Gertrud

Le soleil était levé depuis bon temps.
Les brumes de l’Artière disparaissaient.
J’attendais la prochaine volée de cloches de notre Sainte Église.

Là dans la roselière les femmes travaillaient.
Près du ruisseau elles cardaient le chanvre.
Elles frappaient les tiges à coups de battoir.
De fines gouttelettes s’échangeaient à contre-jour.
Dans les buées du canal de dérivation.

Échange dextre et senestre au rythme régulier.
Le grand peigne de bois passait et repassait sur les tiges rêches.

La prairie fleurait bon.
Les herbes étaient lourdes de rosée.
Elles se levaient soudainement dans un cliquetis.
Comme grains de chapelet giclant dessous l’ongle.

Assis sur la pierre des couleurs je t’écrivais.
« Belle femme de l’Artière.
À peine arrivé au bas du monastère.
Brouette vidée.
J’ai su que je devais le faire.
Mes pensées vers vous.
Gertrud il me semble.
Déjà là depuis lever du jour.
Cheveux serrés dans le foulard.
Vous avez illuminé mon cœur.
Et depuis je vous observe.
Là-bas avec vos compagnes.
Bras nus sous l’orbe d’un arc-en-ciel."

Les cloches sonnent.
Il sera bon temps de poser l’ouvrage.
Pour monter la côte vers le réfectoire.
Là près de la croix des Anges.
À croupetons dans un fourré.
Je jaillirai à votre passage.
Chère Gertrud.
Pour mettre dans votre main sur un morceau de chanvre.
Ces mots.

« Me voulez-vous.
Gertrud.
Comme homme de maison.
Pour vives saisons à venir. »


1579


Plumitif de dérision

Vous allez-bien ?
C’est rigolo trouvez-vous pas ?
De passer repasser
Instant unique
En toute insouciance
Devant le stand.

Pourquoi ne puis-je faire don de ma vie
Comme ça
En me retournant
Le ciel dans le cœur
Au bien vivre des altercations
Comme s’abandonner au crépuscule.

Plumitif de dérision
En association de pensées
Croissant café sur la table de formica
La brassée de mots corroborant le vif des heures creuses
À se départir du souci de plaire
Désinvolte, profondément, directement à vous.

Il est plus fragile
D’endosser les chemins de traverse
Écueil immunisé d’une correspondance l’autre
Avant d’égosiller le verbe même
De l’ample décision d’égarer le bonhomme
Dans les rumeurs du siècle.

Place au titre
Péripatéticienne oblige
Les arbres se sont tus
Dans le fripé des tendresses
Le capuchon du marlou
Sur l’abat-son du clocher.

Pluriel des ondes sages
Paroles plumes de lumière
Sommes assis presque nus
Le vertige des cordes pendues à la fenêtre
L’Être se dédoublant selon la voute arc-en-ciel
Désinvolte, la poésie se moquant de la poésie.



1578

La verte chevelure

Claquement de dents
Retour du compagnon d’infortune
Pour lui dire qu’au regard extérieur
Nous ne représentons rien
Qu’une pratique d’automutilation.

Ce dangereux fardeau nous suit
Nous les gardiens d’une troupe fantôme
Enclins à décoller du rugueux de l’accoutumance
Notre image en papier de soie
Masque de comédie fils de l’esprit.

Acceptons
Montrons-nous
Ayons vocation à l’unité et à la transparence
C’est à ce prix que nous gagnerons en cohérence
L’accès à notre Vérité.

Au passer muscade d’un futur agissant
Le trouble s’éloignera
Les tensions et paralysies cesseront
Les entraves se détacheront
La Vraie Vie commencera.

La cime va toucher les étoiles
L’image murmurera
Que l’axe vertical est œuvre cardinale
En libérant l’aigle majestueux
Marqueur tempétueux de la conscience transfigurée.

Verte chevelure
Des enseignes Ripolin
La route de la Vacance
Ourdit la bonne figure
Des frères et sœurs siamois.


1577

À LA CROISÉE DES CHEMINS

Recueil N°8

Édité en janvier 2025 , 281 pages , 116 textes , 116 photos

Partir
À crocs et crins
Sur le chemin
Vers le ressaut de rien
Sans mail qui m’aille.

Avec simple mémoire
Gainée de pierres sèches
Sous la poussée de la traverse
Portant mal aux ardents
Le soir
Dans un creuset de nulle part.

Je suis
J’ai cru
Dans l’incendie du silence
Pouvoir fouler l’horizon
En grand équipage
Bardé de mots de miel et d’esprit
Jusque dans les griffes de l’ordre
À manduquer
De barbarie en sainteté
Les éclats de chair
Versés sur papier blanc.

TOUT BOUGE

Recueil N°7

Éditer en septembre 2024 , 313 pages, 117 textes , 117 photos

Au bout du bout
Y’a la mer
L’ouverture
Vers tant et tant de mystères
Comme soulever les housses des meubles
Dans une maison de vacances
Longtemps inhabitée.

Retrouver l’origine
Dans ce théâtre d’ombres
Est chose admirable
Où dodeliner de la tête
Touche la réalité du bout des rêves
Lors le tintouin de la fête
Encanaille les bulles d’air du magicien.

Ça bouge
Telles gouttes d’eau tombées du seau
Devant le coq en demi-lune
Borduré par les points cardinaux
Fragiles fleurs des champs
Entrant par effraction
Dans la fricassée des pièces jaunes.

MÂCHICOULIS DES MOTS DE GRÂCE

Recueil N°6 

Édité en mars 2024 , 309 pages, 100 textes, 100 photos

Mâchicoulis des mots de grâce
À la porte principale du tourniquet des émotions
Font font font les petites marionnettes
Sous le dais parfumé des jours de fête
À bercer l’enfant doux.

J’avoue prendre gîte
Chez mon ami le poète
À l’univers courbe
Quand monte du fond de la vallée
La brise de l’esprit.

Puissent nos pas sur les dalles
Casser de puissante manière
Le code des habitudes
Et proposer au pilori
La remontrance éberluée de nos enseignements.

UN REGARD SI DOUX

Recueil n°5

Édité en janvier 2024 , 295 pages, 107 textes, 107 images

Un regard
Du côté des marguerites
Aux tiges longues
Des coccinelles remontantes.

Un regard
En haleine d’être
Du frais partage
Des mots de tous les jours.

Un regard
De toi vers moi
À pieds joints dans la flaque d’eau
De moi vers toi.

Un regard
Venu d’ailleurs
La trace d’un passereau
Fuyant sa signature

A NE TOUCHER LA RÉALITÉ QUE DU BOUT DES RÊVES

Recueil n°4

Édité en octobre 2013 , 265 pages, 105 textes , 105 photos

Des mots de loin en loin
Papillons zigzagants
À l’oreille proche
Accueillent et recueillent
En transparence
D’avoir été
D’être
Pour être encore
En résonance
Ce petit personnage supplémentaire
Devant le livre d’images ouvert
Des plaisirs, de l’amour, de l’amitié, de la nature
Et de beaucoup de belles choses
Pour un bonheur excentré
Au vertige des mémoires
Le cœur en éveil
À la surface du papier de soie.   

Les faisceaux de l’ascension

Métamorphose d’une chevelure
En sa livrée cataclysmique
Se dresse le centurion de la solution
Devant le tribunal de l’histoire.

Brassée de paroles
Flot du feu
Émettant un bourdonnement d’abeilles
Là où vibre la lanière de l’horizon.

Découvrir dans le ciel
Son compagnon inséparable : le silence
Œuvrant à rassembler l’écho des mots à transmettre
Au Sinaï des résonances.

Une gueule armée
S’est refermée sur cette échine
Comme mordre dans la Vie
À proximité du noyau.

Bravant les sentiers battus
Épaissis par la lourde tunique de peau
Avons rassemblé l’or et la myrrhe
Pour le mariage du roi et de la reine intérieurs.

Voyage
Du dedans au dehors
Nos héros se sont mis en route
Sous l’archivolte des contemplations.

La marche en solitaire est requise
Par la libération des encombrements
Vers la transcendance
À nu, les âmes prêtes à la concorde.

L’orgueil tonitruant
S’est dissous dans la neige
Des labyrinthes du passé
L’écheveau cardé finement

Croisement des énergies
La volonté de comprendre l’autre
Ciel et terre en parousie
Arguent de la voie royale.

La purge périodique élimine les scories
Tout brûle de l’encombrement initial
Où les ancrages et élingues
Sifflent dans la tempête.

Terre et Feu se rejoignent
Face à face émouvant
La transe portant l’émerveillement
Dans les faisceaux de l’ascension.


1576


La présence à ce qui s'advient