Tous les articles par Gael GERARD

Ce mutant

Ce mutant    
A la frontière entre les vivants et les morts    
En grande pitié d'être au monde    
Cet infirme qui ne vit qu'en images    
Ne saisit rien.        
 
La réalité semble lui importer moins que la vérité    
Pour devant le souverain rivage    
Rejoindre sans trace d'arrogance    
La petite fenêtre du fond de la chambre    
Marquée d'un ange de Noël.        
 
Là, des douzaines de livres    
Couvrent la toile de Jouy de ses murs    
En dépossession de soi    
Sur la fuite culturelle de sa durée d'homme    
Fierté incarnée hors la Présence.         
 
Puis vint la Parole    
En simplicité inouïe    
D'une ouverture vers la tasse de café    
Posée sur la nappe rouge    
Tel un rai de lumière au lever du jour.        
 
Couvre-toi de la couverture de survie    
Retrouve les formes premières    
Les rythmes inhérents aux autres êtres    
Réinstalle l'ordre des signes qui fascinent    
Sois disposé à l'accueil de l'abîme du mot.        
 
 
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Regarde bien cet homme

Regarde bien cet homme    
Il est mort pour le monde    
Le sourire ouvrant la plaie essentielle    
Des cils comme fanons de baleine    
Par dessus les herbes de la dune.        
 
Fais un signe de la main    
En te détournant    
Pour comprendre l'envers des choses    
Sans que le ciel s'éloigne    
Ni le froid ni la peine en sortant de chez Swan.        
 
Donne d'un murmure oblitéré    
Cet assentiment aux fruits de l'esprit    
Pour d'une bourrade amicale    
Envoyer valdinguer l'ami de toujours    
Vers de plus amples connaissances.        
 
Isole les objets du passé    
Ces ailes friables des papillons de nuit    
Que les containers de nos habitudes    
Stockent à mesure de la montée des océans    
Au balancier de l'éternité.        
 
Profère bouche ouverte    
Le clinquant des mots du monde    
Au balcon des vainqueurs    
A mesure de la place qui se vide    
A l'heure de la sieste.        
 
Chante l'horizon des fleurs épousées    
D'un mouvement de hanches    
Sois le vertige des tubulures de Beaubourg    
Que tentent de ramener à la raison    
La lumière tendre d'une fin du jour.        
 
L'homme blanc immobile et seul    
Sur l'esplanade des rêves    
Contemple le rien des passants agités    
Détresse élevée au-dessus d'elle-même    
Telle une offrande de sang et d'amour.        
 
 
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Le lutin malin

Le lutin malin     
Du frêne sa guérite
S'est enquis de bon matin

*

Point de faridondaine
Juste de la mélasse
De miel et de bière
A mettre sur l'étal.

Ecosite de Gergovie
A la remontée vers la table

Se sont mis les orteils à l'air
Père et mère du souvenir.

Sensés faire garder le petitou
Ils ont caracolé vers la ville
Pour sabots acheté
Revenir promptement.

Les lucioles dans les lanternes
Ils ont dansé le soir venu
Sur le plancher du menuisier
Le quadrille et la bourrée.


Point de contemplation
La sueur et les cris ont endiablé la Comté
Du son des talons ferrés
Hommes femmes et enfants comme des frelons.

Pour le reste
Les châtaignes les attendaient
Près de l'âtre de Margaux
Avec force de vin chaud.

La grâce et le génie
Est d'atteindre la nature

A la frontière des vivants et des morts
En fusion des images et des mots.

*

Le lutin malin
Du frêne sa guérite
S'est enquis de bon matin

Du songe d'une nuit d'été.


( Photo de Eva Vichy )


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