Tous les articles par Gael GERARD

Cadre de perplexité

Au plus bas de terre
Se trame le passage
Éprouvé de notre condition
Coudée magnifiée
Du bas du pré
Au contrefort de la Comté
À repérer l’accès
Des fibres de l’esprit
Attrape-chair
Pour se dire qu’il y a fort à faire
Dans ce silence
Cet octave d’au-dessus la portée musicale
Plongeant dans la lumière
Doigt de poète arrimé au plus haut des cieux
Pour paraphes envolées
Du flanc de la Bête
Secouer la longe
De ceux partis à pas de souris
Éclabousser de riches pensées
La fluidité de nos destinées.

Plis de l’aine au chaud
Grille à châtaignes posée sur la braise
Torchons séchant sur le fil
À la lentille caressant le paillou
Fruit de déhanchement sans gêne
Hors océan de félicité
Le paraclet des instances délibérantes
Nous assignait au travail
Famille-patrie-obéissance
Devant le feu crépitant d’aise
Nous de l’Odyssée débarqués
À brasser dans le sombre de la pièce
Les odeurs rances montant de l’écurie
Alors qu’au plus modeste d’entre-nous
Était dévolu la préparation de la tisane
Acte rehaussé
Par le glissement de la chaise paillée
Sur le sol en terre battue
Avant d’ouvrir la souillarde
Cosmos au grand œil ouvert
Dans l’indifférence rare.

La fine considération
De l’athlète jetant son corps
Sur la ligne d’arrivée
Obère le catalogue des pulsions
Écorné d’avoir été paginé
Encore et encore
Comme pâquerettes des champs
Aux pétales disant l’abîme des pensées étranglées
Quand s’élèvent
Douces paroles au relent de vaisselle mêlées
L’interrogation comparative des trois gendres
À savoir
Le plus sympathique
Le plus dur à la tâche
Et celui qui ne sait toucher le moindre outil
Carré d’as des valeurs
Pour les trois sœurs
Qui de Saint-Nazaire à Frugères
Firent don de bienséance
Hors contrainte
De leurs tuniques de peau.

S’éveiller
Battre de la main l’eau de débarbouillage
Au clapotis ourlé des bulles de savon
Effiler ses doigts dans le linge frais
Rend la Chair apte au jour qui point
Outil de versatilité
Seyant à merveille les temps
Passé, présent et futur
Papillons aux quatre ailes
À battre campagne pour mémoires disposées
Telle la boule de glace groenlandaise
À pouffer de rire en bas d’escalator
Telles les destructions corps et âmes
De la terre sableuse de Palestine
À effacer les rouleaux de la Mer Morte
Tel le vrombissement d’insecte
Des drones d’une Ukraine
Éventrée par le sifflement des missiles
Jetant missels aux visages des icônes
Le tout étant cadre de perplexité
Pour nous les êtres du beau, du bien et de l’amour.


1713

Musique sphérique

Musique sphérique
De la cornemuse mnésique
Se tendent les fils de clôture
Au retour d’une année mûre.

Sauvages galoches
Posées sur la roche
Ai vu surgir au ciel immense
Un dernier pas de danse.

Au sortir du four à pain
Ai ressenti le rien
Du mégot commissionnaire
De notre cher grand-père.

Debout dès l’aube
Roulant le papire job
Pour aller voir s’il était temps
De faire vive-voix au présent.

Fontaine céante
Du bas de pente
Ai guetté par le trapillou
S’il y avait gence au Pradou.

Ai brandi comme ça vient
Le bâton de pluie entre mes mains
Rengaine impavide des jours passés
À remplir la bassine de pensées.

Douce déclivité
Au sortir de l’allée
Que même sans rideau de pierres
Le futur n’avait cure d’hier.

Où irons-nous demain ?
Nous, issus du murmure argentin
Alors qu’ardents parangons des fictions
Nous devrions rentrer à la maison.

En temps ordinaire
Ceints d’instincts et de manières
Le mur de l’invisible
Est notre cible.

Unité perdue de la création
En s’informant des quatre saisons
Avons été prêt à l’ascension
Hors notre fugace condition.

Franchissant les portes du tunnel lumineux
Nouveau-né au ciel des bienheureux
Chargé d’esprit et d’âme
Avons entendu le brame.

Il est parenté que l’on ignore
Rehaussée de sang et d’or
Que ce corps de matière
Est aussi corps de lumière.


1712

Les poissons volent

Les poissons volent
Au vol à voile du temps
Mettant à profit
Les souvenirs d’antan.

Au gré des vagues lasses
D’une pièce d’eau encalminée
Le vent grignote la chanson
Des amants de l’esprit.

Fatigue agreste
Retenant par le licol
Le manège des idées
De Hauteville la dédiée.

Plaisant ramage
Du bord de l’eau
À la corne d’abondance
Les lumières dansent.

Puisse le jour même
De l’auguste paradis abouti
Se tenir par la main
Au devant des aboutissants.

Mariage vitupéré
Se sachant sage message
Faire de la générosité
La cane aux sourires de l’été.

Farcir est bien le mot
De l’ordination feinte
Sous la touche placide des amours
Aube offerte en recul de la pensée.

Mêlant la farine et l’œuf
Succès assuré pour un baiser
La remontée des jours de pluie
Fît sonner le bourdon.

Oriflamme battu à l’extrême
Les gargouillis de l’âme
Tendent leurs diableries
Sur papier blanc.

Tirant de ci de là
Quelques coups de fusil
S’en sont allés et venus
Les commensaux de l’âne gris.

Étiolée par le sec
Magnifiée par l’humide
La rose des sables
Pleure ses derniers pétales.

Au cortège des sens
Avons joint le versificateur
Au passage du saut de l’ange
Comme codicille au recueil.


1711

Jeté du lit

Jeté du lit 
Un matin d’hiver
Sur la carpette
De menus objets de la veille
Éparpillés
Sur le lino qui rebique
Estampillé
Du regard sage
D’avoir vécu ce monde
À vivre selon les principes du moment
Alors que l’orage était là
Au profond des entrailles.

Accroché aux rugosités de la paroi
J’ai joué de la flûte des vertèbres
Sur le parterre des accoutumances
Apeuré de ne pas être comme les autres
Nourrissant le ventre et le cerveau
De ma tunique de peau
Échue du ventre de ma mère
Après avoir lacéré l’espace
D’un temps au-delà du présent
Pour ne pas mourir trop tôt
Afin d’avoir quelque chose à dire
Et à redire en rond
Alors que dehors il fait froid.

Les mots
Papillons de culture
Viennent parfois se poser sur le cœur
Illustration incandescente
De la vie autre
Celle d’à-côté
Que la nature réplique
À mi-mesure
De ce qui nous reste à vivre
Petits soldats de l’ombre
À se pousser du coude
Devant la fange des occasions
Que la terre recèle.

Sage attente
À la radicelle roborative
Elle vécut le plein
Des heures nouvelles
D’avoir à être belle
Parmi les fleurs
Charme discret
Prélevant par un baiser d’amour
Au milieu du parking
En sortie de séance
Le ventre bouillonnant d’un désir
Millésimé depuis belle lurette
Par les larmes versées.

Et tu filas grand train
Sur les chemins de la montagne
Chemins pierreux pour gens heureux
Avec cailloux pour les hiboux
Chemins sableux pour les frileux
Chemins mouillés pour moins que rien
Chemins minaudant main dans la main
Chemin de traverse pour l’espoir
Chemin de pacotille
Pour mantille ajourée
Narrer que l’heure est venue
Au grand soir
D’oublier tout.

Ils furent soleil
Et puis rien
Dans le décoffrage
À la barre à mine
Des protubérances de l’instinct
Avant d’aller plonger dans le ruisseau
La chopine de vin
Qui ferait bien la matinée
Avant le lever
De l’astre goguenard
Fier de porter au zénith
Le vu et le tu
D’une vie assoiffée de sens.


1710

Passer le gué

À toi qui ne me délaissera jamais
Tant et tant de paroles dites
Hautes vagues des brumes de la Limagne.

Pareilles aux lucioles du soir
L’une complémentant l’autre
Nous nous épanouirons aux risques de la demande.

Et pour que l’horizon s’éclaire
S’enveloppant dans la rosée d’une aube sans écho
Nous serons les deux sœurs au chien errant.

Fissure de l’âme enténébrée
Le papillon de nuit s’envolera
Tel un cerf-volant sur le plateau des attentes.

Rassemblées pour la cause
Nous révélerons l’emplacement de la source-amie
Pour abondance consentie.


Source-amie de Lacombe
Au pire moment vous êtes réapparue
Pleurote tendre d’entre les orthostates du dolmen.

Point de dons distribués
Juste une reconversion espérée
De la rase d’eau pure vers le pré irrigué.

Douce caresse
Parnassienne paresse
Aux pures flammes offertes.

Nous renaîtrons mains ouvertes
Vers les nues aux mille milans mêlés
Partance inaugurée.

Raviver le chant des narcisses de la Planèze
À l’écir des jours clairs
Posera l’alouette à l’à-plomb d’un instant sans hâte.

Vive et attendue
L’aurore ouvrira au travers de ses cils ombrés
L’œil aux veinules de sang.

La Vie
Soulevée sur le pavois se mettra à brûler
Lumière permettant le passage du gué.


1709


L’orante Sainte-Mère

Métaphore réticulée
De l’arbre rassemblant
Au crépuscule les oripeaux de la foi
Croix encerclée de toute part
Par la balustrade de fer forgée
À la peinture écaillée d’une rouille
Raclant la paume de la main.

Filles vierges
Rassemblant les derniers effets d’un soir de fête
À ne boire l’alcool
Que du bout des lèvres
Alors que le Roi hilare
Tendait curieusement le bras
Vers le bois des supplices.

Les Pères Blancs
À la casuistique mirifique
Ont occupé les lieux
Tels premiers habitants de la région
Concentrant par leurs prières
La douleur douce amère des enfantements
Propice au grand Retournement.

Des représailles contiguës
Ont ensanglanté le reniement
Maisons aux cris et orgies ouvertes
Capables d’encenser
Un futur prévu de toute part
Alors qu’à demi-verste
L’homme tronait, la poigne sur le fusil.

Se souvenir éteint les dernière bougies
Des soirées de deuil
Passées à la veillée
À se remémorer quelque passage sur terre
Quand les chants se mêlant aux tambourins
Exaltent le sens de la vie.

La saison des labours s’est ouverte
Pour parcelles vivrières à venir
Le temps se mettant à la pluie
Rassembler les pierres du rouleau
En bout de champ pour charroi
Mené à la force des bœufs
Bousculer plus léger que soi.

Alors j’ai oublié
Même le gris des souvenirs
À portée d’un sourire consumé
Par le feu superbement élevé
Au gré de l’agressivité ambiante
Alors j’ai péroré sous l’arbre des palabres
Vie sauve gagnée de vive voix.

Un calvaire pour deux
Le Père tenant le fils dans ses bras
Dans la moiteur d’un soir d’été
Passé à poser ses questions essentielles
Tout près des vieilles pierres
Remontant des entrailles du sol
Les chants de l’Autre Côté.

Épuisés par la chaleur
Les convives à bout de gesticulations
Repas se terminant à la flamme déclinante
Coudes sur la table
Ont mis le pouce en l’air
Avant de se souhaiter bonne nuit
Les petits comme les grands, les grands comme les assagis.

Élimé de toutes parts
Le Gentil des mains tendues
S’est mué en soldat de parade
Raclant la poussière des ans
De ses cothurnes dépareillés
Guillemets égrillards à la glotte pendue
Porter santé aux moustiques de la raison.

Dans le prêt-à-porter des convenances
J’ai remis une pièce
Tentative téméraire
D’optimiser l’éclairage de la station
Diffusant lumière d’amorce de Sens
À qui parler
Pour faire valoir la Liberté.

Décoloré
Le ciel vibrant de rouges effluves
Avons mis nos lunettes ultraviolettes
Sur fond de teint « Soir de Paris »
Pour ravir dans un dernier cri
L’Univers apocalyptique
De l’orante Sainte-Mère.


1708


Des voyageurs nous disent

Des voyageurs nous disent
Que les moutons sont bleus
Que de l’eau chaude
Jaillit du Puy de Dôme
Que le sol volcanique
Recèle le magma.

L’œil me dit
Que l’océan n’est pas loin
Que la ligne droite
Entraîne par son poids
La rondeur des formes
Vers de déroutants paysages.

Marcher en expirant intensément
Comme on se mouche
Près de l’églantier
Augure de l’autre rive
Le passage périlleux
À la roche glissante.

Au plus profond de l’âme
Les moucherons tournaient
Dans une ronde sans fin
Jusqu’à faire sonner les clochettes d’argent
Sous la ramure tremblante
Pirouette assortie d’un flocon d’écume.

Pas de bête féroce
Les museaux pointent vers le soleil
Leur humidité de vie
Infléchissant une respiration douce
Par une série de plis
À la trame régulière.

Un haussement d’épaule
De la droite vers la gauche
Organise la déclivité du sol
Palpable retombée des orgues
Sans que pouzzolane et lapillis
Roulent de la croupe assagie.

Le ruisseau babille
Au travers des myrtilles
Travail émincé de l’eau
À même les bancs de basaltes
Disparaissant sous la vague
D’herbes carnassières.

D’anciennes racines sont apparues
Entre les plantes verdoyantes
Dépecées à coups de hache
Jusqu’à être emportées
Vers d’ultimes flambées
Au fil de vie assumé.

La nature se repaît
D’une lutte charmante
À faire se rencontrer
La pierre et la végétation
La végétation et l’animal
L’animal et l’homme.

Un regard lumineux
Se pose à l’orée du bois
Où la corde de chanvre
Pend des arbres morts
Dégageant le patineur insubmersible
En sortie d’une ondée de printemps.

À nos pieds
La ramée des choses quotidiennes
Saisie d’une brassée d’amour
Étourdissant à dessein
Le contact avec l’eau glacée
Caresse à faire frissonner le pèlerin.

Il faut agir
En s’élançant du sommet de la montagne
Vers les prairies du bas
Animées d’un vent d’ouest
À déplacer les petits cailloux
Sous une frange d’écume.

1707

Au plein-emploi de soi

Au plein-emploi de soi
Par une nuit sans lune

Dons l’ombre-Père
Ignorer la Terre-mère

Toc-toc fait l’enfant
Sur l’ustensile de fer blanc de ses parents

Brusquerie amicale
À la coque de bois dur

Tryptique strangulé
Par l’ordre et le désordre

S’échapper vite
Des grappes grouillantes suspendues aux voûtes

Captation cerclée
Avec une pointe d’acidité

Fulgurance romantique
Drainant la parure

Brassard du résistant
Noctambule de l’avenir

Filtration de la lumière
Au carénage de l’envol

Crûment détendu et à nu
Le corps ignore la paresse

Énigmatique échange
Dès dos soulevé du sofa

Époque efflanquée
Prise de biais d’un coup bref suivi d’un coup long

Ne peuvent aller bien loin
Les substitués du mariage

À ne plus quérir de trésor
Le trône traîne sa peine

Effacer le tourment
Crée la sentence

À finir courber
Le Petit devient Grand

Répartition des efforts
Cause malheur en temps imparti

La civilisation et tout son tralala
Sont demi-mesure face à l’outrage du temps

Assumer le solstice
En attendant l’Éclipse

Un entre-deux sans l’Autre
Cause préjudice à l’Un

Il n’est de plage immense
Que pour le contemplatif

Énoncé privé de sens
Rend la vie sans limite

Assumer son destin
Permet la danse dans la danse

Développer la sensibilité
Est le noyau de vie qui attire les idées

Sais sage et tais-toi
Origine des tristesses à la nuit tombée

Accablé de principes
Le cadre se rompt

La vie aux mille visages
Rend le GPS improbable

Les cinq sens provoquent la transe
Premier des outils de l’âme

Le sixième sens ainsi approché
Permet le pont entre le visible et l’invisible

Le sixième sens tourné en nous-même
Prospecte le puits psychique de notre Être

L’infinité des vases rencontrés
Confirme la continuité de notre forme de vie

Se tâter le pouls avant d’agir
Juste avant de prendre son élan

L’accélération dégage l’âme du geste
Comme secouer un prunier pour faire tomber ses fruits

D’un seul coup au sein de l’espace
L’immense pouvoir de reconstruction imaginative

Forme humaine engloutie et assoupie
Dans les châteaux les plus secrets de la Matière

Entre les vides et les jalons
Là où l’humain est à recréer

L’homme ne peut rien créer de par lui seul
Il ne peut qu’aider le Créateur à se révéler à lui

À l’aube du jour qui vient
L’homme s’advient comme aux beaux jours

Bonjour à la vie
Pour que la vie renaisse.

Comme un Tout
Intensément Soi

Le feu révèle la direction du vent
À l’homme, épingle de jade dans la botte de foin

1706




Ensuite

Ensuite
Sur un banc de sable blond
Le Regard échoué
Vrillant le temps des saisons
Sans rapport avec l’instant
Passera outre les joyeusetés d’une fin d’année.

Flottent
Les navires d’antan
Hors de cette bouche
Aux lèvres pincées
Abreuvez-moi de l’élixir d’amour
Gentes de la Comté.

Du profond de l’ombre
Le martelage incessant des visages
Galvanise la glissade
En bord de précipice
Molécules d’argile affleurantes
À la merci de l’Être Haut.

Tombent
Les éclats de l’écorce
Dans les courbes concentriques
De l’alcôve en fond de grotte
Jusqu’au plissement des yeux
Devant les aiguilles de feu.

Au travers du feuillage des Vergnes
Se dégage le toit rouge de la maison du père
Branchages ployées
Comme arbre de Noël
Consentant cérémonieusement
Au maintien de l’équilibre ancestral.

Devenue libre
Devant l’amoncèlement des stigmates du futur
Décelant sournoisement les assises de l’aube
La vague ingrate
Dépose abondamment son limon noir
Dans les interstices des racines.

Pour le cultivateur des temps heureux
Bercé par le bousillement des insectes
Il fût temps de changer le cours des choses
Pour Humanités réalisées
Meurtrir le lit des années folles
D’une baguette de coudrier.

Soit toi soit moi
Seront le millefeuille se déchirant par le travers
À compter les vieux débris
Passeport gracieux
Sorti de la poche révolver
Pour échapper à la gravité du moment.

Épuisé
Enumérant les côtes de sa poitrine creuse
En cette nuit admonestant toute levée de rêve
L’œil fixé sur l’au-delà
Il y eut ce bras raidi derrière soi
Brandissant le sceptre des obligations.

Tué par l’ignorance et la misère
Exterminé dans les frayères du destin
Détourné par le canal de retenue
Les poissons ont réinventé la rivière
De leurs caudales bleues
Aptes à réveiller les libellules.

Mains épaisses de l’artiste
Au détour d’une bouffée d’air frais
Inoculant quelques restes de couleurs
Le Visage verdi par la liane de la Pachamama
L’accolade fraîche des cours de récréation
S’est mû en cri du cœur.

Ce soir
Ils se réveilleront
Pour monter aux pylônes d’acier
Guirlande verticale le corps parallèle au sol
Déshabitués de l’attraction
Allant vers le plus haut de leur condition.


1705

L’homme au doux parlé

De la mer sans bornes du temps
J’ai suint rides sur l’eau
L’opacité de cette vie aux traces inconnues
Espace illusoire des nuits de pleine conscience
À rassembler du bout des doigts
Le Juste fait de progrès et de « régrés »
Sans l’ombre d’une astreinte.

L’Histoire est douce
À qui commence par le ruisselet de l’enfance
Peigné d’une végétation première
Orbite au monde ouverte
Par la pâle lueur d’une journée embrumée
Laissant oindre la gouttelette paradisiaque
Autour du cercle des attentes.

Suivent en transparence
Le berceau de joncs posé sur l’onde pure
Dans l’embrouillamini des cailloux et brindilles
Accélérant le courant
Alors que la barbe des grandes herbes
Sur les berges de mousse
Pulsaient une danse de prêtresses antiques.

À la robe ourlée tombant dans l’onde
Elles étaient statuaires de beauté
Aimables compagnes conviées à dessein
Dans l’écume bouillonnante
Leur intention étant de rire
Au souvenir de celui qui les rejoignait
Enjambant le rétrécissement du ruisseau.

Simple de cœur
Élégante à l’âme
Elles avaient permis
Le bâti d’un barrage posé à même le lit de l’onde
Ralenti alors jusqu’à hanter la berge
De l’ourlet changeant des feuillages
Arrimés au chant des sirènes.

Retenons par la manche
Le vieux professeur de géographie
Aux bésicles tombantes
Montant sur la pierre des esprits
Pour haranguer de paroles aiguës
Le tumulte d’une foule invisible
Immortelle et toujours jeune.

Fraîches et nues
Arrachées aux flétrissures du temps
Toutes irisées d’une vapeur
D’odeurs et de sueurs ointes
Elles remontaient la pente
Dérangeant la sauterelle rebelle
Elles, les nymphes innocentes.

Décrire le cristallin de l’aube
Engendre le souffle bruissant de la forêt
Auquel nul vieillard ne peut échapper
À l’initiation de la Vérité
En contemplation de Dame Nature
Défaisant joviale et candide
Les boutons de son pourpoint.

L’aube des grands arbres
Reculait devant l’avancée du soleil
Perlant la source aux araignées d’eau
Des babilles permises des grillons
Agitant par brusqueries syncopées
Le jailli glougloutant
De l’oraison sortie de terre.

Force est donnée
À contre-sens de ces soldats de l’outrage
D’amener la mort
À grands coups de sabre
Dans la prairie où le rouge et noir du sang
Abreuve l’herbe
De la négation du prodige d’être.

Je m’enfuyais libre et serein
Le matin vers le rivage
Où caché parmi les feuillages
Pieds nus dans l’eau aux algues flottantes
Organiser pour la journée
Le bouquet des perles liquides
À faire triompher la puissante humanité.

Vie de plein air
Où le bien et le mal
À un certain point tranchés
Laissent sourdre lézardes d’amour
Feuilletant à l’infini
Le visage des visages
De l’homme au doux parlé.


1704