Tous les articles par Gael GERARD

Plume par ci plume par là

Plume par ci plume par là   
j'ai fait de mon mieux   
pour transmettre à ma mère   
entre conscience et inconscience   
la note et la dîme du mot de trop.     
 
Sommes arrivés devant la chaumière   
sous le linteau des obligations   
hautes herbes mouillées foulées   
apportant frisson aux chevilles   
et chants à gogo pour belles envolées.      
 
D'où que l'on soit   
sans libelle ni pourvoi   
nous devons marcher par tous les temps    
terre fertile afférente   
propageant le savoir.      
 
S'entretenir en bout de champ   
imprégné de justificatifs   
il suffit d'un hasard de circonstance   
pour que trousse-chemise sans considération   
être récipiendaire de récits fabuleux.      
 
Passer le pont   
cercler de papier doré les Géants de la fête   
battre le pavé jusqu'à plus soif   
être le Tout En Un de la Vie Une   
permet le badinage pour la Recluse.      
  
 
875
 

Me voici

Me voici   
dans l'allée des oliviers   
à marauder le chèvrefeuille   
secrètement épris   
de la grenouille au jabot vert.   
 
Le barde se révèle   
comme sang chaud des réceptacles   
du cours tumultueux   
de cette nostalgie   
empreinte de tendresse.      
 
Et de détresse   
au fanal tombé en mer   
j'offre la bouée   
du poème que j'aime   
pierre où reposer ma tête.      
 
Je crois aux cris de l'hémicycle   
avec pour rituel bleu-pastel   
le chant des marins de Terre Neuve   
descendant la coupée   
les bras chargés de morue sèche.      
 
Bien plus bas   
je crus voir   
à même le bol de terre cuite   
la mort et la vie   
se dévorant l'un l'autre.      
 
Quant à mes enfants   
que le temps distribue   
en paix   
aux nuages sans duplicité   
j'ai déchiré contrat et promesse.      
 
Le vent m'emportera   
en mélancolie   
la main sur la bouche   
attendant l'ombre de la stèle   
se refléter dans le souffle de la Bête.      
 
L'ahan royal des soldats du dédain   
reflète en jachère   
l'épaule charnelle du rebelle   
causerie de fin de siècle   
au vent donné des graminées.      
 
Ma douce Nature   
aux feuilles éternelles   
au soir revenue   
vous êtes allée si près de moi   
que le charroi s'ébranla.      
 
Explorant la brume   
aux formes replètes   
mon âme s'élèverait   
sur le devant des estives   
comme Voie Unique.      
 
 
874
 

Auprès des ondes fraternelles

Auprès des ondes fraternelles  
aux rides du retour en grâce   
j'épelle ton nom   
sur le billot du Sans-Souci.      
 
Aux cellules grises de l'Esprit   
à la verticalité d'un point-virgule   
je prends et mène grand train   
sur le foirail des retrouvailles.      
 
Aux gouttes de pluie rousses   
sur la toile du toit gercé   
devant la foule rassemblée   
je glisse le papier dans les fentes du mur.      
 
A la plume d'aigle   
que le berger ramasse près de la source   
à l'itinérance sans fin   
je joins les mains de la prière.      
 
Aux philtres de l'ignorance   
j'aligne les étoiles   
pour d'un coup d'épaule   
manifester la solennité.      
 
Perplexité refoulée dans l'impasse   
à la portée des voyageurs   
j'organise le raout   
de la montée aux alpages.      
 
 
 
873


Frisottis de fougères sèches

Frisottis de fougères sèches   
plucheuses tel gruau   
le bol recelait les restes   
d'un passé égaré   
du côté de la montagne   
à filtrer la lumière   
des peupliers de la rivière.      
 
Le vide tel une valse lente   
disposait la table   
par quelques mots pauvrets   
écornant de leur quincaille   
les pages blanches du cahier.      
 
Du bout de la cane   
le plan fût tracé   
sur la berge sableuse du Bès   
écorniflage à mesure de l'oubli   
des passions mises au rebus   
de calques dérobés aux entrailles du souvenir.      
 
Glissendo des murs d'argile   
en capacité d'offrir   
le pain et le vin    
dans l'allée des graviers    
en débours de tant et tant d'élans   
recroquevillés sous la saulée.      
 
 
872

Millefeuille

Millefeuille  
distingué par le guetteur du phare
douce offrandes
que le vent glanant dépose
au sortir de la bourrasque
alors que la nuit rebique
sous son manteau noir
quelque pan de chemise
disposé hâtivement
sur le muscle tétanisé.

Feuilles de toutes pensées
feuilles arrondies
feuilles écornées
feuilles encalminées
dans le labyrinthe

à la portée du minotaure
qu'Ariane proposa
un jour de belle humeur
à l'homme provisoire
de fuir les ors parentaux.

À la fin de l'œuvre

on retourne hors des choses
pour librement jouir des nuées et des brumes
quand survient
comme neige au soleil
le miroir des jours fertiles
passés à dégeler la trappe parnassienne
des bulbes déposés

arc-en-ciel
dans l'aube frémissante de la joie éprouvée.


871




Marchant je le suis

Marchant je le suis   
à suivre ce que je suis vraiment   
et que jamais je ne saurai qui il est   
ce moi des aventures épisodiques   
ce germe de blé   
unique   
mais resurgissant chaque année   
à hennir sans haïr   
annus horribilis   
cette portée des petits hommes   
cette portée des petites femmes   
offrant sur les cailloux du chemin blanc   
le son des ses pas   
versatiles sans coudée franche   
mais propre sur soi   
à évaluer le parcours   
le parcours imaginaire   
des monstruosités du quant-à-soi   
à épeler éternellement   
tel le roulement du tonnerre une nuit en Lozère   
les bribes de vie levées en enfance   
mais que l'obligé des adaptations fait vaciller   
alors qu'il y aura toujours   
à ne pas s'arrêter.      
 
 
870

Grand Chat

Dans une boîte à chaussures   
sous le pommier du Japon   
au milieu des feuilles tombées mouillées sur le pavage   
Grand Chat était là.      
 
Son corps palpitait   
rose de peau   
sans poils.      
 
Je me suis incliné   
pour effleurer du doigt
son corps nu et tiède
puis penché contre sa tête                
nous regarder   
lui et moi   
et ses yeux pleuraient
et mon cœur s'ouvrait.            
 
J'ai délicatement frôlé ses vibrisses   
il a légèrement tourné sa tête   
m'a fait un petit clin d'œil   
un signe   
pour me dire que là où il était   
ça allait.      
 
Accomplir un nouveau tour   
est innocence de l'enfance   
pour revenir à soi   
et préparer une nouvelle naissance   
dans le cercle parfait   
comme la lune croît et décroît   
en pulsations renouvelées   
en perfection   
pattes agiles et griffues   
à bondir sur la terre   
et la creuser.      
 
 
869

Sur la table d’orientation


Pas de bruit
plus d'images
ainsi font font font les petites marionnettes
de la cave au grenier
quand le jour devient souvenir.

La pellicule d'acétate se détériore
au passage du temps
qu'une main a oublié
dans le placard du passé
entre vaisselle ébréchée et vieux papiers.

Les pas ne feront plus craquer le plancher
la montre sera retirée du poignet
finement attachée au cou
la croix déposée
sans que la peau frémisse.

Le chien sera silencieux
dans le coin de cuisine
replié sur lui-même
à lever le museau
quant passe la fermière.

Page après page
ils lisent mes poèmes
à haute voix
au lamellé-collé d'une moue de circonstance
qu'un voile de tulle évente.

Nous déplierons la carte routière
sur la table d'orientation
pour rentrer à la maison
une dernière fois
avant la nuit.


868

Ce n’est pas difficile

Ce n'est pas difficile   
d'avouer l'existence   
de ce lustre de cristal   
fleurissant sous le plafond de bois.      
 
Ce n'est pas difficile   
de lire et d'écrire   
un matin d'empreinte du sacré   
le geste dégagé du sens moral.      
 
Ce n'est pas difficile   
pour trois arbres au suc du May   
de combattre dans l'espace vital   
l'ébouriffement éperdu de l'esprit.      
 
Ce n'est pas difficile   
d'augurer du retour de la pastorale   
quand devant les miroirs de l'avenir   
se tournent l'insoupçonné et l'indicible.      
 
A qui le premier pas   
hors des bruyères de l'été   
pour que l'exigence soit de mise   
au rivage inconnu   
des vénérations de l'émerveillement   
que débite morceau après morceau   
le cartographe émérite de l'au-delà   
au soir magique   
d'applaudissements terminaux.      
 
 
867

Aux herbes médicinales de Meyrignac

Aux herbes médicinales   
d'odeurs et de propriétés requises   
pleines brassées    
de bulbes épelés   
à l'orée de la maison de chaume   
il est seuil où déposer   
l'errance d'un parcours de vie   
sans que mal y pense   
si ce n'est la passe de Compostelle   
des pieds poussiéreux   
empruntée par les pèlerins   
en compagnie des nuits   
de remise en clair   
du message premier   
de liaison entre corps et âme  
ces forces héritées   
passées la ligne de front   
des vibrations enchantées   
par le souffle et l'esprit   
d'une posture de circonstance   
aux dunes hiératiques   
d'un vide accueilli   
par les petits personnages   
bandeaux sur les yeux   
valise ouverte   
au pressé d'une offre de paix   
de la lune en crochets   
par dessus la caresse des collines.      
 
 
866