Il pleuvait Les roses étaient à la fenêtre Tout semblait en place Rejouer la scène était une gageure Par milliers les traces s’effaçaient Dans les grognements de l’océan.
Le moussu de la mer Eclatait de bulles d’air aux yeux ouverts Endimanchés nous allions Le long de la grève Recueillant les paquets de neige Fondant au contact des vêtements.
Babioles à tout vent Faridondaines à l’horizon La perle d’amour reconquise Sautillait au contact des oyats Un poil sous la ligne de flottaison Du cargo de nos vies.
Tu étais là De retour d’Auvergne À verdir les prés salés de l’ignorance Grand homme par la taille Si petit au contact des cœurs À faire bon poids de la tristesse.
Tu photographiais le gris du ciel Je pissais sur les ridules de la plage Tu me regardais Et j’étais fière Le cul à l’air D’être mâté par mon homme.
Moi la cagole Descendue des quartiers nord de Marseille Au picots des grains de sable sur le visage Je me retournais quand le vent était trop fort Pour te voir la camera en bandoulière Sortant des fondrières.
Entre mes cheveux collés aux paupières Je tenais fermement les barreaux de notre prison Sachant que cela ne durerait pas Qu’il y aurait encore quelques soubresauts À notre chère histoire de rencontre en Auvergne Avant que ne meure cet élan.
J’étais là À écrire sur ces grandes tables de réfectoire Déchirant par le menu Les pages colorées des magazines Y notant quelque appel Pour y voir clair dans le brouillard.
Au tard d’un vécu Qui n’a plus lieu d’être J’alignais la trace des écrits Redondance du vertige saisi Un soir à t’attendre Belle du Seigneur sur les genoux.
Il pleut sur Brest Je m’appelle Barbara J’ai deux enfants Bien grands dorénavant Devant ce rideau d’eau Dont les gouttes clignotent en basalte.
Advienne que pourra Aujourd’hui je suis pleine de grâce Et les jours me souviennent À reculons de cette vie là Au Rien-Vide d’un attendu Qui ferait halte juste un moment.
Je ne pense plus à toi Et j’y pense toujours un peu Comme un gratouillis Quand les réverbères s’éteignent Et que dans la salle de bain Je cherche derrière le miroir qui me regarde.