Tous les articles par Gael GERARD

Un chêne sur les pierres

Des pierres   
déposées par des géants   
là   
sur le pourtour de la tour   
ont évoqué le troupeau de chèvres   
qu'un jour je croisai   
bien avait la pousse du chêne   
pour quelques temps après   
me remémorer la rencontre   
d'une bénédiction   
d'eau et de pensées jointes   
en expulsion d'éléments indélicats   
et purification faites   
du lieu et de l'éther   
disposer d'un regard d'amour  
devant les offres de vie   
à saisir
avec la justesse du geste d'une princesse    
une plume de rêve   
sur le col du cabri   
de l'enfance éternelle.      
 
 1128

Hello du bord de l’eau

Hello du bord de l'eau   
songes du temps nouveau   
où changer le pourpoint   
pour cause d'usure   
par la chaleur d'un feu   
consumant et la paille et la poutre   
 accoutrement en fin de procession   
alors que gémissait   
dans un cul de basse fosse   
la Beauté d'avoir vécu.      
 
Palmé   
sérié de près   
au banquet des remontrances   
divertissant de couleurs vives   
les âmes bien nées   
l'évacuation des doutes s'effectua   
à grands coups de rapières   
têtes et culs à la va'com'j'te pousse   
alors qu'à l'extérieur   
un grand brasier clamait la décision.      
 
Pour plus d'une raison   
à demain par la main   
j'aurai retiré de l'horizon   
les pelures de l'instinct   
à se méprendre sur l'origine   
du qui que quoi comment   
de l'éventration de la digue    
alors que pliaient sous le harnais   
les thuriféraires de la parole   
que le fouet finissait d'enseigner.      
 
Se mirent   
en ordre de bataille   
les lettres arrachées au poème des attentes   
pour se dandinant    
en bord de fenêtre   
érafler les nuages du vieux chêne   
capables en cet instant   
d'éclabousser les strophes   
d'un cri de strangulation portant loin   
le message nucléaire.      
 
Emus et mus   
D’une perpétuelle éructation   
de hardes revêtus   
nous accompagnâmes le vol des hirondelles   
d'une pincée de sel   
les faisant dévier de leur météo habituelle  
pour que soit clamer   
la nécessité de partager   
au banquet d'éternité   
la joie de vivre et de chanter.     
 
1127

Le codex des années folles

Nous mène   
sur le chemin   
de forte présence   
par le travers   
en persévérance de la lettre   
à faire ressemblance   
dans le désenchantement   
sourdement entendue   
de cette voûte   
pressée de prendre souffle   
devant faiblesses et tourments   
de toutes parts annoncés.      
 
J'ai faim et soif   
et froid   
mendiant de moi-même   
à gésir dans la gueule des annonces écornées   
maniant l'illusion   
en imitation des années passées   
à dévider en sourdine   
le codex des années folles   
bouche soumise   
aux cris et vociférations   
qui d'un battement de cœur ultime   
laisse échapper la plume d'ange.      
 
Se tenir au bord du désert   
à tendre l'oreille devant le souffle   
à l'ombre des palmiers   
mêler à l'écheveau du hasard   
les déchets du naufrage   
éparpillés sur la grève   
roulis perpétuel   
ramenant le berceau de papyrus   
sous le reflet de la charpente   
régurgitant la force de l'eau   
dans un glissement du sens   
en progression spiralée vers l'outrecuidance.      
 
La grande échelle   
dresse le vertige à venir   
contre le mur des contrefaçons   
paille à paille considérée   
comme annonciatrice de la nouvelle humanité   
en cette existence   
où l'élan du marcheur   
agençant le sol sous sa semelle   
calme les ardeurs du faiseur de rêves   
au risque de repérer l'exosquelette du futur   
proie de choix   
pour le chercheur de significations.        
 
 
1126

Intrication 63

Les mots au garde-à-vous dans la guérite   
se sont bien gardés de faire le malin
roides de la jaquette.

Pusillanimes par l'œillade
à faire l'examen de passage
ils ont quantifié la relation.

Piètres moucherons de l'esprit
aux limites de la lumière
ils ont confirmer l'étreinte.

Puis
par deux fentes à la fois
passer la barrière d'Einstein.

Intriqués jusqu'à la mœlle
un fil invisible les a reliés
unique cocon à des kilomètres à la ronde.

Sans us sans coutumes
la levée des corps sera photonique
devant le prisme des dynamiques.

Dans l'allée des Alyscamps
finiront de passer les belles dames
au bras des cols et plastrons empesés.

Un soir
le simple frottement de l'air
hélera la cigale.

Aux portes de la ville
la barrière tombera
sous le ronflement du veilleur.

Pouces levés
les footeux offriront le ballon d'or
aux greniers d'Ukraine.

Une dernière fois
à reculons
le vide propitiatoire sera interrogé.

Et pour plus de malignité encore
auront les mêmes propriétés
d'un photon l'autre.


1125


Le grandir de l’Être

Echo éclos   
de toi en bas   
délivre-moi Seigneur.      
 
Abandon à tout   
aux creux des roches   
coule la source.      
 
Le cœur s'ouvre   
en cette chaleur de l'eau   
la tête a visage unique.      
 
L'esprit vrille   
au travers des racines rouges   
la cible du lendemain.      
 
Paix à mon âme   
je le veux je le peux   
Seigneur accorde-moi.      
 
Juste un instant   
fugace et doux   
le corps nous est donné.   
 
Notre Être dans un élan   
se mêle   
à ce qui n'est pas nous.      
 
Cette sagacité   
d'être dans la foi   
jusqu'aux confins mêmes.      
 
Prendre le risque   
de quitter son promontoire   
et conquérir l'instant.      
 
Eclairer un peu   
l'obscur de notre vie   
concerne la Terre.      
 
Ne pas avoir   
à s'écarter de la perfection   
du grandir de l'Être.      
 
A fleur de peau   
mûrit   
la voix de l'aède.      
 
L'œuvre est obéissance   
le programme dépassement de soi   
de ce que nous croyons agir.      
 
Aux chemins de lumière   
délicate et fraîche dans l'embrasure   
Laurence aux mille soleils.      
 
Somptueuse violette   
oiseau du ciel invisible   
pour une plume d'or ramassée.      
 
Paroles d'aube   
en aval du royaume   
somment de transmettre.      
 
Des canaux d'eau vive   
décrivent à même la fontaine   
la madeleine des enfants terribles.      
 
Franchir la mystérieuse barrière   
- seconde mort -   
exige d'affronter l'invisible.      
 
Connaissance induite   
compréhension d'âme   
précèdent l'envoi.      
 
 
1124

Je veux pas et puis je veux

Je veux pas   
et puis je veux   
m'en mettre plein la panse   
à me faire des poches sous les yeux   
pour aborder le lendemain.      
 
Je veux pas   
et puis je veux   
convaincre sans vaincre   
jusqu'au moindre moucheron   
que la vie est belle et bonne.      
 
Je veux pas   
et puis je veux   
aller cueillir les herbes aromatiques   
pour tisane à la fraîche   
contempler l'écureuil sauter de l'amandier au cerisier.      
 
Je veux pas   
et puis je veux   
à la fois fier et embarrassé   
me lever dès potron-minet   
ouvrir la fenêtre aux drapeaux de prière.      
 
Je veux pas   
et puis je veux   
aller quérir la romance   
sans devoir de réserve   
au royaume du regard dans le ciel.      
 
Je veux pas   
et puis je veux   
tendre mes mains   
pour tenir la pierre blanche   
loin des bavardages.      
 
Je veux pas   
et puis je veux   
fermer la porte de bois   
du cabinet aux estampes   
où travailler assure protection.     
 
Je veux pas   
et puis je veux   
grimper à la Saint Michel   
voir les dentelles des femmes   
voler pas dessus le tabernacle.      
 
1123

Scène de guerre

Pistil de la fleur voulu   
encanaillé de prêt    
au pandémonium des incantations.      
 
M'en voulut-il   
de me faufiler libre   
au travers du roncier.      
 
M'aurait-il préféré   
juteux à souhait   
écrasé sur la dalle de granite.      
 
Point de traces   
juste la courbure d'une esquisse   
à la pointe de plomb aiguisée.      
 
Esquisse du point du jour   
à la parousie incertaine   
des êtres dépenaillés.      
 
M'est avis que le bât blesse   
et qu'au fond des sacs de jute   
conversent les charançons.      
 
Le vrombissement des hélicoptères n'y peut mais   
la trompe aspire   
le guerrier respire.      
 
 
1122

Des mots de tourbe

Des mots de tourbe   
des mots qui éclatent comme des bulles   
à la surface de l'eau   
cette autre face des mots ridés   
qui viennent du fond des âges   
des mots tomatiques   
précises et fines   
herbes gelées
craquante brume se levant   
des mots qui cognent dans la casserole   
quand elle se prend pour un carrosse   
parcourant la campagne   
jusqu'au moulin de Pont Maure.      
 
Ces mots qui touchent   
font des bruits de sonnailles   
sur la draille   
des paroles préoccupées   
à se méprendre sur leur sens   
en s'éloignant du bord du quai   
offrant au clapotis de l'eau   
ce qu'exigent à l'aube    
les doigts agiles des dentelières
passés sur la toile rouge   
le temps du sifflement d'un shrapnel   
pour fourguer fourrure de mousse blanche   
sur la parure des hommes-chiens.      
 
Tipperary n'était pas loin   
à portée de coude   
quand le vent courbait les blés   
rappelant aux êtres des plaines   
l'arbre de vie   
sous un ciel charriant pleurs et gémissements    
de ces gens   
pères et fils associés   
allant se faire tuer   
pour cette Europe cultivée   
de fer et de feu embrasée   
par la mortelle digestion   
des assoiffés de l'obéissance servile.      
 
Il y avait tintamarre   
sur les pavés de galets   
déversant les biens pensants   
dans les rues adjacentes   
pour fleurs jetées    
à pleines brassées   
au passage des corbeaux   
vaste emprise de misère   
dispersant os et chairs   
aux quatre coins de la déraison   
qu'un pas de plus précipitera   
dans les souvenirs d'enfance   
à point nommé des énergies gaspillées.      
 
 
1120

Flocage à bon escient

Flocage à bon escient   
au rythme des saisons   
le chemin monte   
vers un rien d'absolu.      

Un bleu de pastourelle   
anime la contrée  
au diable roches et nuées   
pour un nouvel élan.      

L'arbre demeure   
mort et présent   
croissance engloutie   
d'une vie d'étamines.      

A la sortie des siestes longues    
il est des formes reptiliennes    
chuchotant à l'oreille parturiente  
une renaissance éternelle.      

D'herbes recouvert   
il y a bon temps   
que le dernier charroi passa   
à devenir aveugle   
pour mieux voir dans l'obscurité   
engager notre masculin   
à pénétrer son féminin   
et déboucher dans l'infini   
ô mère recroquevillée   
gorge ouverte   
constater la frêle complémentarité   
des grandes lampées absorbées   
ô reine   
terre et ciel venant au contact l'un de l'autre   
quand plane dans le cosmos   
l'union parfaite   
jaillie des deux pans du manteau de noces.      

( peinture de Sylvain GERARD )

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