Tous les articles par Gael GERARD

Parfumé à l’ail des ours

Parfumé à l'ail des ours   
la clé de Tournemire   
clencha l'ombre des sous-bois.      
 
Immesurable en son lamé de griffures   
la proie s'effilochait   
devant le prêt-à-porter de la séduction.     
 
Pour que le vent souffle droit   
à mesure du retrait des choses douces   
rides rapides sur visage flétri est requis.      
 
Replier les ongles usés   
au frisson de la parole   
enrichit notre regard.      
 
Peu de choses à dire   
en délicate posture   
devant la brèche de l'Invisible.      
 
Elles se plaignent de tergiverser   
le doigt sur la gâchette   
les ondulantes promesses    
quand les craquelures font place aux déchirures   
et qu'à l'arrêt   
se mordant les lèvres à sang et à cris   
elles jettent le dérisoire à droite    
alors qu'à gauche monte le nouveau monde   
de son homologue intérieur. 
 
 
865

Dessiner ce qui est juste

C'est de ta voix   
que sont nés l'ombre et la lumière   
mon enfant des grottes profondes.      
 
En transe   
dans le creux d'une vasque à même la terre   
j'avais dessiné ce qui est juste.      
 
Le vent rassemblait les feuilles d'automne   
contre le mur de défens   
sous la chape des châtaigniers.      
 
Des êtres puissants et infiniment lointains   
déchiffraient l'énigme des yeux du corps   
augurant d'une diversion dans la normalité.      
 
Sans erreur   
point d'avancée   
sur le chemin de l'Unité.      
 
En équilibre sur le seuil   
laissant partir quelque chose d'ultime   
entre la tristesse et l'amour   
aux confins de la conscience  
je suis sorti dans un tourbillon flash   
lié au bleu profond d'une sensation   
que le vide spectral tentait d'atteindre   
avant que l'étoile du matin   
ne devance la croix de Malte.      
 
 
864

Aux soupapes d’amour

Aux soupapes d'amour   
j'ai activé la flûte des vertèbres   
acrotère posé de guingois   
aux cintres de la Rencontre.      
 
La tête dans les étoiles   
par cette nuit grège   
le rire des pierres   
faisait banquette jour de fête.      
 
La féerie cinglait la joue   
quartz scintillant   
à la pointe du granite rugueux   
d'un suroît renouvelé.      
 
Réplique des mots   
ajourée de lampées de miel   
la grâce incise de ton âme   
était porteuse de prophéties.        
 
Cliquetis des ombrelles   
s'ouvrant gloup miam slurp   
près de la porte fenêtre   
le Bouddha s'éveilla   
dans le trait de lumière   
un bandeau de guipure   
telle seconde nature 
tout autour de sa tête   
en urgence du départ éternel.      
 
 
863

Le bonheur de vivre

S'adresser au fou de circonstance   
par cette capacité de devenir le roi du vide   
en grande profondeur du langage des chats   
que le mystère fait vibrer.      
 
Ouvrir sans ambages   
le culot de l'obus   
au pur silence de l'instinct   
par temps de mitraille advenu.            
 
Tu as caché l'esprit de ton enfance   
sous les draps de l'attente   
et passe en voyou   
devant la guérite de la nature.      
 
Tu es source invisible   
aux limaces invasives   
sorties du cœur de l'arbre mort   
où gît l'exégèse des pensées.      
 
Flèche d'airain   
fichée en toute lucidité   
j'ai douté de  toi   
quand la cloison de papier   
déchirée par le discours   
laissait paraître   
dans la fraternité retrouvée   
le mirliton du bonheur 
de clore à cru sur la croupe 
les vertiges de l'âme.      
 
 
862

Douceur d’un amour

Douceur d'un amour   
dans le bloc vibrant
que les lèvres ajustent.

Exorciser la frayeur
par un été de vacances
de la montagne à la mer.

Décliner un bonheur
sans passage à niveau
devant les rails de l'avenir.

S'apostropher du coude et du chef
devant les irréductibles de la croissance
que le masque accompagne.

Marchons et n'y revenons plus
au dédain nul n'est soumis
sous les ors de la confiance.

De campement en campement
nous avons soutenu nos dirigeants
de retour de campagne
lors canons silencieux
l'ange de raison pouvait dans un ciel clair
vivre de pain et d'eau
dans l'aube protectrice
des jardins à venir.


861

La vie-une

Acrostiches des poésies de grand-mère   
selon la période intermédiaire   
nous élevons les signes au paraître des fers.      
 
Les miracles abondent   
et nous nous éloignons   
sans que le tonnerre gronde.      
 
Nous fûmes morts   
et renaissons en silence   
en tirant la couverture au sort.      
 
Point de réalité   
juste un parfum préféré sous le masque   
devant la porte verrouillée.      
 
Quelques hommes de bien   
et  peu frileux    
se sont délestés de leurs liens.      
 
Annonciateurs d'une Vision   
ils ont clamé le message d'être vivant   
tel rugissement de lion.      
 
Et de frapper du talon   
les thuriféraires joyeux   
sans que le temps limite l'intuition   
en complément intemporel   
d'une marche forcée   
sur les dalles de basalte   
de l'oppidum de lumière   
accueillant le corps et la matière   
d'une VIE-UNE.      
 
 
860

L’ombre des ardents

Du gris dans le ciel   
au ressac de la mer   
l'horizon palpite.      
 
A grands coups de pagaie   
l'ombre des ardents   
remonte sur le quai.      
 
Des cris agitent les cordages   
le bois gémit sous l'assaut de la houle   
sur le pont les mousses écopent.      
 
Puis vint le temps   
des calmes paresseux   
où la mouette apparut.      
 
Sempiternelle lanterne   
à la poupe brinquebalante   
l'ordre était de voir.      
 
A se tenir loin de la côte   
engendre à pleines brassées   
l'immobilité des sargasses.      
 
A l'origine il y eut la trame   
la trame des sens organisant la prise   
prise équivoque de qui parle sans agir   
en aspiration vers le haut du paillou   
là où le cercle de fer ceint les gerbes sommitales   
en adaptation avec la finalité   
finalité endimanchée se tenant raide   
raide comme une œuvre en rappel   
que la paroi épouse   
de la mère à l'enfant   
ouvert aux foudres du père   
juste la consolation feinte   
avant que le jour se lève   
et que cligne de l'œil   
l'abeille bleue du bourdon des origines.      
 
 
859

La cupule du destin

     A livre ouvert   
pour que la nuit vienne   
l'orage s'abreuve au guignolet des ondes folles.      
 
Il est nécessaire de pousser la page   
hors des limites du supportable   
jusqu'à la garde à l'improviste.      
 
Du creux des vallons   
montent les pleurs   
près de la pierre qui vire.      
 
Et que vivent    
les fibres cousinières   
de nos rencontres d'été.      
 
S'il est permis de naître   
et bien naissons dans un essaim d'abeilles   
sans que le sachant sache.      
 
Poussée retenue près de la rivière   
la poudre d'escampette   
offrit la paix et la lumière.      
 
Sous l'arc-en-ciel   
de nos souvenirs posturaux   
s'organisent les claquements de langue   
orgiaque apparition   
des mains aux veines marquées   
dont les doigts de verre   
à petites lampées   
plongent dans la cupule du destin.      
 
 
858

Au porté-jeté d’un cœur immense

     Au porté-jeté d'un cœur immense   
la violette dépouillée   
et simple d'un vide abyssal   
se paraît de ses mains silencieuses   
aux écailles terminales   
d'un habit de circonstance   
parure sans découpe   
abandonnée sur le rebord de fenêtre   
dans le bol de grès   
en attendant la pluie   
sourire de vie   
qu'un temps nous avions recueilli   
telle la balle d'un enfant   
jetée inopportunément dans le jardin d'à côté   
au lieu dit des nuages flottants   
de brume et de lumière drapés   
cache-cache des mots   
en prise instantanée   
chantre des traditions de l'armorial  
pour engager le pas sans ombre férir   
près des arbres de la Montagne   
le silence innervé   
par le miel des poètes   
d'une saveur harmonisée   
d'instants d'amour   
et d'envol vers de nouvelles moissons.      
 
 
857

Contemplation .1

     Jusqu'en 2000   
je grandissais et puis v'lan   
tout à trac dans le sac des tracas   
je passais la barrière   
pour me trouver coit   
sous le pont des mystères   
à contempler la lumière   
par les deux bouts de la lorgnette   
à écouter le clapot de la rivière   
à échanger quelques remarques altières   
sur le temps qui passe   
de saison en saison   
au retour des vacances   
à se dire qu'à la rentrée   
il y aura du grabuge   
et que l'air automnal sur le visage de l'été   
n'augure rien de bon   
si ce n'est d'éventrer d'une ruade littéraire   
le sac des acquis de la veille   
ces gerbes de mots et de souvenirs   
que le chant de l'estran   
exhale à regrets   
dans l'entre-deux de la chose et du langage  
à lire sans y souscrire   
esquive permanente   
à ne pas décoller du panégyrique des bouches pleines   
s'essayant l'espace d'un hoquet   
d'engendrer l'arc-en-ciel des fuites en avant   
hors l'aiguière d'argent plus prompte à se mouvoir   
qu'apte à recevoir les crachottis des amants de l'esprit.      
 
 
856