Archives de catégorie : Année 2026

Des voyageurs nous disent

Des voyageurs nous disent
Que les moutons sont bleus
Que de l’eau chaude
Jaillit du Puy de Dôme
Que le sol volcanique
Recèle le magma.

L’œil me dit
Que l’océan n’est pas loin
Que la ligne droite
Entraîne par son poids
La rondeur des formes
Vers de déroutants paysages.

Marcher en expirant intensément
Comme on se mouche
Près de l’églantier
Augure de l’autre rive
Le passage périlleux
À la roche glissante.

Au plus profond de l’âme
Les moucherons tournaient
Dans une ronde sans fin
Jusqu’à faire sonner les clochettes d’argent
Sous la ramure tremblante
Pirouette assortie d’un flocon d’écume.

Pas de bête féroce
Les museaux pointent vers le soleil
Leur humidité de vie
Infléchissant une respiration douce
Par une série de plis
À la trame régulière.

Un haussement d’épaule
De la droite vers la gauche
Organise la déclivité du sol
Palpable retombée des orgues
Sans que pouzzolane et lapillis
Roulent de la croupe assagie.

Le ruisseau babille
Au travers des myrtilles
Travail émincé de l’eau
À même les bancs de basaltes
Disparaissant sous la vague
D’herbes carnassières.

D’anciennes racines sont apparues
Entre les plantes verdoyantes
Dépecées à coups de hache
Jusqu’à être emportées
Vers d’ultimes flambées
Au fil de vie assumé.

La nature se repaît
D’une lutte charmante
À faire se rencontrer
La pierre et la végétation
La végétation et l’animal
L’animal et l’homme.

Un regard lumineux
Se pose à l’orée du bois
Où la corde de chanvre
Pend des arbres morts
Dégageant le patineur insubmersible
En sortie d’une ondée de printemps.

À nos pieds
La ramée des choses quotidiennes
Saisie d’une brassée d’amour
Étourdissant à dessein
Le contact avec l’eau glacée
Caresse à faire frissonner le pèlerin.

Il faut agir
En s’élançant du sommet de la montagne
Vers les prairies du bas
Animées d’un vent d’ouest
À déplacer les petits cailloux
Sous une frange d’écume.

1707

Au plein-emploi de soi

Au plein-emploi de soi
Par une nuit sans lune

Dons l’ombre-Père
Ignorer la Terre-mère

Toc-toc fait l’enfant
Sur l’ustensile de fer blanc de ses parents

Brusquerie amicale
À la coque de bois dur

Tryptique strangulé
Par l’ordre et le désordre

S’échapper vite
Des grappes grouillantes suspendues aux voûtes

Captation cerclée
Avec une pointe d’acidité

Fulgurance romantique
Drainant la parure

Brassard du résistant
Noctambule de l’avenir

Filtration de la lumière
Au carénage de l’envol

Crûment détendu et à nu
Le corps ignore la paresse

Énigmatique échange
Dès dos soulevé du sofa

Époque efflanquée
Prise de biais d’un coup bref suivi d’un coup long

Ne peuvent aller bien loin
Les substitués du mariage

À ne plus quérir de trésor
Le trône traîne sa peine

Effacer le tourment
Crée la sentence

À finir courber
Le Petit devient Grand

Répartition des efforts
Cause malheur en temps imparti

La civilisation et tout son tralala
Sont demi-mesure face à l’outrage du temps

Assumer le solstice
En attendant l’Éclipse

Un entre-deux sans l’Autre
Cause préjudice à l’Un

Il n’est de plage immense
Que pour le contemplatif

Énoncé privé de sens
Rend la vie sans limite

Assumer son destin
Permet la danse dans la danse

Développer la sensibilité
Est le noyau de vie qui attire les idées

Sais sage et tais-toi
Origine des tristesses à la nuit tombée

Accablé de principes
Le cadre se rompt

La vie aux mille visages
Rend le GPS improbable

Les cinq sens provoquent la transe
Premier des outils de l’âme

Le sixième sens ainsi approché
Permet le pont entre le visible et l’invisible

Le sixième sens tourné en nous-même
Prospecte le puits psychique de notre Être

L’infinité des vases rencontrés
Confirme la continuité de notre forme de vie

Se tâter le pouls avant d’agir
Juste avant de prendre son élan

L’accélération dégage l’âme du geste
Comme secouer un prunier pour faire tomber ses fruits

D’un seul coup au sein de l’espace
L’immense pouvoir de reconstruction imaginative

Forme humaine engloutie et assoupie
Dans les châteaux les plus secrets de la Matière

Entre les vides et les jalons
Là où l’humain est à recréer

L’homme ne peut rien créer de par lui seul
Il ne peut qu’aider le Créateur à se révéler à lui

À l’aube du jour qui vient
L’homme s’advient comme aux beaux jours

Bonjour à la vie
Pour que la vie renaisse.

Comme un Tout
Intensément Soi

Le feu révèle la direction du vent
À l’homme, épingle de jade dans la botte de foin

1706




Ensuite

Ensuite
Sur un banc de sable blond
Le Regard échoué
Vrillant le temps des saisons
Sans rapport avec l’instant
Passera outre les joyeusetés d’une fin d’année.

Flottent
Les navires d’antan
Hors de cette bouche
Aux lèvres pincées
Abreuvez-moi de l’élixir d’amour
Gentes de la Comté.

Du profond de l’ombre
Le martelage incessant des visages
Galvanise la glissade
En bord de précipice
Molécules d’argile affleurantes
À la merci de l’Être Haut.

Tombent
Les éclats de l’écorce
Dans les courbes concentriques
De l’alcôve en fond de grotte
Jusqu’au plissement des yeux
Devant les aiguilles de feu.

Au travers du feuillage des Vergnes
Se dégage le toit rouge de la maison du père
Branchages ployées
Comme arbre de Noël
Consentant cérémonieusement
Au maintien de l’équilibre ancestral.

Devenue libre
Devant l’amoncèlement des stigmates du futur
Décelant sournoisement les assises de l’aube
La vague ingrate
Dépose abondamment son limon noir
Dans les interstices des racines.

Pour le cultivateur des temps heureux
Bercé par le bousillement des insectes
Il fût temps de changer le cours des choses
Pour Humanités réalisées
Meurtrir le lit des années folles
D’une baguette de coudrier.

Soit toi soit moi
Seront le millefeuille se déchirant par le travers
À compter les vieux débris
Passeport gracieux
Sorti de la poche révolver
Pour échapper à la gravité du moment.

Épuisé
Enumérant les côtes de sa poitrine creuse
En cette nuit admonestant toute levée de rêve
L’œil fixé sur l’au-delà
Il y eut ce bras raidi derrière soi
Brandissant le sceptre des obligations.

Tué par l’ignorance et la misère
Exterminé dans les frayères du destin
Détourné par le canal de retenue
Les poissons ont réinventé la rivière
De leurs caudales bleues
Aptes à réveiller les libellules.

Mains épaisses de l’artiste
Au détour d’une bouffée d’air frais
Inoculant quelques restes de couleurs
Le Visage verdi par la liane de la Pachamama
L’accolade fraîche des cours de récréation
S’est mû en cri du cœur.

Ce soir
Ils se réveilleront
Pour monter aux pylônes d’acier
Guirlande verticale le corps parallèle au sol
Déshabitués de l’attraction
Allant vers le plus haut de leur condition.


1705