plis
À la trame régulière.

Un haussement d’épaule
De la droite vers la gauche
Organise la déclivité du sol
Palpable retombée des orgues
Sans que pouzzolane et lapillis
Roulent de la croupe assagie.

Le ruisseau babille
Au travers des myrtilles
Travail émincé de l’eau
À même les bancs de basaltes
Disparaissant sous la vague
D’herbes carnassières.

D’anciennes racines sont apparues
Entre les plantes verdoyantes
Dépecées à coups de hache
Jusqu’à être emportées
Vers d’ultimes flambées
Au fil de vie assumé.

La nature se repaît
D’une lutte charmante
À faire se rencontrer
La pierre et la végétation
La végétation et l’animal
L’animal et l’homme.

Un regard lumineux
Se pose à l’orée du bois
Où la corde de chanvre
Pend des arbres morts
Dégageant le patineur insubmersible
En sortie d’une ondée de printemps.

À nos pieds
La ramée des choses quotidiennes
Saisie d’une brassée d’amour
Étourdissant à dessein
Le contact avec l’eau glacée
Caresse à faire frissonner le pèlerin.

Il faut agir
En s’élançant du sommet de la montagne
Vers les prairies du bas
Animées d’un vent d’ouest
À déplacer les petits cailloux
Sous une frange d’écume.

1707

Au plein-emploi de soi

Au plein-emploi de soi
Par une nuit sans lune

Dons l’ombre-Père
Ignorer la Terre-mère

Toc-toc fait l’enfant
Sur l’ustensile de fer blanc de ses parents

Brusquerie amicale
À la coque de bois dur

Tryptique strangulé
Par l’ordre et le désordre

S’échapper vite
Des grappes grouillantes suspendues aux voûtes

Captation cerclée
Avec une pointe d’acidité

Fulgurance romantique
Drainant la parure

Brassard du résistant
Noctambule de l’avenir

Filtration de la lumière
Au carénage de l’envol

Crûment détendu et à nu
Le corps ignore la paresse

Énigmatique échange
Dès dos soulevé du sofa

Époque efflanquée
Prise de biais d’un coup bref suivi d’un coup long

Ne peuvent aller bien loin
Les substitués du mariage

À ne plus quérir de trésor
Le trône traîne sa peine

Effacer le tourment
Crée la sentence

À finir courber
Le Petit devient Grand

Répartition des efforts
Cause malheur en temps imparti

La civilisation et tout son tralala
Sont demi-mesure face à l’outrage du temps

Assumer le solstice
En attendant l’Éclipse

Un entre-deux sans l’Autre
Cause préjudice à l’Un

Il n’est de plage immense
Que pour le contemplatif

Énoncé privé de sens
Rend la vie sans limite

Assumer son destin
Permet la danse dans la danse

Développer la sensibilité
Est le noyau de vie qui attire les idées

Sais sage et tais-toi
Origine des tristesses à la nuit tombée

Accablé de principes
Le cadre se rompt

La vie aux mille visages
Rend le GPS improbable

Les cinq sens provoquent la transe
Premier des outils de l’âme

Le sixième sens ainsi approché
Permet le pont entre le visible et l’invisible

Le sixième sens tourné en nous-même
Prospecte le puits psychique de notre Être

L’infinité des vases rencontrés
Confirme la continuité de notre forme de vie

Se tâter le pouls avant d’agir
Juste avant de prendre son élan

L’accélération dégage l’âme du geste
Comme secouer un prunier pour faire tomber ses fruits

D’un seul coup au sein de l’espace
L’immense pouvoir de reconstruction imaginative

Forme humaine engloutie et assoupie
Dans les châteaux les plus secrets de la Matière

Entre les vides et les jalons
Là où l’humain est à recréer

L’homme ne peut rien créer de par lui seul
Il ne peut qu’aider le Créateur à se révéler à lui

À l’aube du jour qui vient
L’homme s’advient comme aux beaux jours

Bonjour à la vie
Pour que la vie renaisse.

Comme un Tout
Intensément Soi

Le feu révèle la direction du vent
À l’homme, épingle de jade dans la botte de foin

1706




Ensuite

Ensuite
Sur un banc de sable blond
Le Regard échoué
Vrillant le temps des saisons
Sans rapport avec l’instant
Passera outre les joyeusetés d’une fin d’année.

Flottent
Les navires d’antan
Hors de cette bouche
Aux lèvres pincées
Abreuvez-moi de l’élixir d’amour
Gentes de la Comté.

Du profond de l’ombre
Le martelage incessant des visages
Galvanise la glissade
En bord de précipice
Molécules d’argile affleurantes
À la merci de l’Être Haut.

Tombent
Les éclats de l’écorce
Dans les courbes concentriques
De l’alcôve en fond de grotte
Jusqu’au plissement des yeux
Devant les aiguilles de feu.

Au travers du feuillage des Vergnes
Se dégage le toit rouge de la maison du père
Branchages ployées
Comme arbre de Noël
Consentant cérémonieusement
Au maintien de l’équilibre ancestral.

Devenue libre
Devant l’amoncèlement des stigmates du futur
Décelant sournoisement les assises de l’aube
La vague ingrate
Dépose abondamment son limon noir
Dans les interstices des racines.

Pour le cultivateur des temps heureux
Bercé par le bousillement des insectes
Il fût temps de changer le cours des choses
Pour Humanités réalisées
Meurtrir le lit des années folles
D’une baguette de coudrier.

Soit toi soit moi
Seront le millefeuille se déchirant par le travers
À compter les vieux débris
Passeport gracieux
Sorti de la poche révolver
Pour échapper à la gravité du moment.

Épuisé
Enumérant les côtes de sa poitrine creuse
En cette nuit admonestant toute levée de rêve
L’œil fixé sur l’au-delà
Il y eut ce bras raidi derrière soi
Brandissant le sceptre des obligations.

Tué par l’ignorance et la misère
Exterminé dans les frayères du destin
Détourné par le canal de retenue
Les poissons ont réinventé la rivière
De leurs caudales bleues
Aptes à réveiller les libellules.

Mains épaisses de l’artiste
Au détour d’une bouffée d’air frais
Inoculant quelques restes de couleurs
Le Visage verdi par la liane de la Pachamama
L’accolade fraîche des cours de récréation
S’est mû en cri du cœur.

Ce soir
Ils se réveilleront
Pour monter aux pylônes d’acier
Guirlande verticale le corps parallèle au sol
Déshabitués de l’attraction
Allant vers le plus haut de leur condition.


1705

L’homme au doux parlé

De la mer sans bornes du temps
J’ai suint rides sur l’eau
L’opacité de cette vie aux traces inconnues
Espace illusoire des nuits de pleine conscience
À rassembler du bout des doigts
Le Juste fait de progrès et de « régrés »
Sans l’ombre d’une astreinte.

L’Histoire est douce
À qui commence par le ruisselet de l’enfance
Peigné d’une végétation première
Orbite au monde ouverte
Par la pâle lueur d’une journée embrumée
Laissant oindre la gouttelette paradisiaque
Autour du cercle des attentes.

Suivent en transparence
Le berceau de joncs posé sur l’onde pure
Dans l’embrouillamini des cailloux et brindilles
Accélérant le courant
Alors que la barbe des grandes herbes
Sur les berges de mousse
Pulsaient une danse de prêtresses antiques.

À la robe ourlée tombant dans l’onde
Elles étaient statuaires de beauté
Aimables compagnes conviées à dessein
Dans l’écume bouillonnante
Leur intention étant de rire
Au souvenir de celui qui les rejoignait
Enjambant le rétrécissement du ruisseau.

Simple de cœur
Élégante à l’âme
Elles avaient permis
Le bâti d’un barrage posé à même le lit de l’onde
Ralenti alors jusqu’à hanter la berge
De l’ourlet changeant des feuillages
Arrimés au chant des sirènes.

Retenons par la manche
Le vieux professeur de géographie
Aux bésicles tombantes
Montant sur la pierre des esprits
Pour haranguer de paroles aiguës
Le tumulte d’une foule invisible
Immortelle et toujours jeune.

Fraîches et nues
Arrachées aux flétrissures du temps
Toutes irisées d’une vapeur
D’odeurs et de sueurs ointes
Elles remontaient la pente
Dérangeant la sauterelle rebelle
Elles, les nymphes innocentes.

Décrire le cristallin de l’aube
Engendre le souffle bruissant de la forêt
Auquel nul vieillard ne peut échapper
À l’initiation de la Vérité
En contemplation de Dame Nature
Défaisant joviale et candide
Les boutons de son pourpoint.

L’aube des grands arbres
Reculait devant l’avancée du soleil
Perlant la source aux araignées d’eau
Des babilles permises des grillons
Agitant par brusqueries syncopées
Le jailli glougloutant
De l’oraison sortie de terre.

Force est donnée
À contre-sens de ces soldats de l’outrage
D’amener la mort
À grands coups de sabre
Dans la prairie où le rouge et noir du sang
Abreuve l’herbe
De la négation du prodige d’être.

Je m’enfuyais libre et serein
Le matin vers le rivage
Où caché parmi les feuillages
Pieds nus dans l’eau aux algues flottantes
Organiser pour la journée
Le bouquet des perles liquides
À faire triompher la puissante humanité.

Vie de plein air
Où le bien et le mal
À un certain point tranchés
Laissent sourdre lézardes d’amour
Feuilletant à l’infini
Le visage des visages
De l’homme au doux parlé.


1704


J’invite la Vérité

J’invite la Vérité
À se tenir fermement
Au fermoir des boîtes à claques.

À me dire que le risque
Est de penser que la Vie
Laisse prendre sa place.

À marcher pour s’alléger
Jusqu’à contempler
Le Devenir de l’Autre.

Grande Liberté à éprouver
Crée cet espace intérieur
Où convenir que la Voie est ouverte à tous.

Que le Monde est bien réel
Prolixe et éphémère
À regarder pleinement ce que je vois.

S’effacer de soi
Au profit de ce qu’on donne à voir
Est affaire d’atmosphère délétère.

D’être au centre
Indique au collectif
Que les choses sont.

Point d’obligations de faire sien
Quand séparée du monde
La Vérité tournicote, impersonnelle.

Juste la Présence
Au « voudrais-tu » que le jour vienne
Sans dire son nom.

Rebelle en ses errances
La foi calfeutre la porte
Que le regard accapare.

Saint Regard
De toute part disposé
Guéris-nous des questions.

Je demande d’imaginer le pire
En fin de scansion
À même d’effleurer le rêve qui se lève.

À l’intime de l’éventail
Le vent change de direction
Dans l’indifférence de la distance.

Donner pour que la forme vienne
Le pain quotidien de la semence
Façon de vivre en gratitude.

Le lamellé-collé se froisse
Quand monte la prière
De l’instance convoquée.

À corps et à cris
Pourvoi ultime de la meute
D’accueillir les vibrations de l’aube.


L’esprit vagabonde
À remettre à demain
Le choix des mots d’amour.

Pour que dans le journal intime
S’offre au blanc de la page
Un sourire sans rature.

Parfois la nécessité de se barricader
Augure l’arrivée de la règle
Passager clandestin de la Conscience.

Les réponses me tordent les tripes
Simples déclinaisons
De l’entrée en Écriture.

À prendre ou à laisser
D’un hochement de tête
J’octroie la vraie place.


1703

Pleurs de gousses

Pleurs de gousses
À mi-mur de l’abri
Murmure de l’orgue de barbarie
Faisant plainte fraîche
Sous ma fenêtre
Pour abandonner graines de jujube
Accolées
Sur le parpaing rocaille
Quête au jour le jour
De la liane du savoir dire.

Le monde est là
Donnant à penser
Qu’écrire est au cœur des choses silencieuses
Vide où contempler
Le devenir
En grande liberté d’être
Un tant soit mieux vivant
Dans l’espace intérieur
De plus en plus vaste
À donner à lire au plus lisant.

Ployant sous la charge
La poésie des heures perdues
Déforme les limites de l’âme
Arguant au passage
Que les images tombées en bas de mur
Communiquent
Communion créatrice
Avec la grâce croque menue
Venue des chambres d’amour
Ouvertes à tout vent.

Les volets spirituels
Claquent contre la paroi
Les paysages florentins de Vinci
Fluidifient l’élan matutinal
Portes ouvertes en grand
Sur l’atelier de Père-Grand
Gardant le tabac gris et le papier Job
Dans la boîte en fer blanc « Petits Lu »
Arcane magistrale de l’élasticité de la vie
Garant du geste civilisateur.

Patouille affinée
Du battement des mains menues
Sur l’eau de la bassine
À se croire seul
Réveillant les clochettes d’amour
Pour les montrer à qui de droit
Dans un instinct de procréation
Jusqu’à ce que soupapes agissantes
De notre être sexuel
Feindre d’être assouvi par l’esprit.

La farine est dans le grain
Conséquence primordiale
De la goutte de sueur
Perlant au front du travailleur
Avant que Connaissance paraisse
Pour mettre en marche
Les rouages et mécanismes
D’une mémoire voyageuse
Créant faisceau de sensibilité
Dans l'immarcescible espace constellé du cœur..

1702

L’unique donation

Missel allumé
Flamme de l’âme
Portant à la nuit
Par devers soi
Le coup fatal
D’une entente à deux sous
À partager l’ombre
D’une tenaille ferme
Sous l’auguste présence
De l’image sainte
Dardée regard céleste
Entre les boiseries de la sacristie
Manière d’offrir une ouverture
Grain de sable babillant
À mesure d’un jeu de courte-paille
Tôt levé
Au matin des attentes
Illustré près du pilier des énergies
Par l’homme dégingandé
Attisant l’ordre et la romance
Alors que juste là
L’homme d’amour
Porte au monde
Le rêve particulier
Sans entrave
Humblement confié à la vérité
Sans vanité
Apparié d’une aube sombre
Menant par la main et le cœur
L’inspiré défenseur des droits de l’homme
Sans frein
Au scintillement aveuglant
De la vie simple
Prompte à la dérobade
Sans que l’infinitésimal élan
Ne voit à redire
De cette unique donation.


1701

L’âme errante

Il fallait que je me protège
Et maintenant je me déleste.

Ma gueule elle a mille ans
J’ouvre et ferme mes yeux comme je veux.

À fleur de terre
Je tourne encore.

Une herbe verte
En guise d’oreille.

Je croque les petits cailloux de l’allée
Allez vous faire voir ailleurs.

J’ai embrassé le monde
Pour savoir qui de lui ou moi s’éveillerait le premier.

Parfois j’égare quelques sons
Pour mieux entendre raison.

Fier à bras
Sans bras et sans jambes.

Je risque gros
De recevoir coup de sabot.

Écrire dans le sable
C’est écrire pour l’effacement.

La trace est là
Comme un prurit au choix précis.

Tous pleurent
À me glisser un billet entre les dents.

Parfois je fais sens
Pour embarquer les gens ailleurs.

Répondre à une nécessité profonde
C’est ouvrir une autre porte.

Un mot seul
Peut faire claire voix à la joie.

J’ai faim
Comme une lettre qu’on n’a jamais écrite.


Point de querelle au jeu de marelle
Je suis l'écuyer de la meute.

Ma langue je ne l’ai plus
Ravi de faire faux bond à la pliure de l’esprit.

Je quitte le présent
Peu m’en faut qu’une aventure commence.

Je germe et croîs
Au carrefour des attentes.

Le temps m’a tenu longtemps éloigné
Jusqu'à effacer le chez-moi.

Le silence sur le tard
Porte assise à qui médite.

Je connais et tout recommence
Même la respiration.

Trois nuages se sont succédés dans le ciel
Adressant l’un à l’autre de simples lapements.

Parfois il est question de m’enjamber
Pour éviter toute souillure.

Un repère je vous dis
Avant d’ouvrir le carnet de molesquine.

Je crie le soir
Lorsque l’aile blanche me frôle.

À l’arrache-corps
J’ai capté le vol oblique de l’arrache-cœur.

Un craquement se fait
Démarche immémoriale d’un oracle inaugural.

Parfois la fillette se penche
Pour déposer fraîche pâquerette.

Ce qui me mène m’amène
À la beauté de l’instant.

Bouche bée
Âme errante.



1700

La présence à ce qui s'advient