De part et d’autre à l’avenant

De part et d'autre
à l'avenant
d'un participe présent
je fais mien
le " qu'en dira-t-on "
des choses de l'esprit 
mais sans nuire à autrui .
 
D'autre part 
je racle les fonds de casserole
en crédence je pose mon vertige
sur le pas des portes
j'argumente en ronds de jambe .
 
Je maugrée
parfois
sans l'ombre d'un doute
mais choisis mes flèches pour qui de droit
à l'envers des atermoiements .
 
Passé le moment de dire
je crêpe de noir la nature bafouée
je frissonne sous l'averse
et fausse compagnie
pour dire peu
avec peu de traces
afin de pas rouiller l'avenir .
 
Que dirait-on de moi
à mi-mots des choses encerclées
au carrefour des timbres millésimés
si je m'offrais 
en cadence accélérée
au miroir du pas de l'oie .
 
" Passez votre chemin , y'a rien à voir " .
 
Et si  revenant en arrière 
l'homme qui pense s'inscrit dans la romance
il y aurait sur le linteau de ma fermette 
ces mots de glaise , ces mots d'amour :
 
" Arrêtez-vous , prenez votre temps ,
y'a tout à voir , entrez dans ma caverne
cruche oreille et Saint Esprit de mon ventre en poésie
rebellez-vous
tapez du poing
apostrophez le patron
mais jamais , ô jamais ,
ne manquez l'écoute du verbiage des souris du lieu " .
245

promenade en vérité

 Un cirque de montagne
 avec devant soi le déploiement de son histoire .

 De perplexité en désarroi
 demeure le vague à l'âme .

 Une maladie du corps à corps
 avec en dérobade
 cette habitude de ne rien voir .

 Les hauts sapins inaccessibles à la tronçonneuse
 greffent le musc des mouflons
 sur la sente parcourue 
 d'un matin bitumineux .

 Je sais que guérir n'est pas chose facile ,
 que guérir le mal par la source
 est semé d'embûches .

 Nous risquons alors de surseoir aux erreurs grossières
 pour en révéler d'autres plus insidieuses .

 Il est des perspectives sans issue
 que le charme d'une idée baladeuse séduit ,
 et rend propre à la consommation du chercheur 
 plus apte à cueillir la fleur qu'à la laisser grandir.
 
 Le creux de ma main recèle en 
ces jours de deuil
 les perles de rosée d'aujourd'hui ;
 transformation où les gouttes d'eau clapotent 
sur la houppelande du berger .

 Accéder à l'illimité de sa vision
 oblige à l'arrêt devant ses propres limites .

 Il est préférable de rechercher ses défauts
 à petits coups d'intelligence soyeuse
 que d'exploser le cadenas 
 des choses invisibles ,
 qui seront éternellement voilées .

 Le défait d'un lit se mire dans un ciel de traîne ,
 à reculons des plaisirs mondains .

 Sur le sentier de cailloux , de végétaux 
 et de   flaques d'eau mêlés ;
 dans la fraîcheur généreuse du sous-bois ,
 j'avançai  ...
 quand soudain des branches craquèrent ,
 des pierres roulèrent ,
 le temps balbutia ,
 une odeur de suint mouillé s'éleva ;
 l'ours dévalait la pente ...
 fuyant tel un bulldozer saccageant 
 un champ de maïs .
 J'étais cloué sous séquestre .

 Le séducteur de l'Invisible mettait bas
 ce qui lui restait d'intention .

 Alors passèrent les diablotins de l'orgueil, 
 de l'envie, de la cupidité ,
 puis celui du désir secret de faire partie 
des puissants , 
 puis encore celui de la volonté 
 d'être reconnu , de dominer ,
 de discourir sur les connaissances subtiles 
 et élevées ,
 afin de pouvoir transmettre 
 nos savoirs accumulés , à qui de droit , 
 nos enfants aveuglés .

 La procession n'en finissait pas ,
 les gémissements d'êtres blessés
 courbés sous leurs hardes déchirées
 accouraient des quatre coins de la forêt
 vers le corps et le sang de la régénération .

 Vision une et ultime .

 Pleurent nos ancêtres
 au creux des souvenirs éteints .

 Le souffle apocalyptique
 abat les temples .

 La soupe des origines
 agrège de prime manière les accords 
d'une musique légère .

 Nouvelle forme que prennent les atomes 
dans leur bain de lumière .

 La Vérité est au-delà de toi-même .
 Elle attend ,
 inouïe dans son principe ,
 et c'est elle qui te guide .


 244 

Le Cœur-Cri du Colibri

Dis ce que dit l'ami   
mon allié des frayeurs et des rebellions   
Souffle   
lèvres contre lèvres    
la parole phylactère   
montre de ses mains généreuses   
les portes qui s'ouvrent .   

Ne t'étonne pas   
il fait jour   
les oiseaux grésillent sous le soleil naissant   
nul autre ne saurait abandonner   
cet envol nourricier   
hors de toi-même .   

Laisse monter la sève   
du profond de tes racines   
échange la coupe de vin jusqu'à l'ivresse   
nous délivrant de la raison .
  
Saisis le talisman   
sans poser de questions   
resserre tes doigts   
sur le cou du démon   
sans le quitter des yeux .   

N'est-ce-pas cet espace   
d'entre les êtres   
espace des âmes en voyage   
que toute chose éphémère   
requiert 
à qui sourit
le cœur-cri du colibri .   


242

A beaumont sur un poney blond

Beaumont sur un poney blond
j'ai épelé ton nom
ma sœur des eaux tumultueuses
reverdie sous le trait lumineux
des montées en vertige .

Variante passagère
sur le piano des auréoles
ton songe et ta neige mêlés
aux arêtes travesties de nos ancêtres
m'ont fait carène fière sur les flots amers .

Feuilles maternelles
époque mensongère
vous vous êtes épuisés
en caresses lentes
sur un tas de carcasses embouties .

Pleure ma fleur
souffle le silence
sur le crépon de nos plaies
l'avenir en signe de reflet
mon amour
ma force
mon humilité .


239

des mots sous le regard des échoppes fermées

 Des mots sous le regard des échoppes fermées   
tels des hirondelles sur un fil de départ   
silence de l'homme qui se tient aux limites du territoire   
proférant d'illusoires mirages   
messages bravaches   
collusion d'avec le désert .   

Les mots   
ces enveloppes émettrices   
ces orgues guerrières   
en passe de devenir ombres de la lumière   
sont le creux d'un vallon pour l'enfant recroquevillé de douleur .  
 
Les mots profèrent le sens   
chez les cœurs éveillés   
que le temps éparpillent    
pour   
les jours ensoleillés   
détruire les idoles extérieures .   

Les mots de paix   
sont la semence de l'arbre de nos attentes   
dont les branches s'élèvent jusqu'au ciel de l'âme   
ces bras que mes nuits appellent   
dans ma disposition à te recevoir    
intime au plus profond de moi .
  
Ô toi mon ami mon secret   
que de signes ai-je rassemblés   
pour toi   
faits de cire molle, de matière putrescible, de rage enamourée   
à en faire saigner les nuages du doute   
Ô mon ami   
ils furent paroles de sage   
un grand mystère devenu puits de science    
la calme contemplation de la finitude .   


240

la sincérité, un envol vers soi

   Il est un secret   
aux marches de l'illusion   
dans l'ombre cristalline d'une source   
oblique errance   
que nul ange ou démon ne pourrait altérer   
mémoire immémoriale   
hors les murs   
des collégialités de la peur .   

La sincérité ,   
un envol vers soi ,   
un envol vers le vrai ,   
le vrai de la grâce   
ne cherchant pas l'embellissement   
dans une énergie à contre-courant .   

La source au cœur des ténèbres est vérité .   
Débarquons à pleines bennes les images de soi ,   
faisons se lever l'étrange spectacle   
de l'homme initié par son ombre .  
 
Aux eaux de l'esprit point d'accoutumance ,   
rien que les vestiges d'une sagesse ancienne    
à l'aube des commencements .   

Dans la farandole des illusions reste le noyau des origines .   
Tourner sans hâte   
la meule de l'esprit   
entrer en collision avec soi-même   
et partir en voyage ,   
hors voile   
vers les portes    
où l'homme ne vivrait plus de son image .
  
Aimer les créatures hors de soi .
  
Articuler la vérité avec le cœur .   

Ton âme ne sera plus divisée ,   
œuvres et paroles formant l'unique .   

Hors du théâtre d'ombres   
la vie n'est pas spectacle ,   
elle est aventure   
à celui qui sort de la caverne du cyclope .  
 
Le secret de la sincérité insuffle   
la vie aux œuvres et aux formes .  
 

241

La voie au plus proche de soi

œuvre de Sylvain GERARD
   Trop souvent , entend-on , que :
 " Suivre la Voie, le rêve d'être humain, de
pouvoir redresser la sinuosité du cœur est
intention essentielle . Et pour cela ne faut-il
pas partir, s'extraire des chaînes du monde " .

Cela est fausseté !

Là n'est point la vie ,
partir c'est éviter la recherche de la Vérité .
Les chaînes n'existent qu'en soi-même .

Plutôt que d'être attiré par des mirages
extérieurs, 
protège-toi de tes propres ruses .

Cesse de te réfugier derrière une fausse
humilité .

Jette-toi dans l'océan de la providence .

Préfère ce que tu ignores , ignore ce que tu
connais.

Ne crains pas l'inconnu .

La Vérité n'est pas voilée .

Ce sont tes yeux qui portent voile .

Tes yeux ,
des voiles que tu dois ouvrir .

Le sage , lui , rompt d'avec ses habitudes .

Les miracles du monde sont d'une effarante
pureté ,
la seule voie est la rectitude intérieure .

La lumière en bout de corridor ,
l'ultime de la voie ,
un au-delà au plus proche de soi.


243

Où aller ?

 Où aller ?   
 Face à face .   

 Etre à l'écoute de l'autre .  
 
 Cheminer à trace commune . 
  
 Jeter , comme par hasard   
 un regard sur les côtés ,   
 juste ce qu'il faut pour ne pas nuire   
 et faire danser la compagnie ,   
 tel aux veillées passées   
 trier les cailloux dans le plat de lentilles .  

 Le temps éternellement recommençant,   
 sous la plume ,  
 à l'octroi d'une pluie battante ,   
 déployer sa panoplie   
 porte ouverte ,   
 sur les accolades chantées   
 des gouttes d'eau souvenantes.      
  
 Il n'y aurait ,   
 de propre , écrit   
 sous le boisseau ,   
 que le sourire qui prête à dire . 
  
 Il est un étroit passage entre l'intérieur sécuritaire
 méthodiquement édifié aux crédences de la connaissance
 et la ronde des enfants de la joie .

 Il est des contrées
 d'entremêlement des acquits
 où filtre la révélation .

 Il advient que
 la pomme qui tombe de l'arbre est une merveille .

 Allons recueillir le fruit ,
 l'essuyer avec le linge
 de toile écrue ,
 portons à hauteur d'yeux ,
 le grain de peau ,
 l'enveloppe gracieuse
 l'infinie expansion du germe
 de son extension ,
 jusqu'à sa plénitude
 jusqu'à son extinction .

 Au palais des viscosités de l'esprit,
 la pomme à pépins
 croquée
 permet le plaisir du goût
 par l'ensevelissement
 des sucs rétrospectifs .

 La cloche de l'église retentit .

 Il est quatre heures ,
 l'heure du goûter
 que le coucou psychédélique égrène .

 Faire savoir qu'à bon entendeur , salut ,
 avec la pincée de jugeote
 appropriée au principe de normalité .


 238 

si la charrette ploie

 Si la charrette ploie  
et que pièces à terre  
se dispersent  
les dérisoires brassières de l'esprit .  

Il y aurait ce regard  
traverse de l'absence  
des catéchumènes en son enfance éteinte  
ma mère l'ordre de la mère morte  .  

Il y aurait prégnantes  
des caresses sous la toile  
que jamais n'ai cru  
souples à mon encontre .  

Il y aurait des herbes sèches  
recouvertes d'un givre cristal  
sous la burle sévère  
d'un passement de jambes dansé .  

Qu'on dirait l'affliction   
des tendres et tendres années de perdition  
à coopter les passants du sans souci  
sans cris ni repos .  

Mon cœur s'est éteint  
il a navré le cours du temps  
de bulles fragiles  
sous le rêche du souvenir .  

Les sillons se sont fait crème  
au café des solitudes  
la cuiller ourlant tournante  
le reflet des nuages .  

Remettre les choses en place  
avec chaises et tables  
verres et couverts   
et ronds de serviette à l'avenant .  

Vivre en illusion  
entre la poire et le citron  
d'oraisons  
et de jours à venir  
finissant en tranches de potiron .  

Sur le départ  
posée à même le sol dénudé  
courait la vermine saxifrage  
des orateurs sans parole .  

Se confrontèrent du menton  
les accordéons de la raison  
à éviter le tien du mien  
positionnés en dérobade .  

Silhouette affaissée  
les lunettes en bout du nez  
corrigèrent les fautes d'orthographe  
nos petites mains passagères .  

Segmentés à courte échelle  
les chevaux de la verticale  
dernière levée d'un sourire  
par la fenêtre entrouverte .
 
Sortilège sorti tout droit  
d'une tendre apostrophe  
les lèvres purpurines figèrent  
le son des églises .
 
Faussement accaparé  
dans un tombereau de fumier  
le corps à corps des corps pensants  
d'étreintes désespérées .  

Se glissèrent sous la ramure  
les champignons de l'automne  
à creuser les tranchées d'une guerre  
dont nul ne revient .  

Fil à fil le pull s'allonge  
les aiguilles passent puis repassent  
le fragile des doigts  
s'expose sans que je m'interpose .
 
Face contre terre  
soyons le roulage des galets du torrent  
sous la feuillée d'un saule encalminé  
par le qu'en-dira-t-on des prosopopées .  

Ma plume  
sans le cal d'antan  
se fait entendre jusqu'à l'orient  
de coups secs sur la peau des sollicitudes  
le creux des reins en jouissance  
son heure et puis la mienne  
toutes choses confondues  
se rebellant ma belle  
dans l'offrir de la resquille  
à ne plus entendre les barbelés  
crisser sous la mitraille .  


237

Sa cage d’oiseau sous le coude

 Sa cage d'oiseau sous le coude
 et la croupe en carême 
 un cheval passe 
 la cavalière à queue de cheval .

 L'âne braie
 les moutons bêlent
 un bruit de tôle 
 cadenasse l'espace
 j'appelle
 au carrefour
 des senteurs d'herbe mouillée
 le lever de lune .

 Sans prendre le temps
 de maigres appendices
 se joignent
 aux remontées de laine pelotée
 un quart plus bas
 des ailes en ordre de marche .

 S'enquérir
 finement ciselé
 du crépuscule
 en retombée lasse du jour
 fièvre amère
 qu'un doigt de miel
 rehausse
 tendre application
 de la flûte
 aux notes réjouies
 du rire des enfants .


 236
 

La présence à ce qui s'advient